POUDNOIR
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Tu viens de débarquer dans un monde de la Magie subissant la dictature cruelle et sanglante de Lord Voldemort !
Un Monde où tout n'est que pouvoir, les faibles ne survivent pas ou suivent péniblement les forts.

Poudnoir est un forum qui se veut le plus réaliste possible ainsi la violence des combats et l'atmosphère de cette dictature est retransmise le mieux possible.
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Forum RPG Harry Potter Post-Bataille de Poudlard

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Conférence au sommet [PV Benjamin, au Pérou]

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MessageSujet: Conférence au sommet [PV Benjamin, au Pérou] Mar 3 Juin - 0:08

"Lorsque la loi est arbitraire, ceux qui se placent dans l'illégalité sont les courageux dénonciateurs de l'oppression étatique" - Pascal Salin

Spoiler:
 

Désert d'Atacama, zone côtière, Chili...

Voilà bien longtemps qu'Hermione n'avait pas revu les falaises blanches de l'Angleterre, respirer son air frais, observer les montagnes d'Ecosse, déjeuner dans la grande-salle ou en compagnie de ses parents. Neuf ans pour être exact. La guerre lui avait tout prit ou presque, à commencer par Harry et sa famille. Privée de ses droits et de son humanité, elle errait de pays en pays pour recruter des partisans, établir des contacts, récolter des informations, forger des alliances et apprendre de nouvelles choses.

Jamais elle n'avait cru Ron capable de diriger l'Ordre du Phénix. Celui-ci avait imposé des mesures qu'elle n'approuvait pas, commis des actes qu'elle réprouvait. La guerre semblait l'avoir transformé en bête assoiffée de sang et la haine l'avait conduit à commettre des erreurs de stratégie navrantes. Imposer un serment inviolable, tolérer la torture et la barbarie, user du terrorisme sans objectifs militaires et politiques à long terme, ne pas saisir la nécessité de réformer l'organisation à la chute du secret magique, tout cela n'avait fait qu'affaiblir un mouvement de résistance qui avait espéré mieux de lui.

Depuis, Hermione l'avait rejoint au Chili en mettant à profit ses expériences et les revers subit par l'Ordre pour convaincre leurs partisans de l'écouter. Elle leur expliqua que la guerre prendrait une ampleur internationale, qu'il leur fallait défendre la liberté et le droit à la vie pour tous et restaurer ce qui fut l'âme originelle de leur organisation. La confiance, la solidarité, l'esprit de famille et la morale devaient prévaloir sur l'égoïsme, l'ambition, la suspicion et la haine. Elle leur proposa alors un code de bonne conduite qui fut voté à l'unanimité ainsi qu'une rencontre visant à unifier la résistance, à condition que certains principes soient respectés.

L'unification semblait difficile, mais pas impossible. Cela dépendait de la capacité de Benjamin Mulciber - un individu dont elle savait peu de choses - à saisir l'enjeu, à la convaincre du bien fondé de "sa république" et de la nécessité de mettre leurs divergences de côté en agissant avec le respect et l'égalité entre tous les résistants. Car selon Hermione, il ne serait question de rejoindre la Vague sans en savoir plus et sans être convaincue que son homologue ne cherchait pas à dénigrer les autres mouvements pour s'en attribuer tout le mérite, pour forcer les autres à le suivre dans sa folie déliquescente alors qu'il était possible d'agir avec la même force, mais de manière plus raisonnée et "humaniste".  

A bien des égards, la Vague était à ses yeux un ramassis de terroristes sans foi ni lois, des opportunistes, des ambitieux et des criminels sans cervelle usant de la violence, de la propagande à outrance et de la terreur pour marquer les esprits, sans faire preuve d'une grande finesse. Elle qui avait un certain respect pour Tom Jugson, elle se demandait qui était cet ex mangemort devenu le leader de ce mouvement, en sachant que son frère n'était nul autre que le directeur du département chargé de l'élimination de la résistance. Hermione en étudia un peu les tactiques et les déclarations pour tenter de s'en faire une opinion plus précise. Revendiquaient-ils de vraies valeurs démocratiques ou ne s'agissait-il qu'une manipulation afin de rechercher le pouvoir ?

Etrange déclaration que celle qui consistait à dire que l'on ne faisait aucune idéologie lorsque l'on défendait la liberté et le terrorisme. Certains iraient jusqu'à dire que l'absence d'idéologie en était une en soi, y compris lorsque l'on recherchait à établir une république en passant d'une politique de guérilla à du terrorisme pur. Selon Hermione, pour mener ce genre de lutte cela nécessitait obligatoirement des objectifs militaires et politiques à long terme ainsi qu'une moralité tranchant avec celle de leurs ennemis. Seulement, avant de passer à la phase de transition et à la prise de pouvoir, Benjamin semblait avoir brûler les étapes en commettant des erreurs stratégiques qui pouvaient être le signe d'intentions cachées ou le signe d'un caractère impatient et violent. Du moins, ce fut sa première impression.

Après tout, il était difficile de juger sans connaître ses véritables intentions. Bien-sûr, Ron était opposé à toute idée de rapprochement alors que sa compagne souhaitait ouvrir le dialogue et le maintenir aussi longtemps que possible. Il lui semblait plus judicieux d'inciter Benjamin au compromis et à la réflexion plutôt que d'avoir à le combattre ou à faire cavalier seul. Et c'était là tout le problème. Agir avec la haine aux trousses, sans se soucier des pertes -y compris civiles- tout en frappant avec une masse d'arme, lorsqu'un scalpel aurait été plus efficace, pouvait conduire leurs chefs à manquer d'objectivité et à se montrer un peu trop prévisibles et difficilellement différenciables de leurs ennemis. De plus, cela ne les aiderait en rien à se faire de nouveaux partisans, à convaincre les indécis que ce que l'on racontait à leur sujet était un mensonge.

En y réfléchissant, leurs actions et celles de l'Ordre s'inscrivaient dans la tradition d'Alexis de Toqueville ; une vision pluraliste consistant à rassembler une force au-delà de tout clivage politique afin de défendre des droits menacés. Hermione voyait la possibilité d'établir un équilibre au sein de la résistance en jugulant un peu leur violence, en améliorant leur image et en affinant leur stratégie commune. La jeune femme pensait que leurs méthodes n'étaient ni bonnes ni mauvaises, mais complémentaires, qu'il existait d'autres méthodes tout aussi violentes, mais plus discrètes pour semer la zizanie dans les rangs ennemis, pour les pousser dans leurs retranchements et les inciter à faire une partie du travail à leur place au sein de l'armée et de l'administration.

La veille de son départ pour le Pérou, Hermione conduisit Ron dans le désert d'Atacama, près de la côte afin de bénéficier de conditions climatiques supportables. Comme vous le savez, l'anticyclone de l'île de Pacques et le courant de Humbolt (plus froid) créait une zone subtropicale permanente et un climat de haute pression annihilant quasiment le développement de nuages et de précipitations. Elle y organisait une parilla, l'équivalent du barbecue au Chili, après avoir pris soin d'établir un petit campement protégé par une multitude de sortilèges de protection qui les rendaient invisibles et inaudibles. De toute manière, qui aurait pu deviner qu'ils se trouvaient tout deux au beau milieu d'un désert extrêmement aride puisqu'elle n'en avait parler à personne, hm ?

Ron s'était occupé de faire un feu de camp et de déposer une grande grille au dessus des braises. Hermione y fit cuire des saucisses au chorizo, quelques côtelettes ainsi que des morceaux de poulet marinés avec des épices. Elle accompagna ce repas d'une "parilla vegetale", une salade composée de maïs, d'aubergines et de champignons et de galettes de maïs. Ce n'était pas le grand luxe, mais au moins avaient-ils quelque-chose à manger. Oh, cela aurait pu donner l'illusion que leur relation était au fixe alors qu'il n'en était rien. Elle était toujours fâchée contre lui pour avoir agi en criminel, en totale opposition avec leurs valeurs, mais fallait-il lui en vouloir à mort et rompre avec lui ? Ils étaient en guerre ! Concevoir un couple lorsque vous étiez les plus recherchés de Grande-Bretagne et les dirigeants de l'un des plus grands groupes de résistants n'était pas chose facile !

- "Si je t'ai conduit ici c'est pour t'informer que je dois me rendre à Lima, au Pérou, demain matin. Je dois y rencontrer Benjamin Mulciber, le leader de la Vague...", déclara-t-elle avec calme et prudence en fixant la nourriture sur le grill.

- "Tu... quoi !?", rétorqua Ron avec surprise, en l'observant avec des yeux ronds et la bouche entre-ouverte.

- "Tu as très bien entendu. Je suis censé me rendre au quartier-général de la Vague pour envisager une union qui pourrait être bénéfique à notre cause, mais pas à n'importe quelles conditions", ajouta-t-elle avec gravité, en sentant que son rouquin était sur le point de réagir.

- "Et tu as décidé de ça, sans moi, sans même me consulter !? Je suis quand même le chef de l'Ordre et ton petit-ami, merde !", hurla Ron en se levant, visiblement vexé et en colère, lui qui passa une main dans ses cheveux en soupirant comme un taureau.

Hermione releva son minois pour fixer son petit-ami droit dans les yeux avec fermeté. Sa réaction était prévisible, mais elle ne fut nullement sensible à ses récriminations. D'ailleurs, si elle l'avait amené jusqu'ici c'était aussi pour avoir une conversation à bâtons-rompus avec son petit-ami sans avoir à se disputer devant leurs compagnons ; une chose qu'il ne valait mieux jamais faire lorsque l'on dirigeait un groupe, même s'il ne fallait pas être devin pour comprendre qu'il y avait de "l'eau dans le gaz" depuis un bout de temps.

-" Oh ça c'était avant, tu sais, ta "brillante" - que dis-je - "pathétique" décision de battre en retraite dans un coin paumé d'Amérique du sud !", lui hurla-t-elle, l'air mauvaise et pince sans rire. "Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, nous n'avons rien fait depuis cette fameuse raclée à Privet drive, hm ? Dois-je mentionné ces actes qui nous ont conduit à perdre certains membres, comme Viktor et Minerva ? Dois-je te rappeler qu'en légitimant la torture, le serment inviolable et les sévices corporels tu n'as fait que te discréditer aux yeux de tous ? Faut-il te parler de notre couple qui bat de l'aile à cause de cela ?", ajouta-t-elle avec force et conviction. "Nous en avons débattu et nous avons voter en tenant compte de ton opposition..."

- "Je n'ai fait qu'agir pour notre cause ! Et puis, ils ont tué Harry, Bill et qui d'autres encore !?", s'indigna le rouquin en levant les bras.

- "Tu as agi par vengeance, en cédant à ta haine. Plus tu agiras ainsi, plus tu te rapprocheras des ennemis que nous combattons et plus tu leur rendras service. C'est aussi ce que je dirai à Benjamin. La colère, la peur obscurcissent le jugement. Ce sont des armes utilisées par l'ennemi pour nous pousser à l'erreur. Tu te souviens du professeur Dumbledore ? "Demain, nous aurons tous à choisir entre le Bien et la facilité". Le chemin de la résistance n'est pas facile et il exige beaucoup plus sur le plan moral qu'une attitude de cowboy visant à crier plus fort et à frapper plus fort que les autres, en oubliant l'intelligence et la sagesse ; deux choses que nous pouvons leur apporter. J'espère que toi et Benjamin, vous parviendrez à le comprendre...", conclut-elle en fermant les yeux et en poussant un profond soupir, un signe qui trahissait sa lassitude et son appréhension.

La Vague prétendait ne pas faire dans l'idéologie, ce qui était faux, surtout lorsque l'on utilisait la propagande et le terrorisme comme arme psychologique pour défendre toutes les formes de liberté. Pour gagner les faveurs du peuple, fédérer autour de soi autre chose que des criminels et des extrêmistes, sans avoir à agir selon une mentalité d'ancien mangemort, selon l'adage "la fin justifie les moyens", il était important de briser la séduction des puristes et d'obtenir le soutien de la population en poussant l'ennemi à agir contre eux. La stratégie de l'usure était pratiquée par les deux camps, mais Hermione pensait pouvoir apporter un surcrois de crédibilité ainsi que plusieurs cerveaux brillants afin d'améliorer leurs opérations communes. Benjamin semblait plutôt un héritier de Von Clausewitz tandis qu'elle vouait plus d'intérêt aux préceptes de Sun Tsu. Combiner les deux lui semblait intéressant, surtout si cette fameuse constitution dont elle avait vaguement entendu parler contenait autre chose que des intentions et des principes visant à établir une tyrannie sous couvert démocratique.

"Fais-moi confiance, Ron. Si Benjamin est différent de l'image que l'on m'en donne, s'il est plus ouvert d'esprit et disposer au compromis, nous devons soutenir son initiative et l'aider à faire de ce mouvement de résistance unifié autre chose qu'un club pour criminels et pâriats fuyant une tyrannie. Nous devons aller au-delà de la politique et de l'égoïsme pour faire ce qui est justifiée, en sachant que nos vies n'ont aucune importance. Ensemble, nous pouvons être plus fort", fit-elle en tentant de le convaincre.

Que vous soyez d'accord ou non avec elle, Hermione estimait avoir raison. Il était facile de tout justifier par la rhétorique et la logique. Les actes, par contre, en disaient longs sur un individu, y compris sur son état d'esprit. "Apprends à te connaître et à connaître ton ennemi et les portes de la victoire te seront ouvertes pour l'éternité", disait le Général Sun Tsu dans son ouvrage "L'art de la guerre" ; un précepte que la jeune femme avait toujours défendu comme l'une des pierres angulaires de leur résistance, d'autant plus qu'il ne fallait pas être un génie pour déterminer que l'ennemi disposait lui aussi de quelques individus de valeur pour monter des stratégies et exploiter leurs faiblesses. Cette guerre était aussi psychologique, par le caleçon de Merlin ! Mais au moins la Vague et l'Ordre recrutaient désormais quiconque souhaitait s'opposer à l'Intendance.

"Traite-moi de faible et de lâche si tu en as envie. Moi j'estime qu'il faut plus de courage pour agir de manière un peu différente. Faire preuve d'un minimum de retenue face l'ennemi n'est peut être pas la meilleure chose à faire, mais elle implique une différence avec la barbarie, une preuve de supériorité, même si cela doit impliquer de perdre la partie. Bâtir une république implique le respect d'une certaine moralité. Cela n'empêche en rien la légitime-défense, même si nous pourrions prendre cette excuse pour tout et n'importe quoi. "Désolé, mais je n'avais pas le choix", des propos qui me rappellent une certaine Dolores Jane Ombrage, si tu veux mon avis..."

Lima, capitale du Pérou, le lendemain matin...

Hermione avait revêtu une cape à capuchon puis se désillusionna afin de transplaner en direction du Pérou, à proximité de Lima, en toute sécurité et discrétion. Sortant sa baguette afin de parer à toutes éventualités, elle avait rendez-vous dans une caserne de l'armée magique péruvienne où se trouvait l'actuel quartier-général de la Vague.

Avec une agglomération d'environ dix millions d'habitants, la capitale était la cinquième plus grande ville d'Amérique latine et fut fondée le 18 janvier 1535 par le conquistador espagnol Francisco Pizarro sous le nom de "ciudad de los reyes". La résistante aurait aimé flâner dans les ruelles, visiter la cathédrale de Lima, construite au XVIIe siècle, observer des exemples de l'architecture coloniale, le théâtre municipal, la place St-Martin ou l'immeuble Rimac.

Seulement, elle devait se montrer prudente et ne pas oublier la raison principale de sa présence en ces lieux. Hermione était ici pour rencontrer Benjamin Mulciber, non pour assouvir sa curiosité intellectuelle ou son envie de jouer les touristes. Il fallait surtout éviter d'être reconnue par d'éventuels espions au risque de les mener tout droit vers le quartier-général de la Vague.

En arrivant, elle se désillusionna et se laissa conduire par deux individus jusqu'au PC de l'état-major. L'ambiance semblait être en berne. La mort de Tom Jugson avait été un coup terrible pour leur organisation, mais elle nota aussi l'importante activité qui régnait sur place, ce qui était souvent le signe de préparatifs pour une opération d'envergure ou une tentative de diversion afin de tromper les éventuels espions. Malgré tout, cette solidarité et cette détermination faisaient plaisir à voir.

Lorsqu'elle arriva à l'état-major, escortée par ses deux gardes chiourmes, Hermione retira sa capuche et pénétra à l'intérieur du bâtiment où elle croisa un individu occupé à étudier des cartes topographiques. Le silence se fit lorsque cet individu remarqua sa présence. Bien-sûr, si son visage était connu au sein de la résistance, personne n'avait été averti qu'elle avait rendez-vous avec leur chef, par mesure de sécurité. D'un geste de la main, celui-ci congédia les deux individus. Désormais, les deux dirigeants étaient seul à seul.

- " Bonjour...", fit-elle avec calme et politesse, en affichant un léger sourire.
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Benjamin Mulciber


MessageSujet: Re: Conférence au sommet [PV Benjamin, au Pérou] Mar 3 Juin - 18:14

"Les valets des tyrans étaient en plus grand nombre
Il a fallu nous rendre
On va nous fusiller
Mais notre cri d’espoir qui va jaillir de l’ombre
Le monde va l’entendre
Et ne plus l’oublier...
Soldats, obéissez aux ordres de vos maîtres
Que l’on nous exécute
En nous visant au cœur
De notre sang versé, la Liberté va naître...
La Commune est en lutte toujours ainsi. Souvent il regardait la marque qu'il portait au bras gauche en se demandant s'il ne pouvait pas l'enlever, mais jamais il n'avait réussi à le faire. Même en se cha
Et nous sommes vainqueurs..."


La guerre, c'est la guerre, tu ne l'arrêteras pas. La mort de Tom était un bon exemple de ce que Benjamin ne pouvait pas empêcher, ne pouvait pas faire. C'était dur d'entendre ça, au début. Il avait souffert de découvrir qu'il ne pouvait pas arrêter la mort, qu'il ne pouvait pas arrêter la destruction à la mort de Natasha. John disait qu'il fallait d'abord apprendre à perdre avant d'apprendre à gagner. Lui avait fait le contraire, bien sur. Il avait eu tout pour lui : l'argent, la renommée, le fait d'être brillant – il avait été très jeune champion de duel en Angleterre – et un avenir mirifique qui s'ouvrait à lui : évidemment, rien ne pouvait lui résister, il ne pouvait rien perdre. Se révéler incapable de sauver quiconque et d'aider qui que ce soit, surtout Natasha, surtout elle, avait été un choc encore plus grand que de constater que toute sa famille le croyait mort. Maintenant tu sais ce que ça fait de perdre. Oui, maintenant il savait. Mais ça ne voulait pas dire que ça allait mieux lorsqu'il perdait quelqu'un et ça ne voulait pas dire que Benjamin supportait bien la mort de Jugson. Tu m'as fait une sale blague, Tom. Maintenant il assumait mieux ce rôle de chef, mais au départ, est-ce qu'il en voulait ?

Limonkov. Je suis Limonkov. Ultra-populaire en Russie, pays bourbiste s'il en était, Ben aurait pu se présenter aux élections présidentielles coté sorcier et gagner sans difficulté aucune. Il ne s'était même pas présenté. Il avait simplement continué à faire son émission de radio. Je suis Limonkov. Je suis une grenade. Limonkov, ça ne venait que de là, de Limonka qui en russe signifiait grenade. A quoi servait une grenade, ou en d'autres termes, à quoi servait-il ? Que savait-il faire ? Il savait faire rire. Il savait provoquer, il savait se battre. S'il savait diriger c'est parce qu'il était, à l'instar de tous les Mulciber, capable de se remettre en question et qu'il était proche des gens qu'il cotoyait, parce qu'il était comme eux. Cela faisait-il de lui un chef à la Jugson ? Loin de là. Pas de grandes espérances avec moi. Tom savait faire ça, mais lui ? Je suis un militaire, j'ai jamais été intellectuel, je fais ce que je peux.

Il luttait, oui, et il espérait, cela aussi, mais il ne connaissait qu'une chose dans la vie : combattre. Oh, il avait su aimer et il le savait encore. Il savait faire rire et le ferait toujours mais son seul moyen de lutte passait par la guerre, la vraie, celle où l'on mourrait. Il avait été mangemort et ne pouvait rien y changer. Ils me verront toujours ainsi. Même s'il était un héros et même s'il les conduisait un jour à la victoire, Benjamin savait depuis longtemps qu'il seraitrcutant le bras, volontairement ou au cours de combats elle revenait toujours. C'est pour la vie. Pour la vie que tu reçois ta fierté ou que tu l'abdique, selon ce que tu penses. Un non choix, comme toujours. Vivre avec ou crever. Non, même pas. Crever. Mourir tout court. On l'avait abandonné en Russie alors qu'il avait fait de son mieux pour servir le régime. Et qui m'a sauvé ? Les bourbistes. Sa famille lui avait appris qu'on n'avait à rendre de comptes qu'aux gens à qui on devait quelque chose.  Je ne leur dois rien. Rien. Ils m'ont abandonné et ils ont essayé de me détruire alors que j'avais essayé de vivre. Avait-il eu le choix lorsqu'il avait été blessé par son propre camp ? Que Natasha, bourbiste, l'avait sauvé ? Il lui devait quelque chose et c'est pour ça qu'il avait commencé à se battre avec eux. C'était une vie. Il fallait qu'il fasse quoi, qu'il meure pour faire plaisir au Lord ? Alors qu'il avait servi, qu'il avait passé sa vie à servir ? Non, il allait vivre. Il ne demandait rien, il n'allait pas revenir en Angleterre. Mais ils avaient tué Natasha. Pas le droit au bonheur, pas le droit de s'écarter du chemin, aucun droit sinon celui de mourir. Ben n'était pas quelqu'un de colérique, mais il était aigri à propos de ça.

A tous ceux qui lui reprocheraient un jour d'avoir été mangemort, il n'aurait rien à répondre sauf ce qu'il faisait maintenant. Se battre, encore et toujours, se battre jusqu'à ce qu'il gagne ou jusqu'à ce qu'il meure. J'ai fait un choix alors qu'il n'y avait pas de choix à faire, et c'est ma victoire. On pouvait lui reprocher ses méthodes. Il le savait. Mais qu'est-ce qu'ils croyaient les donneurs de leçons et les Pères-la-morale ? Qu'il aimait ça ? Que tuer, c'était son grand kiff ? Non, Benjamin n'aimait pas ça. Mais c'était nécessaire. Il est nécessaire de se battre, de les arrêter, des les tuer s'il le faut. Ca ne veut pas dire que c'est bien. Ca ne veut pas dire que ça fait de moi un héros. Au contraire. Ca voulait juste dire qu'il avait accepté les règles du jeu et que le jeu l'avait formé à son image.

Mais ça ne voulait pas dire qu'il n'avait pas idée de ce qui était bon et juste. De ce qui était droit. Il voyait tous les jours des gens meilleurs que lui. La solidarité immense qui régnait dans la Vague alors que la misère et l'horreur régnaient l'impressionnait toujours. Malgré la guerre, le meilleur des hommes ressortait encore. Et malgré tout ce qu'ils pouvaient dire, Ben y croyait. Il connaissait les vrais héros de cette guerre, ce n'était ni lui, ni Jugson, ni personne. C'était bien eux, ceux qui se battaient en silence pour leurs enfants. Ceux qui n'avaient à s'excuser auprès de personne. Voilà une belle épitaphe, une que je n'aurais pas.

