POUDNOIR
Cher (e) Sorcier (e),
Tu viens de débarquer dans un monde de la Magie subissant la dictature cruelle et sanglante de Lord Voldemort !
Un Monde où tout n'est que pouvoir, les faibles ne survivent pas ou suivent péniblement les forts.

Poudnoir est un forum qui se veut le plus réaliste possible ainsi la violence des combats et l'atmosphère de cette dictature est retransmise le mieux possible.
Auras tu le courage de nous rejoindre ?
Forum RPG Harry Potter Post-Bataille de Poudlard

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Warùlfur

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MessageSujet: Warùlfur Jeu 29 Avr - 23:26

Un ciel froid et pâle comme les yeux des hommes de cette région, de la neige et des arbres à perte de vue, c'est ce qui caractérisait une bonne partie du pays, plus particulièrement cette région là de l'île, où les moldus n'existaient pas. Le climat était froid, des vents glacials à faire renoncer le plus déterminé des explorateurs balayaient impitoyablement l'endroit. Perdu au milieu des immenses sapins, entouré de forêts interminables, Sean Sealgair avait le droit de se sentir désespérément seul. A vrai dire, il n'était pas mécontent d'être là. C'était de cette manière mieux que n'importe quelle autre qu'il avait le sentiment de renouer avec sa terre natale, son Irlande chérie. Ce qui le pesait, c'était la mauvaise nouvelle dont il était porteur. Il se sentait coupable, traître. Et pourtant, dieu sait s'il avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour obtenir gain de cause. Mais il avait échoué. Et déjà, il imaginait la déception énorme de ses amis, la désillusion qui briserait leurs sourires chaleureux, et renforcerait d'autant plus la sienne. Ces sombres pensées faisaient naître en lui une colère grandissante. S'il la gardait silencieuse, c'était parce qu'il ne se croyait pas en droit de se plaindre alors qu'il souffrirait bien moins de cette mauvaise nouvelle que ses compagnons. L'irritation aidant, ce fut d'un pas hargneux et rapide qu'il se dirigea vers son objectif, situé à quelques centaines de mètres. Une succession de portoloins lui avaient permis de se rapprocher le plus possible depuis la ville, mais une marche de plusieurs kilomètres s'imposaient dès lors que disparaissaient les dernières traces de civilisation dans cette immensité naturelle. Il n'était pas mécontent d'arriver au terme de ce voyage épuisant, mais il redoutait l'évènement qu'il s'apprêtait à vivre. Sean était inquiet, mais en vérité, ce qu'il s'apprêtait à affronter surpassait de loin toutes ces craintes.
L'Irlandais eut un mélange de réconfort et d'angoisse en reconnaissant une clairière familière et les toits des chaumières et huttes du village de Warùlfur. Perché dans un arbre, un enfant annonça l'arrivée de Sealgair. Il n'avait pas encore enjambé le ruisseau et contourné la grosse maison en bois qui marquait l'entrée du village que Sean entendit s'élever un formidable concert d'exclamations enjouées, de cris d'impatience et de rires. La plupart des villageois étaient là pour l'accueillir. Une table avait été dressée, remplie de tous les mets qu'on avait pu réunir, c'est à dire rien d'extraordinaire, mais arrangé d'une telle sorte qu'on ne pouvait douter de la sympathique attention à l'égard de l'invité. Sean en éprouva beaucoup de culpabilité. Plus encore quand il dut faire face aux sourires et accolades des habitants, emportés dans leur joie. N'avaient-ils pas remarqué que Sealgair était venu seul?

-Alors, Sir Sealgair,
entonna le maire de sa voix grave et cordiale, quelle bonne nouvelle nous annoncez-vous?
C'était le mot fatal. Cette fois, on ne put manquer de remarquer le triste sourire qui ornait le visage sévère de Sean Sealgair. Le silence se fit presque total lorsqu'il commença à annoncer, avec une difficulté apparente:
-Mes amis... Je suis navré...
Comme il ne parvenait pas à poursuivre, les visages se durcirent. Celui du maire, en particulier, devint très froid.
-Comment ça, désolé?
-Le Ministère n'a pas voulu écouter ma requête. Il parait que le Seigneur des Ténèbres effectue un retour en force... Tous les Aurors sont appelés d'urgence pour faire face aux partisans de l'ombre. Du coup... Impossible d'obtenir des renforts.
-Mais alors... Alors nous sommes perdus?
S'exclama un autre villageois, qui parut résumer parfaitement l'opinion du village tant sa parole souleva de grognements et de grimaces.
Sean baissa un visage coupable.
-Je suis désolé... J'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir...
En disant cela, il se remémorait les grandes difficultés auxquelles il avait été confronté à Londres, devant ses supérieurs du Ministère. A présent qu'il y repensait, il lui apparaissait de plus en plus évident que ses chefs avaient répondu à sa demande avec la plus grande des mauvaises fois. Tout simplement, ils s'étaient moqués de ce qu'il pouvait advenir de Warùlfur et ses villageois. Ce constat redonna de l'énergie à Sean, et quand il reprit, ce fut d'une voix où tremblait la fureur. Un chaman invoquant les dieux à lancer une malédiction sur dix générations d'individus n'aurait pu paraitre plus convaincant.
-Mais ces gens là sont des lâches, des irresponsables! J'ai tenté mille fois de leur expliquer la gravité de la situation, ils n'y ont rien compris! S'ils avaient seulement pris la peine de venir ici, ils auraient su combien ce village méritait d'être défendu!
Les visages se décrispèrent. A la place des grimaces mécontentes et des mines orageuses, des sourires attendris apparurent. Comment ne pouvait-on pas éprouver de la sympathie pour ce brave bonhomme qui défendait avec tant de sincérité une cause dont il aurait eu le droit de se moquer totalement? Brusquement, les gens de Warùlfur retrouvait cet étranger qui avait su se faire une place parmi eux, cet homme qui se présentait en chef et qu'on acceptait naturellement comme tel car son autorité était juste et appréciée pour la cause qu'elle défendait avec énergie. Sean Sealgair était un étranger, mais ce terme ne servait déjà plus depuis longtemps qu'à le nommer entre eux, c'était "leur étranger". Chaleureux, le maire posa sa main sur l'épaule de Sean, et lui dit tendrement:
-On peut pas vous en vouloir, Sean, vous avez déjà fait beaucoup pour nous. Je suppose que vous allez donc nous quitter à présent?
-Non, je reste avec vous. Moi aussi, j'ai une femme et une fille à défendre, que je m'en vais retrouver dès maintenant, d'ailleurs!
Mais le rire de Sean ne fut pas suivi. A cet instant, il aurait annoncé publiquement que la fin du monde était programmée pour demain soir qu'il n'aurait pas obtenu davantage d'enthousiasme. Brutalement, tous les visages s'étaient fermés de nouveau. Mais cette fois, ce n'était pas de la colère, mais une profonde tristesse qui accablait ces gens. La tête basse, le maire fit signe aux autres de reprendre leurs occupations. Lentement, la foule se dispersa devant un Sean incompréhensif. La bouche ouverte, il essayait en vain d'attraper une explication à cette réaction soudaine. Quelle nouvelle allait-on lui annoncer, si on se décidait un jour ou l'autre à l'informer? A présent qu'il y repensait, il lui avait semblé que la joie des habitants à son arrivée n'avait pas été tout à fait sincère, quelque chose altérait le plaisir, quelque chose qu'ils n'avaient pas trouvé le moyen de lui dire. Le maire passa son bras sous le sien et le tira à l'écart en soufflant doucement:
-Ecoutez, Sean... J'ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer... Terrible...Entre deux accolades et salutations, Sealgair s'était bien demandé sans trop y accorder d'importance -parce qu'elle devait être occupée avec sa fille- pourquoi sa femme n'était pas là avec les autres pour l'accueillir. Il allait avoir une explication.




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MessageSujet: Re: Warùlfur Ven 30 Avr - 20:11

La maison des Sealgair était la plus grande des constructions de Warùlfur, exceptée la taverne centrale. Une des rares bâtisses à s'élever sur deux étages, elle avait été construite avec beaucoup de goût et de soin, ce qui contrastait assez avec le reste du village, privilégiant plutôt la brutale efficacité et la solidité à l'esthétisme. C'était le côté vaguement prétentieux de Sean, il avait tenu à marquer sa différence sociale, une certaine hauteur vis à vis des villageois, mais nul ne lui en voulait car c'était le seul aspect en lequel il soulignait sa prétendue noblesse, avec son titre de "Sir Sealgair" auquel il était attaché. Pour le reste, il traitait chacun d'égal à égal, avec une certaine autorité, mais jamais avec mépris, du moins, pas ceux qu'il appréciait. Ce bonhomme aux allures de noble parmi les paysans faisait donc davantage sourire que grincer, parce qu'au fond, tous savaient qu'il essayait seulement de se donner une image, en grande contradiction avec l'Irlandais des forêts qui sommeillait en lui.
Auparavant, la maison des Sealgair était très animée. Un tantinet jaloux, le maire demandait pourquoi ses camarades ne réclamaient pas carrément de déménager la mairie chez Sean et son épouse, puisqu'il était devenu si habituel de s'y réunir pour traiter des affaires graves du village. Il était vrai que, quelques semaines plus tôt, les notables de Warùlfur s'étaient encore rassemblés dans le salon pour évoquer la menace du village. C'était juste avant le départ de Sean. Depuis que le nombre d'habitants de la maison Sealgair s'était réduit tragiquement, plus personne n'osait s'y rendre, et le maître des lieux ne donnait plus aucune nouvelle.

