POUDNOIR
Cher (e) Sorcier (e),
Tu viens de débarquer dans un monde de la Magie subissant la dictature cruelle et sanglante de Lord Voldemort !
Un Monde où tout n'est que pouvoir, les faibles ne survivent pas ou suivent péniblement les forts.

Poudnoir est un forum qui se veut le plus réaliste possible ainsi la violence des combats et l'atmosphère de cette dictature est retransmise le mieux possible.
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Forum RPG Harry Potter Post-Bataille de Poudlard

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Chains by words and by facts || Jill

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Llewelyn Mulciber


MessageSujet: Chains by words and by facts || Jill Lun 24 Fév - 13:35


Il n'avait pas envie de se lever. Il n'avait envie de rien. Immensité du vide. Du temps qui passait. Le plafond semblait à Llewelyn Mulciber la chose la plus intéressante du moment. Sans doute parce qu'en l'occurence il n'avait pas cours et qu'il cherchait à fuir le plus possible les autres. Ici c'était calme. Personne ne venait dans les dortoirs en plein après-midi. Ce qui faisait qu'en général, s'il arrivait à s'y rendre, on lui foutait la paix. Il ne pensait à rien. Ou plutot il essayait de ne pas penser. Parce que des choses à penser, il en aurait eu, pourtant. La dernière en date, c'était la lettre qu'il tenait à la main, pliée et repliée, froissée dans tous les sens, comme si le Serpentard avait voulu échapper à tous les mots qui se trouvaient écrits dessus. Pour cause. Il était rare que son grand-père lui écrive. Cadeyrn Rowle n'était pas un type affectueux – ce qui n'empêchait pas Llewelyn de l'aimer, pourtant. L'ancien ministre de la magie du Pays de Galles vivait reclus dans son manoir et lorsqu'il donnait un signe de vie, c'était en général soit pour annoncer des enigmes, soit des mauvaises nouvelles. Car il ne s'était pas contenté d'être un politicien de génie. C'était un devin hors pair, l'un des seuls à vraiment avoir un don. Cependant il cultivait un goût tel pour le mystère que personne n'y comprenait rien. Ou alors cela glaçait le sang lorsqu'il vous parlait. Ou lorsqu'on lisait ce qu'il écrivait. La phrase revint sonner aux oreilles de Llewelyn aussi surement que si son grand-père lui avait parlé, à coté de lui, juste là. Il te reste peu de temps avant la fin du monde. Il ne savait pas ce que ça voulait dire. Il n'avait aucune idée d'où ça venait, ni de quel monde il parlait. Llewelyn serra un peu plus la main sur le parchemin, qui se déforma d'autant plus. Pourquoi ? Il n'avait de réponse et son grand-père non plus, qui s'excusait comme s'il devinait la question. Le gamin qu'il était aurait simplement aimé comprendre. Simplement avoir un pauvre indice. Il lui semblait que son monde s'écroulait depuis longtemps. Il y a pire que ça ? Pire que ce je vis ? C'est quoi ces conneries ? Je ne paye pas suffisament ? Qu'est-ce que ça voulait dire ? D'habitude, il ne ressentait qu'une profonde tristesse qui le pouvait à détruire ce qu'il ne pouvait pas avoir, car il ne pouvait rien faire. Juste assister lentement à cette folie qui creusait un trou dans son cerveau, et contempler ce monde de déments qui tournait encore moins rond que lui.  Et maintenant ça. Llewelyn se leva et fit rageusement une boule de la lettre qu'il envoya valser à travers la pièce.

« Qu'est-ce que ça veut dire, hein ? Qu'est-ce que t'essaye de me faire passer comme message, grand-père-la-mort ? »


C'est Benjamin et lui qui nommaient leur grand-père comme ça. Avec sa figure austère, il semblait défier les forces de la nature. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas appelé son grand-père ainsi. C'est juste qu'il était...désemparé. Il n'arrivait pas à comprendre et cela le secouait d'une profonde révolte. Qu'est-ce que je suis sensé dire à : « ton monde va bientôt se finir ? » ? Je sais même pas ce qu'il peut bien vouloir dire par là. Il ne possédait aucune espèce d'idée de la façon dont Cadeyrn avait voulu s'exprimer. Bordel de merde, tout le monde a décidé de me faire chier. Tout le monde. Il ramassa la lettre sans trop savoir quoi en faire, et puis il se mit à rire. La colère était passée aussi brusquement qu'elle était venue, mais maintenant c'est la tristesse qui regagnait du terrain. Impassiblement et inexorablement. Et le rire que Llewelyn avait n'était que le symptome de celle ci.