L'Ordre du Phénix n'adhérerait pas forcément à ses idées, mais ils ne se rendaient pas bien compte de ce qu'il faisait. Je tue. Je suis un terroriste, c'est la seule chose que je sais faire. Pour qu'un jour les mangemorts disparaissent et que des gens meilleurs que lui, Ben Mulciber, reprennent le pouvoir. S'il faut du sang pour la démocratie, je lui donnerais. Je mourrais terroriste, ce sera ma punition, de mourir sans que jamais personne ne se souvienne du service qu'il aurait rendu, ou non.

En attendant, il fallait qu'il travaille, et il le faisait. L'heure étaient aux grandes manœuvres et il passait sa vie à étudier des cartes et à monter des plans pour prendre et garder Glasgow, entre deux visites au président bourbiste et entre plusieurs lettres, restées sans réponse, adressée à l'Ordre du Phénix pour qu'ils viennent travailler avec eux. Tom avait consulté les gens qu'il pouvait, moldus et sorciers mais l'Ordre ne parlait guère. Il faut qu'ils viennent, il faut que Weasley se rendent à l'évidence, personne ne gagnera tout seul. Il priait pour qu'il vienne avant qu'il lance l'attaque de Glasgow. Des types comme Shacklebot avaient bien voulu jeter un œil à la constitution, mais il n'avait pas d'union officielle.

Voilà où il en était lorsque Hermione Granger vint lui rendre visite. C'était bien la dernière personne qu'il s'attendait à voir là. Elle ne passait pour avoir un caractère facile – sinon comment aurait-elle réussi à supporter Weasley, qui était lui même doté d'une psychologie un peu colérique ? Ben lui lança un regard prudent, sans pour autant se départir de son humour et la salua avec politesse :

« Miss Granger. Je suppose que vous n'êtes pas venue rejoindre la Vague, n'est-ce pas ? Asseyez vous, si vous voulez. Cigarette ? » Il en alluma une lui même et se rassit. « Alors, qu'est-ce qui vous amène ? Ronald a finalement décidé que nous devions travailler ensemble et vous venez préparer la prise de Glasgow et la proclamation de la République ? Ou tout autre chose ? »

Il sourit. Lui, il était ouvert.
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MessageSujet: Re: Conférence au sommet [PV Benjamin, au Pérou] Dim 8 Juin - 2:41

"Oh Liberté ! Que de crimes commis en ton nom !" Manon, dit Madame Roland (10 novembre 1793)

Qu'il y ait des gens qui voulaient à tout prix jouer les martyrs, les plus courageux ou les plus stupides face au danger et à la mort était une chose. Mais pourquoi fallait-il que cela soit toujours aussi mélo-dramatique, hm ? L'ennui lorsque vous étiez l'esclave de votre haine et d'un mal être profond, c'était qu'il faisait de vous un être prévisible qu'il suffisait de titiller à bon escient pour vous provoquer et vous pousser à la faute. Cela avait été le cas de son meilleur-ami, Harry. Certains duellistes - parmi les meilleurs - finissaient par mourir par excès de confiance, aveuglement ou par fierté mal placée, lorsque la malchance ne s'invitait pas au rendez-vous. D'autres, se donnaient des airs de justiciers en prétendant n'avoir aucune peur, même pas celle de la torture ou de la mort. Ces âmes vouées à l'auto-destruction étaient souvent mues par toutes sortes de choses : une mauvaise éducation, des accidents de la vie, la perte d'un être cher, la sociopathie, des années passées en détention, la soif de vengeance ou de reconnaissance, la folie et tant d'autres choses.

"A l'heure du choix, chacun est libre" disait un célèbre adage. Hermione savait que Tom Jedusor avait été abandonné à sa naissance dans un orphelinat moldu, qu'il maudissait son père pour avoir laissé tomber sa mère. Elle savait que Harry avait perdu ses parents à l'âge de trois mois, qu'il fut confié à la pire famille moldue qui ait pu exister. Et pourtant, le courage et la force morale, le choix effectué par son meilleur-ami et ses amis lui permirent de résister aux sirènes du Mal. Tom, lui, ne comprenait rien à l'Amour, à l'amitié, à toutes ces valeurs qui faisaient que la vie méritait d'être vécue et non d'être vouée à l'anéantissement. Severus Rogue aussi avait eu le choix, lui qui fut maladroit, malchanceux et maltraité durant son enfance. Et il en paya le prix, car il fallait être courageux, sage et fort d'esprit pour résister à l'appel de la magie-noire, pour se forger un sens moral et agir en exemple. Il fallait un tant soit peu avoir connu l'Amour d'une mère ou de son entourage et avoir reçu une éducation pour éprouver de la compassion envers son prochain.

Hermione, elle, avait tout sacrifié : sa famille, Harry, sa liberté et sa vie pour défendre les autres. Chaque fois qu'elle sombrait dans les ténèbres, la résistante trouvait quelque-chose en elle pour juguler sa haine, son chagrin et son désir de vengeance. Son âme possédait des cicatrices, son caractère en avait été affecté, mais chaque fois, elle avait su entendre les paroles du professeur Dumbledore qui lui disait : "même dans les instants les plus sombres, il suffit de se rappeler comment rallumer la lumière". Plus facile à dire qu'à faire lorsque vos proches mouraient les uns après les autres, lorsque des inconnus risquaient leur vie à vos côtés pour défendre la liberté, lorsque l'usure vous incitez à abandonner, lorsque le doute s'insinuait dans vos veines, lorsque le danger venait vous glacer d'effroi, lorsque vous ne pouviez plus faire confiance aux autres. Armée d'une âme puissante et d'une détermination à faire pâlir, Miss Granger refusait de céder à ses démons, de basculer dans l'horreur pour s'enlaidir et donner raison à ses ennemis.

La guerre l'avait poussé à assumer le rôle de dirigeante de l'Ordre du Phénix, à étudier des domaines militaires sur la manière de planifier des stratégies, veiller sur la logistique, sur la façon de diriger des troupes, sur leur cohésion et pratiquer le contre-espionnage. Jamais elle n'aurait cru se transformer en chef de guerre, en général sans étoile d'une armée de miliciens et de soldats internationaux chargée de combattre un ennemi déterminé et plus nombreux qu'eux. Gagner, perdre des batailles, se cacher, prendre la fuite, prendre soin des réfugiés, cela faisait partie de son quotidien, du fardeau qu'elle portait avec des milliers d'individus. L'idée même de fonder une famille lui paraissait impensable en sachant que ses enfants seraient en danger, qu'il existerait des moyens de pression. Non, elle ne ferait pas l'erreur de James et Lily Potter. Certainement pas. Son devoir exigeait qu'elle fasse en sorte de rester en vie le plus longtemps possible pour faire le plus de mal  à l'ennemi dans des domaines où elle excellait, non à rechercher la bagarre comme une délinquante.

Contrairement à Benjamin et à Ronald, Hermione était plus raisonnée. Vouloir à tout prix défier en duel ses ennemis, y compris ceux qui étaient plus expérimentés que vous, par désir de vengeance, fierté, goût du risque ou machisme, était à ses yeux stupide. Cela lui faisait penser au "jugement de Dieu", ce duel du moyen-âge qui devait départager deux adversaires dans une lutte à mort ou bien encore aux duels au sabre ou au pistolet. En agissant ainsi, vous étiez un danger pour les autres, y compris envers vous-même, car l'ennemi se fichait pas mal des règles de l'honneur. Miss je-sais-tout, elle, possédait un style de combat imprévisible, impliquant l'usage de ses connaissances, de sa vivacité d'esprit, de ses compétences de duelliste et de sa sagesse pour se servir de son savoir et du terrain pour subjuguer ses adversaires, car un vrai duel n'avait rien à voir avec ceux qu'elle pratiqua à Poudlard ou au sein de l'A.D. Transformer un escalier de pierre en tobogan, utiliser un dragon pour s'enfuir,  furent des techniques dont elle se servit afin d'obtenir un avantage décisif. Être plus intelligent valait mieux que la force brutale dans la majeure partie des cas, surtout dans les cas désespérés, même si tous ne pouvaient agir avec cet avantage.

Bien-sûr, en arrivant dans cette caserne de l'armée magique péruvienne, Hermione ignorait les raisons qui avaient poussé Benjamin Mulciber à la trahison, à devenir un résistant. Elle n'avait qu'une impression et une théorie à son sujet. Ron se méfiait de lui à cause des méthodes qu'il utilisait, de la marque des ténèbres qui figurait sur son avant-bras et son penchant pour l'auto-destruction. Pour être honnête, la résistante se demandait s'il ne s'agissait pas d'une tentative de l'Intendance pour diviser la résistance, pour regrouper les hors la loi afin de les anéantir au moment propice, un peu comme si tout cela faisait partie d'un plan ingénieux de contre-guérilla. Eh bien, quoi ? Au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, la tromperie faisait partie du jeu, des moyens à mettre en oeuvre pour anéantir un ennemi, car c'était ce qu'elle aurait fait à la place de John Mulciber : jouer sur les apparences, faire semblant de haïr son cousin alors qu'ils seraient main dans la main pour écraser la résistance. Oh, mais n'ayez crainte. Ce n'était pas de la paranoïa puisqu'il existait des gens qui en voulaient à leurs vies, mais quel genre de chef serait-elle si elle ne se préoccupait pas de la sécurité de ses partisans ?

Hermione ne laissait rien au hasard et elle envisageait toutes les hypothèses, même les plus saugrenues,  à l'instar du célèbre Sherlock Holmes. La jeune femme n'était pas un mouton suivant aveuglément un chef capable d'utiliser votre haine et votre soif de vengeance sans faire preuve de prudence, sans exiger des preuves ou des garanties. Alors, hm ? Le dirigeant de la Vague allait-il lui faire son grand numéro du type qui n'avait pas demandé à rejoindre les mangemorts et à diriger l'un des principaux mouvements de résistance, en allant jusqu'à jouer les quidam, ou possédait-il réellement des raisons de lutter contre sa propre famille et ses anciens compagnons ? Qui pouvait lui reprocher de vouloir faire sa connaissance, jauger l'individu avant d'étudier sa proposition d'alliance ? Ces lettres qui invitaient l'Ordre du Phénix à rejoindre l'opération Reconquista, la Vague et cette république, Hermione en prit connaissance sur le tard, à son retour de mission. Elle tenta d'évaluer un peu sa personnalité à travers ses discours parfois contradictoires et ses méthodes, mais contrairement à Ron, elle pensa qu'il fallait écouter ce qu'il avait à dire avant de formuler des recommandations.

Ce qu'elle en déduisit la rendit perplexe. Elle se demandait comment l'Ordre serait accueilli au sein de la Vague, la manière dont se prendrait les grandes décisions, si une union serait possible, si leur présence s'avérait profitable à leur stratégie et à cette république dont Benjamin leur vantait les mérites. Hermione consulta Kingsley et le reste de l'Ordre pour étudier la proposition, mais admettez qu'il y avait de quoi émettre des doutes lorsque vous aviez en face de vous autre-chose que des intellectuels. Basculer d'une guérilla à une république exigeait un certain nombre d'étapes qui furent ignorées, en allant à l'encontre des principes de la Vague qui prétendait ne faire aucune idéologie, aucun cas de la morale et de la justice. "Tout était permis" selon les préceptes de Ciceron qui affirmait sous la république romaine : "lorsque les armes prennent la parole, la loi doit se taire". Un principe qui s'appliquait à une époque où la démocratie au sens moderne du terme n'existait pas, où le contexte et les valeurs étaient différents. A l'époque moderne, les gens avaient besoin d'espoir, d'un idéal sur lequel se raccrocher, non d'être entraîner dans une guerre totale où il n'y aurait plus que l'anarchie, l'absence de valeurs et la mort au bout du chemin.

Agir comme l'Intendance, c'était agir pour la destruction de la civilisation, de toutes ces valeurs qui différenciaient le règne animal de l'être supérieur doté de raison ayant chassé son esprit bestial pour s'élever au-delà de la médiocrité et défendre des concepts tels que la pitié, la solidarité envers les plus faibles, la charité, l'honneur et le sens du sacrifice. Si cette république devait voir le jour elle devrait défendre de nobles principes, un idéal et une justice digne de ce nom, en redonnant espoir aux gens et en leur proposant autre chose que mort et destruction, en jugeant les criminels de guerre, y compris dans son propre camp. Benjamin pouvait justifier sa pensée comme il l'entendait : il aurait tort. Sa manière de conduire la guerre serait mauvaise s'il oubliait qu'il existait d'autres moyens que la force brutale pour parvenir à la victoire, qu'il ne suffisait pas de s'absoudre soi-même pour ne pas assumer la responsabilité de ses actes. Un terroriste ayant une image de fou furieux n'aurait jamais une crédibilité suffisante pour diriger un pays et encore moins pour être prit au sérieux sur la scène internationale. Soit sa république serait une tyrannie sous couvert de démocratie, soit il ferait tout son possible pour s'entourer de gens qui élèveraient le niveau et ferait en sorte que son image ait l'air d'autre chose que celle d'un seigneur de guerre d'une république bananière.

Oh, nous vous y trompez pas : Hermione avait l'esprit assez ouvert pour avoir répondu à cette invitation, mais lorsque vous étiez en guerre, vous ne pouviez faire confiance qu'à un très petit nombre d'individus. Qu'il fusse ou non un mangemort, elle s'en fichait. Elle n'était pas son ennemie ni celui de la Vague. Elle estimait qu'il avait le droit à une seconde chance, à condition de la mériter. Et si en ce jour chaud et humide les deux dirigeants parvenaient à se mettre d'accord sur certains principes la résistante ferait tout son possible pour concrétiser ce projet. Peut-être seraient-ils méfiants l'un envers l'autre, mais Hermione n'allait pas s'écraser devant lui ni devant personne, d'autant qu'il était mal placé pour lui donner des leçons sur la liberté, la justice et la défense de la démocratie, elle qui n'avait jamais porté la marque des ténèbres et qui se battait contre le Mal depuis treize ans. Mais qu'importe ! Sans doute ne le savait-il pas encore, mais Benjamin avait autant besoin d'elle qu'Hermione avait besoin de lui. Elle savait monter des plans et être crédible, lui savait diriger des troupes et foncer dans le tas. Comme le Ying et le Yang, l'Ordre du Phénix et la Vague unie sous une même bannière pouvaient trouver un équilibre suffisant pour écraser leur ennemi.

Un grand chef d'état ou un héros se jugeait par la manière dont il inspirait les gens, dont il savait tirer le meilleur d'eux-même, y compris lors des combats, mais aussi grâce à sa noblesse de caractère. "Je n'ai à vous promettre que du sang et des larmes", disait Winston Churchill à la population anglaise, mais contrairement aux nazis, il n'en avait envoyé aucun à la mort en les traitant comme des numéros de matricule, mais bien en défendant une certaine idée de la démocratie et de la civilisation. Si la mort et la pitié étaient les seules choses que vous aviez à offrir, alors vous n'aviez rien à offrir. Se battre et espérer vaincre, avec la promesse d'accorder la liberté à tous était préférable à la folie. "Les pères la morale" n'en avaient rien à cirer du baratin qui n'excitait que les extrémistes et les bagarreurs, dans un monde où les trois quart de la population ne partageait pas leur point de vue d'anarchiste, de populiste et de réactionnaire, où les gens avaient besoin de héros respectables et où l'argent était roi. Une guerre ne se menait pas ainsi, certainement pas selon celui qui hurlerait le plus fort, qui placerait le terrorisme à outrance comme modèle, mais surtout selon celui qui parlerait le plus juste, qui agirait autrement que ses ennemis.

Etaient-ils des héros ? Hermione s'en fichait comme des dernières chaussettes de Ron. Depuis le temps qu'elle oeuvrait dans l'ombre avec lui pour fédérer autour de Harry, elle n'avait jamais cherché à se faire plaindre, à jouer les martyr ou les héroïnes. Que pensaient ces "va t'en guerre" ? Que le peuple et leur armée les suivraient aveuglément, sans contraintes, qu'ils consentiraient à ses sacrifices de bonne grâce, comme dans une secte  ? Les Règles du jeu ? Les avaient-ils seulement comprises ? Jugson, au moins, lui, semblait avoir saisi l'essentiel. Il avait compris que cette guerre ne se ménerait pas comme certains semblaient le croire, à la manière des mangemorts, car il faudrait être beaucoup plus malin que cela. Pour les gens vivant sous le régime de l'Intendance, il suffisait de faire le nécessaire pour rester en vie, en aspirant à une vie meilleure et ce n'était pas en voyant des terroristes prêts à les égorger, comme les mangemorts lors de la 422e coupe du monde de quidditch, que cela leur donnerait envie de les aider ou de changer de camp, car vous pensez bien que la propagande s'arrangerait toujours pour insuffler ce sentiment parmi la population.

Le bien et le mal étaient des notions surfaites. Hermione savait que ces notions étaient plus complexes qu'on ne voulait le croire. Peut-être aurait-elle à envoyer des gens mourir au combat en sachant que très peu reviendrait. Son travail était de prendre des décisions, d'échafauder des stratégies, de partager les risques sans pour autant s'exposer à outrance, en sachant que l'on comptait sur elle et sur ses compétences pour éviter des pertes majeures : c'était le poids du commandement. Evidemment que l'Ordre du Phénix ne partagerait pas forcément les idées de Benjamin ! Quelle personne censée accepterait d'aller au suicide, de suivre quelqu'un qui excitait la haine et qui ne connaissait aucune limite au combat ? La guerre avait beau être ce qu'elle était, elle exigeait, du point de vue des alliés, une position morale, le respect de certaines lois, comme lors du 6 juin 1944, où les armées alliés provenant du monde entier déferlèrent sur plus de 5000 navires sur les côtes normandes à l'assaut du mur de l'Atlantique. Personne ne gagnerait seul. C'était une évidence et heureusement Hermione était revenue à temps avant le lancement de l'opération Reconquista pour tenter de changer les choses, comme elle l'avait toujours fait.

Voilà où elle en était lorsque Hermione pénétra en silence, le visage dissimulée sous un capuchon. Qu'elle ait été la dernière personne que Benjamin s'attendait à voir n'avait rien de surprenant. Personne n'aurait cru qu'elle aurait accordée du crédit à ces propositions, qu'elle aurait défiée le refus de Ron. Prudente, la résistante avait pris un risque calculé, attirée par cette constitution qui annonçait un changement. C'était aussi une occasion pour en influencer la stratégie, pour leur apporter des idées neuves, des gens ayant une énorme expérience dans la manière de combattre les mangemorts puisque l'Ordre existait depuis près de trente années. Elle avait à offrir des soutiens, des financements, d'autres planques, des troupes et de nouvelles armes. Seulement, de nombreuses vies étaient en jeu, y compris l'avenir de la résistance. La née-moldue devait d'abord régler avec lui certains détails et obtenir des garanties avant de rendre des comptes à son organisation. Benjamin avait toutes les raisons de l'observer avec prudence ou méfiance, car il ne s'adressait pas à un caractère facile ni à un troll des montagnes.

« Miss Granger. Je suppose que vous n'êtes pas venue rejoindre la Vague, n'est-ce pas ? Asseyez vous, si vous voulez. Cigarette ? » Benjamin en alluma une lui même et se rassit. « Alors, qu'est-ce qui vous amène ? Ronald a finalement décidé que nous devions travailler ensemble et vous venez préparer la prise de Glasgow et la proclamation de la République ? Ou tout autre chose ? » , lui demanda-t-il avec humour et le sourire.

Elle l'observa un instant en souriant avec ironie. Ce n'était pas parce que l'Ordre avait subi un revers à Privet drive qu'il fallait imaginer que tout était fini, qu'elle viendrait quémander un soutien et rejoindre un mouvement hétéroclite composé de criminels et d'anciens traîtres imprégnés d'une culture de la violence. Elle était là pour répondre dignement à une invitation et étudier une proposition. Quant à Ronald, il semblait évident que depuis leur dernière déconvenue et leur retrait au Chili, ce n'était plus tellement lui que l'on écoutait au sein de l'Ordre, mais plutôt sa petite-amie. Ron avait beau être un bon joueur d'échecs, gérer à la fois une stratégie globale, la diplomatie, le moral des troupes et avoir des idées sournoises pour tromper l'ennemi, tout cela allaient bien au-delà de ses compétences. Il fallait unifier la résistance, ne fermer aucune porte.

Aussi, que Benjamin fut en train de se moquer de son attitude raisonnable ou de prouver que lui non plus n'y connaissait rien, sans doute avait-il vu une marque de politesse dans le fait de lui proposer une cigarette puisqu'il comptait s'en grillait une au lieu de lui proposer un rafraîchissement. Bref, ce détail était sans la moindre importance. Haussant un sourcil, elle l'écouta faire de l'humour en ne croyant pas si bien dire. Le plus étrange était de remarquer qu'un agent ayant réussi à prendre l'apparence de la résistante grâce au polynectar aurait appris avec une grande facilité que Glasgow était sur le point d'être attaquée, même si cela semblait déjà une donnée prévisible en dehors de la date et de l'heure précises. Après tout, ce n'était pas pour rien que l'on donnait des noms de code à ces objectifs ! Il ne lui avait même pas demandé de prouver son identité. A moins que sa prudence n'était le signe qu'il cherchait à se rassurer ?

- "Non, merci. Je ne fume pas", lui répondit-elle avec politesse, en se demandant si justement cela ne faisait pas partie d'un test. "D'ailleurs, vous devriez arrêter, car c'est très mauvais pour la santé", conclût-elle en fronçant les sourcils. "Si vous souhaitez vérifier mon identité, il serait plus judicieux de demander au professeur Macgonagall à quoi ressemble mon patronus. Je me ferai un plaisir de vous répondre et de vous faire une petite démonstration...", ajouta-t-elle avec sérieux.

Détachant la boucle de sa cape, elle la retira et la déposa sur une chaise où elle prit place, après avoir vérifiée que sa baguette se trouvait toujours au bon endroit. Non, mais quelle idée de fumer de pareilles choses ! Autant mettre son nez sous un pot d'échappement ! Beurk ! Et des cigarettes Russes, les pires ! Infecte ! Faisait mine de ne pas trop montrer sa désapprobation, elle respira un bon coup avant que la pièce ne soit rempli d'une odeur nauséabonde de tabac. Rassemblant ses esprits, elle observa Benjamin avec circonspection avant de déclarer avec calme et politesse :

"Tout d'abord, je tiens à vous remercier pour ces invitations qui dénotent vos efforts pour rassembler les mouvements de la résistance et je vous prie de pardonner le retard concernant notre réponse".

Voilà qui montrait qu'Hermione savait agir de manière civilisée. Ronald se méfiait des dirigeants de la Vague. Tout deux n'approuvaient pas le terrorisme à outrance, car elle ne faisait que corrompre la résistance. Jamais il ne se serait montré aussi ouvert d'esprit que sa petite-amie si les rôles avaient été inversés. Lui les mettait tous dans le même panier. C'était bien dommage, surtout si l'on considérait que Severus Rogue - dont il s'était toujours méfié - ou Tom Jugson étaient des criminels repentis. Difficile de ne pas comprendre sa méfiance, mais en y réfléchissant, faire de telles généralités était stupide lorsque l'on savait que Peter Petigrew, l'ami de James, Sirius et Remus, avait trahi le secret par faiblesse de caractère. Ron oubliait aussi Mondingus Fletcher, le magouilleur, le voleur infiltré au marché-noir qui trahit Alastor Maugrey par lacheté. Il oubliait aussi Xénophilus Lovegood qui prononça le mot tabou en espérant revoir sa Luna. Aussi, si l'on pouvait se méfier des intentions de Benjamin Mulciber, encore fallait-il savoir qui il était, écouter ce qu'il avait à dire et dissiper quelques malentendus. C'était en partie la raison de la présence d'Hermione au PC du quartier-général de la Vague.