A l'intérieur, tout paraissait mort. Ne connaissant que cette partie là de la maison, le maire et son adjoint, qui étaient entrés par la porte laissée négligemment ouverte, ne prirent vraiment conscience du bouleversement qui avait agité ses lieux que lorsqu'ils s'introduisirent dans le salon. Cette pièce habituellement éclairée à la lumière du jour du matin jusqu'au soir, était enfermée dans une obscurité quasi complète en plein après-midi. Les rares rayons lumineux qui parvenaient à se frayer un chemin entre les volets suffisaient à peine à éclairer la présence d'une grosse horloge et d'un canapé. Tout était silencieux, immobile. Au milieu de la salle trônait une ombre massive, celle que les deux intrus connaissait comme étant la belle table en bois autour de laquelle ils avaient l'habitude de se réunir. La pièce était lourdement meublée, lors de son emménagement à Warùlfur, Sean avait emporté la plupart du mobilier qu'il possédait à Londres. Le tic-tac d'une grande pendule était le seul signe de vie dans cette maison. Une fine couche de poussières avait déjà pris place sur la longue bibliothèque qui longeait le mur séparant la cuisine du salon. L'adjoint du maire poussa un juron en se prenant les pieds dans une petite table dont le choc renversa les objets entreposés dessus dans un vacarme monstre. Sursautant, le maire grogna.

-Tu peux faire attention, oui?
A moitié par terre, l'adjoint protesta avec au moins autant de hargne.
-Le moyen de faire autrement? Quelle idée de se promener au milieu de ce bazar sans lumière! On n'est pas des voleurs!
-Vos manières laissent pourtant croire le contraire.

La voix de Sir Sealgair les ramena tous deux au calme. Une ombre s'était levée dans le fond de la pièce. Gênés par la situation délicate où ils se trouvaient, les deux visiteurs eurent toutes les peines du monde à donner une explication.

-C'est pas ce que vous vous imaginez, Sir Sealgair. C'est seulement moi, Agoer, et mon imbécile d'adjoint.
-Tu sais ce qu'il te dit, l'imbécile d'adjoint? S'exclama l'imbécile en question, furieux.
Le maire répondit avec la cordialité la plus naturelle.
-Sans doute qu'il confirme mes propos, à moins qu'il ne tienne à recevoir une beigne dont il se souviendra quelques temps? Pouvons-nous allumer, Sean?
Agoer, le maire, eut pour seule réponse un vague soupir. Il le considéra comme un oui et tira sa baguette magique pour illuminer les différentes bougies qui ornaient la pièce. Une lueur chaude inonda l'ensemble du salon et éclaira Sealgair, retourné dans son fauteuil d'où il ne bougeait probablement plus depuis longtemps. Son visage était dur, marqué par la peine et la colère. Dans sa main, il tenait un portrait. Agoer reconnut le visage souriant de Moira, sa femme. Aussitôt, il ne put s'empêcher de ressentir une très forte gêne. Moira Sealgair était morte quelques jours plus tôt, tuée dans d'affreuses conditions par les sinistres créatures qui rôdaient autour du village et terrifiaient ses habitants depuis des mois. C'était à eux qu'on devait la présence de Sean à Warùlfur, envoyé par le Ministère en réponse à la menace qu'ils incarnaient. Après le drame que le maire s'était chargé lui-même d'annoncer à l'Auror, il s'était imaginé que celui-ci les quitterait. Mais par opposition à l'homme fort et énergique d'autrefois, Sean s'était simplement enfermé chez lui et dans le plus grand des silences. Les traits de son visage, amaigri, trahissaient une grande négligence. Visiblement, Sealgair ne se nourrissait plus.

-Enfin, Sean, s'exclama le maire en le désignant de la main, regardez-vous! A quoi ça rime de se mettre dans cet état? On croirait que vous sortez d'une tombe!
-Qu'est-ce que vous voulez que ça me foute?
Une telle grossièreté lâchée avec autant de simplicité surprit beaucoup le maire, surtout de la part d'un homme tel que Sir Sealgair. En temps normal, l'adjoint se serait réjoui de la décomposition de son supérieur, mais l'heure était trop grave pour qu'il ne se sente pas lui aussi concerné. Il prit part au combat.
-Vous ne donnez plus de nouvelles... Avec Agoer, on a même eu peur que vous vous soyez suicidé!
-C'est peut-être ce que je devrai faire.
Devant tant d'indolence, le maire ne put éviter de s'énerver.
-Quand vous aurez fini de dire des âneries? Je ne vous reconnais plus, Sean. Hier encore, vous faisiez le vœu d'en découdre jusqu'à la mort avec nos ennemis. Que vous ayez changé d'avis vu les circonstances, je peux le comprendre. Mais dans ce cas, je vous demanderai de partir. Je ne saurai tolérer qu'un homme reste là à se morfondre sur lui-même quand tous les autres se préparent à défendre chèrement une vie et une famille qu'ils sont sur le point de perdre!
Venez, Fergus.
Et, très digne, le maire, suivi de son adjoint partagé entre l'envie de modérer des paroles qu'il jugeait cruelles et de pousser son tour Sean à reprendre vie, quitta la maison Sealgair sans ajouter un mot. De nouveau seul, l'Irlandais se sentit sur le point de fondre en larmes. Jadis, il n'aurait jamais accepté qu'on lui parlât sur ce ton, jadis, ce n'aurait pas été une immense peine qui l'aurait submergé, mais une colère effroyable. Seulement, jadis, il partageait encore son repas avec une épouse, jadis, quand, au milieu de la nuit, il se retournait dans son sommeil, il pouvait encore sentir la présence dans sa couche d'une femme chérie. Aujourd'hui, il était seul. Cela faisait toute la différence. Quand on a appris à composer sa vie avec une autre, à la partager en deux, il est très difficile de revenir à l'existence d'un solitaire. Sean avait bien une fille, mais elle était en études à Poudlard. En cet instant, il se sentait donc isolé et plus faible que jamais. Et pourtant, le discours du maire avait ranimé quelque chose en lui. Il bouillonnait d'une rage nouvelle qu'il l'avait fait se lever inconsciemment de son fauteuil et frapper du poing sur la table. Le coup avait fait glisser au sol un tas de feuilles. Sealgair reconnut les plans d'action qu'il dressait avec ses camarades auparavant.



L'envoi de Sir Sealgair à Warùlfur au début de l'année 1995 avait été décidé par le Ministère. En effet, depuis des mois, on signalait des indices rendant probable la présence d'un loup garou dans les alentours de ce village peuplé uniquement de sorciers et perdu au milieu de la nature. En tant qu'Auror, Sean avait donc été dépêché en mission d'observation dans cette petite commune de son Irlande natale. Ce fut à cette occasion qu'il fit la connaissance des habitants de l'endroit et commença à se dessiner une place parmi les gens de Warùlfur dont il s'était pris d'affection. Sous prétexte de sa mission, Sealgair obtint le droit de ses supérieurs de s'installer au village et y fit bâtir son élégante maison où sa femme et sa fille vinrent le rejoindre. Renouant avec sa terre d'origine, Sean s'imaginait déjà abandonner son métier une fois sa dernière mission achevée, dès le loup-garou localisé et éliminé. Mais au terme de son enquête, il fit une découverte qui retarderait très largement ses projets. Ce n'était non pas un seul loup-garou qui hantait la région, mais bien toute une horde, entière et menaçante. Effaré, Sealgair jugea nécessaire d'alarmer le Ministère, d'autant plus que le village déplorait déjà plusieurs meurtres sauvages et disparitions d'enfants. Mais avant cela, il avait jugé nécessaire de conduire une expédition contre les loups-garous pour les inciter au calme le temps de s'absenter, et son projet avait soulevé l'enthousiasme guerrier de tous les notables de Warùlfur, réunis autour de sa table. C'était de cette manière que Sean s'était plus ou moins imposé comme chef, en dépit du maire qui acceptait ses conseils et ses savoirs avec dignité, parce qu'il en allait de la survie du village. Ainsi, au petit matin, une bande d'hommes courageux et armés se lancèrent à la traque des monstres et en tuèrent quelques uns sous le commandement de Sir Sealgair, profitant de leur état affaibli au lendemain d'une nuit de pleine lune. En quelque sorte, c'était autour de sa propre table que Sean avait déclenché lui-même la mort de sa femme. Car si l'opération parut d'abord être un succès, lorsqu'il partit à Londres pour contacter le Ministère, un drame se produisit. Tandis que Sealgair rencontrait, en vain, toutes les difficultés pour convaincre ses supérieurs d'expédier des renforts à Warùlfur, par une nuit noire, une bande de loups-garous se glissait dans la maison des Sealgair pour dévorer lâchement Moira, en représailles. Par chance, Maureen, la fille se trouvait alors à Poudlard et ignorait tout de l'évènement tragique. Son père, lui, l'avait appris dès son retour au village et c'est ce qu'il l'avait plongé dans l'état lamentable où il se trouvait maintenant. Incapable de réfléchir, il ne s'était pas encore décidé à prévenir sa fille de la terrible nouvelle, se souvenant et craignant la haine soudaine et injuste qu'il avait eu lui-même à l'égard du maire qui avait eu le courage de l'informer d'une horreur destinée à changer sa vie.
A présent, tout comme son salon, Sean ne vivait plus. Il se contentait de survivre, et encore, sans grande motivation. Il ne parvenait plus à se projeter dans l'avenir sans Moira, et Maureen était trop éloignée pour qu'il trouve un réconfort suffisant en elle. Jusqu'à ce que le maire se décide à le réveiller. Sean avait très bien compris la motivation du maire. Il n'ignorait pas qu'il était devenu le protecteur de Warùlfur, fort de ses savoirs de ce que les villageois d'ici appelaient un "homme du monde", et de ses apprentissages d'Auror. Pour ces paysans, il représentait un espoir, un modèle. Sir Sealgair n'était pas plus courageux qu'eux, mais il avait un certain savoir en terme d'organisation, de défense et de combat qu'ils ne possédaient pas. Quand on envisageait d'agir efficacement à l'encontre des loups-garous, c'était autour de Sean qu'on se regroupait. Il en était conscient, s'en souvenir lui permit de se rappeler l'amitié dont les gens de Warùlfur avaient toujours témoigné à son égard. Il n'avait plus sa femme, mais il les avait toujours, eux. C'était cela qu'Agoer avait tenu à lui faire savoir, à travers ses paroles brutales mais efficaces. Sir Sealgair ne pouvait se permettre de les abandonner. Son amitié et son honneur étaient en jeu, et puis, il ne doutait pas que leur cause était perdue. Désormais, l'idée de perdre la vie était plutôt un soulagement, puisque Moira n'était plus là.
Pour la première fois depuis des jours, Sean retrouva le chemin de sa porte d'entrée et l'ouvrit, s'inondant la vue de la lumière du jour dont il avait perdu l'habitude, au point de cligner des yeux.
-Dur de revenir à la vie, n'est-ce pas?
Surpris, Sealgair découvrit Agoer, assis sur un tonneau contre le mur de la maison, dans lequel se déversait les eaux de pluie. Très droit, Sean releva le menton et lança un regard plein d'autorité à celui qui l'interpellait aussi légèrement.
-A l'avenir, j'aimerais que vous ne confondiez pas mes installations avec des sièges.
Le maire sourit, retrouvant ce noble des campagnes qui impressionnait autant qu'il amusait les paysans, et tint à le taquiner, histoire de s'assurer qu'il ne faisait pas erreur.
-Je n'obéis qu'à Sir Sealgair, le seul autorisé à me donner des ordres.
-Par hasard, aurais-je l'air de la reine d'Angleterre, si je ne suis celui que vous nommez?
-Mince! Il y a si longtemps que je ne vous avais pas vu, Sean, je ne vous reconnaissais plus.
-Au lieu de dire n'importe quoi, allez me chercher les autres pendant que j'ouvre le salon.