Tu as vraiment l'air idiot. Ouais, je sais, je sais. Encore tout seul, en plus ? Oui, ça va, je sais. Pourquoi tu ne parles pas ? Il n'en avait pas envie. C'était ridicule d'être terrifié par une lettre incohérente comme celle ci. C'était un problème qu'il devait régler seul. Tu te sens seul maintenant ? Je sais pas. Je veux dire, je voudrais croire que je ne le suis pas, mais en fait, je n'en ai pas vraiment de preuve, alors je ne vais pas continuer à débattre. C'est comme si je pouvais passer toute ma vie à en débattre encore et encore, à peser le pour et le contre.A la fin, je n'aurais pas plus de preuve, donc je ne débats plus. C'est absurde. La recherche de Dieu est absurde? Ca l'est si tout le monde meurt seul. Et ça t'effraye ? Je ne veux pas être seul.

En réalité, il ne l'était pas, mais c'était dur, parfois, tout de même. Lorsqu'il était avec Mary, Llewelyn avait tendance à mettre entre parenthèse ses propres problèmes, qui lui semblaient alors particulièrement ridicules et peu graves par rapport aux siens. Et dans le fond, ce n'était pas faux – lui n'avait jamais eu à passer une commission de sécurité. En fait, globalement, quand t'es sang mêlé, ta vie est vraiment chiante...cela pouvait paraître méprisant dit comme ça, comme s'il réalisait d'un coup qu'il n'était pas le centre du monde et qu'il se décidait à se connecter de la réalité, mais ça ne l'était pas. Il était suffisamment une source de problème pour elle, alors qu'il voulait simplement qu'elle aille bien. Il n'allait pas en rajouter une couche.

« Mulciber, dégage. »

La voix trainarde de Rosier le rappela à la réalité. Bon, il était vrai que la majorité des sang purs se foutaient de sa gueule, surtout à Serpentard, où ils n'étaient vraiment pas tendres, mais Llewelyn détestait particulièrement Rosier et sa voix trainarde, son attitude de petit vainqueur qui poussait inévitablement à avoir envie de lui foutre une baffe. Manque de bol pour Rosier, c'était surtout un frimeur, et malgré sa tête arrogante, il avait deux têtes de moins que Llewelyn. Ce qui suffit à ce dernier pour décider de le choper par le colback et le plaquer contre le mur, malgré les protestations de ses deux potes :

« Dégage, s'il te plait. Tu restes polis et on va s'entendre, Ryan. Sinon je t'assure qu'il va falloir que tu commences à t'habituer à bouffer seulement de la soupe. »

Il le laissa tomber par terre, avant de se diriger tout ce qu'il y a de plus paisiblement vers la salle commune. Menacer un mec, Llewelyn s'en foutait, c'était grave à partir du moment où le cognait. Le résultat était souvent le même, le second était juste plus jouissif et plus réservé aux moments où il était vraiment en colère. Là je remets juste un avorton à sa place. Il croisa Hugh sur le chemin, qui se contenta de lui fourrer un paquet dans les mains en disant :

« M'man t'a envoyé ça. »

Avant de le fuir comme la peste. Llewelyn resta planté un instant au milieu de la pièce, un peu interdit. Allons bon, c'est la journée du n'importe quoi, aujourd'hui. Sa mère ne lui envoyait jamais de colis, ce qui poussait Llew à la méfiance. Elle est foutue de m'envoyer des serpents venimeux, cette débile. Il secoua le paquet prudement pour voir si ce n'était rien de dangereux. Son regard tomba sur Jill, qui le fixait d'un air interdit. Il lui adressa un sourire las :