"Ensuite, ce que vous venez de dire avec ironie n'est pas trés éloigné des raisons qui m'ont poussé à vous rencontrer, Benjamin. Seulement, je pense que vous en conviendrez, si la confiance est une affaire d'intelligence, nous devrions commencer par faire connaissance et par dissiper certains malentendus", surenchérit-elle avec perplexité.

"Vous savez que la tromperie est un impératif dans toute guerre, que cette méthode a été utilisée durant la seconde guerre mondiale. Beaucoup de jeunes résistants inexpérimentés et influençables ont été bernés et ont été fusillés en rejoignant des groupes qui n'étaient que des leurres. En qualité de chef de l'un des plus anciens et des plus importants groupes de résistance, vous ne pouvez pas nous reprocher d'être prudent, en sachant que nous ne savons pas qui vous êtes, pourquoi vous avez trahi les mangemorts pour devenir un résistant", fit-elle remarquer avec gravité.

"Avec tout le respect que je vous dois, beaucoup se demandent si la Vague n'est pas un écran de fumée utiliser par votre cousin John Mulciber pour réunir la résistance et ainsi faciliter son élimination". "Je sais...", conclût-elle en soupirant, en fermant un instant les yeux et en ajustant quelques mèches derrière ses cheveux. "... ce que je viens de dire pourrait sembler inconcevable, mais dîtes-vous que c'est ce que j'aurai fait à votre place, si le seigneur des ténèbres avait exigé une stratégie pour contrer la résistance : faire semblant de trahir pour jouer les agents-doubles", déclara-t-elle avec prudence.

Quelle meilleure manière de corrompre la résistance qu'en les transformant en terroristes, en diffusant une culture de la violence extrême, en les divisant pour les affaiblir ou les réunir pour mieux les conquérir ? Alors, pourquoi vouloir fonder une république sur des principes démocratiques si la stratégie de la Vague devait continuer à user du terrorisme à outrance  ? Hermione était hésitante en sachant que certains discours, certaines méthodes et certains mots comme "révolution" lui faisaient étrangement penser à la Sturmabteilung (SA). En étant contre une politique de terreur, de prendre pour cible des civils, de tuer inutilement, de maltraiter des prisonniers de guerre, d'autoriser des actes de cruauté et de vengeance ou la torture ou encore d'autoriser des expériences interdites ou l'usage d'armes de destruction massive,  la résistante  tenait à savoir si on lui demanderait, à elle et à ses partisans, de commettre des crimes de guerre.

"Contrairement à Ron qui ne vous fait pas confiance, je suis ici pour étudier vos propositions, envisager des compromis et obtenir des garanties. Si décision il doit y avoir, elle ne se fera pas aujourd'hui, mais j'ai besoin de vous connaître, de comprendre les méthodes de votre organisation et les choses que vous vous interdisez à faire en situation de combat. Votre constitution m'intrigue et elle m'intéresse. Je me dis que vous cherchez à déclarer la guerre à l'Intendance, à offrir une légitimité à la résistance, y compris sur le plan moral. Je pense me tromper à votre sujet, mais vous devez comprendre nos hésitations. J'ai envie de vous croire, Benjamin et je vous prie sincèrement de pardonner l'éventuelle rudesse de mes propos. La Vague n'est pas notre ennemie. Faisons en sorte de dissiper nos doutes et de devenir amis, ici et maintenant, en mémoire de Tom Jugson..."

La Vague était utile pour les missions spéciales, l'Ordre était efficace en matière de renseignements, de ruses de guerre. Ensemble, ils pouvaient améliorer leur stratégie, coordonner leurs attaques, agir avec davantage de solidarité et de précision. Malheureusement, l'union de la résistance ne devait pas être en péril pour des questions d'ego, des hésitations et des malentendus. Hermione avait employé le nom de Tom Jugson afin de rappeler à Benjamin qu'elle considérait son mentor et qu'elle se fichait pas mal de savoir qu'il fut autrefois un mangemort repenti...

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Benjamin Mulciber


MessageSujet: Re: Conférence au sommet [PV Benjamin, au Pérou] Ven 20 Juin - 10:23

Un dernier verre avant la guerre. C'était Sheldon Ferguson qui avait dit ça. Pourquoi est-ce qu'il ne proposait rien à boire à Hermione Granger ? Bonne question, mais Ben Mulciber connaissait déjà la réponse. C'est déjà la guerre. C'est la guerre depuis toujours. Avec lui en chef de la Vague, avec Glasgow, prendrait-elle un autre tournant ? Deviendrait-elle une vraie guerre ? Il en aurait presque souris. Il n'y a pas de fausse guerre, il n'y a que la Guerre, et d'un coté ou de l'autre, nous nous battons depuis toujours. Nous sommes nés avec la guerre. Est-ce qu'on la tuera, ou est-ce qu'elle aura notre peau ? Il fallait demander à ceux qui l'avaient déclenchée, la Guerre. A Voldemort, et puis à son grand-père. Avaient-ils bu un dernier verre, eux, avant de commencer leur Œuvre ? Et Dumbledore ? Benjamin Mulciber, lui, ne faisait pas ça. Il n'était pas l'initiateur de ce foutu combat. Il était dedans, et il se battait, point.   Les cigarettes n'étaient pas hypocrites. Proposer un verre, ça l'était d'une certaine façon.

Un personnage dur, pas forcément sympathique. Qu'est-ce qui frappait, alors, chez Ben Mulciber ? La détermination. L'austérité dont il faisait preuve et le regard qu'il avait, même pas mauvais ou dur, simplement convaincu, indiquaient qu'il était prêt et qu'il irait jusqu'au bout, sans jamais renoncer, il n'en était tout simplement pas capable. C'était une vision du monde. A sa façon, s'il avait fallu le comparer à une résistance déjà existante et passée, on aurait peut-être pu le comparer au mouvement communiste français, dur et efficace, mais plus tardif. Allié avec Hitler comme il avait pu servir le Lord. Ou alors il aurait il aurait pu être un vichysto-résistant, à la François Mitterrand. Peut-être. Il ne savait pas. Il ne se posait pas la question. Il agissait.

Comment est-ce que tu fais ? En quoi tu crois ? Pour ça non plus, Ben n'avait pas réellement de réponse, simplement il pouvait parler, avec détermination d'un seul credo. Le seul qu'il connaissait, et qu'il répétait à l'envie. Oui, il se le répétait, avec l'entêtement absurde du combattant discipliné « On peut faire de bonnes choses pour de mauvaises raisons et de mauvaises choses pour de bonnes raisons. L'idée est de faire de son mieux, de faire souffrir le moins de gens possible, sans pour autant se rendre, en agissant toujours. Jamais cruellement, jamais lâchement. »  Il ne se voulait pas moraliste. Il n'avait pas les moyens de l'être de toute façon.

Des gens sont morts dans cette Guerre. Presque tous innocents. Certains plus coupables que d'autres. Des gens ont tué dans cette Guerre. Tous étaient coupables. Je le sais. Je suis l'un d'eux. J'ai  vu un regard dévoré par la peur et la haine, et mon reflet dans ses yeux là. J'ai tué pour faire disparaître ce reflet. Et dans la fumée et dans les flammes, j'ai vu que mon reflet n'avait pas disparu, et que je le verrais toujours. Benjamin Mulciber, finalement, avait compris, qu'il n'effacerait jamais l'idée qu'il avait été un assassin. Jamais il n'obtiendrait le pardon. Mais il ne le demandait pas. Il supportait, silencieusement, les reproches et la méfiance de certains, moins lourds à porter, finalement, que la confiance de la majorité. Il sourit aimablement :

« A mon avis, le principal intérêt de la cigarette, hormis celui d'écourter de quelques bonnes années une existence mortellement ennuyeuse, c'est  justement qu'elle permet de trouver une alternative à une mort atroce accordées par des mangemorts foncièrement décidés à vous faire la peau. »

Personnage plein d'humour et pas très intéressé par sa propre vie, Benjamin s’inquiétait plus pour les autres que pour lui. Sa vision de la direction d'un mouvement incluait que le mouvement devait survivre à son chef et qu'un bon chef devait savoir sauver ses soldats quitte à se sacrifier lui même. La cigarette, concrètement, il s'en fichait pas mal. Elle essayait de me faire arrêter...Un instant, il repensa avec tristesse à Natasha. Il revint au masque plus froid et plus déterminé, hérité justement de celle ci pour répondre plus sérieusement à la résistante :

« Ce n'est pas nécessaire. Je vois que le bas de votre cape est trempé...ça, c'est du au tuyau que trois ouvriers sont en train de réparer. Sauf que ce n'est pas vraiment une réparation, pas vraiment de l'eau normale, et pas vraiment des ouvriers. J'ai toujours aimé le principe de la cascade des voleurs. Facile à reproduire et à voler avec membre infiltré puisqu'il travaillait là bas. »


On ne pouvait pas lui reprocher de ne pas être prévoyant. Il était là pour assurer la sécurité des gens, envisager le fait qu'on puisse s'infiltrer jusqu'ici ne pouvait pas lui échapper : aussi avait-il paré par ce moyen là à toutes les possibilités de déguisement. Il voulait bien parler, mais pas avec quelqu'un de buté. Quelque chose lui disait que la discussion avec Hermione allait être longue, mais très longue. Il tira sur sa cigarette d'un air patient. Parce qu'il était patient. Ce que Thomas n'avait jamais été, et c'était bien le seul avantage que Ben avait sur lui.

« Vous savez, je n'ai pas foncièrement que ça a faire de monter de plans machiavéliques pour attirer des gens dans un piège. Si je ne m'inquiète pas de moi, c'est justement parce que je passe ma vie à essayer de penser aux autres. »

Un chef, ça se remplace, un chef, ça se choisit. Mais les gens, les membres, on ne pouvait pas les remplacer. Le mouvement mourrait sans ses membres. Il ne mourrait pas sans lui. Moi le paria, l'ex mangemort, pour moi c'est fini, je ne suis que le garant, le moyen d'arriver à la démocratie, certainement pas la solution à la dictature. Qui l'était ? Granger ? Weasley ? Il ne savait pas. On ne parie pas sur l'avenir lorsqu'on n'est pas sur d'en avoir un. Mais il était content qu'elle vienne pour parler. Au moins qu'on n'arrête de se regarder comme des ennemis alors que là-bas, dehors, les vrais combats nous attendent. Même si ça voulait dire subir des accusations inimaginables pour lui. Il leva la main, la droite, celle à qui il manquait deux doigts, pour stopper le flot de paroles de la résistante.

« Avec votre permission, non, vous n'auriez pas fait ça. Ce que vous me dites, c'est la peur de gens qui me voient toujours comme un mangemort et qui oublient – volontairement ou non, ce n'est pas mon problème – ou qui ne savent pourquoi et comment j'ai trahi. Ca aurait été un plan hasardeux et dangereux. Impossible à réaliser même. Comment étais-je sensé savoir qu'on emprisonnerait la numéro deux de la résistance russe – vous devez connaître Natasha Radeskine, la fille du président, Miroslav Radeskine ? -  dans le camp d'Arkhangelsk, où j'étais affecté ? Comment étais-je sensé savoir qu'on essayerait de la libérer, que je tenterais d'empêcher cette libération, que je serais blessé, et qu'elle me sauverait ? »
Il fit une pause et la regarda d'un air grave : « Vous pouvez douter de moi, mais ne doutez pas des morts, surtout des morts qui valaient bien plus, bien mieux que moi. J'ai une dette envers eux. Je ne peux pas me dédire. Et même sans ça...comment étais-je sensé savoir que Tom trahirait ?  Que Natasha mourrait ? Que mon cousin deviendrait directeur de la Sécurité Intérieure ? Je ne suis pas devin, miss Granger. J'ai fait ce que je devais faire. Je continuerais. »

J'ai promis. J'ai promis que tout irait bien. Ma trahison a commencé comme ça, alors qu'elle mourrait. Il n'avait pas pu sauver Natasha. Il sauverait le reste du monde. La détermination était là, sans faille, quoi qu'il se passe et quelque soient les obstacles. Ben Mulciber n'était pas prêt du tout de se rendre. Et avec ou sans l'Ordre du Phénix, il irait jusqu'au bout, jusqu'à la victoire. Et après ? Après, je m'en irais. Autant que se peut, il enseignait à devenir efficace, pour le but à atteindre, mais pas au delà. Au delà était fumée. Où était fumée, il y avait changement. Il n'était là que pour permettre le changement. Pour montrer du doigt la vérité, en parlant, surtout en parlant, avec ce débit de mitraillette et cet accent si anglais qu'il avait. Toute l'autorité, la tactique et l'ingéniosité ne remplacent pas une parcelle de conviction au service de la vérité. Il avait bien peu d'armes contre le régime et sa logistique, mais il en avait quand même. Il faisait appel à la grandeur, à l'âme de ce pays...il n'était pas là pour exciter ou utiliser des idées malsaines mais bien pour parler de ce qu'ils avaient fait de plus grands. Oui, il parlait de révolution, comme les français parlaient de révolution lorsqu'ils firent tomber Louis XVI. Pourquoi tenter de voir le mal partout, y compris chez ses alliés potentiels, alors qu'il y en a suffisament autour ? Voilà ce qu'il ne comprenait pas. Il eut un léger sourire, pourtant :

« Il va falloir vous décider vite, miss Granger, car avec ou sans vous, nous attaquerons bientôt. Je ne sais pas ce qu'Il a pu faire dire à Tom. Je ne sais pas combien de temps j'ai pour attaquer. La fenêtre de tir est réduite, comme on dit dans l'armée...enfin qu'importe. La constitution n'est pas de moi. Elle est de Thomas, l'idée de la République, et même d'essayer de prendre Glasgow, c'est de lui aussi. A moi revient la charge de mettre tout cela en place concrètement. »

Avec mes méthodes, et mes idées. Il savait que Hermione le savait. Il tira sur sa cigarette et l'écrasa dans le cendrier :

« Je n'ai qu'un credo, miss Granger. Son régime est basé sur du vent. Concrètement, personne n'a la preuve que vous, ou monsieur Radeskine, ou Sheldon soyez inférieurs. Au contraire. Il fait cohabiter des gens comme moi, élevés pour servir Sa cause, ayant le sens du devoir, avec des fous frustrés qui se fichent de mourir. Il faut vivre et servir et lorsque vous devenez inutile alors que vous avez consacré votre vie au purisme, que vous avez tué pour cela, on vous abandonne. C'est ça la vérité. C'est ça que je dis, ce que je dirais toujours. Ils me disent terroriste à cause de ça, sans même parler d'attaque ou quoi que ce soit. Ils sont des terroristes, ils sont des assassins, ils ne sont pas différents de ce que j'étais – de ce que je suis si vous voulez...ils n'aiment pas qu'on le dise. Alors l'assassin, le terroriste, ça devient moi. Moi, le type qui a décidé qu'ils seront jugés et que s'ils ne veulent pas se rendre, s'ils tentent de me tuer, ou de tuer quelqu'un alors nous le tuerons parce que c'est de la légitime défense. Seulement voilà. Je ne suis personne pour juger ces gens. Un jour peut-être, il faudrait qu'on me juge moi, d'ailleurs. Je le sais. Si je ne suis pas légitime, quelque chose de démocratique le sera. Ca sera la République. »

Le ton ferme montrait qu'il savait où il allait et pourquoi il y allait. Il sourit et ouvrit le mini-bar. Celui ci n'était guère rempli d'alcool, mais on y trouvait de l'eau gazeuse en quantité. Même label partout. Fallait dire aussi que l'argent de la Vague, en livres sterling en tout cas était limité au compte en banque de Sheldon Ferguson, vidé avant de partir au Chili, qui devait compter un peu moins de cinq cent livres.

« Hm. Vous préferez de l'eau gazeuse ou de l'eau gazeuse ? »

Il ne pouvait pas offrir un dernier verre avant la Guerre, mais il pouvait offrir un premier verre avant la Paix.
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MessageSujet: Re: Conférence au sommet [PV Benjamin, au Pérou] Ven 27 Juin - 6:07

"Les hommes n’imaginent pas qu’on puisse leur infliger les malheurs qu’ils trouvent tout naturel d’infliger à autrui. Mais quand cela se produit en fait, à leur propre horreur, ils trouvent cela naturel ; ils ne trouvent au fond de leur coeur aucune ressource pour l’indignation et la résistance contre un traitement que leur coeur n’a jamais répugné à infliger. (…) C’est ainsi que beaucoup de Français, ayant trouvé tout naturel de parler de collaboration aux indigènes opprimés des colonies françaises, ont continué à prononcer ce mot sans aucune peine en parlant à leurs maîtres allemands" - Simone Weil

Elle avait relevé son impolitesse, même s'il n'y avait pas de quoi lui en tenir rigueur. Offrir un rafraîchissement n'avait rien d'hypocrite. C'était au moins une preuve de gentillesse, de courtoisie, une chose qui vous distinguait des brutes, des êtres non-civilisés ou mal élevés, surtout par des températures et une humidité étouffante. Mais peut-être étais-ce à cause de ses origines, de son mépris pour les intellectuels, de son appartenance à l'Ordre du Phénix ou de sa maladresse vis-à-vis des femmes ? La guerre était ce qu'elle était, la diplomatie et le respect de certaines valeurs ou convenances ne semblaient pas être le fort de cet homme frustre et sans grande éducation, semblait-il ; lui le guerrier qui ne savait rien faire d'autres que d'exciter la haine et de se battre. Hermione nota ce détail, mais elle passa bien vite là-dessus, car là n'était pas le plus important. Il fallait bien admettre par les temps qui courraient que ses compétences étaient plutôt recherchées.

Oui, Benjamin n'était pas un intellectuel ni quelqu'un de sympathique. Il avait été du genre à croire à une idéologie raciste et xénophobe, à porter une marque sur son avant-bras par fierté, à avoir tuer des gens innocents puis à changer de camp pour ensuite exciter la haine par pure vengeance, en prétendant agir pour la démocratie et la liberté. Hagrid, lui, était naïf, mais ce n'était pas sa faute. Lui au moins restait meilleur que les mangemorts et quelqu'un avec qui on se sentait à l'aise pour discuter. Cependant, elle ne connaissait pas Benjamin. Le regard qu'il lui porta ne lui fit ni chaud ni froid, mais au lieu d'assimiler son mouvement aux communistes français, elle l'aurait plutôt comparer à ceux de l'union soviétique : un idéal transformé en dictature responsable de millions de morts. Oui, "dur et efficace". Un mouvement où vraisemblablement le fait de penser et d'avoir des scrupules étaient très mal vu. Seulement, à travers l'histoire, des gens qui avaient mobilisés des masses sous de faux prétextes, en excitant les passions, y compris par la voie démocratique, en surfant sur le populisme et la démagogie, il y en avait eu beaucoup.

"Agissons plutôt que de réfléchir !" Tel était le letmotiv qui conduisait souvent les stratèges et les politiciens à essuyer des défaites grandioses, à s'exposer un peu trop à des risques inconsidérés, à échafauder des actions prévisibles. Continuer à penser (c'est-à-dire à s'interroger sur soi, ses actes, sur la norme) était une condition pour ne pas sombrer dans la "banalité du mal" ou dans la "crise culturelle". Cela valait mieux que de laisser une seule personne décider de tout à votre place. Même Harry aurait admis qu'il avait été arrogant, impulsif et têtu. Lui aurait reconnu le plus souvent ses excès, qu'il avait eu besoin de ses amis pour le refréner. Oui ! Agissons plutôt que de réfléchir et de poser des questions. Cela évitera de mettre ainsi en avant certaines contradictions ou de s'interroger sur la moralité. Oui, Benjamin pouvait être déterminé, mais cela ne prouvait rien. Hermione l'était tout autant que lui, sinon plus. Elle n'abandonnerai jamais ni ne céderai sur ses principes, mais il ne s'agissait pas ici d'un concours pour déterminer qui était le chef, le plus musclé, le plus intelligent ou le plus cinglé, mais de savoir s'il était possible de mettre certaines divergences ou soucis d'ego de côté pour tenter d'unifier la résistance.

Encore une fois, Benjamin aurait été mal placé pour lui donner des leçons. Son credo était un passe-partout qui convenait très bien à la Vague et à son dirigeant. "On pouvait faire de bonnes choses pour de mauvaises raisons et de mauvaises choses pour de bonnes raisons et blablabla" sauf que cela dépendait toujours de votre point de vue, de vos valeurs, des circonstances et de l'opinion des autres. C'était de la démagogie et une justification pratique. Lui pensait surement avoir raison, lui qui croyait au purisme fut un temps, à l'assassinat de masse et à la discrimination à l'égard de toutes les "créatures inférieures". Oh il avait du trouver cela excitant de faire parti d'un gang qui lui conférait une certaine importance, un rôle qui convenait à ses convictions, jusqu'au jour où il fut trahi. Il suffisait - peut-être - de lui donner un autre choix pour qu'il revienne à ses anciens préceptes. Comment le savoir ? De toute façon, ce n'était pas au nombre que l'on jugeait de la légitimité et de l'honorabilité d'une cause, mais à ses valeurs, avait un jour affirmer Remus Lupin. Ce n'était pas non plus nos compétences qui montraient ce que nous étions, mais nos choix, avait déclaré le professeur Dumbledore.

Non, l'idée ne consistait pas uniquement à faire de son mieux, mais ce qui était juste, à ne jamais oublier que l'on ne se battait pas que pour la victoire finale, mais aussi pour des valeurs, des principes démocratiques. Et lorsque vous entendiez la Vague déclarer que "la fin justifiait les moyens", que "tout était possible", lorsqu'elle croyait reconnaître du populisme, de la démagogie, des techniques utilisées par les extrêmes pour duper ceux qui espéraient une satisfaction immédiate, une vengeance personnelle, elle craignait de les voir banaliser le mal à force de tuer et de combattre comme des terroristes sans foi ni loi. Où était la limite dans tout cela, le garde fou ? Où était la différence avec l'ennemi ? S'en prendraient-ils aussi aux civils, manipuleraient-ils des gens pour qu'ils se suicident pour leur cause ? Prendraient-ils plaisir à exécuter des ennemis avec sauvagerie ? Achèveraient-ils les ennemis blessés ? Qui sait ce qu'un animal aux abois serait capable de faire ! Dans un régime totalitaire, ceux qui se complaisaient dans les activités les plus monstrueuses n'étaient guère différents de ceux qui pensaient en être incapables, mais qui fermaient les yeux, car on finissait insidieusement par en plaisanter puis à en prendre l'habitude.

