POUDNOIR
Cher (e) Sorcier (e),
Tu viens de débarquer dans un monde de la Magie subissant la dictature cruelle et sanglante de Lord Voldemort !
Un Monde où tout n'est que pouvoir, les faibles ne survivent pas ou suivent péniblement les forts.

Poudnoir est un forum qui se veut le plus réaliste possible ainsi la violence des combats et l'atmosphère de cette dictature est retransmise le mieux possible.
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Forum RPG Harry Potter Post-Bataille de Poudlard

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Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà, de ta jeunesse? || PV

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Jeremias L. B. Serpens


MessageSujet: Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà, de ta jeunesse? || PV Lun 18 Aoû - 21:45

Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà, de ta jeunesse?


    « Plus je hais, plus je souffre, et souffre autant que j'aime » — Corneille



Cette jeunesse que connaissait la grande et splendide Intendance du Royaume-Uni avait de quoi faire frissonner. Si on ne croisait pas un être complètement désarticulé par la propagande, alors on en rencontrait un autre fou jusqu'à la moelle. Et hélas, les deux ne se ressemblaient que trop pour qu'on y voie une véritablement différence.
Voldemort avait détruit des générations des Sorciers en devenir. Il leur avait retiré leur identité et leur liberté naturelle. Tous étaient devenus des pantins ou des contre-pantins. Un bout de la corde, ou l'autre bout. Entre les deux, une simple corde sans vie ni intérêt. Il n'y avait plus que deux pôles, et les choses allaient bien plus loin que la différenciation qu'avaient faite les meneurs de foule. D'un côté les gentils, nous, de l'autre, eux, les méchants. Non, c'était à la fois foutrement plus simple mais plus complexe du côté de ces jeunes. Il y avait ceux qui suivaient le mouvement, et ceux qui ne le suivaient pas. Et certains "méchants" ne se rendaient pas compte qu'ils imitaient les prétendus gentils plus qu'ils ne l'avaient pensé. C'était à crever de rire que de voir un monde si bien entretenu par cet horrible metteur en scène que tout le monde craignait. On trouvait tout autant de bourbistes que de Puristes dans la partie pas belle à voir, celle qui suivait sans ne rien dire. Et c'était le même schéma qui se répétait tristement dans l'autre partie.
Lamentable.

Jeremias Serpens, premier du nom, faisait partie de ceux qui marchaient à contre-courant de cette immense mascarade dictatoriale. Ou du moins, d'une manière particulière. Il était tout simplement fou. Comme Ariana Bedan, comme tant d'autres qui étaient tombés tellement en profondeur de l'idéologie des Mangemorts qu'elle avait eu raison d'eux. Ils en étaient imprégnés comme d'une peau dont on ne peut jamais se débarrasser. Ils en avaient à la fois peur et s'en réjouissaient, oscillant entre des postures qui se résumaient souvent vulgairement à de la folie. Oh, mais c'était bien plus que cela. C'était une jeunesse détruite par le luxe des richesses et le dérisoire des idées. C'était ici des êtres qui avaient toujours tout eu à leur disposition et qui étaient allés si loin qu'on ne les avait jamais vus revenir. Et pour bien sentir ce qu'ils avaient vécu, pour respirer ce délicieux poison qu'on ne comprenait que lorsqu'il entrait dans les veines, ils avaient suivi la marche. La course même. Course sordide vers la mort intérieure. Et ceux qui avaient été plantés là étaient allés à l'opposé, songeant qu'il était préférable pour eux de ne pas finir comme leurs frères. Mais à la fin, ils étaient tout autant détruits les uns que les autres. Telles de vulgaires créatures se débattant dans la bourbe de lendemains qui déchantent, ils faisaient peine et pitié à voir pour ceux encore capable d'avoir assez de distance.
Mais les plus fous restaient sûrement les plus dangereux pour Voldemort. Car eux, ils ne les contrôlaient pas, dans leur extrémisme. Ils allaient à rebours de tout ce que la société leur imposait de déplaisant, entrant dans une macabre danse du toujours mieux et du toujours plus vrai. Ils iraient toujours au-delà des limites qu'il avait imposé. Toutes ces têtes finiraient un jour par tomber, par inadvertance ou par funeste décision du Mage-Noir.
Mais au final, ils étaient tous destinés à crever.

Asthon Court respirait ce soir. On recevait.
Pendant deux heures, Jeremias avait vu des contrats financiers avec quelques banquiers, au coeur de l'antique cabinet de son père. Décoration revue par le nouveau propriétaire, il avait mis une touche plus mélancolique et sombre. Le charisme des lieux n'en avait pas tari, bien au contraire. On sentait une farouche envie de vivre à sa manière. Et on enlevait pas du sang d'aristocrate dans un être tel que Jeremias Serpens. Qu'il soit aux bords de la mort, le corps décharné, il restait un Sang-Pur aristocrate et cela se sentait dans tout ce qu'il pouvait faire.
Rien ne l'enchantait dans cette gestion des comptes et des contrats, mais il le faisait. On le lui avait bien appris. Il y tombait d'un coup, sans s'en rendre compte. Et ce n'était qu'une fois sorti qu'il prenait conscience du mal que cela lui avait fait. A ces moments, son éducation le rattrapait et il s'oubliait. Il oubliait d'exister. Il chutait dans le non-être et se perdait tout le temps qu'on le tenait avec soi. Et dès que la mort se terminait - étrange paradoxe, alors il revenait à lui-même avec une violence qu'il cherchait tout autant qu'elle venait à lui. Il fallait qu'il fume, il fallait qu'il se taise, qu'il ne voie plus personne le temps qu'il le décidait. Il s'était perdu et n'avait qu'envie de se retrouver un peu. Qu'on lui foute un peu la paix et qu'on s'occupe d'autres connards bien fringués qui n'avaient que ça à faire de leur putain de temps que de gérer des dynasties financières. Alors il ouvrait un recueil de poésie et s'imprégnait de vers qu'il n'avait que trop quittés. Il partait de ce monde qui n'avait jamais été le sien, la fortune Serpens bien en place mais l'esprit déchiré.

Il avait demandé à ce qu'on le laisse seul, dans ses appartements. Et il errait dans le vaste salon dans lequel Bedan était venue quelques jours plutôt tandis que les domestiques et elfes s'affairaient à préparer la table du dîner.
Elle lui avait dit, un midi où ils avaient déjeuné ensemble, qu'une série assez lourde de travail l'attendait. Conférences et rencontres diplomatiques, qui risquaient de se finir pendant la nuit. C'était plus sécurisé pour elle d'être accompagnée jusqu'à un manoir, et elle lui avait demandé si elle pouvait dormir à Ashton Court. Depuis le début, il ne l'avait pas croisé. Bedan était un chat qui se faufilait dans les couloirs sans qu'on l'entende. Et il ne s'était pas occupé de savoir si elle avait passé du temps ici. Un seul être le savait mieux que tout le monde, et cet être dormait dans la terre.
Non, ce qui l'avait interloqué c'était ce triste sire de Wayland Witcher, bien qu'il ne s'avérait guère plus triste que lui vu ce qu'ils venaient de vivre tous deux. Le petit ami de Bedan, celui qui couchait avec elle quand ça le chantait. Quand il avait lu l'annonce de la mort de ses parents, qu'il s'était de loin rappelé des sonorités du nom du petit ami que Bedan avait énoncé un soir assez arrosé, alors tout s'était reconstitué dans cet esprit trop tourné vers des choses tout sauf pragmatiques. Il fallait qu'il rencontre ce "gamin" âgé de dix années de moins que lui. Et cela tombait à pic, lui qui allait passer ses soirées assez seul dans le spacieux appartement de Bedan.

« Monsieur Serpens, votre invité vient d'arriver. Il attend dans le salon officiel.
C'était Henry, le vieux majordome qui avait connu sa propre mère jeune vierge dans l'attente d'un amour marital. Ah? Merde. J'arrive.
— Monsieur souhaite-t-il que l'on fasse venir les bouteilles de champagne?
Oui. Oui. Je ne vais pas vous apprendre votre métier.
— A votre plaisir, Monsieur Serpens.
Hum. »

Serpens tira ses cheveux vers l'arrière, sans que cela eût un quelconque intérêt. Un geste de nervosité, sans aucun doute. Il n'aimait pas faire ce que Maleficus et leurs parents avaient tant aimé faire. Mais il voulait sentir ce gars. Il voulait voir ce qu'il dégageait, ce que son regard laissait à penser. Partagé entre cela et l'envie de se refermer complètement sur lui-même, il fut pris d'une légère palpitation. Bordel, il avait simplement peur. Peur. Peur de cette famille qui lui imposait des étiquettes qu'il ne voulait pas pour ce soir. Comment pourrait-il respecter ce type qu'aimait Ariana s'il se cachait derrière les bonnes manières familiales? Comme lui, en échange, pourrait-il percevoir quel genre d'homme sa petite amie considérait comme un grand-frère. Lui, le héros de Mlijev avait, ce soir, la légère peur de rencontrer Wayland Witcher.
Risible.
Il se recoiffa une seconde fois.
Puis il quitta le salon.

Un long couloir, on tourne à gauche. Quatre marches, petit couloir. Torches. Tableaux flippants. Marches, couloir officiel, escalier officiel. Il fallait y aller.
Jeremias traversa le grand hall d'Ashton Court, sous l'oeil scrutateur et jaloux de Maleficus qui ne semblait pas apprécier qu'un Wayland Witcher, dépositaire du corps d'Ariana Bedan, soit présent sous ce toit. L'héritier Serpens fit un clin d'oeil à son défunt frère et entra dans la salon dans lequel on avait fait attendre le dit dépositaire.

Habillé en costume slim gris clair, chemise blanche déboutonnée au niveau du haut du torse, foulard de soie marron et moccassins de cuir marron, Jeremias n'avait pas mis une tenue officielle bien qu'il n'avait pas montré un port d'habit proche de ce qu'il mettait en missions pour le Ministère.
Wayland avait une carrure d'homme qui a de quoi faire languir les filles. Musclé, à l'évidence, la mâchoire carrée, Jeremias fut presque surpris qu'il succédât à Maleficus dans le coeur d'Ariana. Le grand et mince Serpens s'avança vers son invité, lui présenta une franche main solide - il n'était guère un gringalet et ne pouvait pas prétendre être un maigrichon - avant de lui parler de sa voix distante et tranquille.