« Je sais que j'ai l'air ridicule, merci. »

Avant de s'assoir à coté d'elle. Parmi toutes ses anciennes fréquentations, Jill était sans doute l'une de celles qui lui étaient le moins hostile. Il commenta en essayant d'ouvrir l'emballage cartonné :

« Ma mère ne m’envoie jamais rien, alors je me méfie un peu...tu la connais. »

Il sortit du paquet une bouteille de fin français, du rouge, pleine, avec une étiquette : « tu en auras besoin. » Il la regarda d'un air ahuri, et continua :

« Tu y comprends quelque chose, toi ? Elle délire de plus en plus... » 
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Jill Witcher


MessageSujet: Re: Chains by words and by facts || Jill Sam 1 Mar - 15:37

Parfois tout ce qu'il se passait ennuyait Jill Witcher. Globalement, les gens qui ne pensaient pas étaient réellement emmerdants, mais il fallait dire aussi que le fait de se croire, à défaut d'être, plus intelligente que tout le monde n'aidait pas forcément la jeune fille à apprécier les gens qui l'entouraient. Elle les trouvait vulgaires, et s'il y avait bien une chose que Jill détestait dans ce monde plus que l'absence d'intelligence et de subtilité, c'était bien la vulgarité. Le fait d'être commun. Elle n'était pas commune, elle, mon Dieu non. A la rigueur on pouvait la qualifier de superficielle, et encore cela ne valait que pour la façade qu'elle entretenait, à la rigueur on pouvait dire qu'elle ressemblait à toutes les filles de sang pur pourries gâtées, c'était vrai aussi, mais cela ne concernait que la surface. L'image qu'elle renvoyait était commune, ce qui expliquait sans doute pourquoi le rôle qu'elle jouait l'ennuyait tout autant que le reste des gens qu'elle devait fréquenter pour entretenir l'illusion que ce même rôle était vrai. La vie qu'elle menait était ennuyante, Jill voulait bien l'admettre, et elle détestait devoir se rabaisser à paraître cette fille commune, déjà vue cent fois. Elle savait qu'on l'appréciait pour son charme et pour le personnage. Mais combien l'appréciaient pour ce qu'elle était elle ? Peu de gens sans doute. Car de toute façon peu de gens savaient qui elle était vraiment. Elle détestait ce qu'elle paraissait être mais montrer ce qu'elle était vraiment, Jill Witcher, la vraie, était dangereux. Bien sur, elle en souffrait, car jouer, surjouer, se rendre elle même un peu schyzo en oubliant peu à peu la frontière entre ce qu'elle avait choisi d'être, ce qu'elle devait être et qui elle était vraiment, lui faisait profondément mal. Mais Jill ne possédait pas de moyen de se sortir de là. Elle s'était transformée elle même en ce genre de fille. Même si elle était moins méchante qu'elle n'y paraissait, elle ne pouvait pas revenir en arrière.

C'était ce qu'on attendait d'elle. C'était ce que ces parents voulaient d'elle. Elle le savait, de sa fratrie, bien que talentueuse, elle n'était pas la plus brillante. Du moins avait-elle fini par en convenir d'elle même à force de se l'entendre répeter, car à vrai dire elle n'écrivait pas trop mal. Mais personne ne lui laissait le loisir d'écrire, de toute façon. Aussi Jill Witcher vivait elle un peu en secret. Sa famille tolérait mal la nouveauté. Il leur fallait du temps pour changer, disait Wayland. Mais du temps, Jill n'en avait guère. Car les Witcher seraient foutus de changer quand elle serait morte, et alors, quel intérêt ? La Serpentard adorait sa famille, qu'on ne s'y trompe pas. En particulier ses frères et sœurs, et ses parents, même si elle appréciait aussi les autres. Mais cela ne l'empêchait pas d'être lucide et de savoir que leur morale ne progressait que très difficilement et était totalement arriérée. Les Witcher étaient des propriétaires terriens, si on voulait les qualifier gentiment, si on voulait être honnête, c'étaient des paysans, dont le sens de ce qui convenait s'était arrêté au XIXe siècle. Les filles étaient des objets qu'on échangeait pour de l'argent. Car l'argent, mon Dieu, chez les Witcher, cela possédait une importance. On ne respectait dans cette famille que le nom ou le sacro-saint argent, et parfois plus l'argent que le nom, ce qui semblait une aberration à Jill, puriste dans l'âme, radicale et convaincue. Mais il fallait dire aussi que la morale chez les Witcher variait un peu : que l'on aie un fils sang mêlé, un bâtard, alors que l'on était un homme, cela , ça ne posait pas problème. Que l'on tente un peu d'exister par soi même lorsqu'on était une femme, et tout le monde poussait les hauts cris. Alors quand on se revendiquait artiste, vous pensez bien...Cela donnait envie à Jill de détruire tout sur son passage, et lorsqu'elle était énervée, finalement, même si elle se controlait assez bien, elle aurait été fichue de briser tout ce qu'elle pouvait.