Oui, il était toujours facile de justifier les pires crimes. Tout dépendait de votre éducation, de vos valeurs, de votre point de vue. "Jamais cruellement, jamais lâchement" ? Parce que couper des gorges, pratiquer la torture et planter son couteau dans quelqu'un, ce n'était pas cruel ou immoral ? Hermione était une moralisatrice oui, et pourtant si elle reconnaissait que la guerre était ce qu'elle était, avec son lot de cruauté, de morts, d'absurdité et de souffrance, elle éprouvait beaucoup de mal à partager "l'absence de valeurs" de la Vague, sa manière de dénigrer la culture et de "banaliser le mal", de faire du populisme et de la démagogie ou de la langue de bois. Oh, c'était peut-être une manière facile de recruter un peu tout et n'importe qui pour tenter de remporter la victoire, mais au final la résistance risquait de mettre au pouvoir des criminels, des gens instables, de ne pas être en mesure de restaurer une moralité, de ne pas réussir à convaincre le peuple, sans une stratégie qui tiennent la route. Quant à Hermione, elle savait qu'elle devrait faire bien plus que de planifier, assumer la responsabilité de ses décisions et participer à certaines missions, mais on ne pouvait pas lui reprocher de vouloir préserver des principes, tels que leur moralité et leur Justice, car il faudrait les restaurer un jour ou l'autre.

La résistante avait des raisons de se méfier, de demander des garanties puisque la Vague pouvait être une organisation "false flag". On aurait beau lui reprocher des tas de choses, il était normal de douter lorsque des vies dépendaient de vous, lorsqu'il était facile de faire basculer l'ordre moral pour transformer les résistants en monstres sanguinaires. Saviez-vous qu'Aristote considérait la démagogie comme une perversion de la démocratie, qu'elle était souvent confondu avec le populisme qui consistait à critiquer les elites ? La démagogie revenait ni plus ni moins à dire aux gens ce qu'ils voulaient entendre. C'était justement la substance de leurs discours. Trop de gens étaient morts par naïveté, excès de confiance, fourberie et inexpérience. Descartes disait : "examinez tout sous l'oeil éclairé de la raison". Mais encore fallait-il en posséder une et entendre ceux qui vous incitez à réflechir. Se prémunir du danger de mener l'Ordre dans un piège inextricable exigeait beaucoup de réflexion et de prudence, car elle représentait une force importante, celle d'une majorité, elle aussi, n'en déplaise à certains. Bien-sûr, car c'était prévisible, elle vit Benjamin lui sourire aimablement à la suite de sa remarque concernant les cigarettes.

« A mon avis, le principal intérêt de la cigarette, hormis celui d'écourter de quelques bonnes années une existence mortellement ennuyeuse, c'est  justement qu'elle permet de trouver une alternative à une mort atroce accordées par des mangemorts foncièrement décidés à vous faire la peau. »

Hermione sourit d'un air un peu amusé. C'était la réponse banale qu'elle avait imaginé. Certains disaient en plaisantant qu'ils n'avaient pas le courage d'écourter eux mêmes une vie mortellement ennuyeuse. Question de stupidité puisque fumer - y compris de la drogue - n'était pas une bonne chose ni quelque-chose d'intelligent, mais cela, elle se le garda bien de le dire. Cela étant, elle apprécia peu cette remarque "pleine d'humour". Elle lui rappelait surtout qu'en ce moment même des gens étaient retenus en prison, dans l'attente d'une exécution pour être nés différents ou n'avoir fait que partager une opinion différente des "puissants" et qu'elle n'était pas la seule à être activement recherchée. Cette remarque eut au moins le mérite de l'encourager dans l'idée que Benjamin pourrait être suffisamment posé pour argumenter ses positions sans aller jusqu'à lui servir sa propagande. Elle se disait que si elle appréciait certains types d'humour - car parfois il ne restait plus que cela - il fallait être prudent lorsqu'on l'utilisait pour banaliser certains gestes néfastes, comme fumer cette cigarette. Un bel exemple de ce qu'aurait pu être la Vague : un piège insidieux qui vous consume. De fait, ne sachant pas si cette proposition était un moyen de vérifier son identité, elle lui fit une remarque qui lui valut une autre réaction, plus sérieuse cette fois-ci :

« Ce n'est pas nécessaire. Je vois que le bas de votre cape est trempée...ça, c'est du au tuyau que trois ouvriers sont en train de réparer. Sauf que ce n'est pas vraiment une réparation, pas vraiment de l'eau normale, et pas vraiment des ouvriers. J'ai toujours aimé le principe de la cascade des voleurs. Facile à reproduire et à voler avec un membre infiltré puisqu'il travaillait là bas. »

Miss Granger jeta un oeil à son manteau faisant office de cape. La cascade des voleurs chez Gringotts, elle la connaissait très bien. Cela lui rappela cette infiltration dans la banque gobeline pour tenter d'y récupérer la coupe de Poufsouffle, un des horcruxes de Jedusor enfermé à la demande du mage-noir dans le coffre fort des Lestrange. Seulement, cette eau spéciale ne fonctionnait que si votre peau ou votre chevelure était trempée - ce qui n'était pas le cas - non lorsque le reste était au sec, en dehors de vos semelles et du bas de votre cape, mais cela importait peu. Cela partait malgré tout d'une bonne idée. Elle s'en amusa un bref instant puisqu'elle était entrer encapuchonnée et au sec. Oh vous savez, être têtue était une chose, mais elle en avait un autre en face d'elle, non ? Et puis, il existait tellement pire ! C'était aussi l'un des problèmes de Ron, le genre de défaut de caractère qu'Hermione avait redouté la veille, elle qui espérait que cela ne serait pas un frein à leur conversation. Parfois ce défaut se transformait en qualité. Hélas, quelque-chose lui disait que cet échange risquait de durer un certain temps parce qu'en dépit de sa patience, elle savait qu'elle serait difficile à convaincre. Peut-être cherchait-elle aussi à vérifier autre-chose...

Benjamin tira longuement sur sa cigarette d'un air patient. Hermione l'observa calmement, avec un léger sourire, dans l'espoir de cerner le personnage, sa façon d'être et son état d'esprit. Il était difficile de dire si ces deux-là finiraient par s'entendre ou par s'envoyer des grossieretés à la figure. Il fallait dire qu'elle avait déjà Ron pour se disputer, car depuis son retour, elle oeuvrait à remettre l'Ordre du Phénix sur les rails, à changer certaines choses et à bâtir une stratégie qui lui donnerait au moins le sentiment de lutter efficacement contre l'Intendance, même si elle espérait faire participer leurs partisans, comme Kingsley, Filius, Horace, Tonks, Elphias et d'autres pour apporter des idées neuves. Et bien-sûr, tout n'était pas au goût de son rouquin. Elle se demandait comment Benjamin et la Vague accueilleraient son plan Fortitude, si elle le leur en parlait ; sans doute mal vu la complexité de certaines idées, l'intelligence et le culot dont elle faisait preuve. Elle qui pensait que la fin ne justifiait pas toujours les moyens, elle aurait de quoi surprendre et proposer des idées en mesure de donner du fil à retordre à l'ennemi, à condition que l'on prête du crédit à certaines d'entre elles.

« Vous savez, je n'ai pas foncièrement que ça a faire de monter de plans machiavéliques pour attirer des gens dans un piège. Si je ne m'inquiète pas de moi, c'est justement parce que je passe ma vie à essayer de penser aux autres. »

Non, ça c'était certain. Il ne fallait pas trop lui en demander à ce pauvre chéri. Réflechir et conçevoir des plans, c'était plutôt son affaire. Lui cela risquait juste d'exciter les deux pauvres neurones qui se battaient dans sa tête pour déterminer qui aurait raison sur l'autre. Bien-sûr, la guerre n'avait rien d'un jeu. C'était une affaire d'intelligence et de courage, mais aussi de sagesse, le genre de choses qui ne s'improvisait pas comme ça. L'ennemi, lui, était machiavélique - Benjamin en avait fait partie pour le savoir - même s'il fallait souligner que d'ordinaire ce n'était pas l'intelligence qui primait chez les mangemorts, mais la stupidité, la cruauté et le machisme. Cela ne voulait pas dire qu'il n'existait pas de brillants cerveaux au sein de l'Intendance pour banaliser le Mal. Evidemment, si Tom Jedusor, Barty Croupton jr ou Severus Rogue lui avait donné à réfléchir, tout comme certains professeurs de défense contre les forces du Mal, tels que Remus, c'était que le mal était doué pour créer des plans tordus, pour jouer sur les apparences, pour tricher et profiter de la moindre faille, car c'était un élément important dans toute guerre. Et lui n'était même pas fichu de s'en apercevoir ? Face à cette remarque, Hermione perdit son sourire. Lorsqu'elle se fit cette réflexion, la résistante laissa aussitôt échapper un rale en déclarant :

"- Oui, ça, ça n'était pas la peine de me le faire remarquer...", fit-elle en soupirant avec dépit. "C'est de notoriété publique", conclut-elle, pince-sans-rire.

Oh, il était inutile de lui rappeler qu'il avait hérité de la Vague après l'assassinat de Jugson et qu'il s'apprêtait à s'auto-proclamer Chancelier sans avoir été élu par le peuple Britannique, sans cette légitimité pouvant être perçue par d'autres comme une grossière erreur et une certaine forme de mégalomanie. Non Benjamin ne réunissait pas tous les mouvements de la résistance : juste les plus extrêmes. Non, il n'était pas le seul garant ni le seul moyen de parvenir à la démocratie, lui qui ne recrutait en majeure partie que des criminels, des naïfs ou des asociaux. Il n'était qu'un combattant parmi d'autres -comme il aimait le dire- qui cherchait ni plus ni moins le pouvoir pour ensuite - peut-être- imposer d'autres vues, sauf qu'à la différence, lui n'avait pas été élu par le peuple et ne pouvait donc pas se revendiquer de lui. "Trop souvent nous nous contentons de l'opinion sans faire l'effort de penser", disait John F. Kennedy. Quant à elle, elle ne rassemblait pas les extrêmistes, mais les formes d'opinions politiques plus modérées, opposées à toute forme de purisme, mais elle se fichait pas mal d'être nommée Présidente ou Reine d'Angleterre, surtout pas avec ce qu'elle se proposait de faire. Car on avait beau prétendre ne pas faire de politique et de moralité, leur combat l'était et c'était aussi une des raisons de leur méfiance réciproque. Car il fallait aussi songer à l'avenir.

Pour l'Indésirable numéro 2, les valeurs seules ne suffisaient pas. Il fallait éviter de s'associer à un mouvement mélangeant à la fois les crimes perpétrés en période de guerre et les valeurs revendiquées par la démocratie à un gouvernement censé garantir l'état de droit. En agissant ainsi, Benjamin et les autres ne feraient que rendre service à l'Intendance, en démolissant ce que toute résistance digne de ce nom cherchait à faire. Ni elle ni Ronald ni Benjamin ni qui que ce soit n'était la solution, contrairement à certaines valeurs universelles qui ne devaient pas être perverties. Ils n'étaient que des rouages importants. Ce qui comptait c'était de mettre de côté toutes ces divergeances et ces doutes pour s'unir et obtenir la victoire finale et ensuite et seulement ensuite songer à bâtir un gouvernement provisoire avant de relancer le processus démocratique. C'était ce qui s'était produit avec De Gaulle. Benjamin, en créant cette république, agissait selon elle de manière prématurée, sans les qualités d'un diplomate ayant le soucis des convenances, car de la diplomatie et de la politique, il devrait en faire. Evidemment, il valait mieux ménager les susceptibilités et  agir en toute fraternité même s'ils ne partageaient pas la même mentalité.

Benjamin leva une main, celle où il lui manquait deux doigts. Hermione fronça les sourcils. Elle en avait été quelque peu contrariée. Une marque de torture ? Elle aussi possédait plusieurs cicatrices. Cela ne faisait pourtant pas d'eux des saints. Elle laissa son interlocuteur l'interrompre en se contentant de soupirer. Elle venait tout de même de lui demander si sa théorie pouvait être exacte, de la convaincre qu'elle ne reposait sur rien de concret. De toute façon, la née-moldue ne s'attendait pas à une confirmation. Elle qui était un leader de l'ombre, une planificatrice, la née-moldue avait été choisie comme l'un des chefs de la résistance et elle savait fort bien que son mouvement était loin d'être fini ni le seul à se battre, qu'en agissant seul personne n'y arriverait. Mais elle était venue discuter avec lui par courtoisie et pour ne pas rejeter une opportunité sans l'étudier. Au moins, si le doute et la suspicion pouvaient disparaître, elle savait qu'ils auraient fait un grand pas, qu'autrement ils devraient se contenter de missions choisies pendant encore un bon moment. Pendant ce temps, la guerre se poursuivrait et chacun tenterait de concrétiser ses plans en ayant des objectifs divers et un seul point-commun, en apparence : abattre l'Intendance.

« Avec votre permission, non, vous n'auriez pas fait ça. Ce que vous me dites, c'est la peur de gens qui me voient toujours comme un mangemort et qui oublient – volontairement ou non, ce n'est pas mon problème – ou qui ne savent pourquoi et comment j'ai trahi. Ca aurait été un plan hasardeux et dangereux. Impossible à réaliser même. Comment étais-je sensé savoir qu'on emprisonnerait la numéro deux de la résistance russe – vous devez connaître Natasha Radeskine, la fille du président, Miroslav Radeskine ? -  dans le camp d'Arkhangelsk, où j'étais affecté ? Comment étais-je sensé savoir qu'on essayerait de la libérer, que je tenterais d'empêcher cette libération, que je serais blessé, et qu'elle me sauverait ? » Il fit une pause et la regarda d'un air grave : « Vous pouvez douter de moi, mais ne doutez pas des morts, surtout des morts qui valaient bien plus, bien mieux que moi. J'ai une dette envers eux. Je ne peux pas me dédire. Et même sans ça...comment étais-je sensé savoir que Tom trahirait ?  Que Natasha mourrait ? Que mon cousin deviendrait directeur de la Sécurité Intérieure ? Je ne suis pas devin, miss Granger. J'ai fait ce que je devais faire. Je continuerais. »

Oh, il n'imaginait pas ce qu'elle serait capable d'inventer, mais les plans hasardeux et dangereux voire impossibles n'avaient pas empêché Tom Jedusor ou Albus Dumbledore d'en tenter plusieurs, avec des fortunes diverses. Il était malgré tout parvenu à revenir lors du tournoi des trois sorciers, à infiltrer le Ministère alors qu'il était insuffisamment préparé puis à prendre le pouvoir. Quant à Dumbledore, il avait réussi tellement de coups tordus, allant jusqu'à mettre trois jeunes adultes sur la piste des horcruxes et des reliques de la mort qu'il était tout à fait possible qu'un plan tel que celui-ci ait pu avoir été conçu. Même Barty Croupton jr avait réussi à s'échapper d'Azkaban et à capturer Alastor Maugrey, réputé pour sa paranoïa et ses compétences à déjouer le malin. Cela n'avait rien à voir avec la divination pratiquée par Trelawney, mais plutôt avec les sciences cognitives, à parier sur des faits en espérant décrocher la mise et faire en sorte que l'ennemi morde à l'hameçon. Définir ce que l'ennemi était disposer à croire ou non... De la guerre psychologique... "Vigilance constante !" Même les moldus en réalisaient, car si Benjamin ne pouvait pas en être l'initiateur, il pouvait en être l'un des exécutants, même sans le savoir. Infiltrer Gringotts était impossible. Personne n'avait jamais réussi et pourtant ils l'avaient fait. Infiltrer le Ministère semblait un suicide et ils l'avaient fait. Et grâce à qui, hm ?

Durant l'Opération Trust (1921–1926), la police d'État de l'Union soviétique, le GPU, mit au point avec succès une fausse organisation anti-bolchéviques. Aux États-Unis, dans le cadre du programme COINTELPRO du FBI, des agents s'infiltrèrent en tant que radicaux politiques afin de perturber les activités de groupes politiques, tels que le Black Panther Party, le Ku Klux Klan, et le Student Nonviolent Coordinating Committee. Lors de la guerre d'Algérie, la France créa la Main rouge, une organisation terroriste des années 1950-60 servant de paravent aux services secrets pour mener des actions illégales pour combattre les réseaux de soutien au FLN. Et enfin, le SOE (fondé par Churchill) créa un groupe de combat composé de royalistes fanatiques et entraînés. Il parvint à leur faire croire qu'en tuant l'Amiral Darlan (régime de Vichy), le roi de France reviendrait sur le trône. Même De Gaulle en avait été informé, car en tuant le numéro 2 de Vichy, il savait qu'il deviendrait le chef du gouvernement provisoire à la chute du Marechal Pétain. Même la CIA avait essayé d'utiliser la psycho-thérapie et l'hypnose pour "programmer" des assassins ! Alors, son doute, Benjamin pouvait se le garrer entre les fesses. Face à ses doutes et à ses questions, cette théorie qui semblait extravagante ne serait pas balayée par de simples réfutations. Rien n'était impossible. Car après tout, pratiquer la guerre psychologique, la manipulation, cela exigeait d'énormes efforts, y compris intellectuels, ce qui n'était pas à la portée de tous.

Seulement, Benjamin mentionna le nom de Natasha Radeskine, la fille du président Russe, Miroslav Radeskine et il lui demanda si cela lui disait quelque-chose. Oh pour ça oui, même si elle ne la connaissait pas intimement. Il mentionna aussi le nom d'un camp. En haussant les sourcils, voilà qu'elle obtenait quelque-chose de concret, ce qui se rapprochait le plus d'une preuve, même si tout cela pouvait faire partie d'un complot élaboré. Hitler avait déclaré dans "Mein Kampf" : "plus le mensonge sera gros, plus on le croira. Mêler le mensonge entre deux vérités et on le croira". Cela semblait difficile sans preuve, mais cela restait une éventualité. Pinçant les lèvres avec perplexité, elle apprit que Natasha avait été secouru par quelqu'un, que Benjamin avait tenté de l'en empêcher et qu'elle était morte. Hermione se demanda pourquoi il avait trahi : par Amour ou sur demande ? Cette fois-ci, avec l'air grave et les sourcils froncés, elle abaissa son regard en direction de la table. Lui parlait d'une dette, de l'impossibilité pour cette théorie d'être applicable à cause de ce qu'il lui apprenait. Oh elle vérifierai ces propos, soyez-en certain. Surement apprendrait-elle que tout cela était vrai. Tout cela ressemblait à une dette et même un peu plus, se disait-elle en relevant son regard de la table, mais cela ne voulait pas dire que quelqu'un, quelque part n'était pas en train de tirer les ficelles dans l'ombre.

Mais à moins d'être légilimens et de pouvoir "lire dans son esprit" ou de lui faire avaler deux gouttes de véritaserum, elle n'aurait que sa parole et des faits paraissant exacts. Quant à l'accuser de paranoïa ou de réfléchir trop, lorsque vous étiez recherché, avec votre tête mise à prix, lorsque beaucoup de gens rêvaient de vous faire la peau, cela n'en était plus. Cependant, la née-moldue tenait absolument à ses principes, car ils étaient l'essence de leur combat. C'était la seule chose avec la stratégie globale qui bloquaient cette participation à cette confédération qu'était la Vague ; un mouvement unissant diverses factions aux opinions différentes, mais proches et unis dans un seul but. S'en était sa plus grande force, mais aussi sa plus grande faille et Hermione était persuadée que Benjamin en avait conscience. Devait-elle le croire sincère ? En tout cas, il était dommage qu'elle n'ait pu emmenée avec elle son fidèle Pattenrond, ne serais-ce que pour avoir un avis sur la question. Quoi ? Cela ne vous arrivait-il jamais de parler à votre chat ? Le sien était très intelligent, à demi-fléreur et muni d'un sale caractère - comme sa maîtresse - mais au moins il aurait pu lui être utile s'il n'était pas aussi reconnaissable !

Pourquoi voir le mal partout ? parce que lorsque vous étiez en guerre vous ne pouviez faire confiance qu'à un petit nombre d'individus et surement pas à des inconnus tentant de vous convaincre du bien fondé d'une action sans la moindre preuve. Il en allait ainsi des transfuges. Et puis, il y eut d'autres trahisons, comme celle de John Sheppard, lui qui avait menti à Ron pour faire libérer deux mangemorts et mener à la capture de quatre membres de l'Ordre et à l'exécution de quinze innocents. Alors, dans un conflit où les apparences pouvaient être trompeuses, lorsque des vies, y compris la vôtre, dépendait de votre capacité à déjouer les plans ennemis et les coups tordus, c'était là une précaution tout à fait normale. Que Benjamin le comprenne ou non, ça n'était pas son problème.

« Il va falloir vous décider vite, miss Granger, car avec ou sans vous, nous attaquerons bientôt. Je ne sais pas ce qu'Il a pu faire dire à Tom. Je ne sais pas combien de temps j'ai pour attaquer. La fenêtre de tir est réduite, comme on dit dans l'armée...enfin qu'importe. La constitution n'est pas de moi. Elle est de Thomas, l'idée de la République, et même d'essayer de prendre Glasgow, c'est de lui aussi. A moi revient la charge de mettre tout cela en place concrètement. », fit-il avec un léger sourire.

Oh là il n'y avait pas le feu ! En dehors d'une victoire psychologique, elle ne comprenait pas pourquoi ils devraient attaquer une ville qu'il serait impossible de conserver plus de 72 heures. Cela paraissait ambitieux et une folie, sans intérêt stratégique. Quant à cette constitution, l'idée l'avait intéressé, mais basculer d'une guérilla à une guerre conventionnelle et à un gouvernement provisoire alors qu'ils ne disposaient ni du soutien de la population de Grande Bretagne ni d'une armée digne de ce nom, n'étais-ce pas un non-sens tactique et une action contraire aux principes de la guérilla ? Pourquoi ne pas changer de plan si Benjamin le croyait compromis ? Le visage de Miss Granger n'affichait pas un air des plus convaincus. Sans détail concernant l'opération il était difficile de donner un avis, mais elle avait au moins appris quelque-chose qui rendait l'hypothèse du "false flag" plus difficile à croire. Il ne lui restait donc que quelques questions à poser. De toute façon, l'Ordre agirait lui aussi avec ou sans la Vague, donc elle se fichait de la pression que l'on tentait de lui mettre sur les épaules. Il attendrait où il irait se faire voir, car la Vague pouvait gagner énormément à voir des individus comme elle rejoindre leurs rangs, y compris avec leurs ressources.