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MessageSujet: Re: Warùlfur Dim 2 Mai - 17:29

La nouvelle du retour de Sean Sealgair à la vie normale souleva un véritable mouvement d'enthousiasme dans le village. S'il n'y avait eu la menace des loups-garous pour entacher cette joie, on eût fait la fête. Pour les villageois de Warùlfur, ce réveil insufflait un nouvel espoir qui avait presque chassé de leur esprit l'échec de Sir Sealgair à faire venir des renforts du Ministère. Seuls le maire et Sean gardaient en mémoire la défaite imminente qui planait au dessus de leur tête, mais ils n'en discutaient honnêtement qu'à l'écart des autres. Ainsi, tandis que l'Auror passait un coup de chiffon sur la table du salon, sur le point de recevoir un nouveau conseil de guerre, Agoer lui confiait:
-Comme tous les villageois, je suis heureux de votre retour, Sir Sealgair. Mais je n'oublie pas l'absence de renforts. Croyez-vous vraiment qu'on puisse s'en sortir?
Sean lui lança un regard plein de gravité.
-J'ai peur que non, maire. Nous sommes aussi nombreux que nos ennemis, mais ce sont des loups-garous.
Il prononça ce mot avec une infinité de hargne, comme s'il espérait provoquer par ce simple acte une terrible malédiction qui entrainerait la mort de ces bêtes dans d'affreuses conditions. Auparavant, Sir Sealgair n'avait jamais été un homme avide de violence, l'expédition qu'il avait commandée contre les loups-garous répondait à une stratégie réfléchie et prudente. Mais depuis le meurtre de sa femme, il faisait des rêves sombres dans lequel il s'imaginait déchiqueter à mains nues une ou deux de ces créatures. Sean avait vraiment compris sa haine pour les loups-garous lorsqu'il avait reçu une lettre de sa fille demandant naïvement des nouvelles de ses parents. Elle ignorait encore le drame, Sir Sealgair ne pouvait se résoudre à lui avouer la perte de sa mère, ce serait mettre à vif son propre sentiment de culpabilité. De toute manière, il apparaissait de plus en plus clairement dans son esprit qu'il serait bientôt mort, au fond de lui, c'était un réconfort, qu'il s'en voulait d'accepter lâchement pour ne pas avoir à expliquer à sa fille.
-Je suis de votre avis... reprit le maire qui avait longuement cherché ses mots, comme s'il avait espéré trouver matière à contredire son pessimisme, mais sans succès. Mais je ne me vois pas leur avouer que nous sommes perdus. Ils ont l'air si enchanté de marcher ensemble... et pourtant, je crois qu'au fond d'eux, ils savent.
-Une fois encore, Agoer, je me demande pourquoi vous ne prenez pas la fuite?
-Pour aller où? Toute notre vie est ici. La plupart d'entre nous n'ont jamais appris à transplaner, et à pied, c'est impossible de rejoindre un refuge avant de nous faire rattraper. Notre vie est là, Sir Sealgair, à Warùlfur, et nous préférons l'idée de mourir dans notre village que survivre ailleurs.
-C'es
t noble. Et si ça peut vous réconforter, monsieur le maire, je suis certain que votre vœu sera entendu. Je ne nous donne pas plus de deux semaines avant le massacre final.

Ce fut avec un large sourire sur les lèvres que les principaux bavards de Warùlfur prirent place autour de la table du salon de Sir Sealgair. Après un long séjour dans le noir complet, ce retour à la lumière du jour avait quelque chose d'une seconde jeunesse, une résurrection. En vérité, Sean avait donné un sérieux coup de ménage à la pièce principale, tous les meubles scintillaient comme le parquet. Mais il ne l'aurait jamais avoué à ses camarades. Tout comme eux, Sir Sealgair était né d'une famille traditionnelle où l'homme fort et autoritaire ne se servait pas d'un balai ni d'une éponge. Si sa femme le voyait depuis le petit coin de nuage où elle reposait, elle aurait sûrement ri en constatant à quel point un homme qui se voulait si impassible, si austère, pouvait être imaginatif en grimaces face à un balai et une serpillère. A cette pensée, Sean eut une larme émue.

-Messieurs, le conseil de guerre est ouvert.
Cette phrase prononcée sur le ton solennel de Sir Sealgair fit frémir de satisfaction les mâles du village qui se sentaient enfin revivre. Auprès de cet homme venu du monde moderne, ils avaient l'impression de se réincarner en des sortes de chefs d'Etat, de généraux ou d'experts traitant avec infiniment de sérieux et de professionnalisme une question internationale.
Comme souvent, ce fut Fergus, le bavard adjoint du maire, qui lança la conversation de son ton empressé.
-Je crois que les loups-garous sont sur le point d'attaquer! Plusieurs fois, j'en ai vu rôder tout près du village...
-Nous n'arrivons plus à les tenir à distance!
Ajouta un gros paysan au visage rouge. Il faut nous faire respecter! Affirma-t-il en frappant du poing sur la table, comme il aimait le faire à chaque fois qu'il entamait ses discours autoritaires et guerriers. Bientôt, ils viendront se servir dans nos gardes-mangers sans plus nous craindre.
-Leurs gardes-mangers, c'est nous, Archie!
Répliqua le maire, un sourire faussement amusé à la bouche.
-Et on va tolérer ça longtemps? Je demande à ce qu'on organise une nouvelle expédition, qu'on les massacre tous quand ils sont affaiblis!
-Pas d'expédition.
Sean coupa net Archibald dans son élan, et celui-ci se tut.
-En dehors des pleines lunes, les loups-garous sont des hommes comme des autres, mortels, mais avec une légère supériorité physique. Ce plan là a fonctionné une fois, parce qu'ils sortaient d'une nuit de pleine lune et qu'ils étaient faibles, en plus de l'effet de surprise. Mais à présent, ils sont aux aguets. Nous ne pouvons pas les affronter, ils sont trop nombreux et pour aligner une armée égale à la leur, il faudrait réunir tous nos hommes, donc vider le village de toute protection, exposer nos femmes et nos enfants.
Un silence se fit, durant lequel on put une nouvelle fois admirer l'esprit critique de Sir Sealgair. Cependant, le gros paysan ne démordait pas de son envie de combattre.
-Pourquoi ne pas attendre le prochain lendemain de pleine lune, alors?
-Parce qu'avant le lendemain de pleine lune, il y a justement la pleine lune, Archie.
Répondit le maire. Et Sir Sealgair sera d'accord avec moi pour dire que les loups-garous profiteront de cette occasion pour nous attaquer, la pleine lune leur conférant un pouvoir surhumain.
-En effet. L'enjeu est simple. L'avantage appartiendra vraisemblablement au premier des deux camps qui attaquera. Or, il semblerait que cette occasion s'offre d'abord aux loups...
-Quoi?
Rugit Archibald en tapant de nouveau du poing sur la table, ce qui déplut grandement à Sean. Alors on va accepter d'attendre que ces sales bêtes nous attaquent sans rien faire?
La plupart des notables se joignirent par leurs grognements à la fureur du paysan. Avec un remarquable sens de la diplomatie, Fergus se chargea de résumer leur inquiétude tout en ramenant le débat à un niveau plus serein.
-C'est vrai, Sir Sealgair, vous n'envisagez quand même pas d'attendre le massacre?
Sean eut un long soupir suivit d'un silence inquiétant, inquiétant dans la mesure où tous, même Archibald, s'en remettaient à lui pour prendre une décision finale. Finalement, il trouva une proposition, pas des plus réconfortantes, mais qui avait au moins le mérite d'exister.
-Je crois réellement que toute tentative contre les loups-garous se solderait par un échec dramatique, or, nous ne pouvons risquer aucun homme. La prochaine pleine lune sera dans treize jours, c'est à ce moment là que les monstres attaqueront. Treize jours, ça nous laisse le temps d'ériger une défense digne de ce nom.
-Quelle défense?
-Une palissade... Des armes, un entrainement au combat. Une préparation intensive, en bref.
Le programme sembla suffire à Archibald, car il n'insista pas. Comme tous les autres, la perspective d'occuper activement leurs prochains jours à un effort utile devait l'apaiser. Ainsi, ils se quittèrent sur cette décision commune de faire de Warùlfur un fort.