Ou bien de fondre en larmes. Elle voulait paraître forte par fierté, mais elle était bien plus fragile que ce qu'elle paraissait, malgré son sourire et son assurance. On lui enviait cela. Ce qui donnait à Jill une occasion de plus de les mépriser. Elle savait lire dans les gens, trouver leurs failles C'était facile et c'était drôle. Cela permettait aussi de s'amuser un peu avec les idiots qui l'entouraient. AA l'origine Jill Witcher n'était pas quelqu'un de cruel mais elle l'était devenue pour mieux se protéger du monde qui l'entourait. Aussi faire du mal à des gens moins intelligents qu'elle mais qui auraient pu être en travers de son chemin – soit qu'ils l'empêchaient d'écrire, soit qu'ils étaient cons, tout simplement – ne la dérangeait pas. Voire l'amusait. Cela permettait de marquer sa supériorité sur des gens qui manifestement étaient cons. Quitte à paraître cruelle. Après tout, elle était Jill Witcher, ne pouvait-elle pas faire ce qu'elle voulait ?

Étroits d'esprit. Voilà ce qui qualifiait le mieux les gens, finalement, plus que le fait qu'ils soient communs et purement sans intérêt. Lorsqu'elle trouvait des gens qui ne l'étaient pas trop, ils finissaient par se réveler bizarres ou alors par faire n'importe quoi. Exemple typique : Llewelyn. N'importe quoi parce qu'il sortait avec Mary ? Non, n'importe quoi parce que la solution principale à tous les problèmes qu'il avait semblait de foutre son poing dans la gueule à la personne qui lui causait du tort, même si elle était animée de bonnes intentions. Jill trouvait ça stupide, mais cela dit, la plupart des mecs n'étaient pas réputés pour leur intelligence. Cela ne l'empêchait pas pour autant de s'entendre avec lui. Sans trop lui parler. L'atmosphère était lourde et pesante. Elle, franchement n'avait qu'une idée en tête, se tirer. S'en aller de Poudlard, le plus loin possible. Elle détestait cette ambiance pesante où l'on ne pouvait rien se dire, où tout le monde espionnait tout le monde. Elle essayait d'agir comme si tout allait bien, mais rien n'allait bien. Autour d'elle, tout le monde semblait prêt à s'entretuer.

Et malgré tout, elle essayait de faire ses devoirs. Con comme la scolarité ne revêtait aucune importance à ses yeux. Mais cela lui permettait de s'occuper l'esprit. Cela dit, elle n'avait aucune idée de ce qu'elle faisait, écrivant machinalement. Il ne fallut pas grand chose pour la distraire, d'ailleurs. Relevant les yeux, elle observa le petit manège d'Hugh et Llewelyn. Avant de sourire à ce que lui disait Llew :

« Arrête de prendre tout mal, sérieusement...je te dis rien. »


Elle le laissa s'asseoir, cependant. Elle n'avait rien contre lui, dans le fond. Et elle était capable de se défendre si on lui disait qu'elle trainait avec un traitre à son sang. Etait-il un traitre à son sang ? Vaste question, à laquelle elle n'avait pas envie de répondre pour l'instant. Le paquet l'intéressait. Jill était curieuse de nature, il fallait bien l'avouer. Elle regarda avec amusement la bouteille :