« Salutations... et bienvenue. Il observa Henry en train de servir deux flûtes de champagne. Désolé pour le retard. Il lui fit un sourire. Il fait assez lourd ici, entre ces murs. Tu veux bien marcher un peu? »

Et partir loin de cet attirail familial et officiel.
Deux portes fenêtre donnaient sur une large terrasse, et plus loin, le parc qui accueillait petit à petit une nuit fraîche et sereine.
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MessageSujet: Re: Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà, de ta jeunesse? || PV Mer 20 Aoû - 17:53

Witcher contre Witcher.

La confrontation tant attendue eu lieu non pas dans un des manoirs de la famille, mais dans un des restaurants chics que fréquentaient les puristes. Comme si aussi bien Wayland que Mike avaient voulu prendre le monde à témoin de ce qu'ils faisaient, stratégie qui consistait en fait simplement à exposer vainqueur et perdant aux yeux de tous. Comme aucun des deux ne semblaient disposer à flancher, cela pouvait durer extremement longtemps. Où être très rapide.

« Bon. Concrètement, tu veux quoi ? Je n'ai pas envie d'un Llewelyn Mulciber dans ma famille. Toi non plus je suppose. Alors c'est quoi, le plan, Wayland ? Me doubler ? Avoue que ça y ressemble drôlement et que je vais devoir sévir.
-Prendre ta place ? Non. Je ne veux pas diriger la famille à ta place, Mike, et si j'avais voulu te trahir, j'aurais fait pire que ça. Tu veux qu'on parle des magouilles ? Des tiennes ? Ou autre chose ? Je ne veux pas trahir les Witcher. Mais je ne suis pas non plus mon père. Le rôle de l'ombre et de chienchien, c'est non. Et passer à coté de l'héritage, c'est non aussi.
-Tout le monde veut me voir mort, dans cette famille, on dirait bien, alors. » Mike sourit doucement. « Vous êtes une sale bande de vautours, je me demande ce qui me retiens de tous vous descendre. Doit être parce que je vous aime bien, au fond. Passons. Et si j'ai un fils ? Si Karen a un fils ? Tout ce que tu fais ne servira à rien.
-Dans ce cas là, oui, c'est possible que je me fasse avoir. Mais je demande à voir. »

Les deux sourire des deux cousins, à ce moment là, se ressemblèrent un peu. Le directeur du département du Sang et des Lois se prit d'un léger rire. Wayland suivit. La guerre s'éloignait, et la situation était quelque peu désamorcée. Mike reprit :

« Tu es un enfant...Qu'importe, je vais devoir sévir. Je reprends Imbrasing, bien sur. Et puisque tu as décidé de t'impliquer dans la gestion des entreprises familiales, tu vas faire mon travail, gamin. A toi de recevoir les gens, de négocier avec eux. » Il reprit son manteau et s'éloigna un peu : « Tu as changé, Wayland. Les choses ont de drôles de conséquences sur les gens, il faut croire. A bientôt. »

Il n'avait pas répondu. Il n'avait rien à dire, sinon que Mike le connaissait bien mal, parce que jamais Way n'avait changé. Il avait toujours été ambitieux, toujours rebelle et réfractaire à toute autre autorité que la sienne. Il ne voulait pas dépendre des gens, ça ne l'intéressait pas. Indépendant dans l'âme, oui. Sans doute parce qu'on lui avait expliqué depuis qu'il était gosse qu'il n'était pas n'importe qui, qu'il était Wayland Witcher, sang pur, et qu'il valait mieux que la masse grouillante de la sorcellerie autour de lui. Conséquence de ça ? Il méprisait à peu près tout et tout le monde, parce qu'il avait conscience de ce qu'il était : un type qui a les clés du pouvoirs entre les mains, et un type qui se donnait les moyens d'avoir le pouvoir. Cultivé, grand lecteur, il s'était instruit par lui même, respectait sa famille mais était conscient du monde autour d'elle. Conclusion, les titres fondés sur la naissance ou sur la tradition l'influençaient peu, et il considérait souvent l'autorité basée sur de tels titres comme illogique et injustifiée. Aux titres basés sur la tradition ou l'autorité, il préférait ceux fondés sur le mérite.  Et ça ne changerait jamais. Il croyait au purisme. Le fait de s'en servir pour sauvegarder sa propre situation lui semblait petit et totalement dénué d'ambition : les trois quarts des sang purs faisaient ça. Les trois quarts des sang purs n'étaient rien. Lui, il monterait, et il lutterait. L'influence et la richesse, ce n'étaient que les moyens d'arriver au pouvoir, au purisme parfait, les deux allant de pair pour Wayland, et pas le contraire. Le purisme comme moyen d'arriver à la richesse et à l'influence...mauvais calcul. Ca ne donnait rien sinon un discours minable.

Et il n'était pas minable.

Les gens l'apprirent à leurs dépens.

Mike croyait lui avoir donné une plaie à gérer. Bien au contraire. En quelques semaines, dans les quartiers chics, chez les gens importants, on s'habitua à le voir. On ne savait pas où il résidait. Les mieux informés, ceux qui voulaient avoir absolument un contrat avec les Witcher, que ce soit pour l'agriculture ou pour construire – c'était la grande époque de la construction de résidences secondaires, les sorciers envahissaient les plages et les cotes, une période folle ou tout allait bien pour les puristes -  possédaient bien sur l'adresse de Northern Court, dernière résidence entre les mains des Witcher d'Aberdeen. Wayland n'y était que rarement : il y avait installé ses frères et sœurs, et de son coté, ne vivait pas là. On l'y croisait parfois, à l'improviste. L'ambiance qui lui convenait le mieux était celle des club feutrés  et il ne s'y dérobait que rarement. Il asseyait une certaine influence. Bientôt il travaillerait vraiment, alors il fallait commencer dès maintenant. Pour en revenir à sa résidence, le plus souvent, il restait à Prince Consort Road. Plus simple pour lui, et il n'aurait échangé contre rien au monde ce moment, le matin, lorsqu'il pouvait observer les courbes sublimes d'Ariana Bedan si elle se levait plus tôt que lui.

Cela dit, ce soir, il allait ailleurs. Invitation à diner chez Jeremias Serpens. Lequel était-ce ? Wayland se souvenait du père, William, vu quelques fois lorsqu'il rentrait de Chine, pas de ses fils, mais William Serpens était mort il y avait déjà deux ans. Bref, il ne savait rien de Jeremias. Le handicap de ne pas avoir vécu en Angleterre pendant sa scolarité. Wayland haussait les épaules lorsqu'on lui disait ça. Ca se rattraperait facilement. Les relations de travail se créaient selon les besoins. 

Pour en revenir à Jeremias Serpens, il ne le connaissait guère. Il soupçonnait vaguement Ariana d'être derrière tout ça, elle qui évoquait toujours le chef de la famille Serpens comme un ami proche, son meilleur ami peut-être. De quoi être jaloux. Pour quelqu'un d'autre que Wayland, non. Les gens ne pigeaient rien à l'amour dans ce monde ci. Peut-être était-il l'un des derniers ? Il ne savait pas. Il connaissait de toute façon le tempérament d'Ariana et savait qu'un jour ou l'autre elle irait voir ailleurs – ce qui avait déjà été le cas. Il le savait. Ca n'empêchait pas Way de l'aimer. A ceux qui disaient qu'il fallait protester et avoir de la fierté – cela dit personne n'osait – il aurait répondu « qui suis-je pour demander aux gens que j'aime de changer ? » avec hauteur et un aplomb terrible. On aimait les gens pour ce qu'ils étaient, défauts compris, parce pour ce qu'on voulait qu'ils soient.  De toute façon, pourquoi s'en soucier, puisqu'Ariana l'aimait ? Un jour, cela cesserait peut-être. Mais lui serait là. L'un des traits principaux de caractère chez Wayland Witcher restait la constance.

Ca, et peut-être une qualité d'observation de la vie humaine, des gens qui se fixaient alors que lui roulait. Il descendit de la voiture en face d'Ashton Court, et regarda un léger moment le manoir. Sombre. Il se fit annoncer et lorsqu'il entra, l'impression qu'il avait observée se confirma. Vu. Il serait mort dans un tel manoir : il semblait arrêté dans le temps, plein de souvenirs de gens morts. Comme Imbrasing...finalement, Wayland était assez content que Mike aie repris ce manoir là. Il aurait tout rasé pour reconstruire à neuf, sans doute. Vivre avec les souvenirs, oui, dans un coin de la tête, et rêver de temps en temps à eux, s'empêcher lui même de continuer, non...et puis c'était contraire avec ce qu'auraient voulus les morts. Mais tout le monde ne le voyait pas de la même manière.

Les sentiments qu'ils devaient éprouver tous les deux se ressemblaient, les points de vue étaient juste différents. Plus classique et peut-être plus dur, bien que plus jeune, restait Wayland Witcher. Une impression de solidité et d'intelligence se dégageait de cet homme là. Son caractère, légèrement dominateur, se lisait à son regard légèrement inquisiteur, mais ouvert, dégagé, et clair. Costume noir, livre dans la poche gauche de sa veste, livre qui d'ailleurs dépassait légèrement, révélant le titre d'un récit de voyage d'un sorcier ayant exploré l'Australie. Différent était Serpens. Peut-être plus triste. Peut-être plus mélancolique, ou poétique, il ne savait pas. Wayland préféra se garder de juger pour l'instant et se contenta de lui serrer la main.

« Aucune importance, c'est moi qui devrais m'excuser. Je ne savais pas si c'était un diner comme ça ou quelque chose de plus officiel, alors je suis désolé, je n'ai rien apporté. »

Il restait poli. Après tout, il ne savait pas pourquoi il était là. Enfin si, pour manger. Mais pour l'instant, ça n'en prenait pas le chemin. Dehors ? Allons y pour dehors. Oui, les murs étaient lourds, ça ne l'étonnait pas. Il aurait eu l'impression d'être mort, lui aussi, s'il avait vécu là. Il approuva d'un ton léger :

« Comme tu voudras. »

Silence. Il ne savait jamais quoi dire au début. Lorsqu'il ne connaissait pas les gens. Sous des airs de baroudeurs et de type qui sait parler, Wayland pouvait faire preuve d'une réserve et d'une timidité sans pareilles, qui ne se disputaient qu'avec une certaine franchise :

« J'ai pas une passion pour les grands manoirs familiaux non plus. Ils font vides de nos jours. »

Tellement vides.  