Pour l'instant, tout ne se déroulait pas si mal. Oui, il s'agissait d'un ancien mangemort, mais il devait se douter que pour une née-moldue ce ne serait pas si simple, qu'elle décortiquerait ses paroles et son attitude dans les moindres détails. Qu'était-elle pour lui ? Un monstre, une voleuse de magie, un être inférieur ? L'amour lui avait-il fait comprendre que les nés-moldus n'étaient pas l'ennemi ? Et une fois qu'il goûterait au "pouvoir", lui qui se fichait des principes et des convenances, le rendrait-il comme il le promettait ou se lancerait-il dans une autre forme de purisme ? Comprendrait-il que son comportement pouvait inciter à la prudence ? Ce qui était certain c'était qu'Hermione se méfiait de ceux qui recherchaient le pouvoir, surtout lorsqu'une société sombrait dans le chaos, lorsque l'on faisait tout, y compris au sein de la résistance, pour briser leur résistance morale. Qu'arriverait-il en cas de victoire si aucun d'eux n'arrivait plus à distinguer le Bien du Mal, dans une situation où la population aurait bien du mal à en faire de même ? Benjamin tira une dernière fois sur son mégot de cigarette avant de l'écraser dans son cendrier et de s'exprimer sur un ton ferme :

« Je n'ai qu'un credo, miss Granger. Son régime est basé sur du vent. Concrètement, personne n'a la preuve que vous, ou monsieur Radeskine, ou Sheldon soyez inférieurs. Au contraire. Il fait cohabiter des gens comme moi, élevés pour servir Sa cause, ayant le sens du devoir, avec des fous frustrés qui se fichent de mourir. Il faut vivre et servir et lorsque vous devenez inutile alors que vous avez consacré votre vie au purisme, que vous avez tué pour cela, on vous abandonne. C'est ça la vérité. C'est ça que je dis, ce que je dirais toujours. Ils me disent terroriste à cause de ça, sans même parler d'attaque ou quoi que ce soit. Ils sont des terroristes, ils sont des assassins, ils ne sont pas différents de ce que j'étais – de ce que je suis si vous voulez...ils n'aiment pas qu'on le dise. Alors l'assassin, le terroriste, ça devient moi. Moi, le type qui a décidé qu'ils seront jugés et que s'ils ne veulent pas se rendre, s'ils tentent de me tuer, ou de tuer quelqu'un alors nous le tuerons parce que c'est de la légitime défense. Seulement voilà. Je ne suis personne pour juger ces gens. Un jour peut-être, il faudrait qu'on me juge moi, d'ailleurs. Je le sais. Si je ne suis pas légitime, quelque chose de démocratique le sera. Ca sera la République. »

Hermione l'écouta avec beaucoup d'attention. Son regard était dur, déterminé, pour lui montrer qu'elle aussi savait où elle allait et qu'elle ne reculerait pas, y compris devant d'éventuelles tentatives pour l'émouvoir. Savait-il que son ancien maître avait eu un père moldu et que c'était en partie pour cette raison qu'il haïssait ces gens, lui l'héritier de Serpentard ? A l'écouter, on aurait cru qu'il ressentait de la nostalgie et une forme d'ingratitude, qu'il en faisait une affaire personnelle. Et depuis quand "le sens du devoir" justifiait-il des discriminations, des arrestations et des détentions arbitraires, de la torture et l'exécution d'innocents ? Quel genre d'individu fallait-il être pour commettre de tels crimes ? C'était odieux ! Les nazis aussi prétendaient agir par "sens du devoir" alors qu'ils n'étaient que des criminels infâmes, des fous furieux. Oui, les paroles de Ben étaient maladroites et elles choquèrent un peu la née-moldue. Pour le reste, ce n'était que l'expression de son sentiment ou de la démagogie, un discours destiné à obtenir son adhésion, à lui faire comprendre ses motivations. Elles se souvenaient de la plupart de ces discours. "Ils sont des terroristes, ils sont des assassins, ils ne sont pas différents de ce que j'étais – de ce que je suis si vous voulez..." Oui et cela faisait justement parti du problème. Et tandis que Benjamin finit par sourire et par ouvrir son mini-bar à l'instant où elle semblait avoir le visage fermé et être en pleine réflexion, il lui demanda :

« Hm. Vous préferez de l'eau gazeuse ou de l'eau gazeuse ? », fit-il en plaisantant.

Tournant sa tête dans sa direction, elle esquissa un sourire confus.

"- Oh... oui, merci. Cela ira...", lui répondit-elle avec politesse et un sourire qui s'effaça très vite pour être remplacer par un visage songeur.

Ce qu'il avait expliquer nécessitait du sérieux et de la réflexion. L'expérience lui avait appris à se méfier des apparences. Analysant son dernier monologue, elle nota des détails intéressants que l'on retrouvait aussi dans des discours et des apparitions : son égocentrisme, lui que ne cessait pas de dire : "moi, je, moi, je" et de se présenter comme un prophète vengeur. Il y avait son non-conformisme, sa soif de vengeance, son absence de peur, son incapacité à respecter des normes sociales, son sang-froid, sa froideur, son côté "explosif", sa propension et sa facilité à justifier ses crimes, à paraître banal. Hermione se demandait si Benjamin ne souffrait pas d'un trouble de la personnalité antisociale névrosée comme cela devait être le cas de nombreux mangemorts et membres de la Vague. Ce trouble était souvent du à l'environnement social défavorable (parents absents, proches délinquants, pauvreté, faible intelligence ou au contraire développée, absence d'empathie due à des mauvais traitements ou à une mauvaise éducation). Il existait d'autres critères et il n'était pas aisé d'en être certain, mais il n'était question que d'une première impression. Après tout, sa vie de mangemort, son éducation puriste, les horreurs dont il avait été témoin et la perte de Nastasha étaient des arguments pour "justifier" son attitude. On ne lui avait appris qu'à tuer "par sens du devoir" avec une moralité quasi-inexistante.

En réfléchissant à ses propos, cela faisait-il pour autant de lui un Merliniste convaincu ou tenterait-il par la suite de convaincre les gens de le suivre dans une forme de purisme modérée ? Les promesses étaient belles, mais une constitution comme la Justice d'un pays n'avaient la valeur que des hommes et des femmes qui les défendaient. Il ne fallait en aucun cas que la population ne soit encore dupée par un imposteur, par plus de dix années de dictature puriste. L'effet en était déjà destructeur pour que quelqu'un ne profite de l'effondrement moral et du chaos pour convaincre les gens comme le fit Hitler. Face à la colère ambiante, à l'effondrement de leur monnaie et à la présence de corpuscules extrémistes armées, y compris des communistes, la république de Weimar avait fini par s'effondrer en laissant le champ libre aux nazis. Cela ne devait pas se reproduire ! Le purisme sous toutes ses formes devaient être anéantis et les droits fondamentaux garantis pour tous, sans exception. Il fallait abattre les privilèges des soit-disant sang-purs. Hélas, la maladresse de Ben plongea Hermione dans le doute. Que pensait-il des moldus, des nés-moldus et des autres en réalité ? Faisait-il lui aussi deux poids deux mesures à sa façon ?

"Ce que vous me dîtes ne manque pas d'une certaine logique", fit-elle avec gravité. "Je suis navrée pour Natasha. Elle devait compter beaucoup pour vous", ajouta-t-elle d'un air compatissant, en marquant une courte pause.

Exterminer un rat et tuer un être intelligent, un amalgame facile à établir lorsque l'on était au service de la Vague ou de l'Intendance. Plus aucune limite, aucun principe, aucun scrupule. Une pente glissante propice aux extrêmes. Le mouvement éliminait toute forme de peur, de réflexion, de conventions, pour la remplacer par le crime, le déni de justice, la barbarie. On finissait par plaisanter en torturant et en tuant, par en prendre l'habitude, par aimer ça, à prendre les choses avec légèreté, par trouver des excuses. On apprenait aux gens que certaines personnes n'étaient que de la vermine, qu'il n'y avait rien de mal à les tuer puisqu'on tuait bien les cafards, les rats et autres nuisibles : une manière de banaliser le Mal. C'était eux ou nous. L'Intendance agissait ainsi à Poudlard et dans toute la société, elle qui avait jeté la constitution aux toilettes. "La Vague ne pratique aucune idéologie. Nous sommes loin du clivage Merliniste/Puriste". Belle contradiction puisque la constitution de la république défendait la vision de Merlin et des principales démocraties moldues. Au contraire, la guerre n'opposait pas que les sorciers entre eux, mais tout le monde, avec leurs opinions. Par contre, niveau valeurs, il s'agissait toujours d'une lutte entre le Bien et le Mal, entre la démocratie et la dictature, les droits fondamentaux et la discrimination, le crime contre la justice, l'égoïsme contre la solidarité, la liberté face à l'esclavage, la vertu contre le vice, l'intelligence face à la stupidité, la sagesse face à l'ignorance, l'Amour face au mépris pour la vie. Le nazisme comme le purisme : même combat ! Il fallait l'empêcher à tout jamais de nuire ! Elle poursuivit :

"Il aurait été préférable de dire qu'il ne saurait y avoir de raison valable pour traiter les moldus, les nés-moldus et d'autres créatures tels que les gobelins ou les elfes de maison comme des êtres inférieurs, qu'il n'y a aucun "honneur ni sens du devoir" lorsque l'on vous ordonne de commettre des crimes d'une telle infamie. On ne peut laisser des individus décider qui a le droit de vivre ou de mourir, ce qu'il doit penser ou croire ou encore aimer tant qu'il ne s'agit pas de faire l'apologie du racisme et du crime. Il ne devrait pas y avoir de place pour la discrimination. A vous entendre, vous qui "avez consacré votre vie au purisme" on croirait que vous éprouvez de la rancune pour avoir été trahi. Les mots ont leur importance. Ils ne sont pas toujours parfaits pour exprimer une pensée ou des sentiments, certes, mais ils doivent l'être dans certaines circonstances, au risque de paraître ambigûs..."

Elle respira un bon coup. Si Benjamin voulait jouer les imbéciles et anéantir toute possibilité de rapprochement, c'était son affaire. Hermione, avec le soutien de l'Ordre, n'accepterait aucun accord sans obtenir des réponses à ses questions et des garanties. Lui pouvait jouer les gros bras, elle n'était nullement impressionnée. Cela ne voulait pas dire qu'elle était hermétique au compromis. Cela dépendait de quoi on parlait. Une interruption et elle s'en irait. Cela n'aurait servi à rien.

"Au sein de l'Ordre, nous sommes opposés à toute forme de racisme et de xénophobie. Nous défendons la liberté, l'égalité et la justice pour tous, sans distinction d'origine, de couleur, de handicap, d'orientation sexuelle, d'intelligence, de croyance religieuse et d'origine sociale. Nous aimerions lutter contre la pauvreté  et les inégalités sociales en rétablissant un modèle de société qui nous distinguerait des barbares. Nous ne sommes ni des assassins, ni des terroristes ni des tortionnaires, mais des résistants. Il y a des choses que nous nous refuserons toujours à faire. A nos yeux, Ron est allé trop loin et il en paye le prix. Aussi, si vous ne partagez pas notre point de vue, je doute que nous parvenions à nous entendre...", déclara-t-elle d'un air désolé. "... mais si vous avez une proposition et des compromis à formuler, nous devrions prendre le temps d'en discuter".

Hermione avait survolé la constitution et si elle l'approuvait, elle estimait que les droits fondamentaux ne devraient pas être remis en cause par une révision constitutionnelle, qu'il serait bon de le mentionner dans l'article 32-1 pour lever toute ambiguïté. Elle aurait ajouté que l'article 5 du titre 2 ne faisait nullement allusion de l'interdiction des discriminations dues au handicap, à l'orientation sexuelle, aux origines sociales et aux croyances religieuses. Comprenez que si la loi n'était jamais parfaite, si la justice dépendait des hommes et si une constitution n'était qu'un énoncé de principes - malgré tout d'une importance capitale - les choses se devaient d'être claires et précises afin d'éviter les libertés d'interprétation et les remises en questions malhonnêtes formulées par des individus sans scrupules. Non, il ne fallait pas banaliser le Mal, habituer les gens au crime, car c'était une façon comme une autre de briser leur moralité pour ensuite les convaincre qu'il n'y avait rien d'illégitime à spolier certaines personnes, à les tuer et à déclarer hors-la-loi toute personne désignée ennemie de l'état. Une dictature pour une autre dissimulée sous un vernis démocratique, non merci. Un jour, il faudrait rendre des comptes...

"Jugerez-vous les criminels de guerre, y compris de la Vague, au sein de cette république ?", lui demanda-t-elle avec perplexité. "Vous savez, j'ai vu cette vidéo tournée à Londres avec ce vieil homme, Malcom O'Sullivan, qui s'est fait assassiné par John Mulciber juste après votre départ. Je sais qu'il était malade, qu'il avait perdu sa fille en Irlande, qu'il n'aspirait qu'à mourir. Avez-vous profité de sa faiblesse ? Lui a-t-on dit que son sacrifice serait utile ? Est-ce Jugson qui a eu cette idée ? ", ajouta-t-elle en fronçant les sourcils.

La fin justifiait les moyens. Autrement dit, voilà comment se servir des sentiments d'un vieil homme pour le pousser au suicide et rendre son sacrifice "utile". Il suffisait de souligner que le vieil homme n'avait pas été forcé à prendre cette décision. La belle excuse. On pouvait fort bien le manipuler dès lors que l'on connaissait ses faiblesses. Cela n'ôtait pas le caractère criminel et prémédité de la chose. Un exemple du mépris pour la vie et de psychopathologie tel que l'on pouvait l'observer au sein de l'Intendance. Les ex mangemorts avaient beau prétendre agir différemment et pour une juste cause, leurs méthodes restaient les mêmes. Elles ne faisaient que légitimer la propagande ennemie et faire d'eux des terroristes, car ils étaient incapables d'agir autrement. Et bien qu'Hermione l'ignorait, Benjamin ne s'était pas opposé à cela. Il avait même trouvé l'idée brillante. Il était complice du meurtre d'un innocent. Jugson aussi. Que l'on fusse d'accord ou non et quelle qu'ait pu être l'excuse, c'était ignoble, une absence totale de scrupule, même en guerre. Et on viendrait lui parler de démocratie et de Justice, de légitimité au sein de cette "république". La vérité, oui, parlons-en...

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Benjamin Mulciber


MessageSujet: Re: Conférence au sommet [PV Benjamin, au Pérou] Dim 29 Juin - 18:40

Notion inflexible du bien et du mal. Est-ce que le bien et le mal étaient des choses négociables ? Est-ce qu'on pouvait les modifier, les faire varier, selon son camp ? Non. Benjamin ne croyait pas à ça, et il était borné là dessus. Ce qui est mal te fait souffrir ou fait souffrir les autres, mais ce qui est bien est juste et harmonieux et sage, dans tous les sens, tu le sais, ne ruse pas. Ces deux notions de bien et de mal, il y croyait. Il n'abdiquait rien. Et la Vague n'était donc pas le plus dur des groupes. Agissant, mais jamais inconsciemment, ou pour le pouvoir. Ca n'intéressait pas Ben. Candidat à l'élection qu'ils allaient organiser, il essayait plus que tout de ramener d'autres candidats. Une alternative, oui. Qui ne passait pas forcément par lui. A la fin de la guerre, ce ne sera pas moi. Il n'était pas fait pour la politique, qui l'agaçait beaucoup. Il était sous des dehors assez grande gueule introverti, au final : la preuve en était qu'il préfèrait parler à la radio plutot que devant une foule, et que s'il pouvait éviter d'être exposé aux médias après la victoire finale, oui, il préférerait.

« Vous savez, faire sentir aux gens qu'ils sont idiots et que vous réfléchissez mieux qu'eux n'est pas une preuve d'intelligence, ça montre simplement que vous avez un caractère odieux qui ressort par un ton professoral. Mon grand-oncle adorait faire ça. Vous connaissez Randolph Mulciber, je pense. Au moins de nom, un des tous premiers mangemorts. Le même regard courroucé que vous. La même sensation, quand vous le regardiez, que rien de ce que vous ne faisiez n'était jamais bien et ne pouvait lui convenir. »

Ils n'auraient pas d'accord ? Grand bien lui fasse. Il avait un plan. Peut-être pas le plus intelligent de plans, peut-être pas le meilleur. Ben n'avait rien d'un type grandiose. Ni brillant. Il ne se voyait pas comme un héros mais n'avait jamais revendiqué qu'on le considère ainsi. J'ai payé pour chaque cœur que j'ai volé. J'ai joué toutes mes cartes et je n'ai pas failli. En fait, ce n'est pas si difficile quand on a une âme. Ce monde est le mien. Celui des gens que je défends. Celui de ceux qui vivent, qui se battent, de tous les gens meilleurs que moi. De tous ceux qui viendront et qui sont venus. J'ai entendu quelque part que la vie était un test. J'ai franchi le pire mais je continue à faire de mon mieux. Oui, de mon mieux. Peut-être pas de la meilleure façon qui soit, peut-être qu'il agissait mal, il le savait, il prenait des risques et sans doute qu'il avait tué des gens, mais il essayait.  Et lorsqu'il regardait Hermione Granger, il en aurait presque souri. Elle le méprisait. Ses méthodes, son rire, son manque de sérieux, le fait qu'il était chef d'un mouvement un peu par hasard. Mais toi, vous, vous avez fait quoi ? Réfléchir, parler de justice. Parler. Parler, ça ne mène à rien, sinon à parler. Cela lui faisait penser à ce film des Monty Pythons, La vie de Brian, ce moment extraordinaire où les syndicalistes prenaient une motion pour ouvrir le débat, et ensuite ils débattaient pour savoir si oui ou non ils allaient débattre. Etc. C'était beau les scrupules. Mieux vaut ne rien faire plutôt que de faire mal.

Un raisonnement que jamais Benjamin ne pourrait comprendre.  Pas lui, pas l'ancien militaire qu'il était. Il n'était pas un intellectuel, même s'il pouvait prétendre sans mentir avoir obtenu plus d'ASPICs avec la mention Optimal que d'ASPICs avec le reste des mentions confondues – à savoir sans doute six matières – et la théorie, le blabla, ne l'intéressait que moyennement. Il était là. Personnage dur et droit. Je ne me cacherai pas, ni ne me retournerai pour fuir. Il est temps de faire ce qui doit être fait. Parler de Justice ne sauve pas les gens. Agir sauve les gens. Aller les voir sauve les gens.

« Elle était meilleure que moi. » Il fit un geste vague. « Ils le sont tous. Les gens d'ici. Ceux de la Vague. Des irlandais ayant fui, des gens qui ont tout perdu. Ils pourraient être aigris, minables, ils pourraient tuer et tout détruire, prendre un foutu AK-47, et tirer dans la foule. Mais non.  Ils trouvent encore le courage, dans ce monde, ce foutu monde, de rire, et d'aider les autres. Je ne crois pas être comme eux, je n'ai pas ce courage là, moi. Natasha l'avait. »  Il sourit : «  C'est eux que vous devriez aller voir, pas moi. Je ne sais pas être comme eux, mais bon sang, ils existent. Et ils méritent que quelqu'un les défende. Moi, vous, n'importe qui. Mais eux sauveront le monde. Je sais que c'est le cas. »

De la sincérité. Une lumière presque visionnaire hantait le regard de Benjamin Mulciber, mais une lumière très douce, loin de l'image dure et du rire qu'il avait pour narguer le monde entier. Il croyait en ça plus que tout. Il acceptait volontiers de mourir, parce qu'il savait que même si lui perdait, ces gens là gagneraient.

La Vague, c'était surtout ça. Qui avaient-ils tués ? Personne, sauf Tom, une fois, pour se défendre. Et sinon ? L'attaque d'Azkaban ? Action de défense. Et libération de prisonniers. Sinon, toute la guérilla, qui avaient-ils tué ? Personne, tous les mangemorts étaient là, malheureusement. Ils avaient perdu plus de gens qu'eux. Et l'Irlande ? Oui, il y avait eu Sligo, mais l'Ordre était là aussi. Et eux, au moins, ils avaient assuré l'évacuation des gens en Irlande. Il continua avec tristesse.

« Je me souviens du dernier regard de Natasha.  Il émergeait d'un autre monde qu'il voulait fuir et s'agrippait au mien. Ma véritable trahison a commencé là. J'ai dit « Tout va bien », avec toute la rage et la conviction que je pouvais. Elle a dit que si elle ne survivait pas, d'autres gagneraient le combat. Je ne comprenais pas ce qu'elle voulait dire, mais maintenant je sais. Tous ceux qui comme elle ont subi une tragédie, anonymement, qui luttent pour une idée plus grande qu'eux, sans parfois même le savoir. Je n'ai pas pu la sauver elle, mais eux, je peux essayer. C'est ma croix. Le châtiment qui correspond à la honte d'avoir fait partie des bourreaux, et d'en avoir été fier. Vous me croyez, vous me croyez pas, ce n'est pas mon problème. »

Il y avait de la férocité dans ce regard, mais aussi un certain enthousiasme, un émerveillement quasi enfantin, de voir que des gens bien existaient, qu'il en avait trouvé, et qu'il pouvait les défendre. Il était sans peur dans un monde en péril, aussi inconscient des dangers que l'animal nouveau-né dans la jungle. Le regarder c'était pouvoir, un instant, croire que n'existaient ni mort ni cruauté ni souffrance. Pas de maladies ni de séparation de ceux qui s'aiment, pas de trahisons ni d'abattoirs, pas de misère ni de chômeurs, pas de guerres ni de prisons, pas de goulag ni de torture, pas de viols, pas de peur entre les hommes. Ca existait. Mais lui, lui qui avait connu et affronté cela, qui en avait fait partie, et bien lui avait décidé de l'anéantir.

« On m'a trahi et on a ruiné ma vie. Comme celle de milliers de gens. Pour moi c'était un châtiment, je suppose. Pour le reste du monde...Prendre à un peuple sa liberté, lui arracher à coups de matraque toute idée même de liberté, l'asseoir sur la terreur au lieu du droit - mais donner à ce peuple, à titre de compensation, le sentiment d'appartenir à une noblesse raciale, d'être distinct d'une minorité à qui on impose le port d'une marque spéciale d'infamie...c'est ce que j'ai fait. Ce qu'on m'a appris à faire. Dit, répété, martelé. Vous croyez quoi ? Que j'en suis fier ? Non. Je n'en suis pas fier. Mais ce n'est pas pour ça que je vais me mettre à faire de beaux discours plein de morale, de justice, ce que vous voulez. Parce que les mots, c'est du vent, dans mon cas. Si vous dites « tuer c'est mal » alors que vous avez tué vous aussi, on vous rira au nez. Si vous empêchez les gens de tuer, on vous prendra un peu plus au sérieux. »

Il n'était pas comme Hermione Granger. N'avait rien d'un type sérieux. Passait volontiers pour un salaud, ce qui ne voulait pas forcément dire que Benjamin était réellement un homme mauvais. Il la regarda avec bonhomie :

« Je n'ai pas une gueule de héros, ni de martyr, ni de prix Nobel de la paix. J'en ai connu quelques uns, de ces héros. Ce sont d'autres gens qui meurent pour eux. Pour bâtir leur légende. Moi je suis là pour agir. Je n'attends aucune reconnaissance. Aucun pardon. Quand ça sera fini, on m'oubliera. On me jugera, et puis on m'oubliera. »


Tu finiras ta vie dans l'oubli, dans l'idée que tu es un criminel. Il n'avait pas de destin. C'était son grand-père qui l'avait dit. Et Benjamin était assez d'accord. En attendant, Hermione Granger commençait légèrement à l'agacer. L'angélisme et la pseudo-supériorité de la doctrine de l'Ordre du Phénix l'emmerdait et lui donnait envie de se foutre d'elle :

« Nous, dans la Vague, nous aimons prendre des chatons et les égorger à coup de dents, et puis après boire leur sang. Non, sérieusement. Il va falloir arrêter un petit peu, si vous voulez trouver un compromis et que je continue à discuter avec vous, de traiter la Vague d'association terroriste, d'assassins, et d’extrémistes. Capture de mangemort, les harceler, attaquer des dirigeants, c'est ça que nous faisons. On n'égorge personne, on ne tire pas sur les civils, nous serions les premiers à aller manifester devant Buckingham si on pouvait le faire. Seulement voilà, on ne peut pas. Alors oui, c'est violent de se battre avec des gens, je sais bien. Mais ceux qui rendent impossible une révolution pacifique impossible rendent inévitable une révolution violente, dixit JFK. Vous n'allez pas me dire que JFK n'est pas un démocrate, tout de même ? Si ? »
Il soupira, amena deux verres sur la table d'un coup de baguette magique en plus des bouteilles : «  Il y a une part immense de provocation dans ce que je dis, quand je parle. Encore une fois, allez voir les gens du groupe. Des assassins, il n'y en a pas – où alors malgré eux. » Il fit une nouvelle pause. « Certains puristes mourront. C'est inévitable. Ca ne veut pas dire que j'aime ça, ni que j'en suis fier. Personne n'en est fier. »

Il doutait qu'elle comprenne. Très honnêtement, cela lui paraissait impossible. La part du rire, immense, chez Benjamin semblait échapper à Hermione Granger. La guerre n'était pas un jeu, mais les mangemorts le voyait comme tel. Pas lui. Mais les gens avaient besoin d'espoir, et de rire.

