POUDNOIR
Cher (e) Sorcier (e),
Tu viens de débarquer dans un monde de la Magie subissant la dictature cruelle et sanglante de Lord Voldemort !
Un Monde où tout n'est que pouvoir, les faibles ne survivent pas ou suivent péniblement les forts.

Poudnoir est un forum qui se veut le plus réaliste possible ainsi la violence des combats et l'atmosphère de cette dictature est retransmise le mieux possible.
Auras tu le courage de nous rejoindre ?
Forum RPG Harry Potter Post-Bataille de Poudlard

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On a toujours besoin d'un plus grand que soi (DSC)

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Aileas d'Huntingdon


MessageSujet: Re: On a toujours besoin d'un plus grand que soi (DSC) Ven 8 Fév - 21:07

Rejet.

Aileas s'y attendait. Elle ne s'attendait juste pas à ce qu'il la rejette de cette manière. Elle pensait qu'il irait chercher les raisons pour les modeler et réagir selon ce que la jeune fille accepterait dans sa logique. Elle aurait également pris cela comme un rejet, une manière de l'arrêter avant qu'elle n'arrive dans un cercle dans lequel il n'avait pas envie que les autres entre. Aileas connaissait cette limite. Cette limite où à un moment on ne veut qu'une seule chose c'est que l'autre soit expulsé par tous les moyens. L'autre jour quand Billy avait voulu s'interposer dans sa discussion avec mademoiselle Sweet, quand il avait voulu l'espace d'une seconde lui imposer une logique qu'elle ne concevait pas, elle avait ressenti ce besoin et s'il ne l'avait pas lâché, elle savait qu'elle aurait sorti sa baguette et là qui sait ce qu'elle aurait fait.

Alors qu'il tenait sa main à distance de son visage, alors que ses yeux qui ne lâchaient pas les siens et qui pour une fois semblaient vouloir transmettre quelque chose, Aileas sentait cette tension. Il y avait donc des moments où même lui ne pouvait plus tout contrôler aussi parfaitement qu'il le souhaiterait. Pourtant il paraissait toujours aussi calme. Était-ce ainsi qu'elle paraissait à Billy ? Non. Billy elle l'aurait écrasé sans chercher plus loin, juste parce qu'elle en avait besoin. Là Aileas sentait qu'il se passait quelque chose. Bien que la main qui la tenait soit gelée, elle sentait le sang battre dans les veines plus rapide que ses propres battements de cœur. Elle agissait. Lui faisait appel à son esprit pour se contrôler. Il ne contrôlait donc pas seulement les autres. Il ne rejetait pas seulement les autres. Il rejetait une partie de lui aussi.

L'homme lâcha sa main et détourna le regard avant de se lever, de ranger toute la pièce. Il reprenait le contrôle. Contrôle qu'Aileas n'avait à aucun moment souhaité lui retirer. Si c'était ainsi qu'il fonctionnait, elle n'allait pas s'interposer. Même si c'était elle qu'il souhaitait contrôler qu'il fasse selon son désir, elle n'irait pas se protéger derrière des boucliers, elle n'en ressentait pas le besoin. Car il contrôlait tout en s'inscrivant dans la logique des autres. En soit il ne venait pour l'instant en rien bousculer ce sur quoi elle avait bâti son univers alors pourquoi se protéger de lui ? Il avait très certainement le pouvoir de l'écraser en moins de temps qu'il lui en faudrait pour le dire. Mais il était ainsi alors pourquoi aller contre ?

Le contrôle de nouveau dans ses mains, l'homme l'invita à sortir de la pièce. Aileas s’exécuta donc. L’ascenseur, le hall, Aileas les connaissait déjà par coeur et pourtant elle prenait toujours la peine de les observer car elle ne voyait pas forcément les choses de la même manière d'un jour à l'autre. Même les choses qui paraissaient les plus immuables, elle ne pouvait se permettre de dire qu'elle les connaissait. Une vie était trop courte pour tout connaître car l'on ne connaissait même pas vraiment les choses les plus proches de nous.

Comme cette main qu'elle mit de nouveau dans celle de Tryan de SaintClair. C'était définitivement la même main que l'instant d'avant. Et pourtant tout à l'heure sa main à elle lui avait semblé de nouveau si petite dans celle de l'homme qui s'était faite étau de glace, prison pour ne pas qu'elle puisse aller plus loin. Ici c'était juste une main posée là par nécessité, celle de Tryan de SaintClair ne lui paraissait plus aussi froide même si elle restait fraiche, la sienne lui paraissait plus libre. Libre de se retirer alors que précédemment même si elle l'aurait voulu, elle savait qu'elle n'aurait pu.

Ils transplanèrent deux fois. Ce ne fut qu'une fois qu'ils se retrouvèrent dehors qu'Aileas eut réellement l'impression d'être ailleurs. Pas tellement parce qu'elle se savait être en France, lieu où elle ne s'était absolument jamais rendu mais plus parce qu'elle n'avait pas mis le nez dehors de la journée. Passée du château au ministère sans avoir besoin de mettre un seul pied dans le froid de cet hiver qui durait. Et la voilà dehors sans avoir vu le jour si ce n'était depuis sa fenêtre. Enfin ce n'était pas grave cette nuit était suffisamment belle pour faire oublier toutes les journées grises et nuageuses que leur offrait Londres ces dernières semaines. Ils n'avaient même pas eu le droit ces derniers jours à une belle neige comme celle-ci. Tout en profitant un peu de ce temps presque hors du temps, Aileas suivit sans vraiment y faire attention le français.

Finalement avant qu'elle ne s'en rende vraiment compte, ils étaient passés d'un extérieur entre blanc et noir à un intérieur éclairé où l'ambiance en raison des couleurs était beaucoup plus chaude. C'était un aujourd'hui plein de découvertes décidément. Plus que d'habitude en tout cas car Aileas passait rarement une journée sans découvrir quoi que ce soit. Les mots échangés l'étaient évidemment dans une langue qui échappait totalement à Aileas mais cela ne la perturbait pas, elle aimait bien ces sonorités différents, entendre des sons qu'elle serait bien incapable de reproduire. Quant à l’absence de compréhension... elle trouvait cela à la limite plus normal de ne pas comprendre une langue étrangère que les mots de sa propre langue et ces sons sans sens pour elle faisaient comme une musique reposante.


« Probablement la meilleure table de Paris … et comme il se trouve que j'ai plutôt faim, et qu'il aurait été dommage de me priver de votre compagnie, j'ai trouvé le compromis intéressant. »


Avoir faim. Oui c'était tout compte fait une bonne raison pour aller manger. Le corps d'Aileas avait depuis longtemps arrêté de lui réclamer à manger à des heures fixes. Comme elle mangeait seule, elle ne voyait pas l'intérêt de s'imposer des horaires qui l'obligeaient à arrêter ce qu'elle était en train de faire. Du coup elle avait finit par ne plus que manger une fois son occupation du moment terminée et jusqu'à ce moment-là son estomac se gardait bien de venir la déranger. Mais effectivement maintenant qu'il le signalait, l'heure de son dernier repas était maintenant loin et elle avait faim.

On lui tendit un menu en anglais mais parfois les noms de certains plats étaient tellement sophistiqués que cela aurait pu être du chinois, qu'Aileas n'aurait pas plus su dire ce qu'elle trouverait à l’intérieur. Après ce ne fut pas cela qui l'empêcha de commander, en anglais car s'ils fournissaient une carte en anglais c'est bien qu'il devait le comprendre ou alors sinon c'était absurde mais parfois Aileas n'était pas à une absurdité de plus ou de moins. Mais non on la comprit parfaitement bien puisque très rapidement les apéritifs arrivèrent.


« Saviez que la coutume de trinquer en occident vient du Moyen-âge ? De ce temps, les seigneurs avaient peur d'être empoisonnés, le pourquoi on trinquait, pour que les verres plein échangent leur contenances, preuve de bonne foi si les deux acceptaient... Curieuse coutume que de garder cette tradition … à moins que cela ne soit pour symboliser le partage. »

Aileas n'avait pas coutume de trinquer, d'une part parce qu'elle n'avait jamais grand monde avec qui elle aurait pu éventuellement trinquer, d'autre part surtout parce qu'elle n'avait pas coutume de grand chose car les coutumes n'étaient souvent que des convenances qui n'avaient plus aucun sens comme Tryan de SaintClair le soulignait si bien. Mais l'homme évoquait une éventuelle réinterprétation de la coutume. Aileas ne s'amusait pas à mettre ainsi du sens sur leur non-sens, une perte de temps car au final le sens qu'elle mettrait ne serait qu'une illusion bâtie juste pour avoir un semblant de pied dans leur monde vu qu'il n'y aurait qu'elle au final pour comprendre ce sens. Mais elle n'avait pas envie d'avoir un pied ou quoi que ce soit dans leur monde absurde alors elle ne cherchait pas. Toutefois ici le sens serait partagé...

Aileas n'était pas hyper convaincue par cette manière de faire, elle regarda son verre et se demanda comment un si petit objet pouvait la déranger autant dès lors qu'on lui associait quelques mots. Elle perdait face à des mots et elle s'en fichait mais elle ne se fichait pas de penser que Tryan de SaintClair puisse prendre son absence d'enthousiasme dans le geste comme un refus de partager alors que visiblement il avait fait l'effort de faire en sorte qu'elle comprenne. Mais les mots et elle n'étaient pas des amis et parfois des choses toutes simples devenaient pour elle un peu trop compliquées à son goût.

Aileas posa sa main sur le verre. Cocktail à base d’agrumes. A base d'orange à vair dire. Nullement un manque de soleil qui s'exprimait à travers ce choix, juste un besoin de s'accorder un peu avec le lieu alors que d'un seul coup sa robe qui s'était trouvé si bien au ministère toute la journée faisait un peu insulte au lieu et elle tenait à se corriger par un petit geste. Elle et ses théories des couleurs... ça elle ne savait pas d'où ça lui venait, autant les mots, le sens d'accord mais parfois les couleurs lui échappaient comme si la raison de leur importance n'était pas la même que celle qui l'avait amené à ne plus comprendre. Raison qu'elle ne connaissait pas plus en vérité si ce n'était que tout le monde lui répétait que c'était depuis la mort de sa mère.

Elle avait forcé sans le vouloir l'homme tout à l'heure à se faire violence, elle pouvait bien le faire aussi surtout que cela ne lui coûtait pas tant, juste ce malaise en elle. Pour une si petite chose. Mais elle avait accepté l'échange, elle devait assumer les éventuels dérangements qu'il amènerait. Si elle baissait les bras devant un si petit geste, elle n'irait jamais nulle part, il avait fait l'effort de mettre du sens derrière ce geste, elle pouvait faire le reste du chemin.

La jeune fille leva donc son verre. Elle partagerait donc même si cela n'impliquait pas que du bon...

Eh puis comme elle avait une question qui lui trottait dans la tête depuis quelques temps bien que le changement de lieu l'ait un peu mis en arrière plan pendant un moment, elle demanda simplement :


"Si toute la société disparaissait, que feriez-vous ?"


Il n'y avait pas de pièges dans cette question. Aileas ne mettait jamais de pièges dans ses questions, dans ses gestes, dans sa manière d'être car elle ne faisait simplement que ce qu'elle pensait intéressant, juste de faire. Elle ne pouvait pas comme Tryan de SaintClair altérer sa manière d'être un instant dans le but d'obtenir ce qu'elle voulait, elle ne pouvait qu'être elle-même. Si elle lui posait la question ce n'était pas spécialement pour obtenir une réponse. Les réponses ne l'intéressaient pas souvent car trop rapidement données, trop facilement énoncées, elle ne répondaient plus à rien du tout. Elle préférait les éléments de réflexions. Elle s'était déjà elle-même posé la question pour elle et elle n'avait pas de réponses. Pourtant on aurait pu croire qu'avec l'éloignement qu'elle avait eu ces dernières années avec ladite société, elle n'avait pas de mal à vivre en marge mais Aileas savait que ce n'était pas vrai, la preuve en était ce désir de travailler qu'elle avait eu et que personne n'avait pu lui retirer. Il pouvait ne pas répondre dans l'immédiat, il pouvait ne jamais répondre. Cela ne voulait pas forcément dire qu'il n'y aurait pas réfléchis au moins un bref instant.
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MessageSujet: Re: On a toujours besoin d'un plus grand que soi (DSC) Dim 10 Fév - 17:57

Sans vraiment le faire exprès, Tryan l'exposa à un dilemme. Joueur ? Oui assez, mais il n'avait prévu de créer un tel conflit interne, qui bien que non matérialisé sur le visage de la jeune femme, se traduisait par une absence de réaction marquée. Le regard fixe sur son cocktail, oui encore une fois elle doutait. Même elle, était aisément manipulable, tout ça c'était … si simple.
Le monde était si simple, l'humain si faible, c'était presque une honte que de ne pas en profiter pour se faire une place alors qu'on était naturellement supérieur. La puissance et la pureté donnaient un droit, celui du grand.
Et comme lui disait son grand-père : « Le pouvoir des dieux, un roi n'en a pas besoin. »
Un avertissement pour le futur héritier, celui qui avait un plus grand potentiel que le reste du clan, celui qui pouvait monter très haut, comme descendre très bas, c'était la sagesse qui parlait, et l'apprenti avait écouté.
Ne pas viser l'impossible … il avait perdu le sens de réalité.

Depuis la mort d'Emily, il ne touchait plus terre, dévoilant là un nouvel objectif qui n'était pas à sa porter. Ramener les morts à la vie, un phénomène magique possible, seulement ramener une âme, c'était là impossible, terriblement impossible.
Mais l'impossible n'effrayait pas Tryan De SaintClair, on lui avait dit impossible de réussir avec son comportement, on lui avait dit qu'il était impossible qu'il parvienne à maîtriser une affinité durant sa scolarité, on avait dit impossible qu'un mage blanc s'intègre dans la société des mangemorts, on avait dit bien des choses, la majeure partie fausse.

La magie était quelque chose de bien plus puissant que la nature humaine, c'était pourquoi la dominer requérait de s'affranchir de cet encombrement. Qu'aucun n'y voit là l'éloge de la monstruosité, ce n'était qu'un simple constat, il fallait regarder les gens comme Eris, Voldemort, ou Menroth pour le voir, le pouvoir consumait, aussi ils étaient rares les Dumbledore, les Flamel, et Tryan souhaitait être de ceux là, mais les choses depuis peu étaient ...différentes.
Sans Emily, il avait perdu la dernière parcelle d'amour en lui. Élevé sans, il avait vécu seul, jusqu'à la trouver elle, cette perle, perle qu'on lui avait volé, car ce n'était rien d'autre que du vol, en la lui prenant, Dieu l'avait condamné à être quelqu'un de tout simplement mauvais.
Cette sorcière pas forcément très douée, avait toujours réussi à le faire contrôler cette nature profondément violente, amorale, et vicieuse, elle avait réussi à le préserver de ce qu'il y avait de plus malsain en lui, si bien qu'il était obligé d'être seul pour pouvoir vraiment se défouler.
Là, plus de freins, plus de catalyseurs, les chevaux étaient lâchés, plus de règles, plus de limites, simplement un chasseur et un chassé, un fort … et un faible, un sorcier puissant et une victime.