Les hommes commencèrent à se mettre au travail dès le lendemain. En vérité, pour ne pas perdre de temps, la veille, ils avaient commencé à creuser une tranchée sous le regard étonné des femmes et des enfants. L'ordre avait été donné à tous les mâles du village de se réunir et de participer à l'effort. La population de Warùlfur était trop restreinte pour qu'un membre se permit de fuir les efforts sans être montré du doigt. Du coup, tous les hommes s'étaient montrés solidaires, pour cette raison mais aussi parce qu'ils étaient courageux, du moins, assez braves pour partager leurs dernières heures de travail ensemble. Et puis Sir Sealgair n'accordait aucun repos. En ces instants, il se sentait l'égal de César lâchant ses légions à la conquête de la Gaule. Il mettait un point d'honneur à ce qu'on ne fasse aucun signe de relâchement, répétant sans cesse que la survie du village était en jeu et que les jours étaient comptés. Ainsi, dès le lendemain, ils coupèrent les arbres environnant et les taillèrent de sorte à pouvoir les aligner, toujours sous le commandement acharné de Sean. Au cours de ses études, l'Irlandais se souvenait de la lecture d'un manuel sur les ouvrages militaires qu'il avait heureusement gardé en mémoire. En fait, ériger une défense n'était pas très compliqué, mais Sealgair craignait de lésiner sur nombre de détails qui risqueraient de voir leurs protections montrer très rapidement leurs insuffisances. Le soir du premier jour depuis le conseil de guerre, une solide palissade entourait fièrement Warùlfur. Un chemin de ronde avait été aménagé aux deux tiers des remparts. Sean en faisait le tour pour inspecter l'ouvrage, accompagné du maire et de son adjoint. Ces deux derniers crurent que leur travail présentait une véritable insuffisance lorsque Sean se figea brusquement, mais c'était sans rapport. Jetant un regard au delà du mur, il désigna un ensemble de cabanes et de tentes en peaux d'animal qui trônaient de l'autre côté du grand ruisseau.
-Comment, vous n'étiez pas au courant? S'exclama Fergus. Ce sont des marchands gobelins, leur caravane s'est installée ici lorsque vous étiez à Londres.
-Des gobelins?

Sean put en effet en apercevoir quelques uns sortant du bois les bras chargés d'animaux et autres butins de leur chasse. Ces créatures là faisaient à peine plus d'un mètre. Des oreilles longues, un gros nez et une peau grise ou verdâtre. Ces bêtes là ne provoquaient pas l'enthousiasme de Sealgair, élevé dans des traditions sorcières anciennes voire par certains aspects, archaïques. Agoer et son adjoint ne leur accordait pas davantage de sympathie. Les gens de Warùlfur avaient vu s'installer cette colonie d'un oeil hostile, du moins méprisant. Les deux tribus n'avaient jamais cherché à entrer en contact au delà des simples formalités.
-Que viennent-ils faire là?
-Du commerce ou alors fonder un camp... J'en sais rien, Sean, ils ne nous ont pas dit.
-Il faudra les garder à l'œil.
Cet ordre recevant l'approbation générale, ils ne crurent pas nécessaire d'en dire davantage et poursuivirent leur tour.


Le troisième jour, matériellement, la défense semblait aboutie. A la palissade avait été ajoutée une seconde tranchée quelques mètres en avant, puis des pieux avaient été plantés dans le sol, leurs pointes tournées vers le soleil couchant. Ils avaient également imaginé et placé un certain nombre de pièges plus ou moins efficaces, ne pouvant rechigner à multiplier les chances de voir un ennemi tomber avant d'atteindre la muraille. Aux yeux de Sealgair, c'était maintenant que commençaient les véritables efforts de guerre. Comme il l'affirmait lui même, un fort ne valait rien sans la présence de vrais guerriers pour le défendre. Aussi avait-il pris la décision d'entrainer les hommes et même les femmes de Warùlfur au combat magique, ce qui ne s'annonçait pas simple.




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MessageSujet: Re: Warùlfur Mar 11 Mai - 19:31

-Incarcerem!

Une trentaine de voix reprirent en écho l'incantation de Sir Sealgair.
Hélas, en dépit de la passion certaine qui était donnée à ce cri, les résultats escomptés ne suivaient pas. Le cœur y était, pas le savoir. La plupart des tentatives d'ensorcèlement se soldèrent par l'absence totale de réaction. Les plus doués virent jaillir du sol quelques fines cordes magiques s'enroulant autour des jambes de la cible, mais sans parvenir à en faire le tour complet avant de s'évanouir. En bref, c'était sans succès.
Pour autant, sans en avoir reçu l'ordre, les élèves firent immédiatement de nouvelles tentatives avec autant d'ardeur, mais il n'arrivait jamais rien de plus concluant. Ce fut la voix irritée de Sir Sealgair qui mit fin à ce ballet d'incantations ratées.
-Assez!
Aussitôt, le silence se fit parmi les apprentis, et nul ne chercha plus à continuer. Devant l'œil si sévère de Sean Sealgair, les visages s'empourpraient ou se baissaient, un sourire gêné apparaissait au coin des lèvres. D'un regard fâché, l'Auror passa en revue l'ensemble de ses troupes. Sans mot, il circula parmi ses recrues, les quelque trente hommes et femmes, vieux et jeunes, qui avaient daigné répondre à son appel à l'apprentissage, lancé une heure plus tôt sur la grande place du village transformée momentanément en salle d'armes. Revenu à sa place, Sealgair desserra enfin les dents, pour exprimer à vive voix une ironie qui fit grincer bien des dents.
-C'est de cette manière que vous comptez défendre Warùlfur? Pas un seul progrès, nos ennemis riront de vos efforts avant de vous dévorer! Concentrez-vous...
S'il pouvait se permettre d'imposer son commandement dans bien des domaines, il arrivait quand même que l'autorité de Sean se heurta à quelque résistance, lorsqu'on la jugeait un peu trop excessive. Comme bien souvent, ce fut Archibald, le bûcheron et menuisier, qui trouva matière à protester.
-Faudrait voir à pas nous prendre trop de haut, Sealgair! Clama-t-il d'un ton bourru. Avant de juger de notre valeur, vous devriez vous souvenir que nous sommes ici depuis bien avant vous. Qui êtes-vous pour juger notre défense?
-Nul ne vous a obligé à suivre mon enseignement, Archie. Si vous voulez vous contenter de cela, à votre guise... Je pensais que l'exemple de Moira aurait suffit à convaincre de l'importance de cet effort, mais après tout, peut-être y en a-t-il parmi vous qui ne tiennent pas tant que ça à sauver leur famille?
Archibald ne répliqua pas. Comme tous les autres, quand il entendait Sean parler de la mort de sa femme, il se taisait, se souvenant combien le drame avait marqué leur visiteur mais également le village. Le menuisier avait été parmi ceux qui avaient découvert le cadavre terriblement mutilé de Moira Sealgair. S'il aimait souvent faire obstacle au pouvoir de Sean, il n'en témoignait pas moins d'une profonde compassion pour la tragédie qui l'affligeait. Aussi, ce fut gêné qu'il retourna dans les rangs. Il n'y eut plus de contestation. Néanmoins, le maire Aoger, crut bon d'intervenir avant de reprendre une scène qui lui semblait inutile.
-Il a quand même raison, Sean. Dit-il en prenant l'envoyé du Ministère par le bras tandis que les autres reprenaient l'exercice. Vous voyez bien que nous mettons toute la volonté du monde à réussir. Mais nous n'utilisons presque jamais la magie, ici, elle n'est pas d'un grand secours. La plupart des baguettes n'ont plus vu la lumière du jour depuis dix ans, je ne vous parle pas de nos savoirs en sortilèges... Croyez-vous que ces gens sont allées à Poudlard? Il faut se rendre à l'évidence...
-Ce n'est pourtant pas compliqué.
Grogna Sealgair, agacé.
-Probablement pas pour celui qui a l'habitude d'utiliser la magie, mais pour nous... Soyez réaliste, Sean.
-Bon! Annoncez la fin de cette leçon, inutile de perdre plus de temps. Gardez quand même ceux qui ont réussi à faire quelques progrès, je m'occuperai d'eux.
-Et pour les autres?
-Ils savent se battre, n'est-ce pas?
-Soulever un bâton et le fracasser sur le crâne de son prochain est accessible à n'importe qui, je suppose.
-Ce ne sera pas suffisant avec les loups-garous. Il faut des armes.
-Nous n'en avons pas.
-Les moldus en ont.
Agoer ouvrit une bouche étonnée, ne comprenant pas bien ce que l'armement moldu pouvait apporter dans tout cela.
-Si vous lisiez les journaux, ajouta Sir Sealgair, vous sauriez combien les moldus font preuve d'imagination et d'originalité pour détruire une vie. Des armes, ils en ont plein, et il nous les faut.
-Mais comment les trouver?
-Je crois que votre adjoint possède un vieux modèle de balai de Quidditch. Je le lui emprunterai et je tâcherai de gagner une grande ville au plus vite pendant la nuit. Sur place, je me débrouillerai...