Allons, ce n'était pas le moment pour pleurer.

Ce n'était jamais le moment pour pleurer. Et il n'y en aurait jamais.

Il fallait reprendre le contrôle.

« Alors, que me vaut l'honneur de cette invitation là ? »


« Soyons désinvoltes. N'ayons l'air de rien. »
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MessageSujet: Re: Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà, de ta jeunesse? || PV Jeu 21 Aoû - 12:29

Wayland Witcher avait tout, dans l'apparence, de différent avec Jeremias Serpens. Mais ils avaient deux points communs non négligeables dans cette société: ils venaient d'être héritiers d'une immense famille riche, et venaient de perdre des êtres chers. Jeremias ne s'était pas remis de la mort de ses parents. La volonté de vengeance était toujours là, bel et bien ancrée. En deuil? Non. Il n'était pas en deuil de ses parents. Il avait accepté leur mort, il n'avait pas eu le choix. Mais il n'avait jamais réussi à dire oui à tout ce qu'elle lui avait imposé. Gérer les Serpens, recevoir, tenir entre ses mains des choses qu'il pensait ne pas avoir à tenir avant ses cinquante ans. Comme son père. Comme n'importe qui. Il était trop jeune pour ça. Il n'avait pas assez fait de choses, pas assez exploré une vie gâchée par trop d'étiquettes et de préconçus. Il était déçu d'une vie qu'il n'avait jamais eue, d'un futur bousillé par la mort. Alors il lui en voulait. Et il cherchait plus que tout à se venger de ce qu'elle lui avait forcé à faire, à vivre. Sans parler, de toute évidence, de la mort de Maleficus qui avait fini par mettre Jeremias les deux pieds en plein dedans. Et puis, il se dépatouillait comme il en avait envie. Le pouvoir? Il n'en voulait pas. Tous se bouffaient suffisamment ainsi pour ça. La puissance? Sa famille était riche, elle était donc puissante. Elle tenait des actifs immenses, avait sous ses ordres d'autres familles. Il s'en fichait complètement du reste. Il n'était pas de ce monde. Pas du monde d'Ariana. Il était célèbre, beau, séduisant, cultivé, courageux, mais cela ne l'intéressait pas de le mettre en valeur. Certes sortait-il, certes on le voyait, mais autant que son père ou que Maleficus. Ce n'était pas lui. Et il avait une chose en horreur, pire même que la mort de ceux qu'il aimait: ne pas être lui-même. Et ces derniers temps n'étaient que trop de combats qui visaient à le rapprocher de lui-même.
Vanité?

Il prit les deux flûtes de champagne, en tendit une à Wayland et sortit sur la terrasse.
Le soir était paisible. L'une des soirées les plus agréables de l'été. Il y en avait peu, autant fallait-il en profiter.
Malgré sa blessure, Jeremias marchait normalement. D'une démarche calme et souple, élancée. Il ne boitait pas, c'était à croire qu'il ne se s'était rien passé. Qu'importait, au final. Wayland marchait à ses côtés et il l'écoutait marcher. Le bruit de son pas sur l'herbe, le bruit de sa respiration. Il se tenait à côté de l'une des personnes les plus chères d'Ariana, une personne qui remplissait sa vie d'un quelque chose d'exceptionnel. Ce quelque chose n'était pas à diminuer, encore moins à fouler aux pieds. Alors il écoutait ce jeune-homme respirer. Il ne sortait qu'à peine de Poudlard, qu'était-il, lui, à cet âge? Voldemort venait alors de gagner. Dix années maintenant, qu'il avait gagné. Dix ans étaient passés et ces années avaient été les plus formatrices. Il tourna la tête, l'observa.

Ce qui valait l'invitation? Doit-on se justifier, quand on veut rencontrer quelqu'un? Le fait même de vouloir rencontrer n'est-il pas une justification en soi?

« Je voulais savoir quel était ton visage. Quel était ce corps qu'Ariana voyait nu lors de vos nuits, quel était celui qu'elle aidait, celui qui l'aidait, elle. Je voulais voir de quelle manière tu respirais, de quelle manière tu t'exprimais, simplement pour toucher du doigt cet être qu'elle me dépeint si souvent. C'est si frustrant que de n'avoir qu'un nom lorsqu'une personne chère parle de celle qu'elle aime. C'était sorti tout seul. Il ne l'avait pas regardé. Il parlait d'une manière distante, mais sensiblement calme et tranquille. Une voix qui, pour ceux qui parfois ne tendaient pas assez l'oreille, ne se faisait pas toujours entendre. Légère tonalité d'un fumeur invétéré, rien de plus. C'est tout. »

C'était tout, en effet.
Il ne voulait pas rencontrer Monsieur Witcher, Wayland de se prénom, fils de Witcher, petit-fils de Witcher, futur père de Witcher. C'était d'un chiant complet, d'autant que les deux héritiers en rencontraient assez souvent. Il ne cherchait pas non plus à juger pour lui, à lui prêter des intentions, à s'imaginer que lui aussi en avait marre de ces cadres familiaux trop rigides. Mais s'il était avec Ariana Bedan, s'il l'aimait et non une pauvre greluche perdue, hautaine, famille à fond les ballons, c'était bien parce qu'il le voulait. Bedan n'était pas la plus traditionnelle des filles, et ce n'était pas non plus pour rien qu'elle considérait Serpens comme son grand-frère. Les deux se ressemblaient beaucoup, sur beaucoup de points. L'amitié qui les liait ne pouvait d'ailleurs faire de l'ombre à Wayland. Ils s'aimaient les deux, beaucoup. Mais s'aimaient comme un frère et une soeur s'aiment. Se soutenaient, s'aidaient, s'engueulaient, mais n'étaient jamais allés plus loin et n'iraient jamais plus loin. Si c'était un jour passé par l'esprit de Bedan, cela n'avait pas été le cas chez Jeremias. Longtemps elle avait été la proie de Maleficus, et réciproquement. Désormais, c'était avec Witcher que cela se jouait. Lui, il observait le tout avec une douce distance, regardant comment se débrouillait cette fille qu'il connaissait si bien. Le monde est si cruel. Avoir la chance de pouvoir regarder, ne serait-ce que quelques instants, une créature se débattre au coeur de celui-ci n'était pas courant.

Jeremias ne parlait jamais. Et ne côtoyant que les gens qu'il connaissait très bien, c'était devenu une coutume pour lui que d'être compris. Ariana n'avait pas toujours besoin qu'il parle pour qu'elle comprenne ce qu'il ressentait. Les expressions du visage suffisaient. Cela avait été pareil pour Maleficus, qui avait compris énormément de choses sur son aîné, de son vivant. Pour ceux qui avaient appris à le connaître, les seuls expressions et mouvements du visage suffisaient à faire voir les pensées. Mais pour cela, il fallait être proche de lui, ce qui n'était pas le cas de Wayland. D'une part, Serpens avait envie d'être comme il était, surtout pour éviter d'être quelqu'un d'autre. Il ne voulait pas jouer le rôle du grand bavard face à Wayland, alors qu'il était tout sauf un grand bavard. Ce serait terriblement lui manquer de respect. Mais en même temps, il ne voulait pas que le jeune-homme le pense inintéressé par lui, ailleurs et coupé des réalités.

C'était donc si difficile que de rencontrer quelqu'un?
Il lui arrivait d'oublier pourquoi il avait si peu de relations sociales. Il s'en souvenait maintenant. A la fin de cette soirée, il serait sans-doute épuisé au point de passer une nuit blanche pour lire de la poésie et fumer plusieurs paquets de cigarette. Il aurait l'envie de se couper, ne plus voir personne. Non parce que Wayland était épuisant, négatif, mais parce que lui, Jeremias, n'arrivait pas à socialiser sans conséquences. Il n'était pas ainsi fait. D'autres avaient besoin de sortir, de parler, de voir du monde, de voir du monde qu'ils ne connaissaient même pas, avec qui ils n'échangeaient strictement rien. Lui, non. Il voulait vivre la relation, échanger quelque chose, toucher quelque chose de l'autre et donner en échange quelque chose à toucher. Mais cela lui demandait souvent bien trop d'énergie.
Il but une gorgée de champagne, regardant le ciel qui devenait petit à petit le royaume d'une nuit reposante.
La bonne coutume et la fausse communication auraient désiré qu'il lui présente ses condoléances pour ses parents, qu'ils parlent tous les deux de cette mort. Mais Jeremias n'en avait pas envie. Des "désolés" ne font jamais revenir quiconque. Ce qui aide, c'est le respect de la douleur, le respect de l'autre. Il ne voulait pas forcer le jeune-homme à jouer un rôle. Sa douleur était la sienne. Il avait déjà suffisamment du souffrir pour que cela ne soit pas nécessaire que Serpens en rajoute une couche avec des mots qui ne changeraient strictement rien.

« Tu as une idée de ce que tu veux faire, après Poudlard? »

Quand on lui avait demandé, il avait été intéressé de répondre.

La question avait de quoi sembler conventionnelle. Witcher en ferait ce qu'il voudrait. C'était surtout pour le lancer sur quelque chose. Qu'il soit vendeur de glace ou Ministre, il s'en moquait. Il voulait voir ce qui plaisait à Wayland, ce qu'il voulait faire de son existence. Quelle vision il avait de la société. Il voulait découvrir son monde, et par là même, toucher un peu plus au monde d'Ariana. S'ils étaient ensemble, c'était bien parce qu'ils avaient des points communs. Mais également des différences, des nuances qui s'équilibraient. L'un devait apporter à l'autre. Il voulait donc voir ce qu'elle, elle lui apportait. Ce qui était différent entre les deux. Ce que lui, pouvait lui apporter à elle. Jeremias cherchait ainsi à envisager une personne selon ce qu'elle était, et non ce qu'elle semblait être. Peut-être que Wayland n'apprécierait guère Serpens, mais il ne pourrait pas prétendre que ce dernier lui avait manqué de respect, ou avait été que conventionnel et en surface avec lui.