Ça Aileas ne pouvait pas le voir. Peut être le deviner en voyant les trophées de duel, et encore, comment être sûr de ça ? Pour cela, il fallait payer le prix de l'affrontement, accepter de recevoir les fouets de glace hurlante d'un sorcier qui n'avait plus rien à perdre, et ça, c'était quelque chose de risqué, très risqué.
Fallait il seulement se dire que la fin d'une chose était le commencement d'une autre ? Et que la vie n'était qu'un fragment de l'immensité qu'était la mort ? Probablement, le seul moyen d'espérer encore.

Le français leva son verre, et ils trinquèrent, dans les yeux, le partage ne faisait vraisemblablement que commencer, tout comme ce petit jeu auquel les deux jouaient, pouvait on gagner ? Pouvait on perdre ? Peu importait à Tryan, il n'avait rien à gagner à jouer avec elle, rien, mais l'intuition lui ordonnait de poursuivre, sans trop savoir pourquoi. Depuis quand était il intuitif ? Peu, quand la logique n'est plus, on se raccroche à ce que l'on a, cela pourrait en faire partie, tant que cela permet de ne pas sombrer encore plus, toutes les branches sont bonnes à prendre, au contraire des mains intéressées tendues.
Peut être que cette gamine n'était qu'un pion après tout ? Que tout ceci était une manipulation vouée à le faire tomber ? Qu'ils fassent ! La chute ne pouvait plus faire mal après ça.

"Si toute la société disparaissait, que feriez-vous ?"

La société puriste ? Oh il ne fallait pas chercher bien loin. Et la réponse vint automatiquement, sans pour autant être réfléchie, voir complète, car là n'était qu'un mince échantillon de son raisonnement.

« Ce que je n'ai jamais cessé de faire Aileas ... »

Il but une gorgée, la fixa et répondit froidement.

« Survivre. »

La solitude l'avait rongé depuis gamin, ne lui laissant pas la moindre chance de s'intégrer proprement dans la société. Il aurait beau faire tous les efforts du monde, il ne pouvait pas changer ça, sa nature lui interdisait l'évolution en société, et c'était un miracle de manipulation de le voir à ce poste. Si haut, il descendrait bientôt, jugé soit obsolète, soit trop dangereux, il le savait, mais il n'en avait rien à foutre, il n'y tenait pas spécialement à ce poste.
Le pouvoir magique l'avait toujours plus intéressé que le pouvoir décisionnel et politique.

Vingt-sept années de survie, dont dix sept à trimer seul, sans repos. Pas d'épaule sur laquelle se reposer, juste quelques soutiens, un esprit débrouillard, une baguette utile, et la survie continuait. Il n'avait pas besoin de plus pour continuer à 'être', à ce que son cœur batte, que son esprit tourne, aussi malheureux soit il, sa vie ne lui semblait être qu'un vaste spectacle de désolation.
D'illusion du bonheur avant la déception provoquée quand on lui ôtait celui ci, et le retrouver, n'était qu'un pied-de-nez avant de le perdre à nouveau, l'échec était douloureux pour qui avait l'âme d'un vainqueur.
La magie était sa seule issue.

La magie de glace surtout, élément qui lui correspondait à ravir, alors que dans son cynisme le plus mesquin, le destin avait placé entre ses mains une baguette avec pour autre affinité la mort. Sympathique notion que l'association du froid, la solitude, et la mort, il y avait comme une symbolique à tout ça, une sorte de mélancolie sarcastique des plus inflexibles.
Mais là n'était pas la question, si un jour elle voulait savoir ce à quoi il était destiné, il faudrait qu'elle le demande elle même ou l'observe.
Ici, il n'était pas question de ça.

Si la société puriste tombait, Tryan saurait se relever, il avait de quoi s'en sortir, suffisamment d'ailleurs pour ne pas se cacher, et il n'était pas du genre à prendre le maquis, pas maintenant qu'il était si près de réussir. La graine puriste était là, l'enlever prendrait des générations, et c'était ça le rôle des nouvelles générations, faire prospérer le purisme, pour qu'enfin le non-retour soit possible, et à ce moment seulement, l'épuration serait possible.
La commissaire du sang devait avoir entendu des bribes sur Tryan De SaintClair, le puriste anti-magie noire, anti mangemort, celui qui ne pliait pas, qui restait intègre, et surtout qui avait donné de sa personne pour que progresse une politique dont on l'évincerait tôt ou tard.

Terminant son cocktail, le jeune homme ajouta avec prudence.

« La société n'a pas besoin de moi … elle n'en a jamais eu besoin, tout comme je n'ai pas besoin d'elle. »

L'auto-suffisance, le narcissisme criant à la splendeur, elle avait du savoir qu'un homme comme lui ne jurait que par lui même. Elle était plus ou moins elle aussi prisonnière du moi, parce qu'elle vivait seule dans son monde, et qu'elle ne connaissait qu'elle. Du moins, jusqu'à ce que Tryan parvienne à s'immiscer dans celui ci.
Une question pour une autre avant qu'on apporte les plats.

« Y a t'il une magie qui vous intéresse plus qu'une autre ? »

Simple curiosité. Et ce n'était pas pour faire la discussion.
Disait on que la magie reflétait l'expression même d'une personne. Les sortilèges, les enchantements, la glace, le feu, la magie blanche, le druidisme, tout ça était un élément permettant de pousser la compréhension.
Et si elle savait que l'homme en face d'elle usait de cryomancie, nécromancie, et qu'il affectionnait les enchantements, elle aurait deviné une personnalité complexe, renfermée et solitaire, froide voir inaccessible, qui ne cherchait que la puissance ou presque. Bref bien des détails pour Tryan, tout ce dont il avait besoin pour mieux savoir à qui il s'adressait.
Le partage continuait.
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Aileas d'Huntingdon


MessageSujet: Re: On a toujours besoin d'un plus grand que soi (DSC) Lun 11 Fév - 17:54

Survivre.

Il n'y avait pas que ce mot, il y avait aussi sa manière d'être, son regard. Il y avait lui. Et le rouge des fauteuils auraient pu être encre plus rouge, la lumière jaune des lampes encore plus vive, la température de l'endroit encore plus élevée, Aileas n'aurait pu le voir autrement que froid et blanc. On associait souvent le blanc l'innocence et la pureté et quelque part ce n'était pas faux, le blanc était si facilement entaché... Mais c'était sous-estimé le blanc que de n'y voir que quelque chose de fragile et d'éphémère. Le blanc était comme le noir, il pouvait si facilement tout recouvrir. Sauf que le noir n'avait pas cette présence forte du blanc. Le noir on s'y attendait à ce qu'il recouvre tout, il n'avait pas besoin de faire de gros efforts pour cela, le blanc pour recouvrir, il s'imposait, il recouvrait, il écrasait.

Survivre.

On pouvait associer de nombreuses définitions à ce simple terme mais la plupart ne comprenait pas le terme seul, il fallait associer le mot à d'autres. Survivre à. Mais là il n'était pas question de survivre à quelque chose. Mais même seul le mot survivre pouvait avoir plusieurs sens mais face à cet homme Aileas ne pouvait que lui en attribuer un seul. Survivre. Un semblant de vie que l'on obtenait en se battant contre un environnement qui nous était étranger. Aileas s'était battu il y avait longtemps et elle pensait aujourd’hui avoir un environnement propre à elle suffisamment solide pour qu'elle n'appelle pas sa vie de la survie. Mais en même temps, elle ne s'était jamais réellement confronté à l'environnement plus large de la société et si elle se basait sur l'exemple de son enfance, elle savait que tôt ou tard, même avec toute la bonne volonté du monde, elle finirait pas être rejetée parce qu'elle restait quelque chose d'étrange et que l'étrange il était plus facile de l'évacuer que de l'assimiler. Aileas avait fait pareil après tout. Elle avait évacué ce qui lui était étranger.

Mais Tryan de SaintClair avait réussit à ne pas être évacué et c'était sans doute pourquoi il survivait encore aujourd'hui, toujours debout dans cet univers qui ne lui correspondait pas et dans lequel il n'avait jamais cessé d'évoluer contrairement à Aileas qui s'en était coupé au moins partiellement.


« La société n'a pas besoin de moi … elle n'en a jamais eu besoin, tout comme je n'ai pas besoin d'elle. »

Le société n'avait pas besoin de grand chose en vérité, elle n'était qu'une construction d'esprits un peu plus intelligents et, comme toute construction de l'esprit, le jour où elle n'empêcherait pas le monde de tourner. Mais les hommes si. En tout cas cela les perturberait. Il suffisait de voir combien ils n'appréciaient pas qu'Aileas n'envisage pas leurs constructions sous le même angle que le leur, qu'est-ce qu'ils feraient le jour où elles disparaitraient ? Très certainement seraient-ils perdus. Aileas ne savait pas ce qu'elle ferait mais elle savait qu'elle ne serait pas perdue. Elle savait que ce qui avait été détruit pouvait être reconstruit. Pareil, autrement, peu importe. Elle avançait en construisant. Pour elle toute seule peut-être mais en construisant.

Tryan de SaintClair ne semblait pas s'envisager différemment avec ou sans ces constructions. Son monde semblait plus tourner autour d'une forme de destruction. Pas forcément directe, pas la destruction brute que tout un chacun pouvait mettre en place sans rien comprendre. Non une destruction en s'imposant, en faisant en sorte que les choses s'altèrent. On pouvait purement et simplement écraser une rose ou on pouvait la couper. Pendant un moment on ne voit pas la différence, on la voit toujours aussi belle mais le processus de destruction a commencé et vous êtes déjà pris au piège ; il ne reste qu'à celui qui vous a coupé de décider quand il arrêterait de vous fournir de quoi subsister. Aileas était-elle d'ores et déjà une de ces roses destinées à faner ? Aileas ne doutait pas que l'homme était capable de construire, pour savoir aussi bien manipuler le monde dans ses mains, il fallait connaître tous les processus, la construction et la destruction. Et la destruction était d'autant plus spectaculaire quand on maitrisait l'art de la construction. Mais maintenant qu'il maitrisait si bien le deuxième aspect, le premier devait lui paraître bien illusoire...

Aileas n'eut pas le temps de creuser la question car Tryan de SaintClair abordait un nouveau sujet. Cela ramena un peu Aileas dans le monde réel qui s'aperçut qu'il avait déjà finit son verre alors qu'elle commençait à peine le sien.


« Y a t'il une magie qui vous intéresse plus qu'une autre ? »

Le visage d'Aileas ne bougea pas mais sans doute Tryan de SaintClair devinerait qu'il avait touché un point qui l'intéressait au vu de la vitesse inhabituelle à laquelle elle répondit :


"Celle qui fait que je suis moi."

Aileas s'intéressait énormément à la magie et elle trouvait qu'une fois sortis de l'apprentissage, les gens oubliaient trop de s'interroger sur la magie. Elle avait vu et elle continuait à voir un éventail très large de manière d'envisager la magie et elle n'avait généralement jamais de grandes difficultés à maitriser ce qu'on lui enseignait. Mais derrière tout cela elle cherchait autre chose. Elle cherchait sa magie à elle. Ses pouvoirs étaient arrivés plus tôt que la moyenne, quelques semaines après la mort de sa mère. Et depuis elle cherchait à la comprendre. Bien sûr comme tout le monde elle avait finit par avoir une baguette pour canaliser ses pouvoirs et on lui avait appris que sans elle, elle ne pouvait rien faire vraiment de construit. Aileas n'en était pas si sûre mais depuis le temps que les sorciers avaient adoptés la baguette, ils n'arrivaient plus à envisager la magie sans. Aileas elle-même ne cherchait pas forcément à se détacher de ce bout de bois mais pour réussir à comprendre la magie qui était en elle, elle considérait cet élément extérieur à elle comme un frein.

Les couleurs étaient venues avec ses pouvoirs et depuis elle cherchait sa magie non pas en elles mais au travers d'elles. Aileas s'installait dans une des pièces du premier étage de son château. Les autres étages avaient été peints de ses mains mais le premier l'avait été par magie le jour où elle découvrait sa magie. Et l'on avait tout essayé, les couleurs ne partaient pas. Aileas savait qu'il y avait quelque chose à comprendre là-dedans, que si sa magie s'était exprimée de cette manière c'était pour une raison bien précise. Et elle réussissait bien mieux à sentir le pouvoir en elle dans cette partie du château que nulle part ailleurs. Cette magie-là qu'elle voulait comprendre et mieux maîtriser. Une forme de magie qui ne pourrait jamais être que la sienne.

Une seule couleur n'était pas présente. Après l'on pouvait toujours se poser la question de si c'était une couleur ou non. Cette couleur était le blanc. Blanc qu'elle retrouvait maintenant chez cet homme. Coïncidence ou lui-même avait-il approché bien plus prêt de la vérité qu'elle sur ce plan là ? Avait-il pris la peine de ressentir la magie en lui ou comme tous les autres l'utilisation de la baguette lui avait fait oublier qu'il y avait quelque chose de bien plus profond ? De bien plus puissant et qu'au final la baguette ne servait essentiellement qu'à maitriser au sortir cette puissance ?

Aileas ne faisait qu'effleurer cette puissance pour l'instant mais elle n'avait pas l'intention de brûler les étapes. Une fois elle avait tenté de forcer cette puissance à s'exprimer. Sauf que comme elle était tournée vers une compréhension de soi, toute cette puissance était venue là où allait son esprit ; sur elle. On avait dû faire venir des guérisseurs d'urgence. Heureusement elle avait su s'arrêter quand elle avait compris que cette puissance la dépassait encore. Quelques jours plus tard, elle déménageait chez un nouveau membre de sa famille. Elle ne se souvenait plus vraiment de la douleur mais elle se souvenait très bien de cette sensation que la magie ne faisait qu'un avec elle, se trouvait dans chacune de ses veines, chacune des cellules de son corps. Elle n'avait plus tenté de nouvelle expérience dans le genre car elle se savait pas assez mûre encore mais depuis elle n'avait plus besoin de se concentrer beaucoup pour sentir sa magie comme elle pouvait sentir son cœur battre, le sang couler dans ses veines, les sensations de sa peau. Elle n'y faisait pas forcément attention mais quand elle y pensait elle la retrouvait. Sa magie sans laquelle il lui aurait manqué quelque chose.