Ainsi, conformément au voeu de Sean, ceux qui avaient présenté un peu d'aptitudes au combat magique continuèrent à s'entrainer et firent nombre de progrès. Pendant ce temps, les autres se confectionnèrent des armes avec ce qu'ils pouvaient, fourches, bâtons, marteaux, arcs de fortune. Des outils généralement peu maniables mais suffisants pour la tâche à laquelle on les destinait lorsqu'on les recevait dans le ventre ou la tête. Parti au coucher du soleil sur un vieux balai, Sean revint le lendemain, avec sur les épaules un gros sac qu'il vida sous les yeux émerveillés de ses camarades. Victime d'un charme magique puissant, en vérité, le sac pouvait contenir bien plus que ce que son apparence extérieure laissait deviner. Il permettait même de soulever une charge énorme sans en ressentir la moindre gêne. Ainsi, Sealgair était revenu de son expédition avec bon nombre de fusils, revolvers, couteaux, épées et tout autre engin de mort qu'il avait pu trouver durant ses visites parmi les postes de police, les pavillons de chasse et les musées médievaux. Si le sac n'avait quand même présenté des limites, il aurait emporté cette magnifique pièce d'artillerie trouvée sur la place d'un village. Mais au bout d'une demi-heure de tentative, il avait du admettre que le canon était un peu trop gros pour entrer. Ainsi, dès le matin, c'était une armée de plus étonnantes que Sir Sealgair mettait sur pied, composée de soldats issus de toutes les époques. Dans les rangs se mélangeaient des hallebardiers aux fusiliers, des épéistes aux grenadiers. Un bel exemple d'anachronismes. Cependant, Sean n'était pas à la recherche de la rigueur historique. L'important était de rendre cet armement efficace, c'est à dire mortel. Au bout de quelques heures d'entrainement, c'était globalement satisfaisant. Warùlfur avait depuis plusieurs jours une allure de forteresse, ses habitants ressemblaient enfin à une garnison.
Alors que le soleil pointait au zénith, un mince sourire aux lèvres, Sealgair, depuis la petite tour en bois d'où il dominait son armée, déclara, solennel:
-Je me demande encore pourquoi j'ai voulu l'aide du Ministère, les hommes de Warùlfur présentent bien meilleure allure!
Si cette affirmation d'un homme ayant habitué à la réprimande réchauffa le coeur, on n'en oubliait pas moins que la menace des loups-garous restaient toujours aussi sérieuse, probablement trop pour que ces efforts soient suffisants. Aussi, le soir, un nouveau conseil de guerre fut réuni autour de la table de la maison Sealgair. Une fois tous les notables installés, ce fut Archibald qui ouvrit l'assemblée, d'un ton pour une fois enthousiaste.
-J'ai eu tort de me plaindre, Sir Sealgair! Vous aviez raison, notre armée a de la gueule!
Des exclamations réjouies firent écho à la joie apparente du menuisier. Toutefois, Agoer et Sean ne paraissaient pas partager ce sentiment général. Du coup, les sourires se firent plus faibles qu'espéré. L'adjoint au maire, Fergus, se fit le porte-parole au nom de ses camarades et de leur étonnement.
-Pourquoi cette mine? N'êtes-vous pas satisfaits des efforts?
-Les hommes de Warùlfur ont fait tout ce qu'ils pouvaient faire...
répondit le maire sans enthousiasme, et sans achever sa phrase, ce qui laissait présager un "mais" déprimant.
-Mais les loups-garous ne sont pas des ennemis communs. Conclut Sir Sealgair.
De nouveau, Archibald, qui supportait mal de tourner longuement autour du pot, autant dans les efforts que dans les discours, s'emporta.
-Alors quoi?
-Nous craignons que ce ne soit pas suffisant. Un seul loup-garou est difficile à supprimer, ils sont capables de prouesses physiques qui nous dépassent largement. Alors quand ils sont toute une horde...
-Et on va se laisser décourager?
S'exclama Archibald, le visage rouge de fureur. Ca y est, on abandonne?
-Du calme, Archie! Personne n'a dit ça. On va se battre jusqu'à la mort, bien sûr, mais tu seras d'accord avec nous pour dire que ce serait mieux si on pouvait cette extremité.
-A quoi pensez-vous?
-Aux gobelins.
Les regards se tournèrent vers Sean qui, paisible, attendait qu'on le questionne davantage.
-Je n'ai aucune confiance en ces créatures là! Confia un vieux paysan.
-Ils n'ont même pas l'air de se soucier du danger des loups-garous...
-Je suis sûr qu'ils se sont alliés à eux!
Renchérit Fergus.
-Ouais! Et ils choisiront le meilleur moment pour nous attaquer dans le dos, ces traîtres! Il faut les exterminer sur le champ.
Sean imposa le silence avant que ces éclats d'humeur n'aillent trop loin. Lui-même nourrissait un manque certain d'estime à l'égard des gobelins, cependant, en homme cultivé et en agent du Ministère, il y avait certaines énormités qu'il ne pouvait admettre, en dépit d'une éducation traditionnelle qui ne le rendait pas très enclin à faire confiance à ces créatures.
-Ne dites pas n'importe quoi, les gobelins ont autant à craindre des loups-garous que nous.
-Alors pourquoi ne réagissent-ils pas?

-Sûrement parce qu'ils n'en ont pas les moyens.
-Ou parce qu'ils ont conclu un pacte avec...
-Pour la dernière fois, Fergus, cessez de proférer des idioties. Les loups-garous n'ont pas d'alliés parmi les hommes, encore moins parmi les gobelins. Ils se dévorent déjà entre eux, croyez-vous vraiment qu'ils iraient se faire amis avec d'autres proies? Ils n'en ont pas besoin.

Une fois de plus, la voix du doyen de l'assemblée se fit entendre.

-Pourquoi évoquer les gobelins, donc?
-Parce que j'envisage de m'allier avec eux.
Un silence s'installa à la suite de cette affirmation. Les divers notables du village s'échangèrent des regards incrédules pour s'assurer que l'étonnement était bien collectif.
-S'allier avec... Mais enfin, Sir Sealgair, comment leur faire confiance?
-C'est bien simple, ils ont deux choix: rester seuls et se faire massacrer plus vite, ou nous rejoindre et gagner une chance de s'en sortir. Vous noterez que nous sommes confrontés au même questionnement.
-Mais eux n'ont pas pris la peine de fortifier leur camp.
-Et ensuite? Ils restent nombreux et ça, c'est primordial.
Un nouveau silence se fit, encore plus lourd que le précédent, parce qu'il rendait évidente une nécessité qui n'enchantait personne. Le maire acheva de convaincre les éventuelles résistances.
-Actuellement, il suffirait aux loups-garous de se jeter d'abord sur les gobelins puis sur nous pour en finir, ou l'inverse. Mais en associant nos deux camps, ils seraient confrontés au double d'adversaires en même temps.
-Qu'en pensez-vous?
-Qu'il faut envoyer Sir Sealgair aux gobelins!
Conclut Archibald d'une voix qui retrouvait un brin d'enthousiasme.


Le lendemain matin, les portes s'ouvraient sur le passage de Sir Sealgair, qui se dirigea vers le ruisseau et le traversa à un endroit où l'eau ne dépassait pas les grosses pierres jetées au milieu du cours. Ainsi, il put se diriger vers la colonie des gobelins, non sans une certaine appréhension. En l'apercevant, les petites créatures se figèrent et l'observèrent sans mot dire. Sealgair n'était pas très à l'aise, mais son mépris reprenant le dessus, il refusa de laisser apparaitre sa gêne et poursuivit jusqu'à trouver celui qui ressemblait au chef. Une créature verdâtre massive et couronnée d'un casque en bois lui fit signe de s'asseoir, Sean s'adressa à lui.
-Je suis l'ambassadeur de Warùlfur, comprenez-vous ma langue?
-Autant que nous la parlons.
Répondit le gobelin.
-Je viens en paix, vous apporter une proposition d'entente.
-Dans ce cas, pourquoi un des vôtres ne cesse de brandir une arme à feu vers notre campement depuis que vous êtes là?
Devinant un de ses camarades en train de tendre un fusil depuis les remparts en direction des gobelins, Sean se sentit alors très confus et maudit l'imbécile qui s'était fait repérer. Il avait pourtant ordonné de ne rien faire vis-à-vis des gobelins tant qu'il était en visite.
-Je ne m'en doutais pas. C'est probablement par méfiance. Ils craignent que vous ne me laissiez pas repartir vivant, mais moi je ne le crois pas.-A moins que nous soyez animé d'intentions malveillantes, nous non plus. Parlez, maintenant.
L'Irlandais fit donc part aux gobelins de la motivation qui l'amenait à les rencontrer. Il leur confia les malheurs arrivés au village de Warùlfur et apprit ceux qui avaient touché le propre campement des gobelins. Enfin, Sean leur fit connaître la date à laquelle il pensait qu'aurait lieu l'assaut final des loups-garous.
-En somme, les loups-garous sont autant une menace mortelle pour vous que pour nous.
-Il semblerait, en effet. Ce qui nous amène à votre proposition d'entente?
-Oui. Je crois qu'il est dans notre intérêt à tous de nous allier face aux loups-garous. Pourquoi ne partez-vous pas d'ici?
-Parce que nous n'aurions plus le temps de fuir assez loin avant d'être rattrapés, et nous devons rejoindre une lointaine cité dont les loups barrent la route.
-Dans ce cas, vous n'avez plus le choix, n'est-ce pas?
-Non.
-Joignez-vous à nous, nous nous battrons ensemble.
-De quelle manière?
-Nous accueillerons les vôtres derrière notre forteresse. En échange de notre abri, vous partagerez vos armes et les risques. Nous serons côte à côte lorsque l'ennemi chargera, afin d'être supérieurs en nombre. C'est ce qu'il y a de mieux à faire.
-Je le crois aussi.
Sean se tut. Les gobelins étaient assez avares en matière de discours, du moins celui-ci. Cela permettait de gagner du temps en ne tournant pas autour du pot durant des heures, néanmoins, il y avait de quoi déstabiliser le plus experimenté des diplomates devant tant de brieveté. Au final, Sir Sealgair ne savait pas vraiment s'il avait obtenu l'aide des gobelins, heureusement, leur chef trouva les moyens de se montrer un peu plus précis.
-Nous acceptons votre offre d'entente. Nous allons faire nos préparatifs et nous rejoindrons votre forteresse d'ici quelques jours, avec votre parole que vous nous accueillerez tous jusqu'à la fin de la bataille.
-Je vous le promet.
Le chef gobelin inclina la tête, l'Irlandais en fit de même et ils se serrèrent la main. Sean retourna alors au village avec la certitude d'avoir retardé un peu la mort des habitants de Warùlfur. Maigre satisfaction.