Au loin, les premières lumières d'Ashton Court s'allumaient.
Tout n'était que paisible. La mort avait frappé les Serpens, mais la vie y régnait encore, un tout petit peu. Wayland l'apportait, ce soir. Sans s'en rendre compte. Il avait peut-être omis la bouteille de vin, mais il était venu avec son âme. Ce qui changeait d'un tel lieux, trop déserté d'âmes.

Bientôt, il faudrait aller manger. Parler de tout et de rien, ou parler de rien du tout. C'était à voir. Il voulait connaître les opinions politiques de Wayland. Etait-il pour ou contre la guerre civile? Y serait-il allé s'il avait eu le choix? Que pensait-il de l'armée? Que pensait-il des terroristes? Ils partiraient de ça pour dériver n'importe où.
Il fallait que la parole se libère, sans quoi cette soirée serait d'un ennui des plus total.
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Wayland Witcher


MessageSujet: Re: Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà, de ta jeunesse? || PV Lun 25 Aoû - 11:38

Il n'y avait pas trente manières de surmonter le deuil. En réalité, il n'y avait même que trois. Faire table rase, vivre dans le passé ou se souvenir. Et contrairement aux apparences, les deux dernières options n'étaient pas les mêmes. Voilà, comment, de manière résumée, Wayland voyait les choses. Tabula rasa, il en était incapable. Continuer sa vie comme si rien ne s'était passé, c'était impossible, parce qu'il fallait être complètement fou, ou psychopathe, pour le faire, pour ignorer la douleur et la haine, ou même le vide, simplement, qui pouvait régner lorsque des gens mourraient. Continuer sa vie, se blinder, et s'en foutre, parfois, il aurait bien aimé savoir le faire, pourtant. Parce qu'il savait qu'il fallait continuer, il ne savait pas anéantir la douleur. Ne savait pas combler le vide. Il ne manquait pas d'intelligence, il ne manquait de rien, mais au final même la plus grande fortune qui soit ne pourrait ramener ses parents.

On pouvait vivre dans le passé, s'y accrocher. C'est ce que faisaient ses frères. Garry surtout. Garrison Leland Raymond Witcher. Wayland devait bien être le seul à savoir qu'il s'appelait comme ça. Il aurait pu sourire. C'était drôle comme on ne connaissait pas les gens. Ou si peu. Lui connaissait bien son cadet, et c'est à lui que Garry était venu expliquer que s'il fermait les yeux, il pouvait presque se retrouver sur le bord de plage, à pêcher, la main de leur père lançant avec un geste auguste la ligne dans l'eau, la houle, et la chaleur. Y rester. Il voulait y rester. Wayland ne pouvait pas faire ça. Il avait compris, très vite, que ça ne ramenait pas les gens, que ça ne faisait rien, rien du tout. Les morts étaient morts et à essayer de vivre comme s'ils étaient vivants, on finissait par mourir soit même. Lui aussi, il pouvait voir, lorsqu'il rêvait, des souvenirs aussi précis de ses parents ou d'Anais. Mais il ne voulait pas y rester. Les morts le rejetaient vers la vie. Ca ne pouvait que être comme ça, si on y réfléchissait deux minutes. Les parents ne pouvaient vouloir que leurs enfants souffrent. Les amis, les amantes, ne pouvaient pas non plus. Les morts n'étaient pas cruels. Ils ne voulaient pas retenir les vivants : d'une certaine manières, ils étaient morts pour qu'ils vivent. Mais les vivants s'accrochaient à eux.

Pas Wayland. Force de caractère, égoïsme ? Non. Certainement pas. Il pouvait être un sale con et en effet il avait du caractère, mais il était moins égoiste qu'égocentrique. Il avait des preuves que les morts voulaient qu'ils vivent. Anais le lui avait ordonné – ce devait donc être la même chose pour ses parents. Il était vivant, eux morts. Voilà. Il avait mal. C'était vrai. Mais il n'était pas mort. Et sa vie n'était pas derrière lui. Alors il essayait de continuer, de s'acharner. Et ça faisait mal, oui, et parfois il aurait voulu prendre le large, et ne pas faire face. Sauf que ça, il ne savait pas faire. Il méprisait l'inconscience, le fait de se battre, mais il méprisait la lâcheté et à son avis, rester était une forme de courage. Même s'il ne le vivait pas comme ça : lui faisait, c'était tout, il ne tolérait simplement pas de démissionner, de partir, c'était strictement inconcevable. Il savait que la vie était difficile. Mais il ne savait pas ce qu'il pensait de la mort. Wayland préférait se concentrer sur les vivants.

Ariana. Jeremias. Les rencontres. Le monde tournait. Et il voulait avancer avec. Quitte à ne pas forcèment le comprendre, à être surpris, ou toute autre chose. Là, par exemple, il était surpris. Il parlait peu de sa relation avec Ariana, c'était vrai, parce qu'il considérait qu'il n'avait pas besoin de l'expliquer, encore moins à des gens extérieurs à cette relation, mais Way était surtout surpris parce qu'il était rare qu'on s'intéresse à lui de cette façon là. Ce n'étaient pas les questions habituelles. Pas du tout. Est-ce que cela faisait de Jeremias Serpens un type bizarre ou juste surprenant ? Wayland préféra encore une fois, réserver son jugement. La curiosité était une chose qui prenait naturellement le pas sur tout chez lui.

« Ah. »

Une réponse un peu pauvre il fallait l'admettre. Mais il se trouvait également un peu pris de court ; qu'est-ce qu'il pouvait répondre à ça, tout de suite, maintenant, lui ? Il sourit :

« C'est...je vais dire, original. Pas en mal, mais les gens s'intéressent plutôt à mon nom qu'à ma personne, en fait. C'est une habitude à prendre et une fois qu'on l'a, c'est dur d'en sortir. Et dur de parler de soi, aussi. »

Qu'est-ce qu'il pouvait dire ? La première fois qu'il avait vu Ariana Bedan, il avait vu une fille capable d'anéantir le monde ou de régner sur celui ci. Oui, mais pas que ça. Peut-être qu'il y était allé un peu par défi, parce qu'elle n'était pas comme les autres, et qu'elle était soit disant inaccessible, mais qu'il refusait de s'arrêter à ce genre d'obstacle. C'était vrai. Mais il n'y avait pas que ça.

« Elle est de ces femmes qui font naître les passions et les doutes, les conflits et les guerres. Elle est de ces femmes qui font naître les histoires. »
Il sourit, et pour la première fois peut-être son visage se fit moins dur. « Je lui dois de vivre, d’extrême justesse et de totale beauté, de rester ici, dans ce monde. Sans elle...oui, je suppose que j'aurais coulé. Complètement. » Peut-être que ça paraissait improbable, il ne savait pas. Ariana n'était pas quelqu'un de facile, c'était vrai. N'empêche qu'elle était là, elle, pas comme ceux qu'il observait, ceux qui avaient de la crainte dans leurs yeux lorsqu'ils lui parlaient, des fois que la mort et le malheur, ça soit contagieux.  « La première fois que je l'ai vue, je n'ai pas rencontré la reine de Poudlard. Elle était seule. Moi aussi. » Il avait vu une fille dangereuse, brillante aussi, ayant le courage de vivre. Mais il avait vu la solitude. Surtout la solitude : celle que lui trompait en roulant à l'infini sur une route sans fin n'était pas forcément la même, mais il la connaissait. Un peu. Juste un peu. C'était déjà beaucoup. « Et j'ai juré que si elle me le demandait, je la suivrais jusqu'au bout du monde. Ca me suffisait. »

Il ne savait pas du tout pourquoi il lui racontait tout ça. Il ne savait même pas si Jeremias comprendrait ou non, mais ça n'avait aucune importance. Pour une fois, il souriait sans aucune arrière pensée. Pour une fois, à dire ça, il n'était pas malheureux. Il aimait peut-être Ariana parce ques seuls gens qui existent sont ceux qui ont la démence de vivre, de discourir, d'être sauvés, c'était vrai, mais sans doute aussi bien plus parce que quelque part, il devinait, savait où étaient les fragilités qu'elle avait derrière le masque de grandeur qu'elle portait depuis si longtemps qu'il avait fini par faire partie d'elle.

Hélas, il fallait assez vite revenir aux questions pragmatiques. Au monde réel. A la continuité. Qu'est-ce qu'il allait faire ? Bonne question. Il pouvait répondre généralement, vaguement, sans doute, le réel, le concret, ce n'était que des moyens.

« Eh bien, Ben Mulciber est vivant. Mes parents sont morts. Il y a des erreurs, comme celles ci, que j'aimerais corriger. Il faut que je m'occupe de mes frères et sœurs aussi. Quand tout ça sera fini, dans très longtemps, quand je n'aurais plus rien à combattre et plus personnes à protéger, alors peut-être que je retournerais aux States. »


Personne ne pouvait prévenir l'avenir. La divination c'était de la fumisterie. Et même si ça marchait, qu'importait ? Il n'était même pas sur de vivre au présent.
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MessageSujet: Re: Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà, de ta jeunesse? || PV Lun 25 Aoû - 21:10

Repartir aux Etats-Unis? Alors, c'était ça? Wayland Witcher était un homme éphémère, venu ici pour faire ce qu'il avait à faire et ne plus laisser de trace ensuite. On se souviendrait de lui, mais retournerait de là où il venait. C'était étonnant à entendre, lui qui devenait l'héritier d'une immense famille, les Witcher. Cela annonçait-il la fin des Witcher d'Angleterre?
Ces considérations n'intéressaient pas Jeremias. Il était curieux de l'avenir du jeune homme, mais ne pouvait pas s'intéresser aux répercussions sociétales et familiales de ses décisions. Cela ne le regardait pas, pas plus que s'y mêler lui plaisait. Il fuyait ce monde que Wayland semblait tenir avec distance, mais beaucoup moins que celui qui dirigeait actuellement les Serpens. Ariana avait de quoi s'intéresser à lui, même s'il devait atténuer la folie de la jeune femme. Il était beaucoup plus calme, beaucoup plus posé, moins passionné que celle qui avait succédé à Maleficus à la tête des Jeunesses Puristes. Tout ce monde avait un quelque chose de carnaval pour Serpens, bien qu'il respectait entièrement l'engagement, le courage nécessaire et le talent de ceux qui s'y trouvaient. Il n'avait d'ailleurs aucunement l'intention de les mépriser. Ces gens servaient aussi bien que Jeremias le Seigneur des Ténèbres. Lui, contrairement à Maleficus, à Ariana ou à Wayland, cherchait à le faire dans l'ombre. Il voulait installer la pensée des Sang-Pur à travers le quotidien. En rencontrant du monde, sur le terrain, en aidant les populations, en oeuvrant pour la magie à son échelle. Ce qu'ils faisaient, dans leurs affaires, ne l'intéressait pas. Si on avait besoin des Serpens, c'était tant mieux et il aidait. Cette maison était grande, passionnante et importante. Mais elle n'avait rien de politique. Du moins, tant que Jeremias serait vivant.