Et comme le sujet l'intéressait, elle demanda en retour :


"Et vous ?"

Il y avait si peu de mots échangés et pourtant Aileas trouvait énormément d'intérêt dans tout ce que les mots disaient sans avoir besoin de les prononcer...
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MessageSujet: Re: On a toujours besoin d'un plus grand que soi (DSC) Mar 12 Fév - 23:03

La magie était elle personnelle ?
Question légitime et qui paraissait importante dans la définition d'un sorcier. Pouvait on le reconnaître à sa magie, le comprendre en voyant sa capacité à user de ce qu'il possédait ainsi, la baguette était elle le reflet de l'âme de celui qui la possédait, et tant de questions qui ne pouvaient trouver de réponses ainsi.
La magie touchait l'âme pour révéler sa nature, sa vraie nature.

Ainsi, Tryan n'était qu'un être de froid, voué à voir la mort autour de lui, à la provoquer comme à l'invoquer. Il allait voir tout ce qu'il chérissait périr entre ses mains, voir le froid de la tombe les emporter, un par un, alors qu'il leur survivrait. Les hivers passeraient tous, mais le temps n'aurait pas d'emprise sur lui, et les autres tomberaient, le temps passerait.
Que donnait le glas de son âme ?
Emily y avait eu accès, elle en était morte.
Alors voulait il qu'on y accède désormais ? Non, il ne voulait plus de ça, plus vivre ce genre d'événements, trop douloureux pour lui, alors plus jamais.
Et pourtant, il sentait que cette jeune fille devant lui pouvait y arriver.
Son aura lui indiquait qu'elle le verrait tel qu'il est, une fois qu'elle aurait enlevé ses œillères, qu'elle aurait pris conscience du monde qui l'entourait, et surtout à qui elle s'adressait.

Tryan avait peur que quelqu'un d'autre touche à son âme, qu'on puisse l'atteindre derrière ses grandes murailles supposées infranchissables. Il craignait la vulnérabilité, l'humanité, pour la simple et bonne raison qu'ainsi il avouerait une faiblesse, si loin lui paraissait elle.
C'était quelque chose de plus ou moins encré en lui, il avait toujours été ainsi, solitaire, pour se protéger, car il n'avait appris qu'à vivre seul.
Aileas d'Huntingdon pouvait y accéder, elle avait la capacité de le faire, et si dans un premier temps, il s'était senti plutôt curieux vis à vis de ça, il ne montrait pas l'autre face, il dissimulait l'appréhension et la méfiance, elle pouvait à tout moment frapper là où ça faisait mal.
La réaction de défense voudrait que le jeune homme se débarrasse des gêneurs, comme il l'avait déjà fait auparavant.
Il se sentait capable, et il savait qu'il le ferait au besoin … cela ne tenait qu'à elle de ne pas tenter de franchir l'infranchissable.

"Celle qui fait que je suis moi."

Réponse curieuse, très curieuse. Car là où un cerveau normal voyait le moyen d'éviter la question, le français y voyait autre chose. Elle ne pensait détentrice d'un art unique, ou d'une magie qui lui était propre, même s'il doutait de la réelle utilité de celle ci, elle se voyait en train de ne pas formaliser un style par un nom, mais elle ne cachait le fait qu'il y en ait un, là était l'énorme nuance.
Lequel était ce ? À quoi pouvait il bien ressembler ?
Lui demander était affront, un réel affront, alors il lui faudrait deviner.

Qu'est ce que cela pouvait être … des enchantements, sans doute.
Oui, des trucs tordus, compliqués, sans réel sens, ni créatifs, ni destructifs, une simple altération de la vérité, comme son esprit. Comme son esprit, tout simplement.
Elle devait avoir une affinité avec l'école de l'esprit, des manipulations ésotériques étranges, ce que certains appelaient vulgairement, des aberrations magiques. Phénomènes inexpliqués, peu rationalisés par le commun, et considérés comme résiduels, donc inintéressants.
En fait, Tryan pensait aussi qu'il y avait une part de négligeable, mais qu'il ne fallait pas généraliser de la sorte, on ne savait jamais sur quel miracle on pouvait tomber par ce genre de procédés.
Aileas ne devait pas être une très bonne sorcière, correcte mais sans plus, mauvaise duelliste, capable de reproduire mais pas de maîtriser réellement.
Son mode de penser ne devait pas lui intégrer suffisamment de liberté pour prendre de la distance par rapport à ce genre de manipulation, pas comme Tryan.

Le jeune homme avait toujours remis en cause le savoir qu'on essayait de lui inculquer. Le comprendre, voir si oui ou non il était applicable en toute circonstance, son utilité, s'il était nécessaire de travailler cela ou non. Tout ça dans le but d'arriver à une sélection d'utile et optimisée, faisant de lui un sorcier avec un repère très vaste, pas forcément hyper poussé, mais suffisant pour rivaliser avec des connaisseurs plutôt fins, jusqu'à très récemment devenir bien plus.
La glace n'avait plus de secret pour lui, sa manipulation était aisée, on ne peut plus aisée.
Mais là n'était pas son problème, il avait perdu la foi.

À part en lui, plus rien n'avait de crédit. Il ne croyait plus en la magie, Dieu semblait avoir une saveur étrangement amer, la glace ne cicatrisait pas, la nécromancie lui rappelait que la mort l'envahissait petit à petit, ne restait que la magie blanche. Mais comment faire le bien quand on ne pouvait le souhaiter ? Ni se le souhaiter.
C'était pourquoi le jeune homme songeait de plus en plus à s'isoler, à finir reclus, pour méditer à tout ça, à propos de cette vie. Ne plus chercher à être un bon combattant, mais à pratiquer une magie plus proche de ce qui lui plaisait, sans pour autant le faire souffrir, le compromis impossible.

"Et vous ?"

Aileas était quelque chose de bien curieux. Quelque chose car elle n'était pas humaine à la manière de l'humain classique, elle lui permettait d'avoir accès à des souvenirs oubliés, enfouis très loin, car datant de bien longtemps avant qu'il ne porte une baguette. Le temps où il n'y avait que lui en ce monde, lui et rien d'autre, pas même la magie qu'il ne pouvait considérer autrement que comme un moyen. Enfant, il n'y avait que lui.
C'était étrange, elle avait réussi à le faire se souvenir de choses lointaines, teintes d'une semi-innocence, comme la plupart des actes qu'il avait fait, et qu'il ferait.
Avait elle accès à ce que le regard froid de son interlocuteur lui dissimulait ? Il aurait aimé le savoir.
Alors il suffisait de lui demander.

Plissant les yeux légèrement, Tryan s'adressa à elle d'une voix calme et mesurée.

« Outre le fait de notoriété publique et évident que je hais la magie noire, que croyez vous qu'est ma magie ? »

Il était temps de voir si elle avait encore une chance de le percer à jour, de pouvoir entamer sa carapace. Elle devait ressentir des choses pour le comprendre, sentir son flux magique, le comprendre, mais en serait elle capable ?
Lui aurait parié qu'elle n'y arriverait jamais, que cela soit en cet instant ou après des années de fréquentation, elle n'avait pas le génie nécessaire pour le comprendre et saisir sa magie.

Quittant une certaine élégance dans sa posture, le jeune homme posa les coudes sur la table, croisa ses mains devant son visage avant d'appuyer sa bouche contre son index droit, fixant de son regard sans émotion la commissaire devant lui.
Elle ne trouverait pas qui il était, sa magie était trop vaste, complexe, et différente de ce qu'il montrait pour vraiment permettre de le comprendre, c'était là l'erreur à ne pas commettre.
Mais elle tomberait dedans, elle pouvait certes ressentir contrairement aux autres, mais pas suffisamment en lui pour pouvoir se prononcer, elle donnerait des bribes, mais cela ne le satisferait pas.

« A quoi ressemble t'elle ? Quelle est elle ? »

Alors dissimulant un sourire en coin il ajouta avec une voix qui cachait un profond cynisme :

« Surprenez moi Aileas … »

Elle n'y arriverait jamais … il avait trop de coups d'avance, elle ne pouvait rivaliser avec un sociopathe de ce type. Car c'était ce qu'il était, un sociopathe bien plus malin que le commun, qui manipulait plus que l'humain, il manipulait le monde autour de lui. Elle avait su le voir, mais au delà, pouvait elle voir autre chose que ce qu'il voulait qu'elle voit ?
Il n'en était pas sûr, c'était un test.
Car si elle trouvait, elle serait une menace, et une menace à garder dans sa poche et sur son échiquier, ou une menace à éliminer. Si elle échouait, elle ne serait rien de plus qu'une curiosité.
Elle ne pouvait pas trouver, alors qu'il ne demandait qu'à être surpris oralement, il voulait une nouvelle fois constater l'échec, qu'elle se plante, qu'il ait raison. Une nouvelle fois, il voulait manipuler, encore et toujours.

Elle devait se poser une seule question, une seule …
Qui ai je devant moi ?
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MessageSujet: Re: On a toujours besoin d'un plus grand que soi (DSC) Sam 16 Fév - 0:26

Les questions pouvaient parfaitement être des réponses à d'autres questions ce que les gens ne comprenaient pas toujours. Parce que les réponses par les questions impliquaient bien trop de choses pour que les gens ne prennent le temps de les considérer.

« Outre le fait de notoriété publique et évident que je hais la magie noire, que croyez vous qu'est ma magie ? »

Vouloir se construire un avis en ne se posant jamais la question de ce que les autres avaient fait avant était contre-productif : c'était redémarrer à zéro là où certains avaient déjà pris la peine de se poser des questions. Même les erreurs, les absurdités, les pires des conneries des autres peuvent vous apprendre des choses si vous vous donnez les moyens de les surpasser. Aileas même loin de la société avait donc effectivement suivi l'actualité, ce qu'il se passait dans le monde. Elle connaissait ce que le grand monde pensait mais cela ne voulait pas dire qu'elle calquait ses pensées sur les leurs et ce n'était pas ici qu'une question de comprendre ou non. Toutefois même si elle ne s'était pas vraiment posé la question, elle n'avait pas vu jusqu'à présent le besoin de remettre en question le fait qu'il n'aimait pas la magie noire. Définir les choses en creux étaient évidement plus simple mais c'était sans doute en voulant toujours rendre les choses plus simples qu'ils avaient fini par faire de tant de mots des puits de non-sens...

Au début Aileas ne saisit pas tout l'enjeu de la question. Elle pensait qu'il s'agissait "simplement" de nommer des disciplines, des formes de magie. Mais la phrase qu'il rajouta la détrompa.


« A quoi ressemble t'elle ? Quelle est elle ? »

Il n'y avait déjà rien de réellement "simple" dans le fait de définir la magie de quelqu'un en fonction des disciplines auxquelles elle empruntait surtout sans n'avoir jamais vu qui que ce soit à l’œuvre. Ces disciplines, ces arts, ces affinités suivant comment on voulait bien les appeler étaient une chose mais dans l'absolu, deux personnes pouvaient avoir les mêmes. Tryan de SaintClair ne lui demandait pas quelque chose d'aussi superficiel. Il voulait qu'elle ne voit que lui. Que lui dans quelque chose de complétement personnel.


« Surprenez moi Aileas … »

Le surprendre... alors qu'il avait déjà toutes les cartes en main ? Elle n'était pas capable de définir sa propre magie et il voulait qu'elle définisse la sienne ? Il savait qu'elle ne savait pas évidemment. La question était : le saurait-elle ? A l'évidence il avait déjà son idée sur le sujet. Si c'était sur le plan des raisonnements Aileas savait qu'il avait toujours une longueur d'avance car ses raisonnements étaient profondément ancrés dans la réalité, ceux d'Aileas n'avaient jamais fait que chercher les raisonnements sans solutions, les interrogations sans réponses. Parce qu'on n'avait jamais compté sur elle pour avoir les solutions ou les réponses. Tryan de SaintClair en ce moment en désirait-il réellement ?

Aileas pensait que non. Il y avait eu ce rejet clair et net tout à l'heure et Aileas ne pensait avoir rien fait depuis qui justifierait que son comportement vis à vis d'une éventuelle approche change. Elle aurait donc pu se poser la question du pourquoi du comment mais elle ne le fit pas. Parce qu'il était bien connu qu'Aileas n'agissait en définitive que selon ce qui l'intéressait quel que soit le positionnement de l'autre. C'était sans doute revenir sur ce principe d'échange qu'ils essayaient tant bien que mal de mettre en place. Mais Aileas en définitive ne savait pas réellement ce que c'était que d'échanger et il était peut-être utopique d'espérer qu'elle change sa manière de voir les choses si vite... peut-être...

A vrai dire était-elle la seule à ne pas réellement échanger tout à fait ? Si vraiment l'homme qui lui faisait face prévoyait tout voire faisait en sorte qu'elle n'aille que là où il voulait bien qu'elle aille ne s'inscrivait-il pas dans un monologue ? Oh il y avait bien quelqu'un pour lui donner la réplique mais rien de moins qu'une marionnette dont il contrôlait les paroles et les gestes. Un monologue que l'on rendait un peu plus intéressant en y ajoutant un peu de spectacle.

Aileas aimait bien cette image quand bien même la marionnette en l'occurrence c'était elle. Elle se serait bien attardée pour approfondir cette réflexion mais Tryan de SaintClair attendait toujours sa réponse et elle n'avait même pas commencé à y réfléchir. Mais était-ce quelque chose qu'elle pouvait obtenir par la réflexion ? La réflexion se basait sur des faits, des arguments. Des choses bien trop concrètes au final. Or les seules choses de concrètes qu'elle avait ne concernait pas directement la magie. Oh elle pouvait toujours tirer quelques indices de ce qu'elle voyait, essayer de deviner en observant l'homme quelques éléments d'informations mais cela ne serait jamais suffisant.

Aileas avait bien vu ce que cela avait donné la dernière fois qu'elle avait tenté d'aborder les choses par le ressenti. Pourtant elle n'hésita pas un instant à repartir sur ce terrain-là. Tryan de SaintClair pouvait faire ce qu'il voulait, elle avait son fonctionnement et elle ne voyait pas l’intérêt de fonctionner seulement par des raisonnements si ceux-ci ne devaient la mener nulle part.

Beaucoup de professeurs avait conseillé à Aileas d'essayer de fermer les yeux pour mieux ressentir les choses. Ils avaient tous vite compris qu'Aileas n'avait pas l'intention de le faire. A quoi cela servait-il de ressentir si l'on se privait d'un sens ? La jeune femme n'avait quitté l'homme des yeux depuis qu'il avait prononcé cette dernière phrase mais la couleur de ces yeux vint petit à petit supplanter le rouge des lieux. La lumière se fit plus calme, même ce gris-vert se fit plus pâle. Les formes s'estompaient. Quelqu'un d'extérieur aurait pensé qu'au final elle ne voyait plus celui qu'elle était censé appréhender. Au contraire elle ne voyait plus que lui mais son regard allait bien plus loin, tentait de se frayer un passage là où elle n'avait pas à aller.