« Vous ne comprenez pas, vraiment pas, je vous dis, la part immense de provocation qu'il y a dans ce que je dis. Vous vous contentez de dire que le régime fait n'importe quoi, vous êtes un terroriste. Vous résistez, vous êtes un terroriste. Alors oui, s'ils veulent, je suis un terroriste. Ils aimeraient bien que je me défende, que je dise non, que je me démène. Mais non. Et que voulez vous qu'ils fassent ? Ils n'ont pas de prise sur moi. Quand vous accusez quelqu'un de quelque chose et qu'il assume, que voulez vous lui faire ? Rien. Maintenant, continuons un peu dans mon raisonnement. Ils sont des terroristes et des assassins. Des vrais. Mais eux ils assument pas. Et ils détestent ça. Je les méprise. Je ris d'eux. C'est ce qu'ils haissent le plus, vous savez. Ils se prennent pour les sauveurs du monde. Ils se prennent pour des types grands. Beaux, forts. Je suis là pour leur rappeler qu'ils ne sont rien. Des pauvres types. Et ils ne méritent rien d'autre que du mépris. Qu'on se fiche d'eux. Oui, il y a des gens qui meurent. Et ça personne ne l'oublie : ils paieront pour ça. Mais parler, débattre, protester, non. Ils ne le méritent pas. C'est leur donner une importance, alors qu'ils ne sont personne. »

Le ton est dur, volontaire. Il n'estimait pas avoir à se justifier de quoi que ce soit devant qui que ce soit. Après tout, toute bien pensante et psychorigide qu'elle soit, Hermione Granger n'avait pas plus que lui été élue par le peuple.  Le futur chancelier le serait, et ce ne serait pas forcément lui. Mal élu ? Oui, peut-être, mais élu tout de même, ce qui valait mieux que pas du tout. Il sourit :

« Vous jugerez Ronald Weasley ? J'aimerais bien que vous répondiez à ça avant de vous répondre. On me jugera moi, je vous l'ai dit. Mais les gens de la Vague, pourquoi ? Pour ne pas avoir voulu suivre l'Ordre quand il est parti au Chili, pour rester se battre ? Pour avoir évacué des gens en Irlande ? Pour avoir essayé d'handicaper le régime en attaquant ses dirigeants ? Vous comptez juger qui, et pourquoi, précisement ? »

Bien sur, elle parlait de Malcom O'Sullivan. Il s'y attendait. Le plan n'était pas quelque chose qu'il avait approuvé. Pas plus que Thomas. L'idée était médiatique, ça, oui...quelle idée, aussi, Malcom, quelle idée, bon sang...jusqu'au dernier moment, ils n'avaient pas su quoi dire.

« Concrètement, je crois que c'est l'une des pires choses que j'ai vécu dans ma vie. Ca non plus, j'en suis pas fier. Malcom a proposé ça. J'ai passé pas mal de temps, et Tom aussi, à essayer de le convaincre qu'on trouverait autre chose. Nous voulions marquer les esprits, et O'Sullivan a suggéré ça. Pour que ma mort serve à quelque chose, parce que je vais mourir de toute façon, a-t-il dit. Tom ne voulait pas. Moi non plus. Et pourtant, il était là le jour J. Jusqu'au dernier moment, on a tenté de le faire partir. Normalement, il devait y avoir simplement le fait de filmer Mulciber quand il viendrait, mais il était là... »

Mort pour rien, ou pas gran'chose. Combien étaient dans ce cas là ? Ben secoua la tête :

« Je doute de vous convaincre, de toute façon, quoique je dise. Mais la constitution n'est pas fixée, la République pas figée. Si vous n'êtes pas d'accord, participez et changez ça. L'Ordre a une place à occuper dans le gouvernement, même si je deviens chancelier. »
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MessageSujet: Re: Conférence au sommet [PV Benjamin, au Pérou] Sam 2 Aoû - 23:57

"Le cynisme est l'assurance avec laquelle on fait ou l'on dit des choses honteuses." - Théophraste

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Il n'existait aucune notion inflexible entre le Bien et le mal, car il était possible de les faire varier, de les modifier, selon le camp. C'était un peu comme ce que l'on racontait au sein de la C.I.A. : ce qui était blanc était noir et ce que vous pensiez être noir devenait blanc ou pour reprendre une devise de la Vague : une bonne action pouvait avoir de mauvaises conséquences et une mauvaise de bonnes conséquences. Hermione en avait eu la preuve avec Severus Rogue, Tomas Jugson et Benjamin Mulciber. Lui semblait t-il possible de ruser ? Bien-sûr. N'étais-ce pas le professeur Rogue qui avait dupé le Seigneur des Ténèbres ? Peter Petigrew n'avait-il pas trahi, causant la mort d'innocents, conduisant un troisième à Azkaban à cause de ses faiblesses et de la crainte que lui inspirait Vous-Savez-Qui ? Et John Sheppard ? Dumbledore, aussi, avait rusé et manipulé, car c'était une condition indispensable en temps de guerre pour tenter d'obtenir un avantage. Il fallait de la sagesse et beaucoup de force morale pour faire ce qui était juste, pour juger une situation et prendre la meilleure décision possible. Parfois, on échouait et le résultat était pire que le mal.

Le Bien était un désir basé sur l'esprit, lui même opposé au désir animal reposant sur les sens. La compassion, la défense des faibles, la tolérance, la solidarité, le respect pour la vie, l'intégrité, les droits fondamentaux, la générosité, l'Amour étaient érigés en principes moraux, contraire aux bas-instincts que l'on rencontrait chez les animaux, eux qui étaient soumis à la loi du plus fort, à l'esprit sanguinaire, la cruauté, l'absence d'empathie, la brutalité, l'absence de moralité et aux vices. Seulement, certaines créatures intelligentes ne possédaient pas les mêmes valeurs ou elles ne les montraient pas de la même façon, déclenchant un racisme et une xénophobie génératrice de discriminations. Il existait aussi chez l'être humain un côté animal qui se manifestaient parfois envers leurs semblables, surtout parmi les psychopathes et la lie de l'humanité, comme chez les mangemorts, rafleurs et serviteurs de l'Intendance. L'être humain n'était pas la seule créature intelligente dotée de raison à basculer parfois d'un côté ou de l'autre de ces deux notions, dans un enchevêtrement complexes d'événements de causes à effets qui étaient le reflet de leur intelligence, de leurs valeurs et intentions, mais conduisant à des conséquences bonnes ou mauvaises selon le but recherché et la malchance.

Ronald se méfiait des transfuges tels que Benjamin. Il affirmait qu'il n'était qu'un lâche ayant fui son camp lorsque le vent s'était mis à tourner. Il ne comprenait pas que l'on puisse réaliser son erreur, éprouver du remord, vouloir se venger ou obtenir la rédemption. C'était un peu comme s'il en oubliait le professeur Rogue. L'ennui, c'était que Ron n'était pas doué pour détecter la duplicité, pour accorder sa confiance à quelqu'un qui avait déjà trahi une première fois. Quelque part, il fallait comprendre ses réticences. Hermione, elle, avait écouté l'ex mangemort. Elle pensait que Benjamin avait fait preuve de courage. Quant à lui accorder sa confiance, c'était une autre affaire. La jeune femme refusait de mener ses partisans dans un piège, de les associer avec une faction qui les traiteraient en pariats, en cotoyant un chef inconscient des dangers, capables de faire deux poids deux mesures entre les résistants, de les sacrifier comme de la chair à canon, sans se soucier de leurs opinions. Il était évident que Ben aurait eu les mêmes doutes si la situation avait été inversée.

Certes, la Vague n'était pas le groupe le plus dur, mais il souffrait de son image, comme l'Ordre du Phénix, surtout après des dérapages commis dans leurs camps, comme lorsqu'il fut question d'enlever des enfants au motif de les sauver du purisme, de pratiquer la torture, de couper des bras et d'exposer un vieil homme à la télévision afin de maquiller son suicide en assassinat. Pensait-elle que la rumeur et les opinions sur Benjamin aient pu avoir le moindre fondement ? Hermione n'était pas sûre, à l'exception de ce qu'elle avait relevée dans ses apparitions, ses discours et ceux de Jugson, y compris dans l'interrogatoire de Sheppard. La meilleure manière de vérifier était d'aller à sa rencontre, de voir de ses yeux, de poser des questions, de prêcher le faux, si nécessaire. Seulement, la résistante n'avait pas voulu faire n'importe quoi n'importe comment et elle n'avait employée ni la fausseté ni la provocation ; elle qui représentait une faction avec des opinions diverses, cela même si Ron la désapprouvait, contrairement à Kingsley. Elle avait été choisie afin de les représenter et de recommander. De fait, elle n'avait fait que se montrer prudente en posant des questions dont l'une aurait pu s'avérer dérangeante, mais pas insultante.

Hermione se fichait d'être reçue avec les honneurs, mais lorsque l'on recevait un allié potentiel, la moindre des choses était de le mettre un peu à l'aise, même si c'était là la dernière chose que vous souhaitiez faire. La politique et la diplomatie agaçaient beaucoup Benjamin et cela ne lui avait pas échappée. Seulement, la politesse et les convenances avaient leur importance. C'était une qualité indispensable d'un chef, d'un rassembleur, un prix dérisoire à payer pour discuter. Hélas, lorsque l'on vous disiez que la première impression était importante, l'impolitesse manifestée avait déplu à son interlocutrice qui lui en avait tenu rigueur. Oh depuis le temps, avec Ron et d'autres, elle aurait du y être habituée, c'était certain, mais dans les relations humaines, cela restait important. Elle pensait, à regret, que Benjamin aurait du s'y préparer et assumer son invitation sans arrogance ni cynisme. Ce fut lui qui posa la première pierre d'une conversation qui frôlait la catastrophe et elle était libre de penser que ce n'était pas un acte intelligent, mais symptomatique d'un personnage et d'un mouvement dans son ensemble : on tape d'abord et on réfléchit ensuite aux conséquences.

Les choses prirent une tournure plus délicate à cause de son antipathie, de ce regard dur et froid qui n'avaient pas incitée la résistante à se sentir la bienvenue ni respectée, car jusqu'ici elle n'avait pas tort de le trouver désagréable et mal élevé. La née-moldue savait que leur mentalité était différente, leurs méthodes aussi - enfin presque, vous seriez surpris - mais Benjamin ne lui donna aucune raison de couper court en lui parlant d'une manière plus raisonnée et avec davantage de tact. Mais cela n'était pas dans sa nature. Or, on ne pouvait attendre d'aide de la part d'autrui lorsque vous adoptiez une attitude effrontée envers les convenances et l'opinion, lorsque cela vous poussez à exprimer sans ménagement des principes contraire à la morale, à la norme sociale, mais proche de votre conception du cynisme et des mauvaises manières. On pouvait fort bien accueillir et discuter avec quelqu'un sans être hypocrite, mais avec un minimum de savoir-vivre. L'enjeu restait important et si Hermione devait prendre les choses en main pour aller au-delà des errances, elle tenterait sa chance pour l'avenir de la résistance, mais pas à n'importe quel prix.

Avec prudence et franchise, elle lui parla d'une théorie extravagante, mais qui n'était pas dénuée d'intérêt ni de logique. Elle ne l'avait ni provoquée ni insultée. Au contraire, elle avait posé sa question avec beaucoup de respect, en lui expliquant brièvement pourquoi certains au sein de l'Ordre pourraient penser une telle chose, en sachant que les organisations du type false flag et les agents-doubles existaient. On ne pouvait leur en vouloir de se méfier, mais à défaut de preuves... Ils étaient là pour dissiper leurs malentendus, non ? Hélas, il se moqua d'elle dès son arrivée - l'air de rien - et lui répondit sèchement qu'il n'avait pas que cela à faire de monter des plans machiavéliques, ce qui lui valut une première remarque cinglante de la part d'une femme bien décidée à obtenir des réponses et non des faux fuyants. Plus que les mots, c'était le comportement de Benjamin qui passait mal tandis que celui d'Hermione était restée mesuré et très courtois. Elle était ici pour parler, pour évoquer les problèmes, non pour se faire insulter et en créer de nouveau. C'était ce que des adultes étaient censés faire, mais c'était mal parti et elle n'en était pas responsable.

Elle n'aimait pas trop avoir tort, c'était vrai, pas parce qu'elle était mauvaise, mais à cause de ses phobies, parce que souvent son raisonnement était le bon. Rare était les fois où on ait pu la voir accepter une opinion sans argument, sans preuve, sans réflexion approfondie. Ce n'était pas son genre d'être aveuglée par son jugement, de se croire supérieure aux autres, infaillible, elle qui dissimulait un manque de confiance et une piètre opinion sur elle-même. Elle argumentait sans jamais exagérer sur la pitié, sur les envolées lyriques, sans trop insister et en faire des tonnes sur la misère des gens. Hermione savait oubliée cela lorsque des vies étaient en jeu, lorsque l'on sollicitait son cerveau et sa baguette pour les sortir d'une situation inextricable. Elle ne demandait jamais rien, pas même un compliment. On ne l'aimait pas et elle avait appris à rester éloignée de ceux qui ne voyaient en elle que ce qu'ils voulaient y voir, qui insistaient et exagéraient sur ses défauts ou son caractère sans jamais réaliser que c'étaient souvent eux les médiocres et les êtres malveillants dénués d'intelligence. Le plus important c'était de rester proche de ses amis, de continuer ses études, de se battre pour une cause à laquelle elle croyait, par Amour pour les gens, car on ne répondait à l'intolérance qu'avec plus de tolérance, à la haine par plus d'Amour, à l'égoïsme par plus de solidarité, au misanthropisme par plus d'humanité, etc.

Hermione pensait que si la Vague et l'Ordre étaient incapables de montrer de la confiance, du respect, une égalité et une cohésion l'un envers l'autre, il serait difficile d'unir la résistance. C'était à peu près ce que Jugson avait déclaré lors de la conférence de Valparéso à laquelle elle avait assistée. Elle se disait que ce n'était pas en la traitant - elle et ses partisans - comme des résistants indignes qu'il l'obtiendrait. Elle n'appréciait pas l'absence de scrupules, elle s'opposait à la banalisation du mal, à l'absence de civilités et au purisme sous toutes ses formes, en sachant que le conflit procurait assez de souffrance et de barbarie pour oublier qu'ils ne se battaient pas que pour abattre une dictature et sauver des vies. Sans une Justice et une moralité dans les rangs de la résistance, ceux-ci prenaient le risque de se corrompre et d'être vaincus sur le plan moral. Il fallait se distinguer de l'ennemi, du règne animal, en rejetant les actes barbares, en refusant de laisser les autres agir avec malveillance sous couvert de la "légitime-défense". Ne jamais oublier que ce fut le procès de Nuremberg qui leur donna une crédibilité sur le plan moral, que ce fut à cette occasion que le terme de génocide et de crime contre l'humanité furent créer afin de servir aux génération futures, pour ne jamais oublier, y compris ce qu'il était advenu de Ron.

« Vous savez, faire sentir aux gens qu'ils sont idiots et que vous réfléchissez mieux qu'eux n'est pas une preuve d'intelligence, ça montre simplement que vous avez un caractère odieux qui ressort par un ton professoral. Mon grand-oncle adorait faire ça. Vous connaissez Randolph Mulciber, je pense. Au moins de nom, un des tous premiers mangemorts. Le même regard courroucé que vous. La même sensation, quand vous le regardiez, que rien de ce que vous ne faisiez n'était jamais bien et ne pouvait lui convenir. »

Lorsqu'elle songeait aux propos tenus, Hermione se demanda où il avait senti qu'elle le traitait d'idiot et qu'elle réfléchissait mieux que lui puisqu'elle n'avait fait que poser trois questions. Lui parler de la sorte n'était guère plus intelligent. Cela démontrait surtout qu'il ne la connaissait pas, car si elle avait eu un caractère odieux, elle ne serait pas aussi calme et respectueuse devant lui. Elle ne se serait pas inquiétée la veille. La tante Muriel était odieuse. Ron, lui, aurait été odieux. Benjamin aussi l'était. Pourtant, Hermione n'avait pas agi ainsi. Elle l'avait remerciée pour son invitation, en présentant des excuses pour leur réponse tardive. Elle se souvenait avoir parler avec prudence et politesse, sans arrogance ni suffisance, ce qui ne fut pas son cas, lui qui venait de lui manifester ouvertement son mépris à deux reprises. Par ailleurs, être plus intelligent et savoir mieux réfléchir qu'un autre ne faisaient pas de vous un être odieux : juste quelqu'un de différent et d'intéressant qui avait obtenu la confiance des plus grands sorciers de son époque pour son intégrité, sa loyauté, sa compassion, son sens de la Justice et sa grande intelligence. Chez elle, son génie n'était pas une supputation, mais un fait établi. La comparaison avec les mangemorts la laissa froide, car Benjamin était juste en train de se décrire lui-même.

Quant au regard courroucé, elle se rappelait avoir affichée de la perplexité, du malaise, un certain sérieux, un air blasé, mais pas de colère ni de mépris. Vraiment quelle susceptibilité... Alors, Hermione se contenta de soupirer un grand coup, sans afficher de colère ni de mépris, mais elle leva un bref instant les yeux au plafond en se demandant s'il n'avait pas confondu son paquet de cigarettes avec un puissant psychotrope. Quoi ? Vous vous attendiez à la voir blessée par un cynique ? Hormis une respiration un peu plus forte et un léger sentiment de malaise et d'incompréhension, cela ne la touchait pas plus que cela. A dire vrai, on ne pouvait se sentir blessée que si cela était vrai ou si l'on accordait de l'intérêt à son opinion. La jeune femme manquait peut-être de confiance en elle, mais ce n'était pas non plus une pleurnicharde ni quelqu'un ayant peur des confrontations. L'époque où Rogue la mettait mal à l'aise était révolue. Elle avait vécue bien pire. Quant au reste, elle était libre de penser ce qu'elle voulait. Au moins, Hermione avait préférée garder ses réserves tant qu'elle ne serait pas certaine d'avoir un avis objectif sur un individu qui commençait déjà à lui faire mauvaise impression.

Elle se demanda s'il allait lui répondre où s'il cherchait à interrompre leur conversation ; un scénario qu'elle avait envisagé après avoir analyser ses discours. En politique, il suffisait de prendre des grands airs, de faire un peu de démagogie, de populisme, de s'en prendre à son adversaire pour le déstabiliser, pour l'empêcher de réfléchir, de s'exprimer pour dévier la conversation. Si cela ne suffisait pas, on en venait aux attaques personnelles, aux menaces et parfois aux mains. De la politique de bas-étage. Etais-ce cela ? Eh bien, c'était dommage pour quelqu'un qui se prétendait être un rassembleur, quelqu'un détestant la politique et les manières de l'Intendance. Quant à son ton professoral, ce n'était pas la première fois qu'on le lui reprochait, mais cela n'avait rien de mal d'autant qu'elle n'avait rien dit sur ce ton. Hermione s'était montrée irréprochable. Non, parce que là, c'était n'importe quoi. Elle n'avait pas besoin de lui pour connaître ses défauts parmi ses nombreuses qualités ni pour savoir qu'elle était souvent de bon conseil. Quant à être jugé par un ex mangemort devenu  un résistant plutôt mesquin, cela devenait carrément ridicule, sauf qu'elle pensait que l'on ne pouvait pas juger un individu sur sa famille, mais sur ses actions personnelles et ses propres valeurs.

Au contraire, Hermione avait une grandeur d'âme. Elle était foncièrement altruiste et généreuse. Ce n'était pas la première fois que l'on exagérait, que l'on reportait ces propres défauts sur elle, qu'on la traînait dans la boue. C'était une habitude des esprits faibles, des ambitieux et des mesquins, car si l'on voulait comparer la noirceur de leurs âmes, elle y perdrait à coup sûr. Aussi, n'avait-elle plus envie de sourire, en sachant qu'il était difficile d'être patiente devant un individu qui recherchait à frapper sa susceptibilité afin d'éluder ses questions. Elle s'y était préparée. Restant concentrée, elle fit son possible pour tenir tête à cet individu sans oublier le sujet de la conversation : Considérait-il les moldus, les gobelins, les elfes de maison, les centaures et les êtres de l'eau comme des êtres inférieurs ? Jugerait-on tous les criminels de guerre ? Avait-il eu connaissance d'un plan impliquant la manipulation d'un pauvre homme et son suicide déguisé en assassinat ? En haussant les sourcils, elle se mit à penser qu'il prenait peut-être volontairement tout de travers, pour ne pas avoir à répondre, en préférant s'en sortir de cette façon, par l'exagération, les insultes et les coups bas. Très bien, pourquoi pas ! Cela ne ferait que prouver qu'elle avait raison.

Malgré cela, Benjamin finit par revenir sur les regrets d'Hermione à propos de l'assassinat de Natasha Radeskine, une femme dont elle avait saisi le rôle dans sa vie. Etais-ce du mépris et la preuve d'un caractère odieux que de manifester des regrets et de la compassion pour un ex mangemort ayant aimé une née-moldue qui fut torturée et assassinée ? Elle aurait pu lui dire tellement pire, mais là cela aurait été odieux et tellement surprenant de sa part. Cela ne lui serait même pas venue à l'esprit. Pourquoi aurait-elle penser de manière aussi vilaine !? Mais qui s'était montré condescendant et insultant jusqu'ici sinon lui ? En fait, parler était indispensable. Il n'existait aucune autre manière plus efficace de communiquer, pour jauger les gens, transmettre et ressentir des émotions. Il fallait parler de toutes ces choses, y compris de justice, de stratégie, de ce qui pourrait les rapprocher et non les éloigner. L'intendance, elle, appauvrissait le langage ou utilisait la langue de bois et la violence pour ne pas avoir à répondre, pour minimiser, intimider ou obtenir gain et cause. Elle imposait une vision unique, sans possibilité de contestation.

« Elle était meilleure que moi. » Il fit un geste vague. « Ils le sont tous. Les gens d'ici. Ceux de la Vague. Des irlandais ayant fui, des gens qui ont tout perdu. Ils pourraient être aigris, minables, ils pourraient tuer et tout détruire, prendre un foutu AK-47, et tirer dans la foule. Mais non.  Ils trouvent encore le courage, dans ce monde, ce foutu monde, de rire, et d'aider les autres. Je ne crois pas être comme eux, je n'ai pas ce courage là, moi. Natasha l'avait. »  Il sourit : « C'est eux que vous devriez aller voir, pas moi. Je ne sais pas être comme eux, mais bon sang, ils existent. Et ils méritent que quelqu'un les défende. Moi, vous, n'importe qui. Mais eux sauveront le monde. Je sais que c'est le cas. »

La Co-dirigeante de l'Ordre resta silencieuse. Son regard fixait de nouveau la table en écoutant ce que Benjamin lui confiait à propos de son ancien Amour et des gens qu'il avait rencontré. Pour la seconde fois, il donnait l'impression de parler vrai, avec son coeur, en cherchant à  toucher celui de son interlocutrice. Compatissante, mais prudente, car c'était les mots qui convenaient, elle réfléchissait. Il parlait comme quelqu'un qui avait changé et appris de ses erreurs. Il avait raison de lui conseiller d'aller voir ces gens. Elle n'avait jamais entendu parler de partisans tirant sur la foule, hormis certaines choses relayées par la propagande officielle. Et il était vrai que toutes ces personnes méritaient d'être protégées. C'était là une preuve de bonté et de générosité. Ce n'était pas trop tôt, bon sang de bois ! Un peu d'humanité, de compassion ! Etais-ce trop demander ? Cela valait mieux que de s'envoyer des insultes en pleine figure.