Tandis qu'ils marchaient dans le parc, le jeune Serpens avait le sentiment d'avoir une vie qui s'affirmait autour de lui mais qu'il ne comprenait pas. Comme si certaines choses lui faisaient un bien fou, comme ce parc frais et chaleureux, mais que bien des choses ne tournaient pas rond. Il n'avait jamais désiré être un héritier, pas plus désiré la mort de ses parents. Mais il n'avait pas le choix, et désormais, tout n'était que déséquilibre. Il n'harmonisait rien de son existence, profitant alors de manière excessive de choses qui auparavant étaient saines pour lui. Encore enfant sur certains points, Serpens se serait mis à courir, à sauter, et rouler dans ce parc. Il était tellement étouffé par cette envie de vengeance sur un destin qui l'avait privé de ses parents, mais également de sa liberté, que toutes les choses naturelles devenaient extrêmes. La consommation en cigarette avait doublé, les soirées où il finissait par ramener une femme avec lui également. Il n'était plus équilibré, arpentant l'espace tel un danseur étoile qui n'arrive plus à finir son solo et qui s'épuise sur scène. C'était un spectacle magnifique à voir, magnifique à regarder. On s'émouvait à le voir ainsi, son corps svelte et finement musclé, ses yeux dansant dans ce monde qui crevait autour de lui.
Mais au final, on commençait à s'inquiéter. Quelque chose allait finir par lâcher. La pression montait petit à petit. On ne se sentait plus bien en place sur son siège, la scène devenait immensément grande au point qu'on pense qu'on en faisait désormais partie. Tout s'étendait à des lustres, l'illusion devenait tel que le danseur emmenait tout le monde avec lui dans sa valse folle.
Jeremias dansait donc de plus en plus vite, sur une scène devenue monde. Microcosmes et macrocosmes réunis. C'était à pleurer de beauté, mais également d'inquiétude.

Faible? Il ne l'était pas.
Non, pas faible. Qui était allé se battre contre les gobelins de Mlijëv? Au péril d'une jambe et de souvenirs horribles. Qui était allé, avec son père et sa mère, tuer toute la famille du mari moldu de sa soeur dans une église, avant de regarder froidement le père Serpens assassiner la soeur? Qui était allé à Dublin et avait fait toute la campagne d'Irlande? Jeremias était courageux, sûrement même un tantinet plus que son feu frère Maleficus. Mais ce courage ne l'aidait pas à surmonter cette épreuve. Car pour les plus indécis, les plus floutés, ceux qui ne connaissaient pas le sombre jeune-homme, tout n'était qu'histoire de deuil. Deuil de parents, deuil de frère. Mais cela n'avait aucun rapport. Ou presque.
Il était en deuil d'une ancienne vie terminée. Il était sous le coup d'un destin impitoyable. Tel un héros de tragédie, il était persuadé qu'une seule solution s'offrait à lui: la mort. Il était la Médée implacable, l'Antigone des jours sombres, il était Surena et tant d'autres héros qui avaient compris bien vite que leur vie ne pouvait plus se faire sur terre. Tel Oreste démangé par la nécessité de venger son père, mais pour cela, de tuer sa mère, il n'avait le choix qu'entre des solutions horribles, qui le menaient obligatoirement au tourment et à la mort. De tels êtres sont toujours magnifiques à voir, mais songer à leur vie donne la sensation de devenir soudainement d'ultimes cris de longs cygnes noirs qui agonisent.
Ceci n'était pas de la faiblesse. La faiblesse des vivants, peut-être, mais pas la faiblesse des Dieux. Il comprenait juste petit à petit qu'il n'avait rien à faire sur cette terre et tentait d'y échapper du mieux qu'il pouvait. Poésie, animaux, cigarette, alcool, sexe, rêves, tout n'étaient que plaisirs terrestres mais tant salvateurs.
Du moins, en apparence.

Il continuait à écouter Wayland parler, avec une distance tranquille.
Il n'avait pas imaginé le jeune compagnon d'Ariana ainsi, bien qu'il évitait de se faire une idée avant de rencontrer les gens. Wayland était une force tranquille qui équilibrait Ariana d'une manière belle et intéressante. Il n'avait pas encore eu la chance de les voir les deux réunis, mais l'union devait être belle.
Les voir, Jeremias et Wayland, détonnait. Jeremias était certes musclé, mais pas autant que Witcher. Celui-ci avait un visage dur, taillé dans la roche, le regard doux, certes, mais fort. Jeremias, lui, semblait être une sorte de mélancolie belle à regarder. Aucun des deux n'était plus beau que l'autre, plus séduisant ou plus fort. Il s'agissait là de deux forces différences, de deux charmes opposés. Ils n'avaient pas vécu la même chose, et ne vivaient pas la même chose. Wayland était sûrement quelqu'un de bien, mais il n'était pas Jeremias.

Le discours du jeune homme avec un petit brin d'idéalisme, du à son jeune-âge. Une idéalisation de laquelle était revenu Jeremias. Il idéalisé autrement, de manière plus dangereuse et moins naïve. Il refusait le monde, alors que Wayland le construisait encore dans sa pensée. Deux postures liées à deux âges différents.
Il lui fit un sourire cependant apaisant.

« Je me dois de revenir aux conventions sociales. Les grands gestes d'Henry me laissent songer que le dîner près. Allons-y. »

Jeremias et Wayland revinrent sur la terrasse, puis dans la salon officiel. Ils tournèrent à droite et se retrouvèrent dans la salle à manger des Serpens.
Jeremias s'arrêta quelques instants.
A cet endroit même, ils s'étaient parlés. Les trois frères. Jeremias, Alexander et Maleficus. Le salon semblait respirer encore de cette soirée ci, juste après la mort de leurs parents.
De forme ovale, les murs étaient pour la plupart composaient seulement de grandes et hautes fenêtres. Ouvertes, mais avec les rideaux tirés, elle léger souffle de vent faisait virevolter les morceaux de tissus fluides et soyeux. Un air doux entrait dans ce salon, où une table ronde avait été installée à la place de l'habituelle grande table. Alexander ne recevait jamais. Seul Jeremias continuait à oeuvrer pour les relations familiales. De manière beaucoup moins soutenue que Maleficus ou leur parent, mais sûrement avec une façon plus confortable et intime.
Ils s'installèrent.

« Ariana deviendra une grande personne, si elle ne l'est pas déjà. Tu le sais autant que moi. Quel rôle penses-tu jouer dans cette ascension? Dans cette médiatisation? Il n'y a pas de journaux qui ne paraissent sans qu'on voie, quelque part, son visage. Tu y seras bientôt. Sous peu, sûrement. Surtout depuis que tu es le seul officiellement à la tête de ta famille. Seule évocation à la mort de ses parents. Cela ne l'intéressait pas de parler ici. Si tu vis à ses dépens, tu tomberas. Il pensa à Maleficus et à sa quête du pouvoir qui avait fini par le faire tomber leurs parents, avant de le tuer lui-même. Mais si tu vis sans elle, tu tomberas également, d'après ce que je comprends. Explique-moi. La voix de Jeremias était franche, calme et distante. Il parlait avec élégance, mais ne cachait jamais ses mots. Et bon appétit. »

L'entrée venait d'être servie.

Jeremias fit un sourire séducteur. Il tentait de séduire toutes celles et ceux qu'il ne connaissait pas. Son masque était en place. Quand bien même Wayland était une personne bien, il restait pour le moment un inconnu. Non pas que l'héritier Serpens voulait celui des Witcher dans son lit. Non, il le séduisait d'une autre manière. D'une manière peut-être plus malsaine, et sûrement plus perverse. Mais il ne se rendait pas compte de ce qu'il faisait, n'ayant aucun scrupule sur ce monde réel qui fuyait par-dessus tout.

Wayland n'était pas un ennemi. Mais il restait un inconnu. Un bel et intéressant inconnu, mais inconnu tout de même. Qui malgré toute chose, représentait une menace pour la forteresse intérieure que s'était construit Jeremias. Il mettait de la distance entre lui et le petit-ami de Bedan, aussi pour le protéger lui. Tomber dans l'univers de Serpens n'était pas mince à faire, encore moins lorsqu'il fallait y vivre. Même y survivre.
Et la folie était sûrement le meilleur ticket d'entrée pour cet étrange monde.

Ce qu'il fallait alors se demander découlait de soi.
Wayland Witcher était-il fou?
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MessageSujet: Re: Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà, de ta jeunesse? || PV Sam 13 Sep - 16:21

Comment pouvait-on être si semblable et si différents ? La bonne analyse concernant Jeremias Serpens, ce n'était pas qu'il était faible, Way ne pouvait que le deviner. La bonne explication passait par l'absence, le vide. Le vide, Wayland ne pouvait pas le décrire. Juste ses effets. Il pouvait à peu près deviner l'errance de Jeremias Serpens. Se raccrocher à sa vie de con. Impuissance. Envie de passé. Tout recommencer, éviter les erreurs, quelles erreurs ? Voué au vide ? Écrit. Destin. Et toutes ces conneries. Le moindre geste était pesant. Les yeux rivés au sol. L'indifférence à tout. Haïr les objets. Se distraire, prendre un bouquin, faire autre chose, sursis pendant une heure ou deux, puis replonger. Tourner dans la ville, dans le monde qu'il connaissait, son monde, tourner sans but. Ces façades immuables qui abritaient tant d'amours bon marché, ces existences grouillantes qui le dégoûtait. La sensation que quelque part, quelqu'un vivait sans lui. Il pouvait deviner ce capharnaum de pensées – du moins imaginer quelque chose qui y ressemblait. Il pouvait comprendre, mais ce n'était pas lui.