Alors Aileas sentit le froid. Pas juste une sensation de froid comme lorsqu'elle se trouvait face à de SaintClair, pas comme ce qu'elle avait ressenti en entrant dans son bureau. Non un froid qui ne venait pas de l'extérieur, un froid qui était venu s'installer directement en elle. Sa première réaction fut celui du danger. Ce froid qui semblait être vivant circulait en elle et allait lentement engourdir chacun des membres dans lequel il passait, tout ralentir. Le cœur comprit. Toutefois Aileas resta, elle n'avait encore rien vu et elle commençait à sentir que ce froid pouvait avoir plus qu'une fonction destructrice. D'abord elle devait en trouver la source et elle ne pouvait pas le faire si elle n'acceptait pas ce froid. Elle ne trouva pas le calme nécessaire dans le souvenir que ceci n'était qu'une représentation, qu'un ressenti et qu'il n'y avait rien de réel. Si elle se laissait aller à penser cela, le processus serait interrompu, elle devait croire pour une fois qu'elle pouvait être dans le vrai. Ce calme elle le trouva dans les couleurs de plus en plus pâles qui l'entouraient désormais. Et pourtant elle avait beau être calme, elle sentit son cœur battre plus vite. Était-ce seulement un processus pour combattre le froid ? Ou Aileas était-elle enfin en train de comprendre qu'il ne s'agissait pas là d'une introspection comme elle en avait l'habitude mais qu'elle essayait de ressentir quelqu'un d'autre qu'elle ?

Sans vraiment le comprendre, elle était en train de prendre réellement en compte celui qui lui faisait face depuis maintenant quelques dizaines de minutes. Parce qu'en recherchant la source du froid, elle comprenait que -si elle ne se trompait pas mais ici cette pensée n'avait pas sa place- Tryan de SaintClair vivait d'une manière ou d'une autre avec ce froid. Ce froid qu'elle se contentait d'essayer de ressentir et que lui vivait. Ce froid qu'elle savait ne pas pouvoir endurer, ce froid auquel il survivait mais dont il semblait même s'être institué comme maître. Ou essayait-il ? Approchait-il ? Pouvait-on se constituer comme maître d'une telle chose ? En fait ce n'était pas vraiment le froid. Le froid avait une source, le vent, l'eau... la glace.

Pourquoi ce mot lui semblait-il le bon ? En raison de la présence forte qu'il lui avait renvoyé ? Peut-être mais pas seulement. La glace n'était pas immuable. Même les glaciers finissaient par fondre. Mais il était indéniable qu'il y avait dans cet élément une force qu'Aileas ne pouvait nier en regardant Tryan de SaintClair. Mais il n'y avait pas que cela. La glace était bien plus que cela. Une puissance, un élément destructeur, brute ou subtile, elle pouvait prendre de nombreuses formes si on savait vraiment la manipuler. Mais la glace pouvait aussi conserver. Et Aileas sentait que cette piste n'était pas négligeable. Elle savait que maintenant qu'elle s'était enfoncée dans le froid elle allait avoir du mal à envisager autre chose, la sensation était trop forte. Dangereuse. Toutefois elle ne voulait pas arrêter maintenant. Il y avait encore trop de questions qui se bousculaient dans sa tête. Qu'est-ce qui était resté intact, qu'est-ce que la glace n'avait pas détruit mais conservé ? Qu'est-ce que Tryan de SaintClair avait réussi à conserver au delà de toutes les épreuves ?

Pureté. Innocence. Quelqu'un qui pouvait rester lui-même malgré tout. Quelqu'un qui agissait sans connaître la culpabilité car il faisait selon ses représentations et leur restait fidèle. Le regard du monde ne l'atteint pas mais lui sait imposer le sien justement car il ne cède pas. Il n'a rien à céder. Il n'a plus rien à céder. Aileas s'éloignait de la magie mais aurait-elle pu considérer la magie sans considérer l'homme, sans considérer celui qu'il était ? Ce qui l'avait amené à ce qu'il était aujourd'hui ? Celui qu'il avait été ?

Aileas voyait et ressentait si peu. Beaucoup de choses lui échappaient encore, elle le sentait mais elle n'avait pas le temps nécessaire pour aller plus loin. Trop de pistes à suivre et le froid qui commençait à l'engourdir complétement. Elle voulait aller plus loin mais elle ne maîtrisait pas ce froid, ce n'était pas son domaine, elle ne pouvait que le subir le plus longtemps possible et ce temps était épuisé.

Les couleurs revinrent lentement et le froid, le gris, le bleu, le vert, le blanc retrouvèrent leur place, là où elle n'avait été qu'une intruse l'espace d'un moment. Il n'y avait plus de froid. Toutefois en portant sa main à sa joue elle la trouva fraiche. Pas aussi froide que la main de Tryan de SaintClair. Elle n'avait fait qu'effleurer ce qui devait sans doute représenter son quotidien. Elle n'avait fait que ressentir. Et l'homme attendait toujours sa réponse. Mais quels mots utiliser ? Complexe ? Elle n'avait pas eu le temps d'explorer cette complexité même si elle en avait eu un aperçu et après ? N'était-il pas trop facile de mettre ce mot pour se débarrasser de quelque chose de trop grand pour être dit autrement ? Puissante ? Un mot si facile à dire face à quelque chose qu'elle n'avait pu soutenir que quelques petites minutes. Le froid, la glace ? Comment pouvait-elle se réapproprier ce qui à la base ne lui avait jamais appartenu ?

Elle pouvait dire tout cela, elle pouvait essayer de décrire. Elle ne voulait pas. Elle n'avait pas le droit de réduire ce qui lui appartenait à quelques mots pour s'en débarrasser. Elle pouvait parler d'élémentalisme mais quel intérêt ? Elle ignorait cette partie de sa magie mais cela ne devait pas être un secret, de même qu'il était connu que la famille de SaintClair prisait la Magie Blanche. Savoir qu'il était un élémentaliste ne voulait pas dire qu'elle avait compris sa magie. Il aurait fallu décrire tout ce qu'elle avait ressenti et ce qu'elle aurait ressenti si elle s'était penché sur telle piste ou telle autre piste. Car elle était sortie du ressenti mais elle continuait à le sentir car elle n'avait pas envie de le lâcher. Et en même temps elle ne pouvait plus y retourner. Plus aussi facilement, plus sans considérer l'autre. Car elle n'était plus la même que lorsqu'elle était "partie" quelques instants plus tôt. Ou plutôt elle n'était plus la même vis à vis de Tryan de SaintClair.

Car il n'était plus à ses yeux ce qu'il avait été jusqu'à présent. Alors enfin elle parla pour dire ce qui était peut-être une réponse, ce qui n'en était pas une. Cela dépendrait de ce qu'il y verrait :


"Que voulez-vous vraiment Tryan ?"

Tryan. C'était la première fois qu'elle prononçait son nom, c'était la première fois qu'il prenait enfin une identité propre. Évidemment elle avait déjà considéré son nom. C'était même une des premières choses qui l'avaient interrogée mais cela n'avait été qu'un sujet d'intérêt comme elle pouvait en avoir bien d'autres. Ce nom jusqu'à présent n'avait été qu'une étiquette posée sur un objet de son intérêt. Un objet qui s'était avéré être un sujet. Un homme plus exactement. Mais il était resté là et bien qu'Aileas lui reconnaisse jusqu'à présent quelque chose de particulier, elle ne l'avait fait que parce que cela l'intéressait.

Sauf qu'il n'était plus un sujet d'intérêt. Il était lui et intérêt ou non de sa part, elle ne pouvait le changer. Elle ne l'avait vu qu'au travers de ce qu'elle avait bien envie de voir mais ce n'était alors pas lui mais sa vision à elle de lui. Elle aurait pu lui poser la même question avant, avant qu'elle ne le prenne réellement en considération. Mais la question n'aurait pas eu les mêmes enjeux alors. Elle aurait posé la question pour elle, parce que la réponse l'intéressait et non pas véritablement parce qu'elle voulait prendre en compte sa réponse. Ce n'était plus le cas. Elle ne posait plus la question pour elle, elle la posait pour lui.

Et c'était sans doute la première fois depuis bien longtemps qu'elle adoptait un point de vue qui ne la prenne pas en compte. Elle avait cru que cet échange la jetterait dans le brouillard de l'inconnu. Ce n'était pas le cas. Elle n'était pas propulsée dans le noir, obligée d'avancer à l'aveuglette, elle découvrait juste quelque chose de tellement vaste qu'elle ne pouvait tout découvrir même si ce tout était bien visible et juste sous son nez.

Aileas aurait pu avoir peur, la peur du changement, la peur de voir là une faiblesse qui viendrait détruire son monde. Mais elle n'avait pas peur. Parce qu'elle restait Aileas. Ce n'était pas elle fondamentalement qui changeait, elle restait fidèle à elle-même. C'était son monde qui s'ouvrait. A une seule personne. A Tryan de SaintClair.

Lui répondrait-il ? Lui retournerait-il encore la question ? S'en sortirait-il avec une pirouette pour éluder la question ou ne répondre que ce qu'il voulait bien. Aileas commençait sans doute tout juste à comprendre l'échange. Tryan de SaintClair choisirait-il quant à lui de jouer à la poupée avec sa personne ?
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MessageSujet: Re: On a toujours besoin d'un plus grand que soi (DSC) Sam 16 Fév - 18:37

Il y avait différents moyen pour Aileas de répondre à la question de manière 'correcte'. Tout d'abord la plus simple, la lecture de pensées, ou légilimencie. Cette dernière permettait de visionner les souvenirs d'une personne et donc elle aurait pu voir les techniques de son vis à vis, pour répondre. Et l'autre méthode, beaucoup moins propre, l'analyse du ressenti magique.
C'était une sorte de magie qui n'avait jamais vraiment été plausible pour De SaintClair, attachant ça plus au charlatanisme qu'autre chose. Il s'agissait de ressentir le flux magique de la personne, et soit disant que le flux était propre à chacun que l'on pouvait les distinguer par ce dernier, et qu'il y avait moyen de donner les composantes majeures de l'autre. Des conneries pour un esprit scientifique comme celui de Tryan.
Pourtant il avait la sensation que la demoiselle en face de lui évoluait dans un monde de magie flou, comme si elle ne se laissait guider que par la magie qu'elle pouvait ressentir, un comble puisqu'elle n'avait pas l'air d'émettre la moindre émotion. Cette jeune femme était tout simplement un mystère.
Que ressentirait elle si elle pouvait pénétrer dans l'univers De SaintClair ? Un froid qui lui gèlerait l'âme, une pureté qui lui donnerait espoir, et la mort … elle ressentirait la mort au plus profond d'elle même.

Elle semblait perdue dans un flou mystique, cette manière de le regarder, de ne pas le quitter des yeux … si cela pouvait perturber certaines personnes, le français se sentait presque tenté par ceci, comme pour y instaurer un jeu narcissique, ne voulait il pas qu'on l'admire, qu'on le regarde ? Il avait beau dire que la reconnaissance des autres lui importait peu, et ce n'était pas faux, il en tirait toutefois une satisfaction narcissique plaisante, se sentir puissant était quelque chose dont il ne pouvait se passer, comme une drogue, mais face à elle, il ne ressentait de plus qu'une puissance vide et creuse, comme s'il manquait un sens à dominer cette demoiselle là.
Elle n'avait aucune utilité, mais outre ce fait, manipuler un esprit si libre semblait presque le déranger.
Oh il en avait manipulé des plus libres, mais toujours dans un but de supériorité, d'utilité, voir de jeu, mais elle, c'était différent, la manipuler relevait non pas du défi, mais de l'absence totale d'envie, de ressenti vis à vis de cette indifférence qu'elle affichait mais ne semblait pas porter en elle.
Intrigante mais si faible, il n'y avait pas de logique en elle, tantôt dans le réel, tantôt dans l'imaginaire, elle voyageait ainsi entre les deux mondes, définissant comme sien celui qui était l'union des deux précédents sans qu'elle ne conçoive cela d'une manière plus générale.
Elle était à la fois dans le ressenti et dans la logique, sans admettre les deux, en ça, elle était peut être folle, mais il y avait une part de liberté qui ne laissait pas Tryan indifférent.

Disait on que les sociopathes avaient tendance à se trouver un psychopathe à manipuler pour effectuer la sale besogne. Si elle en était ? Après tout, ce n'était pas improbable. Guidée par des émotions qu'elle n'admettait pas, impulsive sans le montrer, tributaire du moi.
Immobile, elle ne disait rien, ne bougeait pas.
Un instant, le français érigea de solides défenses mentales, de peur qu'elle n'entre dans sa tête, il visualisa d'immenses murs pour protéger sa citadelle de glace, son être, il n'aimait pas que l'on y touche, et surtout pas à son esprit.
Mais rien, pas une intrusion, ou alors elle était sacrément bonne sorcière, et il s'était planté, mais il n'y croyait pas. Alors que faisait elle ?

Après quelques secondes, son teint à elle devint plus pâle, comme si elle avait froid. Du moins, Tryan le supposait, sa gorge bougeait un peu plus, c'était minime, mais il le voyait, son rythme cardiaque devait accélérer, signe typique d'un refroidissement corporel ou d'un stress, mais elle ne semblait pas dans ce dernier état, si calme, si impassible.
Son regard d'ordinaire impénétrable sembla se napper d'une brume blanche pour le recouvrir, le français le ressentit ainsi, elle devait être en train de vivre il ne savait quel truc magique bizarre, de toute façon, elle ne pouvait rien contre lui, et c'était aussi pour ça qu'il était réellement si sûr de lui, à tord peut être.
Cela sembla se calmer quand elle porta la main à sa joue et qu'elle cligna des yeux, le jeune homme en face d'elle n'avait pas quitté sa posture d'observation, plissant légèrement les yeux une fois qu'elle eut fini de vérifier sa température.
Son langage corporel semblait légèrement différent, mais difficile de dire si le cryomancien se faisait des idées ou si c'était vraiment le cas, tout cela relevait d'un travail de précision, que même avec l'habitude lui ne pouvait réellement comprendre. Avait il envie de voir une différence ? Y en avait il une ? Entre le réel et le souhaité, il y avait une volonté et un monde d'écart.
C'était peut être dans le temple du silence que la solution apparaissait la plus évidente …

"Que voulez-vous vraiment Tryan ?"