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MessageSujet: Re: Warùlfur Dim 23 Mai - 1:14

La nuit qui allait marquer à jamais la terre de Warùlfur, le buste et la mémoire de Sean Sealgair, commença par un long coucher de soleil que tous suivirent avec beaucoup d'attention, et tout autant d'appréhension. La journée avait été longue, monotone. Le matin, on s'était efforcé de paraitre souriant, de sembler insouciant, mais une peur collective ne pouvait être cachée. Ils étaient tous condamnés, vieux ou jeunes, faibles ou forts, valeureux ou misérables, ils étaient tous réduits au même sort, placés devant le même destin qui se moquait bien des différences. Aussi, au bout de quelques heures, tous avaient du admettre qu'il n'était plus possible de jouer la comédie, pas plus que de travailler, et ils avaient abandonné les petits champs comme la rivière et les bois, et s'étaient réunis pour pleurer ensemble -puisque l'occasion leur était donnée de se rassembler une dernière fois- leur triste sort. Sean Sealgair avait protesté, reprochant aux défenseurs du village de se ramollir par cet étalage de réactions larmoyantes et indigne d'un guerrier sur le point de défendre tout ce qui comptait pour lui, mais même la plus forte des autorités ne pouvait prendre le dessus sur cet irrésistible besoin de se réconforter. En fait, de réconfort, ils s'abandonnaient plus ou moins aux larmes et aux aveux. Comme ils n'avaient pas souvent eu l'occasion de croiser un curé dans le coin, c'était l'occasion pour tous de se confesser un peu, de se dire ce qui n'avait pas été dit. Sans doute, parmi les jeunes, eut-il ce soir plus de couples que durant les dix années précédentes. Lassé, Sir Sealgair s'était retiré dans sa maison où, comme Agoer le maire, et Archibald le menuisier, il n'y avait personne pour partager leur solitude. Finissant par admettre leurs propres faiblesses en dépit de leur caractère, les trois hommes s'étaient réunis chez Sean, autour de la table.

-Notre dernier conseil de guerre... soupira le menuisier, la tête enfouie dans les bras.
-Je vous en prie, Archibald! Nous ne sommes pas encore morts. Protesta Sean avec vigueur. Je vous ai connu plus combattif, notamment quand il s'agissait de me contredire!
-Si vous saviez tout ce que je donnerai pour avoir l'occasion de vous affronter de nouveau, Sir Sealgair!
-Et moi donc. Malheureusement, j'ai l'impression qu'il ne faudra pas trop compter sur vous pour nous le permettre.
Indigné, le gros bonhomme releva un visage dont les joues s'empourpraient sous l'effet d'une hargne grandissante.
-Seriez-vous en train d'insinuer que je ne vaux plus rien? Que Warùlfur ne pourra pas compter sur moi?
-Il suffit de vous regarder pour en avoir le coeur net!
-Ah! Ca, c'est trop fort!
Furieux, il s'était vivement relevé en poussant sa chaise et, bombant le torse, il déclara.
-Même dans votre demeure, je ne vous permettrai pas de m'insulter, m'entendez-vous, Sean?
Pour toute réponse, l'envoyé du Ministère eut un sourire franc et déclara, amical:
-Vous voyez, Archie, c'est comme ça que je vous aime. Et quand les loups-garous seront là, je compte sur vous pour les détromper aussi.
D'abord consterné, puis amusé, le costaud eut un bon rire auquel se joignit Agoer, et retourna à sa chaise. Le reste de la soirée, ils le passèrent à vider une bouteille d'un alcool local mauvais mais fort revigorant, et échanger des commentaires réjouis autour de leur amitié et de la fierté d'être Irlandais, et tout autre sujet sur lequel pouvaient s'entendre ces trois caractères forts.
Quand le soleil eut complètement disparu du ciel grisâtre, l'arrivée de la lune s'annonça peu après l'apparition d'une brume ne retirant rien à la peur qui agitait les cœurs de Warùlfur. Sir Sealgair, Agoer et Archibald trouvèrent les gens du village massés sur la place, recroquevillés les uns contre les autres. Encore un peu sous l'effet de l'alcool fraichement absorbé, Sean tempêta et les fit sursauter.
-Et alors, c'est de cette manière que vous comptez défendre notre village? Pourquoi ne pas leur avoir ouvert les portes si vous tenez tant à précipiter votre fin?
Avisant les gobelins, placés en rangs ordonnés un peu plus loin, Sir Sealgair s'adressa à leur chef à vive voix, pour que tous puissent l'entendre.
-Et vous, gobelins, est-ce qu'on peut compter sur vous ou bien avez-vous également oublié le combat?
-Nous tiendrons notre promesse, désignez-nous nos postes et nous irons.
-Mettez les archers sur les murs, réunissez tous les projectiles que vous pourrez trouver et placez le reste de votre troupe près des portes. La forêt est plus dense dans cette direction, c'est probablement de là que surgiront massivement les monstres.
Les gobelins se mirent en marche et suivirent les instructions de l'Irlandais, répétées par leur chef. Tandis qu'ils se mettaient en place, les habitants de Warùlfur se jetaient des regards perplexes. Ayant perçu leur tourment, Archibald tonna de sa voix d'ours.
-Et alors, bande de poltrons, qu'est-ce que vous attendez pour tenir votre place?
Ce fut la décharge nécessaire pour éveiller les défenseurs de Warùlfur. Ils se levèrent précipitamment, sous les yeux satisfaits du menuisier, dont Sean tapa l'épaule d'un geste amical. Ce dernier prit la relève et au fur et à mesure qu'il distribuait les ordres, l'enthousiasme parut revenir. La mort n'était plus très loin mais de nouveau, on retrouvait l'idée d'y faire face avec quelques cadeaux et parades.
-Équipez-vous de ce que je vous ai appris à manier. Les fourches et les hallebardes sur les murs, ainsi que les tireurs. Les lames courtes en réserve. Les grenadiers dans la tour.
L'heure n'étant plus à la discussion, encore moins à l'hésitation, les hommes se mirent en branle et rejoignirent les postes qui leur étaient assignés selon leur arme. Quelques minutes après, la lune était devenue nettement visible dans le ciel, les gens de Warùlfur, devenus soldats pour une nuit, se tenaient sur les remparts, immobiles, éclairés à la lueur de quelques torches dont la présence -espérait-on-, effraierait les loups-garous. Présent sur les remparts, Sir Sealgair distribuait ses derniers encouragements à vive voix.
-Il parait que les loups-garous ne meurent que d'une balle en argent, j'attends de voir s'ils se portent toujours aussi bien avec une flèche en travers de la gorge ou une hallebarde dans l'estomac! M'avez-vous compris? Vous devez en abattre le plus possible avant qu'ils n'atteignent les murs, visez la gueule, les jambes si vous pouvez, mais ne perdez pas de temps, touchez-les, où que ce soit, touchez-les! Si les monstres atteignent le pied des murs, érigez un mur de piques contre lequel ils s'empaleront. Ne les laissez pas vous atteindre... Et surtout, ne pas vous mordre...
Sean ne jugea pas nécessaire de préciser que si cela arrivait, alors la mort était préférable. Toute morsure d'un loup-garou était une condamnation à rejoindre prochainement cette engeance, c'est de cette manière que se transmettait la malédiction. Alors que l'Auror achevait de donner ses recommandations, un long et sinistre hurlement s'éleva dans les airs, annonçant l'arrivée proche des hostilités.
-Bon courage!
Sir Sealgair se tut. Des dizaines de loups s'étaient joints en chœur à l'appel du premier. Ce concert sous la lune dura plusieurs longues secondes et fit frémir bien des hommes et des femmes. Sean devait admettre une certaine majesté à ce chant, et regretta de n'avoir pas fait préparer des tambours pour y répondre. Hélas, on ne s'improvise pas chef de guerre du jour au lendemain sans insuffisances. Les cœurs se mirent à battre, des ombres se dessinaient à l'orée des bois. L'époux de Moira ne s'était pas trompé, les monstres arrivaient bien de l'endroit estimé, là où la forêt était la plus dense. La défense avait été divisée en trois. Archibald le menuisier dirigeait l'aile ouest, Agoer l'aile est et Sealgair tenait la partie centrale de la palissade. D'un cri horrifié, une femme annonça l'apparition des monstres. En effet, une silhouette massive, inhumaine, s'était avancée dans la neige, à quatre pattes, la gueule béante. Sean sentit que l'effroi se répandait dans son armée, et s'écria:
-Restez à votre place! Ne tournez pas le dos! Armes en joue!
Les voix d'Archibald et Agoer firent écho à l'ordre de Sealgair. Dans un mouvement uni, des dizaines de gueules d'acier et de pointes acérées s'abaissèrent dans la direction où surgissaient de nouveaux loups.
-Prêts!
Les créatures étaient une quinzaine à avancer doucement sur le terrain séparant la forêt de la palissade. Les gorges se nouèrent. Le loup-garou qui menait la marche avançait toujours, il s'était dressé sur ses deux pattes arrières et pour présenter son corps impressionnant à ses futures victimes, avec l'espoir de les intimider. En vérité, à cet instant, la seule préoccupation des spectateurs était de le voir progresser sans dévier d'un pas. Ce que le monstre fit, et le miracle s'accomplit quand il posa la patte sur un endroit où la neige était retournée. Sous son poids, le sol s'effondra et le loup disparut dans un trou. Sa longue plainte signifia que le piège avait fonctionné, il s'était empalé sur le pieu sournoisement camouflé. Ce spectacle gonfla les défenseurs de Warùlfur d'ardeur, cependant les camarades du défunt trouvèrent également dans cette surprise un souffle nouveau, qui leur mit un peu plus de rage encore. Ce fut à ce moment que la bataille commença réellement. Furieux, les bêtes se mirent à courir et Agoer, Archibald et Sean crièrent à l'unisson:
-Feu!
Pendant trente secondes, les coups de feu claquèrent ainsi que les arcs et les arbalètes, cinglant les loups-garous de projectiles dont la diversité illustrait des siècles d'inventivité chez les hommes. Balles, flèches et carreaux mirent à terre cinq des monstres. Mais les autres progressaient toujours, et il était long de recharger.
-Dépêchez-vous! Feu! Feu!
La salve suivante fut moins nourrie, moins dense, du fait d'armes rechargés à la hâte et donc avec plus de difficultés. Deux autres bêtes trouvèrent la mort dans cette nouvelle averse de métal. Ce qui n'empêcha pas le horde de se trouver au pied du mur et Sean oublia tout espoir de tirer une dernière salve.
-Hallebardes!
Cette fois, ce fut une barrière de lames menaçantes qui s'abaissa vers les loups. Poussés par leur élan, ces derniers voulurent bondir contre le mur et se blessèrent sérieusement contre les piques qui les recevait hargneusement. Toutefois, il y avait une telle force en chacune de ces créatures que plusieurs hallebardiers furent repoussés en arrière par le choc. Même avec une lame en travers de l'épaule, les monstres parvenaient à grimper et repousser la défense. Déjà, une première patte griffue se posait sur le sommet de la palissade. Sean saisit sa baguette et lança un sortilège qui fit lâcher prise au loup. La bête s'écrasa lourdement au sol, se releva dans les deux secondes qui suivirent.
Depuis la tour, les grenadiers jetaient avec toute la précision qu'ils pouvaient des engins de morts au delà des remparts, soulevant monstres et neige au cours d'explosions effroyables. Mais ce n'était toujours pas suffisant pour arrêter l'assaut. Constatant qu'en dépit des sortilèges et des piques, les loups réussissaient quand même à escalader le mur, Sean poussa un dernier ordre.
-Épéistes, en renfort!
Les hommes restés en réserve montèrent au combat en poussant un cri uni de rage. Ils se heurtèrent aux loups avec une telle hargne qu'ils repoussèrent plusieurs de l'autre côté des remparts. Seulement, l'effet de surprise évanoui, la supériorité des bêtes se réaffirma très rapidement. Déjà, les défenseurs quittaient le chemin de ronde pour gagner le village où ils se regroupaient précipitamment. Sir Sealgair comprit que la survie de Warùlfur ne tiendrait plus en la protection de ses murs. Il saisit la torche d'un de ses camarades et mit le feu au bois de la palissade. Aidé par un sortilège, le feu se répandit rapidement et embrasa une partie des remparts, affolant quelques loups obligés de battre momentanément en retraite pour ne pas flamber joyeusement. L'aile Est venait de céder sous les coups de l'envahisseur. Archibald et ses soldats abandonnaient l'aile Ouest pour venir soutenir les autres combattants du village. Sir Sealgair voulut proférer quelques consignes, quand il entendit un violent grondement derrière lui et eut la désagréable surprise, en se retournant, de tomber nez-à-nez avec un de ces monstres carnassiers. Vue de près, la bête était encore plus intimidante. Après quelques secondes de paralysie, l'Irlandais pointa sa baguette mais reçut un coup de patte avant de pouvoir l'agiter. Simplement sonné, il fut repoussé en arrière juste avant que son ennemi ne bondisse sur lui et l'entraine dans sa chute. Sean et le loup s'écrasèrent ensemble sur le sol enneigé de la place du village, où s'affrontaient les autres dans un combat sanglant et nettement désavantagé pour les hommes. Étalé, Sealgair crut que la mort était inévitable quand il vit la gueule du monstre le frôler, mais avant de recevoir un coup de dents, la bête glapit et fut arrachée du sol. Elle rebondit quelques mètres plus loin. Se relevant, l'Auror découvrit Archibald, baguette levée, un rictus de fauve aux lèvres.
-Vous voyez, Sean, j'ai retenu vos leçons.
-Je ne peux qu'apprécier vos...
Mais avant que Sealgair ait achevé son compliment, le menuisier eut un mouvement de stupeur. Dans son dos, Sean sentit un souffle puissant. Il fut bousculé par une masse qui, lancée à une vitesse effrénée, se rua sur l'ami de Sealgair sans qu'il n'ait le temps de réagir. Les grondements suivis d'une sinistre plainte indiquèrent que le règne d'Archibald le bûcheron touchait à sa fin. Horrifié, l'Auror eut la voix brisée.
-Archie...
La bête se retourna, dévoilant une gueule couverte de sang. Sean sentit autant de dégoût que de haine l'envahir.
-Immonde saloperie!
De sa baguette, il infligea au monstre un violent sortilège qui lui brisa la patte. Sean se précipita sur un pistolet abandonné au sol et logea une balle dans le museau de la bête, sans parvenir encore à la tuer. Cette fois, le loup baignait de son propre sang, mais ses gémissements n'enlevaient rien à sa soif de chair humaine et il fit mine de bondir. Il reçut un nouveau projectile qui l'atteignit à la poitrine. Cette fois, il faiblit nettement. Vindicatif, Sealgair leva de nouveau sa baguette. Avant de l'abaisser, il reçut de plein fouet le corps du loup qui se précipitait sur lui. Entrainé au sol, il n'eut pas le temps de comprendre ce qui lui arrivait. Une patte sertie de longues griffes semblables à des poignards déchira l'épaule de Sean qui s'évanouit, ses dernières pensées allant vers Moira qu'il rejoindrait bientôt. Ses yeux ne voyaient plus que la lune ronde et pâle, spectatrice éhontée de ce théâtre indécent où des dizaines de vies se déchiraient pour elle.
L'instant d'après, Sean Sealgair avait quitté le monde éveillé.