Le vide, il l'avait déjà observé. Chaque jour, Wayland avait assisté à l'abaissement de la fille qu'il aimait. Son menton qui heurtait la table, ses mains tremblantes qui vidaient le sachet, qui façonnaient les lignes, et elles disparaissaient en un dixième de seconde dans le geste saccadé qu'Anais faisait pour les aspirer, don entier de son être où lui était intrus. Le nez plein, les yeux vides. Ils ne baisaient même plus. Elle disait qu'elle avait en permanence un goût de métal dans la gorge, elle ne sentait plus ses gencives, elle saignait du nez tous les matins. Way connaissait cela par cœur et lorsqu'il y repensait, il se disait qu'il n'y avait qu'une chose qu'il n'avait pas compris. Ça ne se vivait pas à deux. Et ça devait finir là où ça avait fini. La voiture qui roulait trop vite, elle et ses crises de colère parce qu'elle n'avait pas sa came, la voiture dont il perdait le contrôle, l'arbre...tout ça était écrit. Anaïs était morte avant le choc, bien avant, elle était partie, et les efforts qu'il avait fait ne servaient à rien. Lorsqu'il était sorti de la voiture, Wayland s'était rendu compte que son nez pissait le sang, et les cloches sonnaient, et ils étaient arrivés… C'était triste, bien sur. Parce qu'il était si dur de lui faire comprendre qu'il avait fait tout ça pour elle, et que maintenant, elle était morte.

On ne pouvait rien contre le vide. C'était un état d'esprit qui se créait seul. Il ne pouvait pas, même s'il l'avait voulu – et il ne savait pas bien ce qu'il voulait en l'occurrence – aider Jeremias Serpens. Le vide il le connaissait, mais la différence entre Wayland Witcher et Jeremias Serpens c'était que justement, non, Wayland n'était pas vide. Il était plein de vies. Oui, de vies au pluriel, parce qu'il savait, que personne ne vivait sans lui. Les morts étaient morts, mais les morts lui avaient donné l'autorisation de vivre par la voix d'Anais. Il était le dépositaire de leur histoire inachevée. Et voilà pourquoi il continuait. Pour être grand. Digne d'eux.

Alors oui, dire qu'un jour il retournerait là bas pouvait paraître contradictoire avec cette attitude, Wayland le savait parfaitement. Mais ça ne l'était pas. Il l'entendait encore lui dire par dessus son épaule qu'ils se reverraient un jour sur cette avenue. Il était possible qu'elle y soit encore. Qui savait ?

Pourtant, il ne vivait pas dans le passé. Les temps anciens faisaient partie de lui, mais Wayland Witcher avançait de manière perpétuelle vers le futur, sur cette route qui s'offrait à lui en permanence. Il ne savait pas s'arrêter, stagner ne faisait pas partie de lui. N'en ferait jamais partie. Il continuait donc, invariablement. Et ce qu'il trouvait sur sa route lui donnait la force et l'envie de continuer. Quel pouvait être le point commun, alors, finalement, entre lui et Ariana ? Peut-être l'ambition, mais ce n'était pas la même chez eux deux, peut-être le milieu, mais ils ne l'envisageaient pas de la même façon non plus, peut-être le goût du pouvoir mais ils n'avaient pas les mêmes manières de faire pour l'obtenir. Alors qu'est-ce que c'était le point commun ? On pouvait étendre la question à beaucoup de gens.

A Ariana, Anais, Jeremias, Llewelyn, Wayland lui même...mais pour toutes les personnes citées la personne était la même. Le point commun était l'indépendance. Le fait d'exister par eux mêmes et pour eux mêmes, qu'importait les valeurs et le reste du monde. Pour le reste, en ce qui concernait Ariana en elle même, Wayland jugeait qu'on ne pouvait pas demander pourquoi en matière d'amour. Réponse peut-être courte. Il s'en fichait. Elle lui suffisait.

Il sourit aimablement :

« A la tête d'une partie de la famille, seulement celle d'Ecosse. Mike dirige. »
C'était donc clair : bien que maintenant en position de rivaliser avec Michael, il ne comptait certainement pas entrer en conflit avec lui. « Mais peu importe. Vivre avec quelqu'un ne veut pas dire vivre à ses dépens. Je pense que nous sommes assez grands pour avoir tous les deux un destin propre. Lié certes. Pas le même. Je crois que ça n'a rien d'impossible. »

Il s'arrêta là et glissa un bon appétit tranquille. Il n'avait pas à rendre compte à Jeremias Serpens. Poli, certes, ouvert, certainement. A l'extérieur d'un monde qu'il comprenait et qui le comprenait en retour, un monde parallèle au sien et dans lequel il avait déjà fait une plongée sidérante et d'où il était sorti – par manque d'air – vite, mais à l'extérieur.
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MessageSujet: Re: Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà, de ta jeunesse? || PV Dim 14 Sep - 10:25

Ce qui avait laissé cette jeunesse devenir ce qu'elle était résidait entre les mains terribles et froides de Tom Jedusor. Un seul homme était devenu un dictateur. Les gens le craignaient, mais le respectaient. Ce qui, auparavant, n'était sujet qu'à horreur et mépris se transforma en honneur et grandeur. Voldemort représentait la Sorcellerie sauvée, la vague déferlante du Purisme qui avait, en dix ans de temps, réduit à néant tout un peuple. Il y avait ceux qui étaient morts, évidemment, et ils étaient sûrement les plus enviés. Qui aurait voulu devenir Mercurius Yakovsky, Ariana Bedan ou Jeremias Serpens? Ils étaient des monstres. Des monstres en apprentissage. Ils n'avaient plus assez de recul sur eux-mêmes. Ils vivaient le Purisme au lieu de vivre leur ego, et leur existence. Ils étaient devenus le Purisme, dans toute sa haine, sa violence et sa manipulation.
Jeremias Serpens désirait plus que tout venger la mort de Maleficus et de ses parents. Cette vengeance était devenue une raison de vivre. Il mourrait quand cela serait fait, mais le bourbisme devrait payer. C'était pour cela qu'il allait sur le terrain tous les jours, à la rencontre d'habitants. Il était un des acteurs du Purisme quotidien. Certains, comme Bedan, restaient dans les bureaux. Lui, il voyait du monde, notait ce qu'on lui disait. Il voulait être proche de la souffrance des gens. C'en était malsain. C'était la première étape de sa vengeance. Le bourbisme reculait de plus en plus. Puis viendrait le jour où il se désintégrerait entièrement. Et lui, il serait là. S'étant juré de tuer le maximum de bourbistes possible, Serpens se maintenait en vie jusque là. Sa tâche se trouvait ici. Du moins, pour l'instant.

Il souffrait.
Cela allait sans dire. C'était une évidence même. Mais cette souffrance prouvait qu'il était un être humain, sensiblement manipulé par les préceptes Puristes. Il était une personne entièrement folle, déchirée par ce qu'elle était et ce que le Purisme avait fait de lui. On ne pouvait vivre heureux en étant entièrement Puriste. Heureux dans ce sens de sain d'esprit, en accord avec soi-même et avec les autres. Jeremias ne l'était pas. Il était cette partie de la population complètement réduites à un esclavage psychologique. Tout était d'une complexité folle. Résumer ce qu'il était en un seul mot tenait de l'exploit débile ; de même que résumer tous ces jeunes à moitié fous tels qu'Ariana Bedan, Lincoln Crow ou Ruth Alexïeva. Ces êtres étaient arrivés à un point de non retour de la raison. Leur vie n'était dédiée qu'à la destruction. Et cette dernière passait inévitablement par la destruction d'eux-même. A quelques doses, à quelques variantes. Il y avait eu de grands moments, comme la perte de sa jambe, comme l'alcool, comme la cigarette, comme cette vengeance qui le tenait entre les tripes. Jeremias représentait, avec quelques uns, cette jeunesse embrigadée que Voldemort ne pourrait contrôler. Les chiots trop nourris à la haine qui finissent par attaquer le maître. Ils étaient l'épée de feu du Seigneur des Ténèbres, risquant à chaque moment d'enflammer n'importe quoi et n'importe qui.

Mais on ne pouvait pas dire qu'ils étaient morts. Ils n'étaient ni Léon Brom, ni John Mulciber ou Eris Valverde. Ils vivaient. Ils étaient jeunes, plein d'idéaux, ils n'avaient ni connu la prison, ni la clandestinité, encore moins la pauvreté. Ils étaient la parfaite chair à canon.
Et Serpens adorait lire de la poésie, se questionner sur le sens des éléments et de la vie, découvrir des créatures, s'occupait d'elle, partir loin, nager. Il respirait, pour échapper à cette folie qui le prenait quand il s'y attendait le moins. Il s'était battu en Irlande, à Mlijëv. Un courage que la mort de Maleficus et de ses parents avait transformé en témérité. Il n'avait plus conscience des dangers, persuadé que quelque chose de meilleur ne l'attendait que dans la mort ou la vengeance. Et que, pour atteindre cette vengeance, tous les risques se trouvaient bons à prendre.
Mépriser l'ombre, c'était ne pas la comprendre, encore moins accepter la lumière. Pour que des êtres tels que Bedan soient sur terre, il fallait leur complémentarité. L'ombre, la discrétion, la solitude. Jeremias représentait cette part de la jeunesse. Il oeuvrait, mais silencieusement, heureux que le mérite et la lumière arrivent à d'autres. Il avait autant besoin d'Ariana qu'elle de lui. Mépriser l'un des deux, c'était mettre de côté un équilibre permettant au régime de Voldemort de tenir.
Mépriser la souffrance, c'était sûrement souffrir et ne pas accepter. C'était mettre plus bas que terre ceux qui acceptaient ce qu'ils ressentaient pour éviter de ressentir quelque chose. Eviter. Toujours éviter. Ce qu'il avait fait toute sa vie. Et maintenant, ça lui retournait en pleine gueule comme un boomerang lancé depuis si longtemps qu'on le croyait perdu. Et éviter, c'était tout sauf une preuve de force. Jeremias Serpens n'était pas faible. Il avait la force d'affronter ses démons. Cela durerait le temps que cela durerait, mais ça passerait.
Tout le monde pouvait-il en dire autant?