Réponse pour le moins surprenante, mais le jeune homme feinta de ne pas l'être, demeurant en apparence impassible. C'était quelque chose de vraiment surprenant sans l'être, à la fois franc et direct, quelque chose de presque inattendu avec elle tant elle n'était pas très terre-à-terre.
Il ne nota même pas l'emploi de son prénom, cela signifiait pourtant l'approche d'un lien plus personnel, mais même pas le notait il.
Elle espérait une réponse ? Formulée qui plus est, puisqu'elle n'ajouta rien d'autre, tout simplement, elle attendait une forme de réponse.
Mais savait il seulement répondre ?
Comprenait il la question ?

C'était sacrément piégeux comme question, dans le sens où on ne pouvait réellement prévoir une réponse. La manipulation restait l'option la plus envisageable pour lui, la baratiner d'une ou deux belles phrases pour qu'elle morde semblait si simple, si facile, que cela n'était pas réellement synonyme de l'échange qu'il avait.
Mais c'était si aisé de manipuler … c'était presque lutter contre sa vraie nature que de donner la véritable réponse, le mensonge était plus simple, plus intuitif et pour le moins plus efficace dans l'action voulue. Une valeur sûre vous aurait il dit.
Répondre à cette question était pour le moins une torture pour lui, une torture interne violente entre sa nature de manipulateur né, et celle de l'honnêteté et de l'échange qu'il désirait avec elle.
Qu'il aurait aimé porter une main à son menton pour réfléchir à tout ça, mais non, c'était trop visible, feindre pour feindre, là n'était pas la question, il hésitait, mais ne devait pas le montrer, aussi il retint son expression habituelle pour une nouvelle qui décontenancerait sans doute son vis à vis.
Un sourire en coin apparut sur son visage et il retint un bref rire.

Voilà de quoi brouiller les cartes, jouer à ce jeu était si simple, mais s'y enfoncer c'était ne donner aucune crédibilité à ce qu'il pouvait gagner avec elle, comme se mentir à lui même. Chose qu'il n'aimait pas.
On apporta les premiers plats à cet instant, lui laissant un moment de réflexion supplémentaire.
Une fois ceux ci servit, on apporta le vin, et on le fit goûter à Tryan, acquiesçant de la tête, on leur servit un verre et on laissa là la bouteille.
Prenant une gorgée du délicieux vin, le français reposa son regard sur la jeune femme.
Elle attendait toujours sa réponse, viendrait elle ? Le jeune homme hésitait encore.
Quand il jugea qu'il était temps de répondre, il recula un peu son buste, et commença :

« Si je vous le disais, cela changerait il vraiment quelque chose Aileas ? »

Il but une gorgée de son vin avant de poursuivre.

« Je veux bien des choses … faut il avouer l'inavouable ? Je ne pense pas. »

Reposant son verre, il garda le contact visuel avec elle.

« Je pourrais vous mentir, essayer de vous manipuler comme j'ai l'habitude de le faire avec le reste du monde. Je pourrais vous énoncer une demi-vérité, ou encore détourner la conversation, mais je vais vous répondre honnêtement. »

Attaquant son assiette de charcuterie, il avala un bout de jambon, s'essuya la bouche, et reprit sans hésiter en la fixant à nouveau.

« Je veux savoir qui vous êtes. Je veux vous comprendre. Car vous m'intriguez, en plus de ne pas être désagréable à regarder … je veux comprendre ce regard, ces gestes, vous êtes différentes … mais non moins charmante. Je veux comprendre et connaître Aileas d'Huntingdon ... »

Détourant le regard avant de le poser sur son assiette, il termina.

« C'est tout ce que vous avez besoin de savoir pour l'instant ... »

Comme s'il avait honte du reste. Tout simplement, on ne pouvait avouer l'inavouable, et voilà pourquoi il s'en tiendrait à un mensonge par omission, le juste compromis entre la vérité et la facilité. En espérant que cette réponse ne lui déplaise pas.
Était ce vraiment différent pour elle aussi ? Il en doutait, les deux étaient tombés sur une personne qu'ils pensaient différente, en ça, cette rencontre était un échange de bon procédé.
Mais alors qu'il avalait une énième bouchée, le français retourna la question à son interlocutrice d'une façon différente, plus propre à ce qu'il était vraiment.

« Et vous Aileas, qu'attendez vous de moi ? De nous ? De cette rencontre ? »

Il releva les yeux instant, puis les reposa sur son plat.
Il avait peut être tord de demander pourquoi, car cela lui importait peu, mais elle avait osé, alors pourquoi pas lui ? Principe de réciprocité.
Sa réponse était honnête, et il doutait qu'elle puisse lui mentir, voilà pourquoi il demandait également.

Les illusions étaient inutiles, la franchise avait toujours meilleur goût que le mensonge, mais était elle vraiment plus utile ?
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MessageSujet: Re: On a toujours besoin d'un plus grand que soi (DSC) Lun 18 Fév - 15:33

Prendre son temps. On disait souvent d'Aileas qu'elle prenait dans son temps. Occasionnellement, on lui reprochait aussi de prendre celui des autres, de faire attendre. On lui sortait des phrases du genre "et que feras-tu quand il faudra se dépêcher ?". Aileas trouvait cette remarque stupide. Si un jour elle se dépêchait personne ne lui demandera d'aller lentement en lui disant "et que feras-tu le jour où il faudra prendre ton temps ?". Ils avaient perdu le contrôle du temps et pour se donner l'illusion de le maitriser en lui disant : regarde tout ce que j'ai réussi à faire alors que tu continuais à défiler. Mais au final ils n'avaient rien fait ; prendre son temps n'était pas perdre son temps : c'était faire les choses bien en leur accordant le temps qui leur fallait. Si Aileas pensait qu'une action, une réflexion ne méritait pas qu'on lui accorde plus d'une minute, elle la ferait dans ce temps. Mais si elle considérait qu'elle devait prendre une heure, deux, une journée, une vie entière, elle prendrait ce temps. Et si les gens n'étaient pas prêts à attendre ce temps qu'ils n'attendent pas, Aileas ne les forçait à rien. Et s'ils attendaient une réponse, une action de sa part, ils devaient attendre ce temps et s'il ne le faisaient pas c'était qu'au final ils n'attendaient rien d'elle, elle la personne avec son identité et sa manière de fonctionner, ils attendaient quelque chose qui aurait pu être exécuté ou dit par n'importe qui d'autre.

Ainsi Aileas ne fut nullement perturbée par le silence qui s'installa à la suite à sa question. Si elle posait la question c'était qu'elle attendait quelque chose en retour. Elle ne parlait pas pour ne rien dire. Toutefois ce qu'elle attendait n'était pas une réponse rapide pour satisfaire le plus rapidement cette attente. Elle attendait la réponse de Tryan de SaintClair et si celle-ci avait besoin de temps pour naître, Aileas ne voyait aucun problème pour l'attendre.

D'ailleurs pendant ce temps elle allait pouvoir songer à se nourrir. En effet les plats venaient d'arriver alors qu'elle avait déjà presque oublié qu'ils étaient là également pour manger. Non pas que manger. Elle ne faisait que manger quand elle mangeait quelque chose indifféremment juste histoire de nourrir son corps pour qu'il puisse continuer à avancer. Là elle avait de la compagnie, les plats avaient été préparés avec soin, elle avait fait un choix, Tryan de SaintClair en faisait en ce moment même un en goûtant le vin. Elle ne pouvait pas dans ces conditions dire qu'elle "mangeait". Cela aurait ni plus ni moins un raccourci fort aisé certes mais si réducteur vis à vis de ce que pouvait représenter ces éléments qui reposaient devant elle sur une table. Elle ne mangeait donc pas, elle... appréciait un repas.

Elle entamait donc juste son assiette quand Tryan de SaintClair prit la parole :

« Si je vous le disais, cela changerait il vraiment quelque chose Aileas ? »

Est-ce là si important ? Cela changerait-il vraiment quelque chose ? Ailea imprimait facilement les mots dans son esprit et c'était la deuxième fois qu'il introduisait ses réponses par de telles phrases qui invitaient Aileas à reconsidérer son interrogation. Il y avait sans doute un sens là derrière. Etait-il volontaire ou non ? Que cherchait Tryan de SaintClair en essayant de pousser Aileas à se poser la question de quelle valeur, quel impact avait sa question ? Et ce "vraiment", ce "si" qui impliquait donc qu'Aileas leur donnait à priori une forte valeur et que donc lui se positionnait plutôt dans une valeur moindre. Et donc une réponse dont la valeur était également moindre.

Il n'avait pas agit ainsi avec toutes ses questions. Était-ce un moyen de prendre de la distance dès lors qu'elle approchait de certains sujets trop particuliers, trop tournés vers lui ? Aileas baissa les yeux sur son assiette. A travers les cils blonds de la jeune fille, Tryan de SaintClair n'était plus qu'une silhouette floue. Combien de barrière était-il capable de dresser ? Aileas releva les yeux sur l'homme, elle n'avait nulle intention de les abattre de force ces barrières mais ce n'était pas pour autant qu'elle les laisserai s'épaissir en venant jusque dans ses plates bandes à elle. Elle restait seule juge chez elle de la valeur qu'elle donnait aux mots des autres. Cela changerait-il vraiment quelque chose ? Peut-être en avait-elle déjà une idée mais si elle avait posé la question c'était qu'elle en attendait quelque chose. Ce ne serait peut-être pas un changement. C'en serait peut-être un. Mais elle retirerait nécessairement du sens de sa réponse. S'il n'y en avait aucun alors oui son attente serait déçue mais au vu de leur discussion jusqu'à présent, Aileas doutait qu'il puisse lui retourner une réponse vide de sens.

« Je veux bien des choses … faut il avouer l'inavouable ? Je ne pense pas. »


Ce n'était pas là la réponse. Ce n'était en tout cas pas la réponse en soit. Elle en était peut-être une petite partie mais Aileas se doutait qu'il y aurait autre chose. Tryan de SaintClair n'était pas un homme que l'on contentait avec l'évidence.

« Je pourrais vous mentir, essayer de vous manipuler comme j'ai l'habitude de le faire avec le reste du monde. Je pourrais vous énoncer une demi-vérité, ou encore détourner la conversation, mais je vais vous répondre honnêtement. »

Tryan de SaintClair acceptait donc l'échange. Bien sûr il avait déjà accepté. Tout comme Aileas avait déjà accepté au final. Mais fallait-il prendre un accord pour acquis dès lors qu'il était passé ? L'accord prenait tout son sens dans sa réalisation et non pas dans son acceptation première car alors on ne sait en vérité souvent pas vraiment ce que l'on accepte. C'était tout en concrétisant l'accord que l'on se rendait compte si celui valait la peine ou non, s'il était réalisable ou non.

Pourquoi Tryan de SaintClair pensait-il qu'ici cet échange en valait la peine ? Parce qu'elle était différente ? Après tout c'était ce qu'il venait de dire en impliquant qu'il ne se comporterait pas avec elle comme il le faisait avec "le reste du monde". Mais des gens différents il en existait certainement dans ce reste du monde qui à l'évidence contenait un nombre de personne assez important. La question n'était pas tant la différence en elle-même mai c'était quelle différence. Qu'est-ce que Tryan de SaintClair trouvait chez elle qui faisait qu'il ne souhaitait pas faire d'elle une marionnette pour poursuivre son monologue ? Pourquoi accepter un nouvel acteur dans la pièce où il s'était imposé comme acteur principal en plus d'en être le metteur en scène ?

« Je veux savoir qui vous êtes. Je veux vous comprendre. Car vous m'intriguez, en plus de ne pas être désagréable à regarder … je veux comprendre ce regard, ces gestes, vous êtes différente … mais non moins charmante. Je veux comprendre et connaître Aileas d'Huntingdon ... »

La réponse se trouvait-elle là ? Peut-être une partie oui. Car pour comprendre réellement quelqu'un, cela ne pouvait pas passer par la manipulation car alors on n'avait plus qu'un reflet de ce que l'on voulait et non plus l'autre. Mais toute la réponse n'était pas là car cela n'expliquait pas à Aileas en quoi elle intriguait l'homme. Il voulait comprendre son regard, ses gestes. Mais il n'y avait sans doute rien à comprendre si ce n'était la plus simple des explications.

Elle était elle-même.

C'était là sans doute ce que les gens n'arrivaient pas à concevoir. Elle n'était rien d'autre qu'elle-même dans son expression la plus simple et peut-être aussi la plus pure : elle n'allait jamais à l'encontre de ce qu'elle pensait et elle pensait ce qu'elle était. Ce n'était pas un principe, ce n'était pas quelque chose qu'elle s'était construit, c'était jute qu'elle était ainsi. Son regard, ses gestes n'exprimaient rien de plus que ce fait.

Elle était elle-même.

Les gens ne le concevaient pas car ils pensaient qu'elle cachait des choses. Pourquoi tu ne souris pas Aileas ? Pourquoi tu ne dis rien ? Si tu voulais cette robe pourquoi ne me l'as-tu pas demandé ? Elle ne cachait rien mais son "elle-même" n'avait pas besoin du monde extérieur pour être aussi elle ne voyait pas pourquoi elle formulerait, exprimerait chaque parcelle de son soi. Elle n'avait pas besoin du regard des autres pour vivre en cela elle n'avait pas besoin d'exprimer ce qu'elle savait ressentir. Pourquoi cherchaient-ils dan le regard de l'autre la confirmation de ce qu'ils étaient ? C'était comme se regarder dans un miroir déformant...

« C'est tout ce que vous avez besoin de savoir pour l'instant ... »

Bien. Le temps coulerait, nécessaire, jusqu'à ce qu'un jour peut-être Aileas ait la fin ou peut-être juste la suite de sa réponse. Le temps de finir cette assiette, de finir cette journée, et peut-être cette vie. Aileas n'avait pas peur du temps, se dire qu'elle devait attendre ne l'angoissait pas. Et si cette assiette, cette journée devait être les derniers et qu'elle n'obtenait jamais au final sa réponse, ce n'était pas grave. La fin de la vie était sans doute la plus ultime des réponses.

De toute façon si on y réfléchissait, Aileas avait-elle eu réellement la réponse à sa question ? Aileas n'avait jamais posé de limite à sa question, elle limitait rarement ses interrogations : qui était-elle pour couper les ailes de la pensée ? Mai le gens finissaient toujours par resituer de questions dans un contexte, peut-être aussi dans une forme de représentation de ce qu'il pensaient être la réponse qu'elle attendait. Or Aileas était ouverte à toute forme de réponse mais peut-être que cette liberté qu'elle leur laissait et qu'elle prenait donc ne leur plaisait pas. De manière consciente ou non, ils allaient mettre des limites à ses mots.

« Et vous Aileas, qu'attendez vous de moi ? De nous ? De cette rencontre ? »

Tryan de SaintClair lui retournait la question sans la lui retourner. Elle lui avait demandé ce qu'il voulait. Vouloir, la volonté, il y avait quelque chose d'indéniablement fort derrière ce mot. Il lui avait demandé si elle attendait quelque chose de lui. L'attente en l'occurrence une passivité face à quelque chose qui n'avait pas forcément été exprimé aussi il n'y pouvait y avoir qu'un espoir que cette attente soit remplie puisqu'il fallait attendre les bras croisés que l'autre veuille bien répondre à son attente ou non. De plus elle ne pouvait attendre que "quelque chose".