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MessageSujet: Re: Warùlfur Mar 1 Juin - 17:41

De deux années plus jeune que Sean, Moira était une jolie fille, même en vieillissant. Elle avait de longs cheveux bruns, rougissant vaguement par endroit, dont sa fille Maureen avait hérités -fort heureusement pour elle car son père tendait plutôt à perdre les siens!-, et un corps agréable à détailler. Dès son enfance, Moira avait fait battre bien des cœurs, et son charme s'était renforcé avec l'âge, au point que son arrivée au bureau des Aurors avait suscité de nombreux prétendants parmi les mâles, et engendré tous les conflits qui allaient avec. Mais issue d'une bonne famille, la jeune irlandaise ne se laissait pas approcher facilement et un seul homme était parvenu à briser sa défense. Aujourd'hui encore, Sean en ressentait beaucoup de fierté. Il n'était pas le plus beau, pas le plus fort, mais son caractère, aidé d'un amour commun pour l'Irlande natale, avait su faire la différence avec les autres rivaux auprès de la demoiselle. Se réveiller chaque matin auprès d'elle, avoir chaque jour comme première vision celle de ses yeux éclatants emplissait son mari d'orgueil. Ce qui envoûtait le plus Sean chez sa femme, c'était sans nul doute ses yeux bleus pâles.
Ce matin, ils apparaissaient plus lumineux et immenses que jamais, ses yeux. Encore à moitié perdu dans ses songes, il avait l'impression de nager dans la mer bleue de ses iris. C'était un océan paisible, désert, Sealgair s'y serait noyé, comme à chaque fois qu'il croisait le regard de sa femme, il n'avait plus pied. Il se laissait engloutir par les eaux sans suffoquer, sans avoir froid, ce monde là ne représentait aucun danger. Il fallait quand même qu'il en émerge au bout d'un moment, quand sa femme se chargeait, toujours, de le rappeler à la surface d'une voix douce qui annonçait alors le début d'une nouvelle journée. Un fin sourire se dessina sur les lèvres de Sean, il entendait un murmure. Ils avaient encore passé une belle nuit ensemble, plus belle que jamais. L'époux de Moira sentait la fraicheur l'envahir, la lumière s'intensifier, le murmure se rapprocher. Elle allait l'appeler. Pourquoi ne le faisait-elle toujours pas? Sean sentait son corps, il lui donnait des sensations vertigineuses par endroit, elle était appuyée contre son épaule gauche. Son regard était toujours rivé sur le sien. Lentement, il s'éveillait, et les yeux de Moira lui semblaient de plus en plus infinis au fur et à mesure qu'il ouvrait les siens.
Complètement éveillé, Sir Sealgair connut un long moment d'égarement. Où qu'il déposa son regard, il était toujours perdu dans la lumière des yeux de sa femme. Est-ce qu'il délirait? Il remonta sa main pour la déposer sur le dos de sa compagne, là où il la sentait reposer, contre son épaule, mais à sa grande surprise, il ne trouva que la froideur de son propre corps et une immense douleur qui lui arracha un gémissement. Où était Moira? Sean comprit alors que durant tout son éveil long et difficile, le ciel et les yeux de sa femme n'avaient fait qu'un, probablement au moyen d'une puissante fièvre que l'Irlandais ressentait aussi bien que le froid, à présent. Lui qui s'était cru dans son lit, il prenait soudainement conscience qu'il n'avait pour seuls draps que la neige, pour seule compagne que la lumière du ciel. Et les murmures?
-Celui-là vit encore! S'exclama une voix rauque et traînante, dont Sealgair, incapable du moindre mouvement, ne parvenait pas à identifier l'origine.
Il restait allongé dans la neige, sans réussir à se relever, sans même le vouloir. Les évènements de la nuit lui revenaient en mémoire et achevaient de chasser l'illusion qui avait bercé son sommeil. Des gens approchaient, il entendait leurs pas. Il ne voulait pas les voir, il ne voulait pas être secouru. Ce qu'avait dit la voix, Sir Sealgair le refusait de toute son âme. Il ne voulait pas vivre encore, c'était trop dur. Mais la mort l'avait épargné cette nuit, et il semblait qu'on ne discutait pas avec ses décisions. Si Sean devait survivre...
-Il survivra! La blessure est grave mais il n'est pas trop tard.
Trois têtes s'étaient penchées au-dessus du visage de Sealgair. Durant quelques secondes, il se crut encore emporté par sa fièvre, car ses trognes n'avaient rien d'humain. Il comprit finalement qu'il s'agissait de gobelins.
-Emmenez-le au chaud! Ordonna une seconde voix.
Sans pouvoir se débattre, Sean sentit qu'on soulevait son corps avec beaucoup de précautions mais sans l'autoriser à se défendre. Il était emporté comme un vulgaire cadavre. Le voyage lui permit de saisir par endroit la vision de quelques corps étendus dans la neige, il distinguait des hommes ravagés, mais aussi des bêtes. Ces dernières agitaient l'Irlandais de réactions brutales. Entre ses dents, il marmonnait des injures.
-Saloperies... infâ... mes... sal...
On le déposa dans un bois, contre le sol préalablement couvert d'un tapis, ou bien d'une fourrure, Sean avait une perception hésitante des choses. Sans qu'on lui demanda son avis, on lui ôta ce qui lui restait de chemise et administra une paumade qui lui fit ressentir mille douleurs, avant de lui passer un bandage. L'opération était douloureuse, et si Sealgair protestait, il savait qu'on la faisait dans son intérêt.
-Lâchez-moi...
-Vous revenez de loin, Sir Sealgair.
Il s'efforça de garder les yeux ouverts pour observer le nouveau personnage qui lui parlait. Il reconnut le chef des gobelins, ce costaud agenouillé.
-Où sommes-nous?
-Toujours à Warùlfur.
Sean voulut se redresser brusquement en entendant ce nom, mais n'y parvint guère et s'exclama, comme piqué:
-Le village!
-Ce qu'il en reste...
-Je veux le voir, laissez-moi y aller! Je veux...
-Non! Il n'y a rien à voir.
Le chef s'était exprimé sans hausser le ton, mais assez fermement pour que l'Irlandais se taise. Ce dernier commençait à réaliser ce que signifiait ces paroles.
-Il... il est...
Il ne put aller jusqu'au bout de son idée. Le gobelin s'en chargea pour lui.
-Détruit, oui. Et le voir ne vous apportera rien. Tout a été saccagé, pillé, brûlé. Nous sommes en train de chercher les survivants.
-Les survivants?
-Quatre. Cinq avec vous. Peut-être plus si mes guerriers en trouvent d'autre, mais j'en doute. Cela fait plus de six heures que nous cherchons.
-Non... Non!
Par ce simple cri, Sean espérait peut-être chasser la fatalité. Mais en homme sensé, malgré la fièvre et la fatigue de ses blessures, il savait.
-Nous, les gobelins, avons réussi à fuir quand le dernier homme est tombé, nous avons gagné les bois et attendu la fin de la nuit, que les loups-garous repartent. Alors nous sommes revenus chercher les restes...
-Je les hais!
Dans cette exclamation de fureur, Sir Sealgair s'adressait tout à la fois aux monstres qui avaient saccagé Warùlfur, aux gobelins qui avaient quitté la bataille, au Ministère qui n'avait pas donné de renforts. Un ensemble de causes qui expliquaient aux yeux d'un Sean usé cette catastrophe. Où étaient ses amis de Warùlfur? Qui avait bien pu survivre? Le chef des gobelins se proposa de le lui faire savoir, mais il refusa et lui demanda assez séchement de le laisser. Resté seul, Sean crut qu'il allait se mettre à pleurer. Mais au milieu de ces gobelins qu'il méprisait, il n'aurait su s'abandonner à une telle humiliation. Vaincu par la fièvre, Sean se rendormit avec l'espoir vain de retrouver une Moira à jamais disparue dans son sommeil.