Ruth Alexïeva, Ariana Bedan ou Jeremias Serpens n'avaient rien d'êtres faibles. Ils étaient entiers. Avec leurs nuances, leur histoire, leurs paradoxes, leurs contradictions, leurs espoirs et leur Haine. Cette Haine même ne les avait pas vidé. Au contraire. Ils étaient devenu dégénérés mentaux, et terriblement inquiétants. Les prendre pour autre chose que des personnes dangereuses revenait à les sous-estimer gravement. Ils étaient comme des animaux blessés qui font le mort sur une plage dans l'attente qu'un prédateur plus frêle, mais peut-être un peu trop naïf, se présente à eux et croie à la supercherie. Il leur fallait peu de temps pour que cette posture de faiblesse devienne force. Leur instinct de survie était sûrement bien plus développé qu'on le croyait. Tellement fous qu'il était impossible d'imaginer qu'ils puissent vivre sans objectif haineux précis.
Celui de Jeremias était la vengeance. Tant que la vengeance était là, il était plein d'une colère et d'une volonté de destruction féroce. Et s'il mourrait avant, il serait un fantôme dont le but sur Terre n'était pas achevé. Il n'en était pas possible autrement. C'était cette même volonté qui avait sorti de prison Bedan, cette même volonté qui avait fait que Jeremias, à deux doigts de se faire égorger par des gobelins, déjà sérieusement amoché à la jambe, avait continué à se traîner dans la boue dans l'espoir non heureux mais nécessaire de survivre. Tout n'était pas terminé, il n'aurait pas pu mourir à ce moment là. Ce n'était pas possible. Et maintenant que Maleficus était mort, il ne pouvait encore moins mourir. Il jouait avec la vie, mais un petit quelque chose le retenait à chaque moment. La Haine et la vengeance lui sortaient la tête de l'eau.

C'était dangereux, terrible, noir, mais c'était bel et bien là. En lui.

Ce que Wayland Witcher disait sur Ariana Bedan montrait deux choses. Tout d'abord qu'il ne connaissait pas totalement Bedan, deuxièmement, que Jeremias n'avait aucune relation saine avec les femmes. Il fallait toujours que, dans son esprit, l'un domine l'autre. Et pour lui, Ariana dominait Wayland. Elle le dominait par sa hargne. Wayland Witcher, dirigeant politique ou militaire? Une blague. Il n'y croyait pas. Un soutien pour Ariana? Parfait. Un excellent et intelligent soutien, même. Ariana ne lui ferait que de l'ombre. Wayland ne s'en rendait pas totalement compte, du moins, Serpens en était persuadé. Mais Jeremias était tout de même celui que Bedan considérait comme son grand-frère. Ils se connaissaient depuis bien des années, minimum trois, sûrement bien plus. Jeremias avait eu la chance de voir chez la jeune étoile montante Puriste des choses que Wayland n'avait sûrement pas encore vues.
Mais il ne répondit pas véritablement. Il écouta simplement ce que Witcher lui expliquait. Il n'était pas idiot cet homme, et restait sensiblement respectable. Tel qu'il était aujourd'hui, il promettait mais n'était pas. Il laissait à voir bien des qualités, bien de grandeurs, bien de destins possibles mais il n'était qu'au commencement de quelque chose. Et si les débuts donnent toujours dans l'idéal, ils sont aussi particulièrement trompeurs et révélateurs, une fois le temps passé, d'une naïveté impressionnante. Qu'Ariana le domine à tout jamais? Possible. Mais pas écrit. Toutefois, aux yeux de Serpens, c'était aujourd'hui le cas. Et il admettait s'être trompé sur bien des choses, évitait souvent les jugements trop hâtifs ; celui qu'il avait sur Wayland ne lui laisse presque pas de doutes cependant.

Il ne se contenta que d'un tranquille « Je ne sais pas. Je ne sais pas ce que ça promet. Elle est liée à un univers qui n'est pas le mien. Je ne connais pas ses règles, ceux qui le composent. Mais si elle est encore là, c'est qu'elle nous réserve bien des surprises. Rien n'est écrit. »

Il ne connaissait strictement rien à la politique. C'était Maleficus, le pro. Lui, il ne faisait que regarder ça d'un oeil lointain. Ils faisaient leur affaire, géraient le pays, tant mieux. Mais il n'en voulait en aucun cas pour lui. Respectés, les dirigeants n'étaient toutefois pas enviés par Serpens. C'était leur vie. Et il avait la sienne propre.

Dès lors qu'elle avait pris la place de Maleficus à la tête des Jeunesses Puristes, Ariana Bedan était entrée dans un monde qui n'était pas celui de Jeremias. Elle était devenue une dirigeante politique. Elle comptait désormais dans les influences. Elle avait une petite influence, mais elle en avait une. Qui en avait quoi que ce soit à faire dans les cercles politiques de Wayland Witcher, ou de Jeremias Serpens? Personne. On ne pouvait pas en dire de même concernant Ariana. Elle comptait désormais, notamment parce qu'elle représentait une part de la Jeunesse. Bien qu'elle et Valverde, leur accord politique, avait volé en éclats, elle avait rebondi et avait pris encore plus d'influence. Jeremias n'avait rien compris à cette histoire, mais Ariana devait en avoir retiré quelques leçons et quelques conclusions.
Serpens était ainsi persuadé que Bedan deviendrait une dirigeante Étatique, tandis que Wayland ne pourrait pas posséder ce qu'elle possédait. Cette vision des choses prouvait le déséquilibre perpétuel de Jeremias. Il pensait impossible une relation équilibrée. Du moins, pour le moment. Quelques jours après ce dîner, une rencontre mettrait fin à cette période d'errance et ferait se réveiller Jeremias Serpens. Mais il n'en était pas encore là.

Wayland ne communiquait pas, il répondait. Cela fermait de plus en plus Jeremias. Il ne posait aucune question, ne cherchait rien à savoir de lui. La conversation n'avait été, depuis le début, qu'orchestrée par Serpens. C'était lui qui avait parlé d'Ariana, lui qui lui avais demandé ce qu'il ferait après Poudlard. Witcher ne demandait rien, ne voulait rien savoir. Quel genre d'être cela pouvait être? Les questions fusaient dans l'esprit du jeune-homme. Timide? Non. Réservé? Non. Inintéressé? Peut-être. Egocentrique? Peut-être également. Quoi qu'il en soit, Wayland ne donnait pas envie à Jeremias d'aller plus loin, et de nouer des relations sociales.
Par le constat qu'il faisait, Jeremias entrait dans une autre étape, un autre moment. Il ne cherchait désormais plus à échanger de manière égale avec Wayland. Cela lui semblait impossible. Il pénétrait dans une vision malsaine de l'échange humain. Puisque Wayland ne s'intéressait pas à lui, il ne lui donnerait rien à voir, ou le tromperait. Qu'importait.
Ca commençait déjà à l'amuser.

« Que reste-t-il, au fond, des Jeunesses Puristes que Maleficus puis Ariana ont eu entre leurs mains? Peut-on encore s'attendre à quelque chose. Qui est le leader Jeune, selon toi? demanda-t-il de son insouciante et quasi féminine voix. Tu dois sûrement en savoir plus que moi. Ou pas, mais il s'en contre-foutait. Non? »

Serpens n'était pas fait pour les relations égales. Il tentait, mais dès que ça échouait, son côté malsain et manipulateur arrivait au galop. Il devenait le Jeremias Serpens que peu connaissaient. Il jouait, tel un enfant, avec des gens qu'il n'estimait plus car ne l'avaient pas estimé. Certains, après de tels moments, se fermaient sur eux-même. Jeremias était un solitaire, ayant besoin de ses moments de solitude. Mais quand il était contraint de voir des gens, ou de rencontrer des gens, alors tout ressemblait à une pièce de théâtre finement travaillée qu'il jouait à chaque fois. Il n'était plus lui-même, arborant un masque séducteur et sympathique qu'il était difficile de voir, encore plus de briser. Seul lui savait ce qu'il faisait. Seul lui pouvait y remédier.
Ma sa vision déséquilibrée et folle du monde l'en empêchait.
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MessageSujet: Re: Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà, de ta jeunesse? || PV Jeu 25 Sep - 13:53

Wayland Witcher ne posait jamais, ou alors très rarement, des questions. Que ce soit des choses philosophiques ou non d'ailleurs. Sa vision du monde se résumait à peu près à cette manie de ne pas en poser, jamais. En poser sur le monde, ce n'était pas la meilleure preuve d'une grande intelligence. C'était aussi synonyme de doute. Et le doute rimait avec le désespoir. S'il devait avoir une devise, c'était bien celle ci : « ne désespérez jamais. Laissez infuser davantage. » Réfléchir, telle était a solution à tout.  S'il y avait une question, il y avait une réponse, et toujours, à un moment donné, il la trouvait. Il suffisait de penser. Cela prenait parfois du temps et ce n'était pas forcément simple. Mais Wayland n'aimait pas la facilité. On ne lui avait pas appris la facilité : ou plutot, il ne l'avait pas appris, avait refusé de l'apprendre : alors que sa vie était facile. Il partait avec un postulat de base plutôt excellent ; pourtant sa vie, il ne se l'était construite que par lui même.

L'indépendance, tel était l'unique obsession de Wayland : indépendance dans la manière de penser – pouvoir répondre à ses propres questions – mais aussi dans la manière d'être – ne rien devoir à personne – et d'exister. Il ne supportait que très mal l'autorité, que très mal que les autres puissent influer sur ses choix, le contraindre à quelque chose, entrer dans sa vie : ce qu'avait fait Ben Mulciber en tuant ses parents. Et il se battrait pour l'empêcher de le refaire, pour qu'il cesse de le faire aux autres également. Prendre le pouvoir, monter, avoir de l'ambition, c'était un moyen : un moyen de rester indépendant, de pouvoir cracher à la gueule du monde et de se dire que rien ni personne, sauf lui, ne décidait à sa place. Car Way attachait une si grande valeur à l'indépendance et à l'autonomie qu'il était prêt à défendre celles des autres.