Elle ne pouvait toutefois pas répondre rien car il y avait sans doute une forme d'espoir quelque part mais chez Aileas il y avait surtout de la volonté. Elle savait ce qu'elle avait voulu. Savait-elle ce qu'elle voulait maintenant ? Le passé même proche était toujours plu facile à comprendre avec le recul. Il se jouait souvent trop de chose au présent pour pouvoir le définir avec exactitude. Et en y réfléchissant elle se rendit compte qu'il y avait effectivement des choses qui ne dépendaient pas d'elle. C'était donc cela que l'échange ? Ne pas pouvoir compter que sur soi pour arriver à ce que l'on voulait.

La jeune femme arrêta de manger et considéra l'homme qui lui faisait face. Il ne la regardait pas et dans ce silence, il n'y avait plus rien qui passait entre le deux. Un retour. L'échange impliquait un retour et elle ne pouvait contrôler le retour sans quoi l'échange n'était pas réel. Aileas n'avait jamais rien attendu en retour de ce qu'elle faisait. De retours il y en avait nécessairement mai elle ne s'y attardait que si ça l'intéressait sans quoi elle continuait son petit bout de chemin. Là elle avait une attente. Pas une attente qu'il la comprenne puisqu'il n'y avait rien à comprendre sinon qu'en restant en face de lui, en continuant à échanger, elle lui offrait absolument tout ce qu'il pouvait y avoir à comprendre chez elle. Non son attente était tout autre.

"Je veux vous comprendre..."

Jusque-là ça dépendait d'elle, elle avait volonté d'y réussir après qu'elle y arrive ou non c'était autre chose. C'était ce qu'elle voulait accomplir. Mais.

"... et j'espère que vous le voulez aussi."

Mais elle ne voulait plus le comprendre parce qu'il était intéressant à étudier comme sujet d'intérêt comme un autre. Elle voulait le comprendre car il était Tryan de SaintClair, un homme, différent et qui n'en était pas moins intéressant mais qui l'était d'une manière différente. Il ne l'était pas pour ce qu'il pouvait lui apporter. Il l'était en lui-même. Aileas ne savait pas mettre de mot derrière cette nouvelle manière de voir les choses et cela était un peu perturbant pour elle. Le fait est que grâce à (ou à cause de, seul le temps le dirait) cette rencontre, Aileas avait ouvert sa vision du monde sur une autre personne. Ces nouveaux horizons, elle voulait les parcourir, les comprendre. Mais on envie ne trouverait de sens que si on lui autorisait l'accès à ces horizons. Elle n'était pas pressée comme toujours, elle se doutait bien que Tryan de SaintClair, au vu de certaines réactions qu'il avait déjà eu, ne retirerait ni facilement, ni rapidement les nombreuses barrières qui l'entouraient. Peut-être en avait-il déjà baisser une parmi toute en acceptant ce dialogue, peut-être en avait-il baissé une autre en choisissant de ne pas la manipuler.

Allait-il relever ces barrières ? Allait-il en baisser d'autres au fil du temps ? Aileas ne savait pas et c'est pourquoi elle ne pouvait qu'espérer puisqu'elle n'avait jamais eu l'intention de forcer le passage ni de faire demi-tour malgré le fait qu'elle sache que c'était loin d'être gagné et que l'homme pouvait être dangereux. Et en annonçant à voix haute cet espoir, elle savait que pour la première fois elle abandonnait une partie d'elle-même à quelqu'un d'autre. Mais elle était ainsi, elle allait là où elle devait aller. Là où elle voulait aller. Et comme ces deux endroits n'étaient jamais que les mêmes chez elle, elle avait d'autant plus de raisons de s'y rendre.

Tout risqué que c'était.

Aileas baissa les yeux sur son assiette qui ne descendait pas bien vite. Ce repas n'était pas fini et Aileas pensait que son échange avec Tryan de SaintClair ne l'était pas non plus mais ce dernier point ne dépendait pas que d'elle.
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MessageSujet: Re: On a toujours besoin d'un plus grand que soi (DSC) Sam 23 Fév - 14:13

Tôt ou tard l'élève dépasserait le maître. Il en était ainsi de l'éternel cycle de l'apprentissage.
Mais qu'arrivait il si dès le départ l'élève savait qu'un jour il porterait la dernière estocade à celui qui avait contribué à l'élever sans le défier ? Qu'arrivait il si l'élève était épargné par le mentor ?
Ces questions trottaient dans la tête de De SaintClair, et bien qu'il n'était pas du genre à douter, l'interrogation lui semblait plus qu'évidente.
Et elle, avait elle dépassé ceux qui lui avaient enseigné ? Peut être, même dans son mode de fonctionnement, il semblait impossible pour le français qu'elle eut pu un jour céder à plus fort ou plus faible qu'elle, parcequ'elle était libre. Libre penseuse.
Et lui alors ?
Au fond, il ne l'était peut être pas tant que ça …

Jadis, on lui avait dit qui il était, Tryan De SaintClair, un prénom pour l'identité, un nom pour l'héritage et le conditionnement. Sang pur, mage blanc, héritier d'un grand clan, voilà ce qu'il ne pouvait changer, mais ce nom impliquait bien plus que lui ne pouvait le concevoir.
Son grand-père lui avait expliqué sommairement ce dont il en retournait, il était un De SaintClair, et par l'histoire de sa famille, il venait à être défini, déterminé.
C'était un manipulateur, un menteur, un pécheur pour le bien du commun. Il ne pouvait échapper à cette roublardise naturelle, son fils le serait aussi, ses petits-fils aussi, et tous les autres De SaintClairs qui naîtraient le seraient également.
Il ne pouvait changer son statut d'héritier d'une lignée de Grands Blancs, car dans ses veines, coulaient une magie des plus pures, rendue plus noble encore par le temps qui s'écoulait.
Mais il y avait autre chose que lui seul pouvait espérer, percer un jour les mystères du clan, le pourquoi de ce repli sur lui même, quels secrets se cachaient en lui, en son sang ?
Son grand-père et mentor lui avait dit qu'un jour, il comprendrait sa destinée, et que bien que destiniste et libre penseur, il ne pourrait y échapper, car tel était le destin de cette lignée.
Ce n'était pas tout … car comme tous les De SaintClairs, il serait soumis à la roublardise de son sang, et viendrait le jour où … il devrait renier une part de ces dires actuels.

Oh il s'en souvenait très bien, quand son mentor magique le lui avait annoncé, comparant cette prédiction au reniement de Saint-Pierre, celui qui avait renié trois fois le Christ avant le chant du coq, il ne voulait pas en être. Et pourtant il s'y savait destiné, mais à quoi ? Tout simplement à dépasser ses aïeuls et à faire à ses mentors l'inévitable.
Il ne s'imaginait pas tuer son grand-père au terme d'un duel, ni supplanter Eris sur le plan politique.
Son sang le pousserait sans doute à en arriver là … que cela vienne le plus tard pensait il, c'était mieux ainsi.
Au fond, il n'était si libre qu'il le prétendait.
Un jour, il tuerait son mentor sur le toit du monde, le tombeau de l'un, la consécration de l'autre, la passation de l'héritage.

Et elle, cette miss d'Huntingdon, à quoi était elle destinée ?
Il s'en foutait royalement, tout simplement parce que ce qu'elle représentait n'était qu'une larme dans un océan, rien, une broutille. Peut être que les choses changeraient, mais elle était si faible à ses yeux, que l'écraser sur un plan théorique était d'une facilité déconcertante. Mais le choses pouvaient changer, et les choses changeaient …
Qu'importe, il n'attendait réellement que peu de choses d'elle, une énigme, c'était ce qu'elle était, une belle énigme, faible, mais que l'on regardait avec plaisir, semblable à une aurore boréale, elle était là au matin, et elle disparaîtrait le jour.
Qui sait, peut être était elle meilleure duelliste qu'il le supposait, qu'importe, il verrait tôt ou tard un signe qui l'annoncerait, du moins le pensait il, car en montant, il oubliait qu'on pouvait aussi redescendre.
Mais pas maintenant, pas là … il se croyait au plus bas, pour lui, il avait déjà tout perdu.

Peu importe ce qu'elle espérait, il pensait qu'il ne lui donnerait que ce qu'il avait bien envie de donner, en ça, il pensait encore une fois pouvoir la manipuler, la diriger, la contrôler sans mal, qu'il était le je, et qu'il ne s'agissait pas d'un nous, juste tout au plus d'un toi et moi.
Un petit toi pour un si gros moi …
Car sur le toit du monde, l'un face à l'autre, elle n'était rien … avait elle seulement été quelque chose ? Avait elle existé ? Vivait elle ? Elle ne pouvait, pour sûr,pas répondre elle même à cette question.
Cette sensation de pouvoir tenir la vie des autres dans le creux de sa main, le français y devenait petit à petit plus insensible, chaque jour il manipulait, contrôlait, il ne se sentait pas vivant, il ne voulait pas exister à travers les autres, à travers quelqu'un d'autre que lui.
C'était peut être pourquoi le sort du commun lui importait peu, à partir du moment où il ne se voyait pas à travers.
C'est ce qui faisait de lui un excellent manipulateur, un excellent stratège, et une pièce maîtresse de l'échiquier puriste, un homme dénué d'humanité, de conscience, l'humain et sa vie n'avaient aucune valeur à ses yeux, et encore moins actuellement.
Alors elle, cette petite commissaire du sang, qu'était elle au fond si ce n'est une pièce qu'il posait sur son échiquier en la laissant bouger un temps et quand il n'en aurait plus besoin, qu'elle n'aurait plus de valeur … il la retirerait du jeu.

"Je veux vous comprendre..."

Bien mal lui en fasse, elle avait encore du travail, car il refusait catégoriquement de n'être qu'une série de chiffres, de réactions, il refusait qu'on l'approxime, et par ce fait, il refusait qu'on le comprenne dans une certaine mesure. Cela faisait de lui, outre sa faculté à manipuler le commun donc s'intégrer par la force, un inadapté du système.
Elle n'y parviendrait jamais totalement, car si le cas venait à se présenter, il la considérerait comme une menace majeure, et les menaces se devaient d'être réduites à néant.

"... et j'espère que vous le voulez aussi."

Elle n'avait rien compris à Tryan De SaintClair, et il en était peut être mieux ainsi. D'un coté, il voulait qu'elle puisse le comprendre, de l'autre il ne voulait pas perdre son identité, et les envies contraire faisaient ressortir la nature même de l'individu, et il le savait, ce n'était pas bon pour elle de jouer à ce jeu.
À moins que …
L'énigme cruelle des sentiments encore et toujours.
S'y était elle déjà faite prendre ? Elle s'exposait, se donnait à lui d'un certain sens. Elle espérait qu'il le veuille ? Position d'infériorité plus qu'évidente, elle se voulait presque tributaire, dépendante de ce fait, comme résignée au fait que de par la supériorité du sorcier qu'elle avait en face d'elle, elle ne pourrait espérer que ce que lui désirait.
Si le jeune homme était de nature dominatrice, elle était de nature plutôt soumise, pourtant, il ne l'aurait pas cru au début de cette entrevue dans son bureau, tout doucement, elle se révélait à lui plus faible, plus exposée. Cette petite fondait comme la glace en été, son cœur réchauffé devait fondre … fondre devant un froid qui jamais ne le comblerait. Nourrie d'illusions à cette instant, elle espérait peut être trop de lui, car il ne lui donnerait rien de plus que ce qu'un homme égoïste pourrait lui donner, un homme qui ne changerait pas. Il était bien plus résistant qu'elle, et cette entrevue marquait la fin de ce qu'elle avait autrefois connu. Cette période d'immunité s'achevait alors même qu'elle avait prononcé cette phrase.
L'espoir faisait vivre ? Foutaise, elle venait de faire mourir sa liberté à cet instant.

Elle allait sombrer un peu plus. Il la nourrirait de ce qu'il faudrait pour la garder … rien de plus, elle serait manipulée au fur et à mesure que l'énigme se résoudrait, c'était pour lui le plus sûr. Il savait où poser ses limites, quoi faire. Il l'avait fait par le passé, car rien n'était plus facile à manipuler qu'une jeune fille amoureuse ou attirée.
Rien n'était plus facile à manipuler que les sentiments et ressentis d'autrui.
Reprenant une gorgée de vin, il la fixait.
Elle regardait son assiette, et ne le regardait pas. Avait elle honte de ce qu'elle venait de dire ? Comprenait elle qu'elle s'était abandonnée à lui ? Avant même de vraiment le connaître ? Probablement, elle était intelligente, mais trop naïve, candide et optimiste pour espérer une autre vision que celle qu'elle voulait. Son monde du moi, sa meilleure défense, était en train de se transformer en modification de la vérité, du réel, et cela pouvait la mener à sa perte.
Ce jour là, la petite fille gâtée qu'elle était, regretterait de ne pas avoir vécu comme celui qui lui ferait du mal, car lui savait comment ne plus souffrir.

Il attendit qu'elle le regarde à nouveau pour lui offrir un sourire en coin discret à cette phrase. Manipulation ? Peut être. On pouvait penser que ce bref aperçu était un mensonge, réprimé pour jouer un jeu, et non pas vrai, car il était si furtif, que le maîtrisé relevait d'un art bien plus vicieux qu'il n'y paraissait.
Qu'importe si c'était le cas ou non.
Le français termina son assiette assez rapidement, la faim le forçant à accélérer ses coups de fourchette. Et il n'avait pas répondu oralement à l'espoir de la jeune femme, car ce sourire bref était une réponse, qu'elle aurait fatalement vue, car elle était douée pour percevoir ce qu'elle attendait, elle attendait justement une réponse.
Tryan commençait à comprendre les mécaniques de la demoiselle, c'était complexe, mais l'idée était saisie. S'il n'arrivait pas encore à totalement anticiper son comportement, les rouages de l'esprit de la demoiselle commençaient à se dessiner petit à petit, et plus tôt qu'il ne le pensait.

Et quand les plats furent finis, le serveur vint les débarrasser, apportant un deuxième vin, un rouge ce coup ci, pour la suite du repas.
Et le plat du jeune homme arriva en même temps que celui de son invitée.
À vrai dire, son alimentation était à l'image de ce qu'il était. La viande rouge … un carnassier, un prédateur, un chasseur, et ce n'était pas le maigre accompagnement de verdure classique sur le coté de son assiette qui dirait le contraire car mis à l'écart assez vite. Le vin était un signe de raffinement, de noblesse, presque de bon goût, le résultat d'une éducation et d'un héritage dirons nous.
Et depuis peu, à ce tableau déjà bien garni, venait se greffer quelque chose qui ne semblait pas avoir sa place ici en premier lieu … un soda.
Ce goût si pauvre et anodin de cola, tellement normal que cela n'allait pas avec le profil du personnage, et pourtant. C'était la preuve d'un souvenir de son passé, de son aimée, car à chaque gorgée qu'il buvait, il rendait hommage à celle qu'il avait perdu trop tôt.