« Tu as une mère qui t'encourage à boire, ce n'est pas courant, ça...tiens, regarde, elle a mis une lettre avec. Je peux l'ouvrir ? »


Llewelyn, blasé, avait l'air de s'en foutre. Jill ouvrit l'enveloppe avec un air détaché : connaissant un peu la mère de son ex, elle se disait qu'elle ne pouvait que raconter n'importe quoi. Mais au fur et à mesure qu'elle lisait la lettre, elle sembla se décomposer. Car Susan Mulciber ne racontait pas n'importe quoi. D'un air effondré, elle murmura :

« Mon Dieu... »

Et il y avait de quoi être traumatisée. Comment réagiriez vous si on vous disait soudainement, d'un coup, que votre ex petit copain est votre demi frère ? Jill Witcher, pas forcément très heureuse dans sa vie mais n'ayant jamais affronté de véritable épreuve, elle, ne pouvait que s'effondrer. Elle lui donna la lettre :

« Oh, Llew, je suis tellement désolée. C'est vraiment moche ce qu'il nous arrive... »


Elle ne savait pas quoi dire. Vraiment pas.
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Llewelyn Mulciber


MessageSujet: Re: Chains by words and by facts || Jill Lun 17 Mar - 15:02

La vie, ce n'est pas facile. La mort non plus, remarque. Pour Llewelyn, les deux restaient associées, indéfiniment. Bizarrement, très bizarrement, sa vie lui semblait indéfiniment composée de la même ritournelle mortuaire. Et quoiqu'il change, il en revenait toujours à ça. Pourtant c'était faux, mais il ne pouvait pas s'empêcher de vivre avec. Voilà. Il faut vivre avec cette terreur, désormais presque familière. Il faut vivre avec cela, la peur que tout s’arrête, en une minute. Je songe qu’à tout instant, ça pourrait être moi. Il n'en disait jamais rien, car il ne voulait inquiéter personne, mais il savait que ça pouvait arriver. Llewelyn, en gallois, voulait dire aux cheveux gris : présage d'une longue, très longue vie, sans doute. Ou alors présage, étrange, sentiment éprouvé par avance de ce que vivait un mourant. J’ai cette image saugrenue dont je ne parviens pas à me débarrasser, celle de ce cadavre qu'on essayait de faire passer pour Ben. Je vois la tête éclair d'un demi-sourire. Je vois la bouillie qui lui sert de visage. J’ai beau me dire que c’est absurde, malsain sans doute, je n’arrive pas à éloigner cette vision. Dans l’ignorance où nous nous trouvons, il y a la place pour tous les fantasmes, tous les cauchemars. Il en était responsable, comme il était responsable de la mort de Nora Beker. Je croyais que la mort survenait toujours en hiver, qu'il lui fallait le froid, la grisaille, une sorte de désolation, que c'est seulement ainsi qu'elle pouvait se sentir sur son terrain. Je découvre qu'elle peut tout aussi bien exercer sa besogne en plein soleil, en pleine lumière. Je croyais qu'elle était loyale – plus que la vie. Mais la mort c'était les hommes, et les hommes étaient déloyaux. Lui même l'avait été envers son frère. Il l'avait payé et maintenant il en avait assez, mais tout de même.

Il avait eu de bons moments dans sa vie et il fallait pourtant qu'il lutte pour s'en souvenir. C'est la vie au ralenti, c'est le soleil trop fort, c'est la violence inouie, parfois, des fins de mois d'août, c'est la chaleur sur tout, sur les corps fatigués, c'est les derniers jours d'une telle violence sans doute, avant que le vent se lève, que les orages éclatent, puis que la grisaille doucereuse de septembre ne prenne le dessus, c'est la mer où les enfants s'ébattent encore une fois avant de repartir vers les villes, c'est les instants qui précèdent un abandon, un au revoir, un départ, c'est sur les visages les couleurs dorées qu'on montrera aux autres, c'est une dernière fois les vêtements légers qui recouvrent à peine des chairs dénudées, c'est la lenteur, c'est une manière de bonheur teinté déjà de nostalgie, de regret. C'est la fin de la saison. C'est mon enfance, celle de Morley Old Hall. Et le souvenir immense et terrible des champs de tabac s'étendant sous le ciel clair lui rappelait la vie.