« Je me souviens du dernier regard de Natasha.  Il émergeait d'un autre monde qu'il voulait fuir et s'agrippait au mien. Ma véritable trahison a commencé là. J'ai dit « Tout va bien », avec toute la rage et la conviction que je pouvais. Elle a dit que si elle ne survivait pas, d'autres gagneraient le combat. Je ne comprenais pas ce qu'elle voulait dire, mais maintenant je sais. Tous ceux qui comme elle ont subi une tragédie, anonymement, qui luttent pour une idée plus grande qu'eux, sans parfois même le savoir. Je n'ai pas pu la sauver elle, mais eux, je peux essayer. C'est ma croix. Le châtiment qui correspond à la honte d'avoir fait partie des bourreaux, et d'en avoir été fier. Vous me croyez, vous me croyez pas, ce n'est pas mon problème. », déclara-t-il avec tristesse avant de conclure avec férocité et enthousiasme.

Cela elle voulait bien le croire et compatir. Elle aussi avait subi une tragédie, même plusieurs. Le professeur Dumbledore, Harry, ses parents ; une preuve qu'elle n'était pas insensible en songeant à cela et en l'écoutant parler, surtout lorsqu'elle remarqua sa tristesse. En dépit des morts, elle luttait pour une cause plus grande qu'elle et cela depuis sa première année à Poudlard. Au départ, il s'agissait d'une aventure, de protéger Harry et d'être fidèles à ses amis. Ron voulait se venger, tuer le plus d'ennemis possibles, leur rendre coup pour coup. Hermione avait cette volonté, mais elle préférait ne pas être prévisible, aussi esclave de sa haine. Apprendre à conserver le bonheur qui était en soi dans une situation aussi extrême que la guerre était une preuve de courage et de sagesse. Pour d'autres, il s'agirait d'une marque de stupidité. Elle n'en avait rien à faire. La résistante agirait avec férocité, mais avec intelligence et compassion au besoin, en préservant ce qui faisait d'elle un individu doté de raison, car il s'agissait de vieille magie, d'un acte de résistance. Ceux qui n'avaient pas peur étaient des fous. Ceux qui ne voyaient que le mal et la lâcheté en elle n'étaient que des mesquins. La peur était un sentiment utile qui vous empêchait de commettre des erreurs, mais comme pour tout, elle pouvait aussi être votre pire ennemi, y compris lorsqu'elle était absente. Cela étant, il ne fallait pas oublier que Ron avait perdu plusieurs membres de sa famille et que c'était aussi à cause de cela qu'il s'était radicalisé. De là à le considérer comme un être mauvais...

« On m'a trahi et on a ruiné ma vie. Comme celle de milliers de gens. Pour moi c'était un châtiment, je suppose. Pour le reste du monde...Prendre à un peuple sa liberté, lui arracher à coups de matraque toute idée même de liberté, l'asseoir sur la terreur au lieu du droit - mais donner à ce peuple, à titre de compensation, le sentiment d'appartenir à une noblesse raciale, d'être distinct d'une minorité à qui on impose le port d'une marque spéciale d'infamie...c'est ce que j'ai fait. Ce qu'on m'a appris à faire. Dit, répété, martelé. Vous croyez quoi ? Que j'en suis fier ? Non. Je n'en suis pas fier. Mais ce n'est pas pour ça que je vais me mettre à faire de beaux discours plein de morale, de justice, ce que vous voulez. Parce que les mots, c'est du vent, dans mon cas. Si vous dites « tuer c'est mal » alors que vous avez tué vous aussi, on vous rira au nez. Si vous empêchez les gens de tuer, on vous prendra un peu plus au sérieux. »

Tuer pour se défendre lors d'un conflit armé était une chose. Elle l'avait déjà fait. Les crimes de guerre et les génocides cela existaient. C'était cela qu'elle trouvait malsain, non le fait de défendre sa vie ou celles d'innocents en légitime-défense. Tuer c'est mal, oui, mais lorsque vous êtiez en guerre, cela dépendait du camp, des valeurs défendues et des raisons. On pouvait interrompre une agression en pleine rue sans avoir à tuer l'agresseur et tant que l'on ne s'en prenait pas à des civils et des enfants désarmés, que l'on ne commettait aucun crime injustifié en temps de guerre, que l'on ne violait pas les femmes, la violence avait une justification. Par contre, le jour où ils apprécieraient de tuer, que l'on prendrait la légitime-défense pour tout excuser, là il faudrait s'inquiéter ! Car l'absence de scrupules, de limites, n'était pas une bonne chose. On commençait par couper des bras, par torturer, par abuser des sentiments des gens et ensuite ? Quant aux mots, ce n'était pas que du vent. Ils pouvaient blesser ou rassurer, apporter du réconfort et de l'espoir. Parler de morale, de Justice aurait un intérêt pour contrer la propagande ennemie, pour que cela subsiste. Mais elle comprenait pourquoi il considérait ses discours comme du vent. Ces propos semblaient sincères.

« Je n'ai pas une gueule de héros, ni de martyr, ni de prix Nobel de la paix. J'en ai connu quelques uns, de ces héros. Ce sont d'autres gens qui meurent pour eux. Pour bâtir leur légende. Moi je suis là pour agir. Je n'attends aucune reconnaissance. Aucun pardon. Quand ça sera fini, on m'oubliera. On me jugera, et puis on m'oubliera.», fit-il avec bonhomie.

Elle était d'accord. Hermione ne ressentait aucune gloire à se battre, à ôter des vies, à en blesser d'autres, à songer à des tas de façons de nuire à l'ennemi, à voir des amis, des compagnons se battre et risquer leurs vies, y compris pour elle, par solidarité. Harry et Ron non plus. Ce qu'elle appréciait c'était de voir ses plans réussir. Oh il serait sans doute juger comme tout le monde, mais peut-être pas devant une cour de Justice. Cela dépendrait de leurs actes futurs et de qui la rendrait à ce moment-là. Quant au prix Nobel de la Paix, vu la liste des récipendaires, on le remettait parfois à n'importe qui pour raisons politiques. La reconnaissance, les honneurs, elle s'en fichait. Autrefois, c'était Harry qui les récoltaient sans rien attendre, faisant souffrir Ron en silence. Elle s'en fichait d'être une héroïne. Malgré tout, elle se demanda s'il attaquait encore sa susceptibilité, en s'en prenant indirectement à Harry, lui qui n'avait jamais rien demandé. Certains auraient pu penser que cela s'appliquait aussi à Benjamin, mais elle préféra penser qu'il faisait allusion à d'anciennes connaissances puristes.

Hélas, il allait gâcher ses belles paroles en cherchant une nouvelle fois à s'en prendre à elle et à la doctrine de l'Ordre du Phénix qui était celle des démocraties occidentales, du Bourbisme. Il s'agissait des mêmes valeurs défendues par sa république et par la Vague ; elle qui prétendait ne défendre aucune idéologie, alors qu'ils se battaient pour la même chose. Un combat sans idéologie est un combat sans âme, pensait-elle. Mais il avait eu envie de se moquer et d'aller un peu plus loin. Voilà qui ne faisait que démontrer qu'il était arrogant, brutal et cynique. Voilà une drôle de conception que d'insulter et de se moquer d'une alliée, en usant de la langue de bois et de basse politique pour lui clouer le bec. Il ne faisait que donner raison à ses impressions et à ses opinions et c'était bien dommage. Oh, bien-sûr, il allait l'agacer un peu, mais si elle ne pouvait plus se faire cette réflexion... Seulement, jusqu'à preuve du contraire, elle avait encore le droit de songer à ce qu'elle voulait. Pourtant, sous les paroles et les provocations, il évitait de répondre à cette question simple : Considérait-il les moldus, les centaures, les êtres de l'eau, les gobelins, comme égaux en droit ? La jeune femme, elle, s'était montrée parfaitement claire, sans la moindre ambiguïté, mais ne pas lui avoir répondu était signe qu'il cachait quelque-chose.

« Nous, dans la Vague, nous aimons prendre des chatons et les égorger à coup de dents, et puis après boire leur sang. Non, sérieusement. Il va falloir arrêter un petit peu, si vous voulez trouver un compromis et que je continue à discuter avec vous, de traiter la Vague d'association terroriste, d'assassins, et d’extrémistes. Capture de mangemort, les harceler, attaquer des dirigeants, c'est ça que nous faisons. On n'égorge personne, on ne tire pas sur les civils, nous serions les premiers à aller manifester devant Buckingham si on pouvait le faire. Seulement voilà, on ne peut pas. Alors oui, c'est violent de se battre avec des gens, je sais bien. Mais ceux qui rendent impossible une révolution pacifique impossible rendent inévitable une révolution violente, dixit JFK. Vous n'allez pas me dire que JFK n'est pas un démocrate, tout de même ? Si ? » Il soupira, amena deux verres sur la table d'un coup de baguette magique en plus des bouteilles : «  Il y a une part immense de provocation dans ce que je dis, quand je parle. Encore une fois, allez voir les gens du groupe. Des assassins, il n'y en a pas – où alors malgré eux. » Il fit une nouvelle pause. « Certains puristes mourront. C'est inévitable. Ca ne veut pas dire que j'aime ça, ni que j'en suis fier. Personne n'en est fier. »

Hermione en soupira un grand coup, l'air blasé. Elle ne trouva pas sa remarque concernant les chatons très amusante. Lorsqu'elle avait quelque-chose à dire ou un mécontentement, c'était son entêtement et parfois son autoritarisme qui prenaient le dessus, souvent avec force de raison. Pourtant, elle ne se souvenait pas d'avoir traité la Vague d'association terroriste ni d'assassins. II s'agissait de rumeurs, non de faits établis, contrairement à leur extrémisme qui se voyait dans leurs discours et à certains de leurs actes, au fait qu'ils recrutaient beaucoup de gens sans scrupules, mais aussi à l'arrogance, au mépris et à l'absence de diplomatie chez Benjamin. Le reste restait à démontrer, mais si elle avait été convaincue, aurait-elle fait le déplacement jusqu'à lui ? Ron avait tout fait pour la convaincre de ne pas y aller. Il s'était disputé avec elle. L'avait-elle écoutée ? Dire qu'il suffisait à Benjamin d'adoucir un peu la sauce, de  lui manifester un peu de respect, de considérer son opinion et de répondre à ses questions honnêtement pour changer les choses.

Pourtant, elle s'était montrée polie et prudente jusqu'à présent. Elle avait beau être une idéaliste, il ne fallait pas confondre : elle savait depuis bien avant 97 qu'il faudrait se préparer à la guerre, mais comme pour tout il fallait une position morale, comme avec cette république que Benjamin défendait et le discours qu'il lui tenait. Là-dessus, en dépit du peu de cas qu'il faisait pour les convenances, ils semblaient d'accords. Alors, pourquoi ne pas l'admettre ? Si Benjamin voulait se moquer d'elle alors il pratiquait l'auto-dérision, car il défendait une idée qui n'était pas la sienne à l'origine, puisqu'il lui parlait des autres et de leur combat en les idéalisant, en ayant foi en leur Victoire finale, en ce qu'il y avait de bon en eux, même si de son aveu, lui était incapable de croire à certaines choses. Etait-elle d'accord avec lui ? Bien-sûr ! Seulement, si son numéro aurait pu l'angoisser, elle n'était dupe. Elle ne se sentait pas très déstabilisée, parce qu'en se plaçant sur la défensive, en dénigrant sa personnalité et en attaquant ses proches, il admettait implicitement qu'elle avait touché un point sensible.

Non, parce-qu'elle n'avait rien dit qui ait pu lui valoir autant d'insinuations et de moqueries condescendantes. Et le pire dans tout cela ? Au lieu d'être blessée, elle était juste tendue et un peu agacée. Manifester devant Buckingham, voilà encore une réflexion stupide. Non, mais il la prenait pour qui, Môssieur je tuais des innocents par sens du devoir ? Pour une pacifiste ? Alors là, c'était trop drôle. Elle luttait déjà contre les mangemorts à une époque où il croyait dur comme fer qu'il faisait partie "de la race supérieure", où il n'éprouvait pas la moindre compassion pour des individus guère différents de lui. Elle avait quitté sa famille pour faire ce qu'elle croyait juste, pour défendre une cause et ses amis. Elle avait perdu beaucoup de proches. La guerre, elle la vivait aux premières loges. Mais Benjamin finirait par réaliser que son interlocutrice possédait des idées qui méritaient d'être entendues et qu'elle n'était pas si méprisable. Elle prônait plus d'actions détournées, de violence raisonnée plutôt que des opérations de grandes envergures très difficiles voire impossibles à mener et très gourmandes en terme de moyens ; des moyens qu'ils ne possédaient pas à l'heure actuelle. Par contre, elle était opposée aux crimes de guerre, à la torture et à la barbarie. S'ils étaient d'accords, cela ne faisait-il pas un soucis de moins ?

« Vous ne comprenez pas, vraiment pas, je vous dis, la part immense de provocation qu'il y a dans ce que je dis. Vous vous contentez de dire que le régime fait n'importe quoi, vous êtes un terroriste. Vous résistez, vous êtes un terroriste. Alors oui, s'ils veulent, je suis un terroriste. Ils aimeraient bien que je me défende, que je dise non, que je me démène. Mais non. Et que voulez vous qu'ils fassent ? Ils n'ont pas de prise sur moi. Quand vous accusez quelqu'un de quelque chose et qu'il assume, que voulez vous lui faire ? Rien. Maintenant, continuons un peu dans mon raisonnement propagandiste. Ils sont des terroristes et des assassins. Des vrais. Mais eux ils assument pas. Et ils détestent ça. Je les méprise. Je ris d'eux. C'est ce qu'ils haissent le plus, vous savez. Ils se prennent pour les sauveurs du monde. Ils se prennent pour des types grands. Beaux, forts. Je suis là pour leur rappeler qu'ils ne sont rien. Des pauvres types. Et ils ne méritent rien d'autre que du mépris. Qu'on se fiche d'eux. Oui, il y a des gens qui meurent. Et ça personne ne l'oublie : ils paieront pour ça. Mais parler, débattre, protester, non. Ils ne le méritent pas. C'est leur donner une importance, alors qu'ils ne sont personne. »

Si, elle comprenait bien plus de choses que la plupart des gens, y compris la part de provocation, mais elle se garda bien de le dire. Hermione n'avait pas ouvert un seul instant la bouche ni esquisser la moindre agressivité ni marque de mépris depuis ses fameuses questions. Elle était navrée si elle estimait que Benjamin avait de mauvaises manières et s'il s'y prenait un peu mal. A quelques détails près, elle partageait son avis, mais en avait-il conscience ? Son ton était dur, mais cela ne l'avait pas impressionnée. Elle était surtout stressée et un peu agacée par cette condescendance. Oui, il lui arrivait de se croire bien pensante, avec justesse, y compris dans ce cas précis, même si elle reconnaîtrait qu'elle n'avait pas toujours raison. Ce n'était plus trop son envie d'ailleurs.

Elle estimait que sa manière de dénigrer l'ennemi était perfectible, qu'il en faisait une affaire personnelle, qu'il manifestait trop de violence, au lieu d'élever le niveau, qu'en s'attaquant à elle il ne démontrait que sa bien pensance et sa propre psycho rigidité. Quant à la sienne, au moins, elle n'avait pas trahi ses convictions ni personne. Elle était fidèle à elle-même, à sa cause et emprunt de sagesse, difficile à soumettre, y compris sous la torture. Alors, elle s'en fichait pas mal. Elle savait  que Benjamin ne la connaissait pas, qu'il pouvait être trop prévisible face à ses anciens amis ou membre de la famille. Quant à parler, débattre et protester devant l'ennemi, ce n'était pas ce qu'elle avait fait ni ce qu'elle se proposait de faire, car il était question d'un dialogue de sourd, une guerre d'usure se menant sur tous les fronts, y compris médiatiques et idéologiques.

Lorsqu'elle disait que sa propagande était perfectible, elle pensait qu'oeuvrer sur le terrain pour récolter des informations et des preuves pour ensuite les leur jeter à la figure seraient des actes plus productifs que de répondre à des propos qui relevaient de la cour d'école. C'était un peu comme la fois où elle avait bien ri en demandant à Malefoy si la fouine était agitée ce matin ; une parole faisant référence à ce que Barty Croupton jr déguisé en Alastor Maugrey avait osé lui faire. Certes, Benjamin avait raison quant à la façon dont l'ennemi se percevait et se  glorifiait. S'il pensait que cela les agaçaient tant mieux, mais cela suffirait-il à leur faire commettre des erreurs ou à les faire chuter ? Hm, quelque part, elle se disait qu'il manquait certaines choses qui donneraient plus de poids à leur manière de les agacer, d'exposer leurs mensonges et leurs contradictions. Il ne fallait pas se contenter de parler, mais s'il voulait rire d'eux, alors Hermione aurait peut-être des idées à proposer.

« Vous jugerez Ronald Weasley ? J'aimerais bien que vous répondiez à ça avant de vous répondre. On me jugera moi, je vous l'ai dit. Mais les gens de la Vague, pourquoi ? Pour ne pas avoir voulu suivre l'Ordre quand il est parti au Chili, pour rester se battre ? Pour avoir évacué des gens en Irlande ? Pour avoir essayé d'handicaper le régime en attaquant ses dirigeants ? Vous comptez juger qui, et pourquoi, précisement ? »

Clairement, on pouvait y lire un jugement personnel. Oh, Benjamin pouvait estimer que Ronald était un lâche, elle était au dessus de cela. Quant au fait qu'elle réprouvait ses méthodes, disons qu'elle se trouvait en présence de quelqu'un qui avait fait pire et qui se proposait de faire bien plus dans l'extrême ; une chose que Ron lui reprochait d'ailleurs. Il lui suffisait de remonter sa manche gauche pour comprendre qu'il était mal placé pour s'ériger en juge ou en modèle de vertu. Par contre, il négociait aussi très mal la conversation. Ben avait tort sur certaines choses et tenter de la rabaisser ou de l'énerver ne ferait que le déservir. Encore une tentative pour attaquer ses points faibles ? Allons bon... Ron savait qu'il perdait celle qu'il aimait. Même sa famille lui reprochait son attitude. Cela étant, il savait qu'il s'exposerait à pire s'il continuait dans cette voie. Sa compagne était furieuse contre lui, incertaine de pouvoir continuer, ne sachant pas si elle l'aimait toujours. Il n'appréciait pas sa tentative de rapprochement avec Benjamin ? Quelle importance ? Elle devait essayer. Mais encore une fois, son interlocuteur s'en prenait à elle, mais elle préféra ne pas lui répondre tout de suite. Et puis, soudain, il changea d'attitude lorsqu'elle lui demanda pour O'Sullivan :

« Concrètement, je crois que c'est l'une des pires choses que j'ai vécu dans ma vie. Ca non plus, j'en suis pas fier. Malcom a proposé ça. J'ai passé pas mal de temps, et Tom aussi, à essayer de le convaincre qu'on trouverait autre chose. Nous voulions marquer les esprits, et O'Sullivan a suggéré ça. Pour que ma mort serve à quelque chose, parce que je vais mourir de toute façon, a-t-il dit. Tom ne voulait pas. Moi non plus. Et pourtant, il était là le jour J. Jusqu'au dernier moment, on a tenté de le faire partir. Normalement, il devait y avoir simplement le fait de filmer Mulciber quand il viendrait, mais il était là... »

Benjamin avait finit par répondre à sa seconde question. Pourtant, à l'écouter, on l'estimait sincère et par voie de conséquence, il semblait que c'était bien O'Sullivan et non Tomas ou Benjamin qui étaient à l'initiative de cette idée, même si on aurait pu chipoter sur la moralité de cette action et sur leur complicité. Comment aurait-elle pu vérifier ses affirmations ? Le concerné était mort, Jugson aussi. Elle n'aurait que sa parole, lui qui venait de la traiter à demi-mot de lâche, d'idiote et de criminelle, lui qui cherchait à la faire sortir de ses gonds pour éluder certaines questions. C'était-il montré honnête ? Rien n'était sûr. Eh bien soit. Elle s'en contenterait. C'était étrange, même si l'idée de se sacrifier de la sorte afin d'être utile était effrayante. Pauvre homme...

« Je doute de vous convaincre, de toute façon, quoi que je dise. Mais la constitution n'est pas fixée, la République pas figée. Si vous n'êtes pas d'accord, participez et changez ça. L'Ordre a une place à occuper dans le gouvernement, même si je deviens chancelier. »

Se faire traiter de lâche et d'idiote puis être invitée à prendre part à une opération puis à une alliance étaient une étrange manière de rassembler. L'Ordre s'était montré présent à Azkaban et en Irlande. Ron s'était décidé à battre en retraite au Chili. Ils ne s'étaient pas montrer à Sligo ni à l'évacuation. L'Ordre avait fait évacué près de 5000 nés-moldus. Et la Vague que faisait-elle au Pérou sinon comme eux ? Certes, Ron aurait du rebondir et ne pas laisser leur organisation en standby. Cela faisait-il d'eux des lâches ? Non, juste une organisation dirigée par un mauvais chef. Faire de la calomnie et montrer du mépris n'étaient pas un sentiment démocratique, la preuve d'une belle âme ni de manières civilisées. Cela n'était pas une marque de quelqu'un cherchant à convaincre et à rassembler, car provoquer ne résolvait jamais rien. Hermione n'avait pas traitée la Vague de lâche, de ramassis de criminels extrémistes et de terroristes sans foi ni loi. Elle n'avait prononcé aucun discours calomnieux dans les médias et Ronald non plus. Par contre, ils étaient libres d'avoir une opinion et une liberté de conscience sans avoir à être insulter. Car Benjamin ne cherchait qu'à la rabaisser pour s'assurer d'une victoire illusoire. Elle avait lu Schopenhauer et elle connaissait ses méthodes.

De toute façon, Benjamin était trop borné pour réaliser ses erreurs. Il ne pouvait pas lui dire qu'il doutait de la convaincre lorsque cela n'avait pas été son but jusqu'ici. Il n'avait fait que se défendre et démolir, sans se soucier des manières, en éludant deux questions essentielles : Les moldus, les centaures, êtres de l'eau et gobelins étaient-ils égaux en droit ? Les criminels de guerre - toute faction confondue - seraient-ils jugés au sein de cette république de manière juste et équitable ? Dès lors, si l'on ne pouvait plus poser de question sans créer un flot d'insinuations, de moqueries et d'insultes voilées, pourquoi Hermione accepterait-elle cette mascarade ? Devait-elle penser qu'il avait agi ainsi avec elle depuis son arrivée, avec son absence de courtoisie et son cynisme, parce qu'il n'avait aucun respect pour elle et son groupe ? Non, on ne pouvait pas leur demander de participer à une "république" ou à une alliance de la sorte, lorsque trois questions vous exposez à de la politique de bas étage, quand - de par la manière - cela avait la saveur du despotisme.