Il était assez étrange et contradictoire qu'elle en arrive là, elle cette gamine propulsée au rang de commissaire du sang à un si jeune âge. Comment avait elle pu obtenir un poste aussi prestigieux aussi vite ? Elle devait avoir un bon dossier, donc pas en provenance de Poudlard de toute évidence, cela intriguait Tryan que plus jeune que lui accède déjà à un poste assez reconnu.
Elle n'avait pas l'air d'avoir les dents longues, elle ne paraissait pas ambitieuse, c'était étrange, quelle nécessité pour elle d'avoir un poste ? L'y avait on forcé ? Le meilleur moyen pour savoir c'était de demander.

« Pardonnez la transition plutôt hasardeuse … mais pourquoi travaillez vous à l'Ordre Nouveau? Pourquoi commissaire du sang ? Je ne vois pas en vous un besoin de reconnaissance, ni une quelconque considération pécuniaire. Il est donc plus qu'étrange de vous voir travailler dans ce département, dans lequel je suis également passé … une impression sur celui ci ? »

Ce n'était pas pour faire la conversation, il ne s'abaisserait pas à ça. Ses réponses étaient des indications, d'une sur ses motivations, sa manière de voir les choses, de considérer une d'elles plus que d'autres, jusqu'à l'impression globale.
La manière dont elle décrirait tout ça, l'ordre d'évocation, tout ça serait un indice sur sa manière de voir le monde qui l'entourait, en cela, comprendre sa vision c'était un pas de plus vers les rouages et mécaniques de son esprit complexe et tortueux.
Rien n'était laissé au hasard avec Tryan De SaintClair, si elle ne le savait pas encore, elle le découvrirait assez vite, car derrière la question la plus normale, anodine, il pouvait pousser l'analyse encore plus loin que le commun, ce qui faisait de lui en outre, un excellent stratège.
Et même sur le plan des relations, il ne pouvait s'empêcher de tout analyser, c'était dans sa nature, tout comme la manipulation.

Mais comme dirait l'autre, pour l'instant .. Whatever.
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MessageSujet: Re: On a toujours besoin d'un plus grand que soi (DSC) Mer 27 Fév - 16:14

Aileas ne s'ennuyait jamais. Il y avait trop de choses à faire et à penser dans ce monde pour que l'ennui soit seulement possible. L'ennui venait souvent d'un manque d'intérêt ce qui faisait que l'homme dans une situation qui ne l'intéresse pas en vient à s'ennuyer. Mais cela au fond n'était causé que par leur incapacité à regarder le monde. S'ils prenaient le soin de s'attarder sur autre chose que ce qu'ils jugeaient dignes d'intérêts, il se rendraient compte qu'autour d'eux ils existaient une multitude de choses sur lesquelles ils pouvaient s'interroger. Mais ils ne savaient pas s’interroger et par cette incapacité, ils perdaient leur temps à perdre pied dans un univers qui les dépassait.

Aileas était tout aussi dépassée qu'eux : il y avait tant de choses à comprendre qu'elle ne pourrait jamais tout savoir. Mais elle prenait le temps de s'interroger. Aileas ne considérait jamais rien comme acquis. Elle se laissait surprendre par le monde en permanence et en ce sens plus rien ne pouvait la surprendre car l'étonnement faisait parti de son quotidien. Elle s’étonnait sans perdre pied. Si les évènements ne se passaient pas comme elle l'aurait pensé, elle n'arrêtait pas pour autant d'avancer qu'elle décide de poursuivre le même but par des moyens différents ou qu'elle décide de bifurquer. Elle ne pouvait pas se mentir et en ce sens elle savait toujours où elle allait, quoiqu'il puisse arriver.

Aussi dans ce silence qui s'était installée, Aileas ne s'ennuyait nullement. Son esprit comme souvent était parti se poser sur un raisonnement inutile. Tout aussi inutile qu'il était nécessaire à un univers qui n'était propre qu'à Aileas. Qui ne serait jamais propre qu'à elle. Car sans doute personne ne pouvait comprendre qu'elle n'était purement et simplement rien d'autre qu'elle-même et qu'en ce sens, elle était son propre monde, son propre univers. Et dans cet absolu, elle était inatteignable.

La réflexion du moment portait à vrai dire sur le contenu de son assiette. Alors qu'elle mangeait, elle se demandait si elle mangerait réellement ce qu'elle avait commandé si elle laissait le plat refroidir. En effet la cuisson, tout comme les ingrédients, la préparation et la présentation de ce qu'elle avait sous les yeux avaient été soigneusement pensés pour définir le plat qu'elle avait sous ses yeux. Aussi si elle laissait refroidir le plat, la température au moment où elle l'ingérait ne serait plus celle qui définissait le plat. Pouvait-elle alors encore dire qu'elle mangeait ce qu'elle avait commandé ? Mais le cuisinier à l'origine de ce plat avait-il pensé à cette différence de température qui existerait entre le moment où il considérerait son plat comme prêt et celui où le client le mangerait ? Il aurait fallu prendre en compte la distance, le récipient dans lequel la nourriture se trouvait, la température de la pièce, le... Le genre de calcul impossible que seule Aileas prenait le temps d'envisager. Ainsi donc le cuisinier n'avait pas pensé à tout cela et donc en ce sens, ce critère n'entrait pas dans la définition du plat qu'elle avait sous les yeux... Mais cela n'aurait-il pas dû ?

C'était là une pensée parmi tant d'autres sur lesquels l'esprit d'Aileas aurait pu s'arrêter. Elle aurait pu se demander pourquoi cette femme trois tables plus loin s'acharnait à faire de si grand geste en parlant alors qu'à l'évidence l'homme qui lui faisait face l'entendait très bien, quelle volonté existait-il derrière le choix des couleurs de se magasin. Elle aurait pu se lever, sortir et aller observer les lieux inconnus qui s'offraient à elle. Elle pouvait le rien, elle pouvait le tout. Rien ne la retenait.Tout pouvait la retenir. Aileas était capable d'envisager l'impossible comme possible et le possible comme impossible. Les limites n'étaient jamais que celles qu'elle se fixait et dans l'absolu elle pouvait ne s'en fixer aucune. Or Aileas vivait dans l'absolu. Cela faisait de son monde quelque chose d'immense qu'elle-même ne pouvait saisir entièrement et à la fois quelque chose de si petit justement pare qu'elle ne pouvait tout saisir.

C'était si évident, si simple qu'elle ne voyait comment on ne pouvait pas le comprendre et pourtant le fait était là : les gens ne la comprenait pas. Ne comprenait pas son monde. Peut-être ne voulaient-ils pas comprendre. Ils aimaient trop que les limites soient clairement posées quitte à en construire des absurdes. Le monde d'Aileas était trop peu sécurisant par son inconstance pour qu'ils veuillent s'y aventurer. Tryan de SaintClair, lui, n'était sans doute pas loin de comprendre ce qui n'était pas à comprendre. Mais dans ses complications parviendraient-ils à voir le simple ? Mais Aileas était peut-être la seule à trouver cela simple...

Comme la présence de l'homme s'était rappelée à son esprit, Aileas releva les yeux sur lui. Il devait attendre qu'elle le fasse car à ce moment-là un sourire naquit sur ses lèvres. Ce n'était pas le premier de la soirée même si son visage restait la plupart du temps de glace. Les expressions du visage pouvaient être beaucoup de choses, des décors, des supports, des masques... et elles pouvaient parler à elles seules. Un langage qu'Aileas ne parlait pas. Un langage que Tryan de SaintClair avait pourtant choisi comme réponse. Il y avait dans ce simple fait une réponse aux yeux d'Aileas qui inclina légèrement la tête. Bien, elle acceptait la réponse. Pas de paroles pour répondre à ce qui avait été dit sans paroles.

Il y avait ici un homme qui pouvait tout décortiquer, tout prévoir. Il y avait là une femme qui au final ne voyait qu'un grand tout et qui faisait avec l'innatendu qu'elle attendait. Il y avait là un homme qui pouvait sans doute contrôler bien plus qu'il n'aurait dû être donné à un seul homme de contrôler. Il y avait ici une femme qui ne tentait même pas vraiment de contrôler son propre univers. Une rencontre qui n'aurait sans doute pas dû être. Et après ? Aileas se fichait bien de ce qui devrait. Elle ne devait rien à personne, pas même à elle-même.

Les plats tournèrent, la discussion changea. Le monde continuait à tourner. Quelque part dans un château en Ecosse, Billy s'inquiétait de ne pas voir revenir la jeune fille sur lequel il était censé veiller. Partout dans le monde des hommes mourraient, d'autres naissaient. L'on détruisait, l'on construisait, l'on échangeait, l'on interrompait, l'on grandissait, l'on se flétrissait. Aileas ne pouvait percevoir qu'une infime partie de ce qui n'était qu'une infime partie du monde ; celle dont elle avait la connaissance même si elle ne pouvait l'envisager dans sa globalité. Et il y avait encore tout ce qu'elle ne connaissait pas et qu'elle ne pouvait donc pas envisager. Le tout et le rien se mêlait et voilà que Tryan de SaintClair s'excusait de passer à un autre sujet de manière... hasardeuse ? Aileas n'avait rien à pardonner, elle n'aurait jamais rien à pardonner. Dans l'immensité de ce monde qu'est-ce que l'on pouvait appeler une faute ? Une offense ? Il n'en existait pas. Elle était la seule à pouvoir se trahir, elle ne devait rien à personne et personne ne lui devait quoique ce soit. Même seule elle pouvait avancer alors pourquoi compter sur les autres ? Ils ne savaient même pas vivre par eux-mêmes.

Aileas écouta la question de Tryan de SaintClair. Ces interrogations étaient si proches de celles que lui avait posées Eris Valverde qu'Aileas aurait pu sans doute lui donner pré ou prou l'exacte réponse qu'elle avait fait au directeur de l'Ordre Nouveau. Elle le pouvait. C'était des mots. Des mots qu'elle-même avait prononcé. Ces mots qui restaient si facilement gravés dans son esprit. Pourtant elle ne le fit pas. Elle savait pourquoi elle voulait y travailler. Elle ne savait pas pourquoi elle y travaillait. Elle ne savait pas ce que monsieur Valverde avait vu en elle. Ce qu'elle avait dit ? Mais personne ne faisait attention à ce qu'elle disait. Pourquoi cette fois-là on l'avait fait ?

La réponse ne pouvait pas être la même. Les questions étaient semblables mais la situation n'était pas la même. En vérité Aileas ne voyait pas fondamentalement l'intérêt de la question. Cela l'amenait généralement à ne pas répondre mais des non réponses qui en étaient vraiment : elle se désintéressait et partait sur autre chose. Si elle donnait ce genre de non-réponse elle rompait l'échange. L'échange. Pas ce qu'elle voyait elle comme intérêt mais aussi ce que lui voyait. Mais que voyait-il ? une image d'elle qui n'était pas elle. Il cherchait trop loin ou trop près en l’occurrence. Il n'arrivait pas à la voir dans son ensemble. Il cherchait la partie qui ne faisait pas le tout. Enfin Aileas s'en fichait un peu, le fait est qu'il aurait sa réponse, trop évidente sans doute comme toujours mais l'évidence était souvent complexe.

"Peut-être justement parce que je ne recherche pas quelque chose à travers ce travail. Que ce que je voulais c'était ce travail. Je ne peux pas dire que ce travail ne m'apporte rien, je ne peux pas dire que je n'ai pas mes raisons de l'avoir choisi mais le fait est que le but final était ce travail et pas un autre. Parce que je veux le mener à bien, parce qu'il en vaut la peine. Ai-je besoin d'autres raisons ?"

C'était une question et ça n'en était pas une. Fallait-il toujours chercher du sens ailleurs que là où il était ? Fallait-il toujours chercher des sens cachés ? Aileas ne cachait rien, elle se présentait absolument fidèle à elle-même et ils ne le comprenaient pas. Car avec tous leurs masques, leurs boucliers, leurs armes ils ne concevaient pas que l'on puisse vivre en se présentant nu sur le champ de bataille. Mais le problème c'est que leur monde n'était plus le leur alors ils jouaient d'artifices pour se construire un semblant d'espace vital où on ne pourrait pas les atteindre. Si fragiles, si fragiles...

"Et si au final je me retrouve à ce poste c'est que monsieur Valverde a jugé que j'étais capable de le mener à bien."

Peut-être justement parce qu'elle ne recherchait pas quelque chose à travers ce travail. Peut-être pas mais la boucle était bouclée. Ou presque.

"Et je crois les jugements de Monsieur Valverde."

Et pour Aileas cette simple phrase était une marque de reconnaissance qu'elle n'avait que pour peu de personnes. Reconnaissance qu'il n'était pas un homme parmi tous les autres, incapable de ne produire autre chose que du non-sens.

Aileas mangea un moment en silence avant de relever de nouveau les yeux et de demander comme si la question tombait sous le sens :

"Qu'est-ce que comprendre ?"

Aileas jeta un regard sur les gens autour et reprit sa question, prenant la peine cette fois de la limiter :

"Pour vous qu'est-ce que comprendre ?"


Parce qu'au fur et à mesure que la soirée avançait, elle se rendait compte que la réponse n'était pas forcément celle qu'elle aurait donné et en ce sens cherchaient-ils vraiment quelque chose de similaire. A l'évidence ils ne cherchaient pas la même chose, il suffisait de voir les différences qu'ils mettaient dans leurs questions, dans leurs réponses. Mais cette différence ne trouvait-elle pas une de ces sources dans ce simple mot qu'ils utilisaient si aisément sans se soucier de ce qu'ils mettaient derrière ?
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Tryan De SaintClair


MessageSujet: Re: On a toujours besoin d'un plus grand que soi (DSC) Mer 6 Mar - 0:00

À trop jouer, il allait se brûler les doigts. Tryan était ainsi, joueur dans l'âme, il aimait voir par lui même, typiquement s'amuser avec ces proies. D'un sadisme sans précédent, il était capable de bien des choses que peu de personnes osaient penser. Mais qui pouvait le deviner à la simple vue de ce jeune homme aux apparences soignées et à l'allure fière et noble, presque propre sur lui.
Le jeune homme était ainsi fait, un piège en lui même, disait on qu'il fallait se méfier des apparences, avec lui, il fallait.
Un manipulateur hors pair, il ne pouvait se passer de cette arme qui l'avait maintes fois sauver, et tirer de situations supposées foutues.
Une qualité ou un défaut ? La question était ouverte, et si Aileas ne se la posait peut être pas encore, c'était peut être qu'elle n'avait analysé la menace que cela pouvait représenter pour elle. Ou alors elle s'en foutait, dans un cas comme dans l'autre, l'énigme l'attirait, prise au piège à cause de son esprit, au fond, elle n'était pas si difficile que ça à berner, une fois le mur tombé.

