L'affrontement était de plus en plus intense. On avait même abandonné les sortilèges pour en venir aux mains, à la manière moldue. S'il fallait se rabaisser à ces mœurs barbares pour venir à bout du vieillard, alors soit, il se ridiculiserait.
Le nuage de poussière était aussi sombre et dense que celui qui envahissait son esprit. Il ne savait même plus ce qu'il faisait. Il encaissait et donnait les coups comme un être inanimé, son corps tellement ampli de douleur qu'il ne sentait plus les nouvelles arrivées de souffrance. Il s'en prenait autant qu'il en donnait, mais au final, il ne faisait aucun doute qu'il était plus à l'aise avec une baguette. Il était un peu comme un oiseau au sol. Il pouvait marcher, se déplacer plus ou moins aisément, mais jamais il ne se mouvait aussi bien que dans l'air, où il était alors libre de tout mouvement.
Les flammes vertes de la cheminée s'extirpèrent du décor gris et le crépitement du feu cria à l'oreille d'Isidro que le danger de fuite était imminent. Il lança un électro vers Persbury. Il devait le tuer maintenant. Il n'avait plus une minute à perdre.
Même si le sort ne lui offrit pas le bonheur de toucher son adversaire, il eut au moins le mérite de l'empêcher de s'en aller. Comme plainte, Persbury lui lança une menace pathétique.
-Tu croyais le posséder ?
Avant même ce combat, il n'envisageait pas la défaite. Durant, il évitait d'y penser, mais jamais il ne fut parcouru par le doute. Il était évident à ses yeux qu'il fallait un mort, soit lui, soit Persbury. Et si vous voulez son avis, mieux valait Owen.
Il vida son esprit de toutes pensées, qu'elles soient positives ou négatives. Il se concentra. À l'idée d'ôter la vie, un sourire vainqueur apparut sur sa face.
-Volate Ascendere !
Persbury s'éleva dans les airs avant de s'écraser contre le mur comblé d'étagères, puisque son corps inerte tombe lourdement au sol.
Terminé...
La respiration d'Isidro était à présent le seul bruit que l'on pouvait entendre -sans tendre l'oreille- dans la boutique ou ce qu'il en restait. Il se laissa tomber au sol dans les débris de bois. Dans la cheminée, le feu magique brûlait toujours. Son corps le faisait toujours souffrir, pire, il était une souffrance. Il se redressa pour s'asseoir. D'un mouvement de baguette et d'un sort muet, il éteignit le feu. S'il en traînait encore un ou deux, il ne pourrait pas s'enfuir par là.
Sa tâche n'était pas totalement terminée. Il lui fallait ramener Persbury -ou ce qu'il en restait- aux siens, pour attester de sa mort, et donc, de sa réussite. Dans un grognement sourd, il se releva. Sa tête lui tournait et le goût du sang avait envahi sa bouche. Il ouvrit la porte d'une simple oscillation du poignet puis souffla un sort de lévitation en pointant sa baguette vers la dépouille et la jeta dans la rue. Là, au moins, on la verrait. Quelques cris d'affolement lui indiquèrent que la foule s'était écartée à la vue du cadavre. Persbury avait été plus utile pour le régime après cinq minutes de mort qu'en tant d'années de vie. Avant il voulait être un exemple, un mauvais exemple, maintenant, il servait d'exemple.
Il sortit à son tour de la boutique et respira une grande bouffée d'air frais. À ses pieds, sa première victime en l'honneur du Seigneur et sous ses ordres. S'il avait pu, il aurait pris une photo.