Cette vie, qui finalement, était fausse. Il ne dit rien quand Jill lui passa la lettre. A la limite, la vie qu'il décrivait, les rares moments de bonheur qu'il avait eu, ce n'étaient pas les siens. Ceux de Hugh, oui, ceux de Ben, oui. Pour Llewelyn, il lui semblait qu'il n'avait jamais eu de place dans l'équation de sa famille. Il aurait voulu, mais il n'en avait pas, c'était faux, c'était comme si il était mort, ou venant d'ailleurs. Etranger à ma propre table, j'aimerais en partir. Ce sentiment diffus qu'il ne pouvait pas nommer, ni comprendre, cela correspondait à une réalité. Et pourtant, une autre réalité existait bien...Depuis plus seize ans, je suis son frère. Je ne me souviens plus de la seule année, la première de ma vie, où je ne l’ai pas été. Je ne me souviens pas d’avoir été autre chose que son frère. Là, il parlait de Ben. J'aurai voulu moi aussi être entouré, contemplé, recherché. J'aurais voulu l'étourdissement, la légèreté, les rondes autour de moi. J'ai du ressentir une sorte de jalousie, d'affreuse jalousie, face à ce qui avait pu paraître une injustice. Et c'en était une, quelque part, mais seulement une moitié d'injustice. Parce qu'il n'était que le demi-frère.

Et tout s'expliquait. Un bâtard, une erreur, une grande et grosse erreur. Ca ne faisait pas mal, et il ne pleurait pas, il ne pleurerait pas, non. Il lisait, et relisait, les mots de sa mère. Cela faisait mal de ne pas comprendre, mal d'être détesté sans raison, maintenant il en avait une.

Je ne lui ai presque pas parlé de toi. Malone connaît ton existence, bien entendu. Je lui ai mentionné ton prénom, ton âge, ces choses à quoi on a recours pour définir les gens, pour les situer, mais guère plus. Il ne m'a pas particulièrement questionnée, je n'ai pas eu à lui mentir. Je me tais pour ne pas l'effrayer. Je ne voudrais pas qu'il me considère comme une femme friable, vulnérable, ni comme une malade pas vraiment guérie et susceptible de rechuter – je ne suis pas folle, je te hais juste, tu es l'erreur qui n'aurait pas du arriver. Je lui dissimule les entailles profondes que tu as laissées, aussi bien celles qui me font souffrir que celles qui racontent nos étreintes passées. Ainsi, il n'a pas à redouter que je me perde à nouveau. Je suis convaincue néanmoins qu'il a compris l'essentiel. S'il ne m'interroge presque pas, c'est parce qu'il dispose des réponses. Maintenant, tu en as aussi. Tu ne me demanderas rien non plus, tu n'as rien à demander, puisque tu n'es rien...

Et tout continuait, mais il n'avait pas mal. Tu n'es personne, et ce n'est pas ta vie. Maintenant, il le savait, à lui de trouver la sienne. C'était un contrat honnête. Il faudrait recommencer. Il pouvait le faire, maintenant, ça irait. Oui, ça irait. Enfin, ça irait...sauf qu'il y avait Jill. Ah. Oui, effectivement, ça, c'était un problème. Et pour le coup, il ne pouvait pas revenir en arrière...il ne pouvait rien faire.
Il sortit un mouchoir, n'osant pas la regarder :

« C'est pas ce que je voulais. Toi non plus, je suppose. Si j'avais su...enfin, tu vois, quoi. Je sais même pas si c'est une bonne idée qu'on continue à se parler. Vaut mieux que je m'en aille. Puis ça t'attirera moins d'ennuis, de toute façon. » Il fit une pause, et déclara : « Faudra le dire à Wayland....tot ou tard. »

Parce que tot ou tard, tout se paye, il aurait du le savoir, au bout d'un moment.
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MessageSujet: Re: Chains by words and by facts || Jill

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Chains by words and by facts || Jill

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