Elle n'était plus qu'une pomme dans la main du français, pomme cueillie, à sa merci, mais qu'en faire ? La manger, à pleine dent, et profiter de ce subtile arôme ? L'écraser d'une poigne ferme, la détruire littéralement ? Jongler avec, s'amuser un temps ? Ou la jeter et la laisser dépérir loin de son arbre ?
Ou une autre chose, mais cela impliquait bien des choses …
Voler l'âme d'une personne était un acte cruel, abject, mais Tryan l'avait déjà fait, par curiosité et par besoin, voir même par plaisir parfois. Si elle s'éprenait de lui, cela causerait sa perte, à moins d'un geste inespéré de clémence, elle s'éprendrait d'un monstre qui ne pourrait rien lui donner, pour la simple et bonne raison qu'il n'avait plus rien. Pas de compassion, pas de gentillesse, juste des illusions, et on savait à quel point elles pouvaient se révéler plus que nourricières.
Dans son monde coupé du réel, elle accueillait un poison vicieux, une fleur de lys qui était plus épineuse qu'elle ne pourrait jamais le concevoir. Ce n'était pas le démon qui habitait Tryan, jamais, c'était simplement sa nature, celle d'un esprit libre qui n'avait jamais rien attendu de la vie.

La mort semblait salvatrice, mais ce n'était probablement là qu'une illusion, un méandre, un piège de la vie, dire qu'on pouvait s'y accrocher et croire que tout ceci n'était là qu'un passage plus ou moins long. C'était trop réducteur, le génie qu'il était trouverait probablement un moyen de comprendre la faucheuse, de la manipuler, de la contrôler, et pourquoi pas de la remplacer ?
Le pouvoir pouvait corrompre comme sauver, et était il sauf ? Ou au contraire corrompu ?
Ni l'un ni l'autre, il était simplement maître de ce dernier et obéissait à sa volonté propre, peu importe la nature de la magie dont il usait.
On ne pouvait le connaître que par le reflet de sa magie, et peut être qu'Aileas le comprendrait après un certain temps, sauf s'il serait trop tard pour elle.

Puis vint le moment de poursuivre l'échange.

"Peut-être justement parce que je ne recherche pas quelque chose à travers ce travail. Que ce que je voulais c'était ce travail. Je ne peux pas dire que ce travail ne m'apporte rien, je ne peux pas dire que je n'ai pas mes raisons de l'avoir choisi mais le fait est que le but final était ce travail et pas un autre. Parce que je veux le mener à bien, parce qu'il en vaut la peine. Ai-je besoin d'autres raisons. Et si au final je me retrouve à ce poste c'est que monsieur Valverde a jugé que j'étais capable de le mener à bien. Et je crois les jugements de Monsieur Valverde."

Et lui aussi avait foi en les choix d'Eris, car il n'y avait pas plus sage que lui, pas plus éveillé sur ce monde complexe et délirant. Son expérience valait peut être toutes celles des autres mangemorts, car il avait su faire la belle à son passage à Azkaban. Il n'était pas aveuglé par la servitude, même si présente pour les idées puristes. Il avait sacrifié sa liberté pour les idées, en ça il était plus qu'un grand.
C'était pour ça qu'on pouvait avoir confiance en lui, il voyait le juste du faux, sans la moindre hésitation, l'oeil de l'expert.
Mais ce n'était guère surprenant que le mangemort politicien l'ait recruté, elle n'était pas intéressée, en ça, elle était un pion parfait pour qui pouvait l'utiliser, la manipuler, et il semblerait qu'elle ait été d'elle même vers l'Ordre Nouveau, ce qui devait avoir facilité la vie au politicien mangemort.

La candeur de cette jeune femme était intéressante et à la fois tentante, sa pureté spirituelle provoquait une attirance chez le jeune homme qu'était De SaintClair. Ayant une famille très portée sur la magie blanche et la religion, il avait eu l'occasion de rencontrer des personnes de ce genre, mais elle, c'était quelque chose de fort, de poussé. Elle ne suivait pas aveuglément son instinct, elle remettait en cause les prérequis de la vie, les postulats, les axiomes de ce monde magique, en ça, elle réfléchissait, elle était tout simplement libre. Quelque chose de rare, en ces temps de dictature.

Tryan n'avait tout simplement plus que son esprit et sa baguette, sa magie. Plus rien ne comptait. Sa famille le pensait pion de leurs desseins, Voldemort le prenait pour un larbin, comme de nombreux mangemorts. Eris n'avait pas besoin de lui pour continuer son œuvre, Fleur était trop occupée, Charlyse n'était qu'intéressée par le toit et les possibles avantages. Rien ne le retenait plus ici, pas plus qu'ailleurs, car la seule personne pour qui il aurait pu exister était partie, et il savait que là où elle était, il ne pourrait jamais la rejoindre.
Damné avant de mourir, destiné à être seul … toujours seul.
Et elle, cette Aileas d'Huntingdon, ne pourrait rien y changer, car elle n'était pas même maîtresse de sa vie, trop facilement manipulable.
C'était dans ces moments qu'on pensait être foutu, et le pire … c'était qu'on avait raison.

"Qu'est-ce que comprendre ?"

Encore une question de philosophie, comme si cela pouvait aider. Qu'elle n'essaye pas de comprendre, c'était probablement au delà de ses moyens. Il n'y avait jamais rien eu à comprendre pour le piètre, le commun, et même si elle n'en était pas, elle n'avait pas la force de caractère suffisante pour faire changer le monde, elle n'avait pas l'essence du génie en elle, juste une infime partie. Incomplète.
Puzzle démantelé attendant qu'un généreux esprit vienne l'assembler et la tirer de sa piètre condition. Voilà ce qu'elle était, une toile colorée qui n'avait ni sens, ni but, et même pas achevée. Un monochrome qui deviendrait terne avant d'être jeté dans l'oubli, car elle n'avait rien pour se hisser au delà de ce qu'elle était.

"Pour vous qu'est-ce que comprendre ?"

Ah ? Elle venait de comprendre que son interlocuteur n'était pas qu'un esprit ? Dommage, elle s'était partiellement plantée. C'était un esprit dans une enveloppe charnelle, mortelle, rien que ça. D'aucun vous aurait dit, mais quel esprit ! Ce à quoi on pourrait répondre par le fait qu'un esprit n'était rien de matériel, et que peu importe sa valeur, les actes en ce monde comptait plus que les pensées. L'histoire l'avait suffisamment prouvé pour qu'on l'admette.

Elle ne saisissait même pas sa question. Presque aurait elle méritée qu'il se lève, sorte sa baguette de son fourreau dans un geste ample, qu'il l'aligne sur elle et lui envoie un sort vicieux, destructeur, et la tue. Pourquoi ? Parce que comprendre dépassait de loin leurs conditions. Tryan comprenait plus qu'il n'apprenait en magie, et c'était tout là le paradoxe. Car ni lui ni elle ne comprenait, ils analysaient, interprétaient, mais rien ne pouvait être compris et acquis entièrement. Voilà pourquoi on cherchait, pour faire avancer les bases, non pas les comprendre, ni les justifier, juste les faire avancer.

Alors qu'il terminait son assiette, venait le temps de la philosophie. Chanceuse, si elle n'était pas aussi complexe et dépourvue de charme, elle n'aurait sans doute eu qu'une réponse plus ou moins cinglante et amère, voir acide.
Aussi le jeune homme termina par une gorgée de vin avant de se reculer dans le fond de son siège, de s'accouder à ce dernier, de poser son menton contre ses doigts repliés, comme pendant l'entretien, de ce même regard froid découlait une analyse de la situation, une prise d'informations.
Voulait elle une réponse logique ou personnelle ? Savait elle seulement ce que demander l'avis de quelqu'un signifiait ? Elle invitait au partage encore une fois, sans même comprendre ce dernier, sans même saisir la notion de ce que cela impliquait depuis de nombreuses minutes durant lesquelles l'étau du manipulateur étalait son emprise sur elle, petit à petit, son esprit, ses pensées étaient décortiquées dans tous les sens par un cerveau aiguisé et entraîné, par celui d'un stratège, d'un homme bien plus grand qu'elle.
En lui exposant sa vision, c'était un présent pour l'élévation, et elle en avait bien besoin … au fond, elle n'était qu'une opportuniste arriviste, peut être sans s'en rendre compte. La nature était si déplaisante qu'on voulait parfois ne pas l'admettre.
Pas de chance pour elle, cela n'échappait pas à plus intelligent.

« Saisir l'essence, voir les impacts, les conséquences, les processus mis en œuvre. Jusqu'au fondement même de ce qui est le fait ... »

C'était une réponse dite avec froideur, calme, et l'espace d'un instant, on aurait pu croire qu'il s'agissait d'Eris Valverde qui avait répondu et non Tryan De SaintClair.

« Comprendre, ce n'est affublé d'une chose un nom atroce qu'une langue torturerait et dénaturerait, il s'agit d'intégrer à la mécanique de son esprit le pourquoi, le comment, et non pas définir. Les choses n'ont pas besoin d'avoir de noms pour exister, les penser n'ont pas besoin d'être qualifiée, comprendre c'est s'approprier le savoir juste. C'est purement personnel et subjectif. »

Il parlait là de la compréhension et non de cette vision des choses qu'il pensait vraie et proche de l'absolue vérité, en ça qu'il la définissait par des termes et des expressions qui la dénaturaient donc. Ce qui impliquait qu'on aurait pu lui dire qu'en l'expliquait, il ne comprenait pas. Faux, il vulgarisait pour que l'autre ait la base nécessaire. Car tout s'apposait sur une base, un tronc commun décidé vrai par l'esprit du sujet. Des bases qui se devaient d'être vérifiées, sans quoi elles n'étaient pas valables, et c'était tout là le travail du génie, broder dessus, tout en s'assurant que la maille était bel et bien comme attendue.
Alors venait là une autre question qui se devait d'être légitime, pouvait on comprendre une personne ? À cela, le jeune homme, après une courte pause, la fixa toujours sans cligner des yeux et ajouta toujours avec calme.

« Quant à savoir si on peut comprendre une personne, cela n'est pour moi qu'une utopie malhabile desservie par l'ignorance du simple fait que l'on ne peut qu'approximer un esprit, une idée, et donc que la complexité de saisir chaque parcelle d'un tout prendrait plus qu'une vie. Ainsi il n'est pas improbable d'approximer un comportement, de définir une ligne de conduite, c'est la le but du profilage et de la psychologie. Mais de là à comprendre … il reste utopique de l'espérer ... »

Il hocha la tête, un sourire en coin sadique sur son visage si pâle et si uni.

« Voilà pourquoi votre quête de compréhension, et par extension la mienne est vaine. Et voilà aussi pourquoi je pense pouvoir me satisfaire d'une approximation cohérente à partir de suffisamment d'éléments pour reconstituer des mécaniques de pensées.

Ainsi ma précédente phrase était affublée du terme connaître après comprendre, et là était la facilité de l'utiliser. Chose que vous avez choisie de faire, pourquoi ? Tout simplement parce que vous espérez. Là était le piège Aileas, saisissez vous ce que cela signifie ? »


Le français caressa son menton doucement avec ce même sourire en coin persistant et un brin narquois tant il indiquait une supériorité intellectuelle presque évidente devant le piège qu'il lui avait tendu quelques minutes auparavant.

« Vous êtes sortie de votre impartialité, de votre objectivité. Et à moins d'un piège en retour de votre part, même si j'en doute fortement, vous avez commencé à me considérer, non pas comme un esprit, mais comme une personne. Aussi je pourrais mentionner la rupture par rapport à votre profil de base, mais là n'est pas la question, car vous le comprendrez très bien seule … mais là est ma question Aileas d'Huntingdon ... »

Faisant une pause, il garda ce sourire, ne souhaitant pas effacé ce qui était le signe d'une jubilation extrême, sans doute de par la complexité de son piège qu'elle n'avait su saisir, envahie par quelque chose de plus troublant, aveuglée par son propre esprit.
Et ainsi, il acheva méthodiquement ce qui était son plan de base, et inscrit dans son profil, manipuler sans le faire, en la laissant s'empoisonner seule, sans l'avertir de sa propre indignation.
Le couperet tomba avec franchise, et la phrase sonna comme un glas pour ce qui était de la simple relation à distance entre esprits, le jeu venait de tourner de manière plus personnelle, et il avait choisi sciemment de l'y amener sur ce terrain là.

« Qu'est ce qu'y vous a amené à ce résultat ? »

Son sourire sembla plus joueur qu'avant.
Il avait peut être introduit implicitement les sentiments, ou autre chose, mais le jeu prenait une tournure des plus délicieuses pour lui. Elle venait de perdre son monde, elle devait en avoir conscience, mais de là à amener la discussion à ce niveau, de par une démonstration qui se voulait quasi infaillible, à ceci près qu'en tant que génie, il se considérait au dessus d'elle sur le plan intellectuel.
La psychologie, bien utilisée, et avec une dose de philosophie, permettait une manipulation simple de l'esprit, sans même le faire soi même, il n'y avait qu'à introduire les ingrédients pour y laisser germer le doute, le vice, ou tout simplement, le but à atteindre.

De par cette psychologie, il avouait s'intéresser à ce que son esprit évoquait, et même considérait il la chose, toujours dans ce processus d'échange, peut être pas si loin que ça du monologue sauf si elle prenait conscience d'avoir été amenée seule à peut être le provoquer ? Qui savait. Il partageait sa vision avec elle, comme si tout ceci n'était pour lui qu'une banalité sans nom.
Les masques étaient inutiles entre eux, les deux le savaient, voilà pourquoi il avait été franc dans sa démonstration, et voilà aussi pourquoi, il l'invitait en répondant à cette question, à une introspection qu'il supposait nécessaire. Libre à elle de continuer le partage ou non.

Tryan s'était toujours satisfait d'un monologue, parfois de dialogue à deux. Restait à elle de choisir une de ces deux voies. Et sans l'inciter à une quelconque manière de répondre, pas d'implicite, de manipulation cachée, il la laissait cette fois libre de faire un choix. Liberté qu'elle avait perdue tout à l'heure, mais qu'elle venait de retrouver.
Car le libre-arbitre ne connaissait pas la notion de grandeur … ça non ...
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On a toujours besoin d'un plus grand que soi (DSC)

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