Quand il fut de nouveau réveillé, il dut admettre qu'il se trouvait bien dans le monde réel. Le village qu'il s'était juré de défendre n'existait plus, sa population dévorée, exterminée. Y avait-il des fins plus affreuses, plus révoltantes? A plusieurs reprises, Sean s'imagina se relever, saisir la première arme qui lui tomberait sous la main et exécuter tous les lycans qu'il parviendrait à trouver, mais ses jambes refusaient toujours d'obéir. A son grand désarroi, il n'avait plus d'autre choix que rester allongé et immobile, puisqu'on ne lui laissait même pas le droit de mourir. Sir Sealgair crut être victime d'une nouvelle hallucination quand il entendit une voix chaude et familière s'adresser à lui.
-Je suis bien content de vous retrouver, Sean!
-Agoer!
Sir Sealgair eut une exclamation stupéfaite en découvrant le visage de son ami. Le maire était dans un état effroyable, la joue bardée d'une longue griffure, sans compter les nombreuses plaies qui le couvraient du menton au front.
-Alors vous avez survécu!
-Oui...

Tout comme Sean, il ne parut pas en ressentir un franc enthousiasme. Du fait de la présence de son ami, l'époux de Moira retrouva son sang-froid.
-Ca n'a pas l'air de vous réjouir plus que ça.
-Je ne sais pas. Si vous aviez vu le village et...
-Je sais, mon ami, je sais. Taisez-vous, vous vous faites du mal. Aidez-moi plutôt à me relever.
Tant bien que mal, les deux blessés parvinrent à se soutenir jusqu'à ce que Sean retrouve un équilibre fort précaire, mais suffisant du moment qu'Agoer ne le lâchait pas. Bras dessus, bras dessous, ils firent quelques pas difficiles. Devant leurs yeux apparaissait au loin, derrière un rideau de sapins, l'endroit qui avait servi de scène au massacre de leurs camarades.
-C'est moche, hein?
-On peut le dire.
La voix du maire se fit larmoyante et son compagnon crut qu'il allait se mettre à pleurer, sans doute n'en était-il pas loin.
-Ils sont tous morts, Sean! Tous! Même Fergus, mon adjoint... Lui que je ne cessais de traiter comme un idiot... Si j'avais su que je ne le reverrai...
Sean serra un peu plus son ami pour le forcer à se taire. Ses paroles lui crevaient le coeur et il ne pouvait supporter de les entendre, même si cela le délivrait en partie.
-Les gobelins m'ont dit qu'il y avait d'autres survivants.
-Oui. Il y a les frères O'speen et le vieux Brice... Mais celui-la refuse qu'on le soigne. Il veut se laisser mourir, je crois qu'on ne l'en empêchera pas... Et la fille des O'mera. Je n'ai pas revu Archie...
-Ne cherchez pas, Agoer.
-Lui aussi?
Ils échangèrent un regard atterré.
-C'est mieux pour lui, croyez-moi. Quand je me suis évanoui, Agoer, j'ai revu Moira...
-Allait-elle bien?
-Elle souriait.
Durant les heures qui suivirent, les deux hommes dialoguèrent sans trop distinguer le réel de l'illusion, ils parlèrent des morts comme s'ils étaient vivants, une manière de se soulager, d'oublier un temps qu'ils étaient seuls. Tous les habitants de Warùlfur furent glorifiés, même ceux qui n'avaient jamais été tellement appréciés étaient parés de toutes les vertus, parce qu'en cet instant, Sean et Agoer n'auraient su décrier un mort. Il fallait que l'autre soit à jamais parti pour qu'on se rende compte à quel point sa présence était précieuse. S'asseyant sur un tronc couché en travers du chemin, le maire soupira et fit une confidence.
-Je me demande si je ne vais pas me laisser mourir aussi. Au fond, le vieux Brice a raison.
-Ne dites pas des sottises!
-Des sottises? Vous auriez le coeur, vous, à le forcer à vivre?
-Il a fait son temps, lui. L'heure du repos vient à point nommé. Mais pas pour vous, ni moi.
-Je n'ai plus envie, Sean. J'ai tout perdu, en dehors de Warùlfur, rien n'existe pour moi.
-Vous apprendrez à vivre avec autre chose.
-C'est facile à dire pour vous, vous venez d'ailleurs!
Il répliqua froidement.
-Dois-je vous rappeler la mort de Moira?
Agoer se tut, soudain conscient de son injustice.
-Je venais d'ailleurs, mais j'avais beaucoup d'affection pour le village et ses habitants. Je croyais l'avoir démontré par mon implication...
-Oui, Sean, pardonnez-moi. J'ai été stupide, c'est l'émotion.
Sean chassa l'incident d'un geste de la main, signe qu'il était clos.
-Quand je l'ai perdue, j'ai cru qu'il n'y avait plus rien, j'ai voulu disparaitre. Mais je vis encore et je m'aperçois que c'est préférable, pour ma fille par exemple. Il ne faut pas penser qu'à nous, Agoer. Vous vous en rendrez compte dans quelques jours.
-Vous avez raison, mais c'est difficile.
Sir Sealgair acquiesça de la tête et changea de sujet. Il n'y avait pas d'intérêt à se perdre dans les lamentations et les doutes.
-Savez-vous ce qu'il va se passer maintenant?
-Je crois que les gobelins ont prévu de partir, dès qu'ils auront rassemblé tout le nécessaire.
-Ils espèrent fuir les loups?
-Oui. Le chef nous réunira tous ce soir.


Effectivement, à la tombée de la nuit, les survivants du massacre s'étaient rassemblés autour d'un grand feu de camp, en cercle. Les gobelins n'étaient pas loin d'une trentaine et Sean et les siens ne purent s'empêcher de mettre un nombre si élevé à leurs yeux sur le compte d'une lâcheté qui les avait poussés à partir avant la fin. Instinctivement, les quatre humains s'étaient mis côte à côte. Seul Brice, le plus vieux, n'était pas là. Il avait succombé à ses blessures dans la journée et on l'avait enterré. Le chef des gobelins prit la parole, s'adressant à tous, mais le regard fixé sur Sean Sealgair.
-Nous partirons dès le lever du jour en emportant le strict nécessaire, vivres et armes. Nous avons des cartes, nous savons comment quitter la région, mais il est tout à fait probable que les loups-garous nous suivent.
-La ville la plus proche se trouve très loin d'ici
, remarqua Sean. Nous ne pourrons pas distancer les monstres avant d'avoir trouvé un refuge sûr.
-Nous allons quand même essayer, nous suivrez-vous?
-Pas avant d'avoir rendu à nos morts les derniers honneurs.
-Vous êtes braves, mais nous ne vous laisserons que cette nuit pour le faire. Nous ne pouvons partir trop tardivement, ce serait donner un avantage supplémentaire aux loups.
-Nous devrions profiter de leur état humain pour les exterminer au lieu de fuir!
-Avec une armée décimée, exténuée et blessée? Ils auraient le dessus.
Sean n'insista pas, se souvenant qu'il avait lui-même usé de cet argument face à Archibald, lors d'un conseil de guerre. Le chef des gobelins avait raison et Sealgair était assez intelligent pour le reconnaître. Le lendemain de pleine lune, les loups-garous étaient très faibles, mais toujours plus nombreux et disposant de caractéristiques supérieures, alors que dans le camp d'en face, ils n'étaient plus capables de livrer le moindre combat.
Il n'en restait pas moins que tôt ou tard, les loups finiraient par rattraper la colonie, et leur sort serait le même, voire pire puisqu'ils profiteraient encore des effets de la lune. Cependant, ni Agoer ni Sealgair, pas plus que les trois autres se sentaient le courage de rester à proximité de l'endroit où s'était joué le massacre des leurs.
Le départ fut donc accepté.
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Warùlfur

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