Dans ses dernières paroles, elle avait précisé que l'Ordre n'était ni des assassins, ni des terroristes ni des tortionnaires, mais des résistants, qu'il y avait des choses qu'ils se refuseraient toujours à faire. Elle avait précisé que Ron était allé trop loin de leur point de vue, mais elle n'avait porté aucun jugement verbal sur la Vague. S'il était susceptible au point d'exagérer ses propos et de lui donner raison... En tentant de la vexer, de porter atteinte à une intégrité morale contre laquelle Benjamin ne faisait pas le poids, il ne faisait qu'avouer son impuissance et la conforter un peu plus dans l'idée qu'il n'était pas armé que de bonnes intentions. D'ailleurs, elle n'était pas une moins que rien et lui non plus. Rien ne justifiait des insultes à demi-mot et des moqueries condescendantes lorsque l'on avait rien à cacher. Car il en fallait du courage, de l'abnégation et une grandeur d'âme dans une pareille situation pour ne pas céder aux provocations, pour continuer une conversation devant un individu qui ne méritait pas tant de patience.

Hermione resta assise en silence. Elle semblait désormais perplexe et déçue, elle qui retenait ses grands chevaux. S'il ne pouvait pas discuter avec respect, si l'Ordre ne lui inspirait que du mépris, alors que faisait-elle encore ici ? Devait-elle lui répondre, lui confier le fond de sa pensée et l'insulter, lui mettre son poing dans la figure ? Pour quoi faire ? C'était la question qu'elle était en train de se poser alors qu'elle venait de se lever et de lui tourner le dos, les bras croisées, afin de réfléchir. Et puis en soupirant un grand coup, elle afficha un regard dur en décroisant les bras, en passant ses mains dans ses cheveux, puis elle se retourna. Elle maîtrisait ses nerfs. Non, elle ne se rabaisserait pas, mais elle allait lui faire connaitre le fond de sa pensée, en élevant le niveau et advienne que pourra. Si Benjamin et elle ne pouvaient pas passer outre leurs récriminations et faire des compromis, s'ils ne pouvaient pas faire table rase pour repartir de zéro, les premières pierres d'une future unification attendraient encore longtemps, hélas.

"- Vous savez, je ne serai jamais venue si j'étais persuadée que Ron avait raison. Je ne suis pas une pacifiste, une pauvre débile ni un être infâme, comme vous le disiez. Je n'ai pas été élevée pour mépriser la vie. Cela ne veut pas dire que je ne sois pas d'accord avec vous et un certain nombre de vos méthodes, que je ne considère pas qu'il vous a fallu du courage, bien que j'estime que nous aurions plus à y gagner en agissant de manière plus raisonnée. Et ne me dîtes pas que c'est déjà le cas. Je pense aussi que nous devrions nous accorder le bénéfice du doute, à défaut d'estime", ajouta-t-elle avec sérieux.

"Pour ma part, je tolère et je respecte ceux qui ont encore des scrupules à tuer ou qui en éprouvent du remord, qui s'interroge sur le bien fondé et les conséquences de leurs actes, qui ont des opinions différentes de la mienne, sauf si cela consiste à me traîner ostensiblement dans la boue et à défendre le purisme. Je préfère les arguments et les preuves aux attaques personnelles, aux rumeurs et aux sous-entendus nauséabonds, car cela n'élève pas le niveau, mais si cela vous amuse de déformer mes propos, de tout prendre de travers et de m'insulter pour éviter de me répondre, allez-y donc. Vous ne me faites pas peur...", lui dit-elle avec fermeté, en fronçant les sourcils un instant afin d'insister sur sa détermination.

La résistante soupira.

"Lorsque Ron nous a basé au Chili, il croyait que cela nous offrirait plus de liberté pour lancer des opérations, mais il avait déjà perdu notre confiance. Nous étions soumis à un règlement injuste, à un serment inviolable qui lui accordait un immense pouvoir de persuasion et j'ai passé un temps fou à contourner cette difficulté. Il a fait de mauvais choix alors que nous étions une majorité à être contre. Aujourd'hui, c'est moi qui écope des insultes et des insinuations ordurières, mais je m'y attendais un peu et j'en ai l'habitude. Mais contrairement à Ron, j'assume mes fonctions et maintenant que j'ai un peu de champ libre, nous voulons que les choses changent. ", lui fit-elle remarquer en l'observant un instant avec calme.

Hermione fit quelques pas d'un côté puis de l'autre face au bureau.

"Personne n'est au dessus des lois. Quel que soit l'individu qui commet un crime de guerre, celui-ci doit être jugé de manière équitable et impartiale en fonction de nos lois. Avec Ron, celles-ci m'interdiraient d'en être le juge, le juré ou le témoin, par soucis d'impartialité, car je suis sa compagne.", fit-elle en haussant les sourcils, sur un ton évident. "Rendre la Justice exige bien plus que de lire un code de lois. On a la vie de quelqu'un entre les mains. Ca ne doit jamais être un acte de vengeance, une décision arbitraire ou un acte de barbarie. Cela exige des qualités humaines, de l'impartialité, de la sagesse et du discernement. Votre république se propose de juger les crimes de guerre sans que personne ne soit au dessus des lois. Je n'attendais qu'une confirmation et je l'attends toujours. Voilà, vous voyez, moi, je ne passe pas deux heures à tourner autour du pot. Je ne me cache pas derrière une susceptibilité, un cynisme et des insinuations pour ne pas répondre en toute honnêteté à des questions parfaitement légitimes. Vous vouliez une réponse, vous l'avez. Tant pis si elle ne vous convient pas", conclût-elle avec un peu de fermeté.

L'Indésirable numéro deux soupira. Elle semblait perplexe. Bien décidée à jouer cartes sur table, à ne pas se laisser intimider ni dicter sa conduite, elle n'allait pas se taire alors qu'il n'avait fait que lui rentrer dans le lard. Cependant, elle resterait polie, car il n'y avait aucune raison de perdre ses nerfs. Il ne fallait surtout pas.

"Je ne suis pas impressionnée par ces attaques personnelles qui m'ont donné l'impression que vous cherchiez à éluder deux questions, à me discréditer et à provoquer la fin de cette conversation. Je me trompe peut-être. Mais si vous pouviez commencer par adopter une attitude plus raisonnable, nous pourrions surement établir un modus vivendi. J'attends toujours une réponse à mes questions. Aujourd'hui, nous avons l'occasion de changer les choses. Moi, je souhaite les faire avancer, si possible, et ne pas rester sur une mauvaise impression", fit-elle avec calme.

Elle ne le trouvait pas sympathique et elle n'aimait pas ses manières. Si cela était réciproque, cela lui faisait une belle jambe. Elle n'avait pas avalée ses insultes voilées et elle ne manquerait pas de les lui remettre dans le nez un de ces quatre matins, mais elle n'allait pas lui donner ce qu'il cherchait, peut-être, à savoir saboter cet entretien pour qu'il n'ait pas à lui répondre. On ne pourrait dès lors pas lui reprocher d'avoir tout tenter pour obtenir des réponses sincères et non l'emploi de tactiques évasives. L'absence de réponse cachait quelque-chose et tant qu'elle n'en aurait pas à ces deux autres questions, elle en resterait sur cette supputation.

"Nous participerons à Reconquista parce qu'il nous faut augmenter le nombre d'opérations communes, bâtir une confiance, une solidarité parmi nos hommes afin d'obtenir une cohésion. Vous et moi, nous devons échanger nos idées, bâtir une stratégie commune et montrer l'exemple. Nous devrions nous efforcer de ne plus parler de rapport de force, ne plus établir de jugement sur les combattants, ne plus nous disputer sur des questions politiques. L'une de nos plus grandes erreurs ce serait de croire en notre infaillibilité, à faire preuve d'une trop grande confiance en nous et en nos plans, à sous-estimer nos adversaires et à ne tenir aucun compte de l'opinion. Je ne suis pas ainsi."

En l'occurrence, Hermione était toujours disponible pour écouter l'avis des autres, y compris leurs critiques, mais elle exigeait de l'honnêteté, du respect et des arguments solides. Sinon, c'était trop facile. Ce n'était pas parce que nos avis étaient imparfaits et que nos idées étaient mauvaises que c'était toujours le cas. On aurait beau la traiter de beaucoup de choses, quelqu'un d'honnête reconnaîtrait que ce qu'elle venait de dire n'étaient pas dénués d'intérêt, qu'il serait peut-être judicieux d'accorder un peu de crédit à ses opinions et tant qu'à faire à celles des autres, car on avait plus à y gagner, parce que cela ouvrait le champ des possibilités. Cela ne voulait pas dire que l'on avait systématiquement raison. Seulement, au royaume des aveugles, le borgne était le Roi...

"Vous vous trompez sur moi, Benjamin. J'accepte les critiques constructives, les idées des autres. Je n'éprouve aucun sentiment de supériorité. Mais lorsque l'on tente de discuter et que l'on finit par se faire démolir sans autre forme de procès, comprenez que l'on puisse douter. Je me fiche d'avoir raison. Ce que vous m'avez montré c'était qu'en cas de création de cette République, nos opinions et toutes celles qui ne seraient pas en faveur de la vision de la Vague seraient écartées, y compris par la violence. Vous savez comme moi qu'il vaut mieux convaincre, rassembler et non intimider pour susciter la confiance..."

Hermione ramassa son manteau sur la chaise, comme le signe d'un départ possible. Benjamin pouvait la convaincre, mais pas ainsi. Elle ne défendait pas l'anarchie - l'absence de valeurs - ni le purisme, sous aucune forme. Il était difficile d'imaginer de rejoindre un mouvement allant au delà des clivages, en ayant des gens qui pensaient et vous traiteraient comme des êtres inférieurs ou qui estimeraient qu'une petite oligarchie devait décider de tout à cause de la pureté de leur sang, de leur position sociale ou autre. Oui, il fallait penser à l'intérêt général et remettre à plus tard le choix du futur dirigeant du pays. Sinon, cette idée de république ne ferait que raviver leurs oppositions politiques, surtout si l'un des leurs cherchait à asseoir un purisme modéré, car soit la république défendrait tout le monde, y compris les moldus, les créatures magiques et leur auto-détermination, soit cela ne vaudrait rien. Les droits fondamentaux pour tous devaient être inscrit dans la constitution comme irrévocables. Les questions de Miss Granger avait été posées en ce sens, afin de jauger celui qui se prétendait le défenseur de la république, de la démocratie, de la liberté et du droit pour tous. Car elle avait clairement afficher sa position pour que ces droits soient accordés à tous, sans discrimination. Si ça n'était pas le cas et si c'était ce qui lui avait valu ses attaques injustifiées, alors soit. Si c'était à cause de Ron, alors ils devaient s'accorder une chance et repartir de zéro.

"Vous pouvez me démolir, vous en prendre à ceux que je représente. Moi je tolère tout le monde, sauf les racistes, les xénophobes et les anarchistes. Vous dites que la Vague accepte tout le monde et tous les points de vue ? Vu les insultes et les insinuations que je viens de récolter, j'ai du mal à le croire. Je suis navrée si vous vous êtes senti offensé, mais je préfère l'honnêteté et il n'y avait aucune volonté de ma part de vous insulter. Mais si nos idées et nos opinions n'ont aucun intérêt, en quoi serions-nous utiles, surtout si nous ne pouvons pas participer à l'élaboration des plans ?", demanda t-elle avec calme. "Nous devons oublier les rancoeurs passées et aller de l'avant. Je veux vous croire, Benjamin. C'est pour cela que je suis encore là, mais avouez-que vous ne m'aidez pas beaucoup.", fit-elle avec dépit. "Je ne suis pas Ron et il ne me dicte plus ma conduite...", lui fit-elle remarquer sans une once de fierté. " Vous parlez d'une place pour l'Ordre au sein de ce gouvernement, qu'il nous serait possible de changer les choses. Qu'entendiez-vous par là ?", demanda t-elle, perplexe.

Hermione était contre la pensée unique, contre le fait d'imposer une idée. C'était ce que Benjamin et Tomas faisaient avec leur stratégie, en refusant d'en discuter sous prétexte de garantir la sécurité. Etais-ce une bonne ou une mauvaise chose ? Mais il existait des choses sur lesquelles on ne pouvait transiger : l'honneur, la moralité, la solidarité et toutes ces choses qui les distinguaient du règne animal et de l'Intendance. L'Ordre du Phénix et la Vague défendaient la même chose : le droit à la vie, à la liberté, à l'égalité (pour tous ?), au refus du barbarisme et la démocratie. La résistance voulait savoir si l'Ordre aurait un réel rôle à jouer, à égalité, s'il pourrait s'exprimer et agir dans cette alliance. Pour elle comme pour lui, il semblait important de s'unir et d'obtenir la Victoire. Il fallait qu'ils rattrapent le coup. L'avenir de la résistance en dépendait...

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MessageSujet: Re: Conférence au sommet [PV Benjamin, au Pérou] Mar 2 Sep - 16:36

Ce n'était pas de la fatigue, même pas de l'agacement. Le vide. Il avait été patient, tenter d'expliquer. Il ne pouvait pas non plus entièrement renoncer à sa fierté, ne pouvait pas tout abandonner. Le regard bleu de Ben se reposa tranquillement sur Hermione Granger. Sans honte aucune, sans contrition quelconque, mais sans méchanceté non plus.

« Je ne suis pas là pour vous imposer des idées, ni pour vous insulter. Vous ne savez pas comment je suis quand j'insulte les gens, et croyez moi, je ne suis pas du tout dans ce genre d'état d'esprit. En revanche j'aimerais que vous cessiez d'interpréter mes paroles et mon comportement. Je ne suis pas ici pour subir un interrogatoire de votre part. Je n'ai aucun compte à vous rendre. C'est la même chose en ce qui vous concerne. Confronter des avis et des idées, miss Granger, ce n'est pas expliquer par le menu aux gens ce qu'ils devraient faire et pourquoi ce qu'ils font est moins bien que ce vous défendez. Vous êtes peut-être infaillible, moi pas, je juge que tout le monde peut se tromper – y compris moi – et je ne pense pas que vous fassiez exception à la règle. Ne vous en déplaise. Ne venez pas me dire « vous devriez faire ça ». Je ne vous impose rien et je ne cherche pas à dire comment vous devriez agir. Ne cherchez pas à me dire comment je devrais le faire. »

Le ton était calme, posé, mais Ben le savait : avec Tom, rien n'aurait dégénéré comme ça. Tout serait passé comme une lettre à la poste, avec Jugson. Il était doué pour la diplomatie, pas Benjamin, mais Mulciber n'avait jamais pensé devoir diriger la Vague un jour, ni même pensé remplir ce genre de rôle. Thomas lui avait fait une sale blague en allant se sacrifier, une sale blague en mourant, et la tristesse qu'il éprouvait face à la mort de son ami se disputait avec Ben sur le sentiment aigu qu'il n'était a priori pas fait pour le rôle qu'il assumait : il faisait au mieux, de la manière qui lui semblait la meilleure possible et la plus juste, est-ce que ça marchait, c'était une autre histoire. Tom savait y faire.  Il dormait seul, il ne flanchait jamais. Il n’avait besoin d’aucune armée parce qu'il savait que ce n'était que des fantômes et qu'ils ne pouvaient pas le blesser s'il ne pouvait pas les voir. Je devrais être comme lui aujourd'hui, mais je ne sais pas si je tiendrais un jour de plus. Ils sont là, dehors, et je me dis que si oui, si je tiens, je voudrais qu'au moins on sache que j'ai été brave...

Même si ce ne serait pas forcément suffisant...

« La Vague a été fondé par Thomas Jugson parce qu'il refusait la torture de Ronald Weasley et parce que l'Ordre du Phénix, après sa participation à Sligo, est parti au Chili. Nous faisons la guerre : et la guerre n'est jamais belle ni honorable, un mort reste un mort et Thomas, comme moi, aurions préféré faire ça de manière pacifique. La manière pacifique ne marchera pas. Thomas le savait, je le sais, vous le savez. Nous défendons la démocratie et le droit des gens à décider eux mêmes de leur destin. Que ce soit moi, vous, les elfes de maison, les gobelins, les moldus, n'importe qui. Nous jugeons que l'Etat n'est pas là pour opprimer les gens mais pour les protéger et qu'un Etat qui ne protège pas son peuple et lui impose une idée sans lui laisser le choix n'est pas démocratique. Et qu'un tel Etat doit être renversé. La Vague n'est pas un organisme qui vise à prendre le pouvoir, elle vise à le libérer. »

Il secoua la tête pensivement : entre têtes de mules, voilà quelle était la situation. Il se savait têtu. Hermione l'était aussi. Au moins on ne manquera pas de caractère, c'est assez positif lorsqu'on y pense. Il essayait de le prendre avec humour, mais ce n'était pas si facile que ça. Mais il fallait essayer :

« Devenir chancelier, diriger, ça ne m'intéresse pas. Dicter leur conduite à des gens non plus. Je ne suis pas là pour obliger les gens à faire quoique ce soit. Je propose des missions, les membres peuvent soumettre leurs idées, je n'ordonne pas aux gens d'aller se faire descendre, je ne suis pas un gourou. Les gens peuvent venir dans la Vague, ils peuvent partir de la Vague. Si je suis celui qui en sait le plus, c'est uniquement pour une chose : si les membres sont pris alors qu'ils sont en mission, il ne faut pas qu'ils puissent vendre les autres, en particulier nos agents infiltrés. Voilà tout. »

Il fit une nouvelle pause, pensif. Finalement, il en était tout de même venu à expliquer comment il voyait les choses. Peut-être qu'il aurait du faire ça dès le début. Peut-être qu'il l'aurait fait s'il n'avait pas subi l'inquisition espagnole. Sans aucun doute s'il n'avait pas été harcelé de question.

« La Vague est un moyen, pas une fin. Je ne veux pas faire de politique. Je suis là pour diriger des gens et les aiguiller, je suis là pour éviter qu'ils meurent. Vous ne pouvez pas comprendre ce que je veux dans ce combat. Je veux me battre, et s'il le faut, si ça sauve des gens,  je veux y rester. Y rester, vous comprenez ? »
Il fit une pause. Le silence régnait. Il n'était pas glacé. Juste plein de tristesse. « Natasha a pu sauver mon corps et les gens que j'essaye d'aider ont peut-être sauvé ma raison. En revanche, pour mon âme, je crois que c'est foutu. »  

Il continua sur sa lancée : maintenant il ne fallait pas qu'il s'arrête. Le tout est de tout dire et je manque de mots et je manque d'audace. Il essayait pourtant. Benjamin essayait de faire preuve de la meilleure volonté du monde, jusqu'au bout, parce que l'accord était important.

« Nous jugerons les criminels de guerre. Tous. Si nous obtenons le pouvoir, ce qui ne sera à mon avis, pas le cas, en tout cas après la victoire. La Vague n'a de sens que pour combattre le purisme, après à mon avis...enfin passons. »
Il fit une dernière pause. « Je suppose qu'à présent j'ai répondu à vos questions, du moins j'espère. » Il eut un léger sourire : «  Vous n'accordez pas votre confiance à quelqu'un que vous connaissez à peine, n'est-ce pas ? Je me doute. Ca vous perdra, Hermione, parce que vous n'aurez pas toujours le choix. » Il marqua une nouvelle pause, tira sur sa cigarette : « Dans tous les cas je ne suis pas votre ennemi. Si je l'étais j'aurais refusé de me battre aux cotés de l'Ordre à Azkaban, je n'aurais pas libéré ses membres et je ne vous aurais pas reçu. Je vous fais confiance. » Le ton était calme, n'attendait ni approbation ni refus de sa part, il se contentait d'exposer des faits : « Moi je n'ai qu'une question. La Vague a fui l'Angleterre depuis moins de deux mois. Nous sommes là parce que nous n'étions pas surs que le Lord aie torturé Tom ou non – en fait nous sommes ici sur l'ordre de Thomas lui même, qui nous a averti avant sa mort, pour éviter de nous vendre. L'Ordre a quitté le pays bien plus tot et nous n'avons plus eu de nouvelles de vous. Au cœur du combat, au plus fort de la tempête, il faut que je sache : est-ce nous pouvons compter sur vous ? »

Est-ce qu'il se méfiait ? Oui. Il n'engagerait pas la Vague dans une alliance qui pouvait s'effondrer à tout moment, c'était plus que clair. Il était honnête et l'avouait volontiers. Pour la République c'était autre chose, mais c'était la volonté de Thomas et il ne pouvait pas ne pas défendre le projet – moins par envie de devenir chancelier que par respect des volontés de son ami.

« Si Thomas avait proposé la République, tout serait passé comme une lettre à la poste, tout...ça, et puis Glasgow. Hm. Peu importe. Si on tient un mois à Glasgow, c'est le Pérou, c'est le cas de le dire. Je ne veux pas tenir la ville. Le but est de montrer au régime que non, nous ne sommes pas morts et que la mort de Jugson ne nous a pas arrêté. Et je ne peux pas ne rien faire, alors que le Lord a tué Thomas. Pour la République, c'est autre chose, je trouve que les deux projets se tiennent...si nous avons un territoire. Il est possible de s'emparer de l'Ile de Skye, le régime ne nous aura pas, là bas. Ou alors nous pouvons partir plus loin, au Groenland par exemple. En ce qui me concerne, entre le conseil national de la résistance, la république, l'Ile de Skye, et le Groenland, je ne peux pas choisir et ce n'est pas mon rôle. Je propose de soumettre les deux questions aux votes des membres de la résistance qui seront à Glasgow. Nous nous replierons sur le territoire choisi ensuite et nous mettrons en place la nouvelle forme de la résistance choisie par tous là bas. »

C'était démocratique, et elle ne pouvait rien dire cette fois. Benjamin prit une morceau de papier et inscrivit une adresse – 30 Hollow Ponds, BP Manchester – sur celui ci.

« Mémorisez ceci. C'est l'adresse d'une des boites postales que nous avons – on en change régulièrment. Il faut que je partes pour Liverpool et je pense que vous avez le droit à un délai de réflexion. Envoyez ça par la poste moldue...inutile de vous dire de le coder, je préfère. Vous me donnerez votre réponse par ce biais là, à savoir est-ce que vous acceptez le vote et l'union ou si vous souhaitez seulement participer à Glasgow. » Il prit son propre manteau : « Vous êtes la bienvenue dans nos murs autant de temps que vous le souhaitez, bien sur. Si vous avez des questions, demandez monsieur Ferguson, il vous aidera. Bonne journée, miss Granger. »

Il enfila le lourd manteau, et termina, restant un instant sur le pas de la porte :

« Jusqu'à là, il y avait des courants : le bourbisme, le purisme, des choses comme ça. En 2006, il n'y a plus de mouvement. Il y a ceux qui tuent et ceux qui les empêchent de tuer, c'est tout. C'est pour ça que la Vague continuera. Car c'est maintenant que la véritable partie se joue. La question est : êtes vous prêts à vous battre ? »

Après quoi il passa la porte, sans regarder en arrière. En avant. Je suis en avant.
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Conférence au sommet [PV Benjamin, au Pérou]

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