C'était entre autre à cause de l'indépendance qu'il n'aimait pas poser de questions aux gens aussi. A cause d'une certaine timidité, qui par moment pouvait presque s'apparenter à un sens des relations sociales proche de la psychorigidité, aussi. Il jugeait que poser des questions, c'était s'introduire de force dans l'espace privé de quelqu'un : la notion de curiosité, de demander de manière désintéressée, ne lui parlait pas. Les gens voulaient parler ou ne voulaient pas, Wayland considérait qu'il n'était pas là pour leur forcer la main. Il écoutait, patiemment. Il était toujours là si on voulait lui parler : mais il n'était pas intrusif et ne savait pas l'être. Il répondait si on lui posait des questions : mais cela n'allait pas plus loin. Parler ? Il parlait peu. Les mots n'avaient pas si grande importance, qu'avait-il à dire dans la vie, sinon bonjour, bonsoir, je t'aime et je suis là encore, pour un peu de temps vivant sur la même terre que vous.

Il eut un sourire. Pas méchant, pas médisant. Un simple sourire, convaincu de la réalité de l'affirmation qu'il précédait. Ouvert à la discussion mais pas réellement prêt à se remettre en cause. Parce que pour Wayland Witcher, on ne remettait pas en cause comme cela, simplement d'un coup, à cause d'une opposition soudaine, une réflexion qui était le fruit de plusieurs pensées, d'un cheminement intellectuel achevé et construit, logique et solide, défendable en somme. Buté, concrètement, non, il ne l'était pas, mais il fallait du temps, de la patience, et de très bons arguments pour le faire changer. Et ce que disait Jeremias Serpens, bien qu'intéressant, bien que crédible, n'en faisait pas partie.

« Je crois que tout est écrit. Le monde est comme ça, d'une certaine manière...je ne crois pas à la fatalité. Je crois qu'on décide de ses actes, chacun pour soit. C'est le point de départ d'une ligne, si tu veux. Et la ligne ne sait que se continuer. Se répéter. On choisit ce qu'on veut faire, et ce qu'on fait à des conséquences, c'est inévitable. Tu te cames, tes gencives saignent et si tu essayes de décrocher, tu fais une crise. Tu te bats, quelque soit tes ennemis, tu y laisse ta peau tôt ou tard. Tu fais de la politique, tu réussis, et puis tu tombes. C'est écrit, ça existe, et ça restera. Ce n'est pas intéressant. C'est même assez inutile. Ce qui est intéressant est le moment où on choisit, et où on se lance dans le monde : on sait qu'il y aura des conséquences, on peut même foncer tout droit dans le monde et entrer en collision avec, et y rester. C'est très possible. Très réel. Mais il n'y a que ça qui n'est pas écrit et que ça qui vaut la peine de vivre.  » Il sourit une nouvelle fois, se pencha un peu en avant. « Mais, en amour, c'est différent. On ne joue pas tout seul, on ne joue pas contre le monde pour gagner son destin, on est avec les gens. Et ce n'est pas simples. Les histoires d'amour sont compliquées. Elles impliquent plus d'une personne. Cela signifie que chaque détail peut être ambigu. Et j'aime assez cette idée. C'est la seul chose où on ne peut rien prévoir. La seule chose où rien n'est écrit. »

A vrai dire, il lui était particulièrement difficile d'exprimer cette idée qu'il comprenait et à laquelle il croyait fermement. Elle apparaissait clairement à Wayland en pensée, et il en avait des exemples clairs, mais il ne cherchait de toute façon pas à convaincre : c'était peine perdue. Il avait depuis longtemps arrêté de vouloir absolument avoir raison alors qu'il pouvait se contenter de laisser les gens avoir tort. Comment expliquer ça en quelques mots ? Il aimait Ariana, et tout amour voulait fidelité. La fidélité n'était ni l'allégeance à une personne ni à une identité. La fidelité concernait simplement la vérité de son amour. Le reste, compréhension, incompréhension, bon vent, mauvais vent, disputes, indifférences, succès, n'importait pas.

Le monde croyait en ces choses là : il parlait matériellement, il voulait une explication à tout. Personne ne savait admettre, sauf ceux qui aimaient vraiment, qu'au fond d'eux, ils ne savaient pas pourquoi ils aimaient. C'était un vide : mais personne ne voulait admettre qu'ils aimaient le vide. Wayland, si. Il l'acceptait. Il aimait quelque chose sans nom, que le monde refusait. Mais aimer, c’était passer outre à l’empêchement d’aimer. Le monde ne pouvait rien contre ça. Le monde ne savait passer outre à rien, pas même au monde. Le monde ne sait que continuer, se continuer indéfiniment, poursuivre son long tracé sans origine ni fin, sa grande ligne droite, inutilement droite...ça ne l'intéressait pas. Parce que ce vide, qu'importait qu'il soit sans nom, qu'importait qu'il ne puisse pas le nommer, existait, et cela lui rendait la vie supportable, et heureuse, qu'il pouvait tout affronter, même si la mélancolie se levait parfois une minute avant lui.

Dans l'ensemble, malgré tout, il était heureux. Il avait un éclat lumineux au fond des yeux qui adoucissait le gris si métalliques des yeux typiquement Witcher qu'il avait. Oui, à sa façon, Wayland  était charismatique : pas à la Ariana, non, à sa manière. Calme. Comme si rien ne pouvait l'ébranler. C’était une idée. Voire une idéologie. Une force. On ne pouvait pas le convaincre : parler, causer, débattre, oui, sans aucun doute : le manipuler jamais. Wayland avait des idées trop arrêtées sur le monde pour admettre comme entièrement vraies celles des autres.

Le sourire qu'il eut à la question de Jeremias ne témoignait toujours pas de mépris, il constatait simplement le décalage terrible entre Serpens et la vie politique qui existait actuellement :

« Il n'y a plus de chef des jeunesses puristes. A vrai dire, il ne reste même plus de jeunesse puriste. Une jeunesse qui profite du purisme, à la rigueur, peut-être. »
Il fit une pause méditative, cita des exemples : « Ma sœur est comme ça, mon frère aussi. Il y a une certaine déchéance, je dirais. Chacun fait sa vie, tout est très facile, plus personne ne s'intéresse à rien. Chacun pense à sa gueule, et le résultat est que c'est la catastrophe pour tout le monde.Vous pouvez penser que vos perversions ne sont qu'à vous, mais non. La perversion est générale. Les perversions sont universelles. »

Le ton était calme, pas énervé, même pas professoral : mais assuré et sur de ce qu'il disait, oui, sans aucun doute. Wayland n'essayait pas d'asséner une vérité générale, il parlait de son point de vue. Autant dire qu'il était convainquant : comment est-ce que les autres aurait pu le croire si lui même n'y croyait pas ? Il reprit :

« De la volonté politique, peut-être qu'il y en a, de la croyance au purisme, peut-être aussi...les exceptions sont rares. Les gens de notre génération ne veulent pas faire les choses par eux mêmes. Ils veulent que leurs parents et grand-parents dirigent – les John Mulciber, les Valverde – et profiter du fric, de leur situation, de leur nom. »
Il secoua la tête : « Bien sur qu'il y a des exceptions. Suffit de voir Crow ou Eccleston, ou même Alexieva. Mais ce n'est pas la majorité. La majorité n'a plus d'idées : et si elle en avait, Valverde et Lestrange ont cassé le mouvement en préférant avoir à leur disposition une masse sans identité mais obéissante. » Il sourit : « Personne ne leur explique rien. Ils croient réellement qu'ils peuvent vivre cette vie si facile comme si le fric et la fête étaient la seule chose qui comptait, comme si ceux qui nous dirigent allaient vivre éternellement en les laissant s'éclater et se défoncer. Ils se plantent, mais c'est normal. Lorsqu’on reste dans l’ombre, qu’on ne se montre jamais au grand jour, que personne ne peut jamais voir ce que l’on fait, c’est très facile de se croire supérieur. Très facile de se convaincre que l’on a raison. Tant qu’il n’y a personne pour te dire que tu te trompes... » Ce n'était pas du cynisme que de dire ça : Wayland était un incorrigible optimiste, malgré le fait qu'il pouvait tenir et croire des discours qui eux ne l'étaient pas. Il jugeait qu'on pouvait s'en sortir, quelque soit le stade de déchéance dans lequel on était tombé : « Il y en a qui réalisent. Un jour, leurs parents meurent, ou bien ils comprennent que cette vie où ils sont beaux, jeunes, riches, ne suffit pas. Que la vraie vie ce n'est pas ça et qu'on ne peut pas faire ce qu'on veut. Lorsqu'ils comprennent, soit ils changent et la volonté politique revient, soit ils continuent sur leur lancée. Mais ils savent que c'est fini. » Il parlait cette fois comme avec une forme de respect et de prudence : « J'ai lu une fois un article d'Ed Bedan, je ne sais plus dans quel obscur magazine de rock. Il appelait ça l'agonie de la lumière. Un terme magnifique pour quelque chose d'aussi triste. »

Il fit une légère pause, à nouveau. Tout ce discours l'excluait lui même : il avait dépassé ces questions depuis si longtemps qu'il ne se considérait pas réellement comme jeune. Pour la première fois il n'avait pas envie de  répondre à Jeremias, non plus – car tout cela n'était qu'une longue réponse, bien qu'elle s'approcha peu à peu de la parole, d'un véritable dialogue – mais bien de parler. Wayland pencha légérement la tête de coté, réfléchissant pensivement à ce qu'il disait :

« Pour la plupart des gens, c'est facile à voir. On peut deviner leur position par rapport à l'agonie de la lumière. S'ils ont compris ou pas. Toi, je ne sais pas. Je cherche encore. »


C'était dit sans aucune méchanceté. Avec un brin de curiosité peut-être. Wayland était parfois imbu de lui même à cause d'une intelligence qui le poussait à comprendre rapidement les gens : il était rare, voire même très rare, qu'il admette qu'il ne comprenait pas quelqu'un. Dans un certain sens, c'était presque un compliment, donc.
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Jeremias L. B. Serpens


MessageSujet: Re: Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà, de ta jeunesse? || PV Ven 3 Oct - 20:42

"Je crois que tout est écrit. Le monde est comme ça, d'une certaine manière...je ne crois pas à la fatalité." Jeremias l'observa d'un oeil assez distrait. Son propos était particulièrement contradictoire. Du moins, il ne pigeait pas le paradoxe chez Wayland. Le propre du destin était d'être fait de fatalité. Rien d'autre. Le propre même de la fatalité était l'inexorable chemin vers quelque chose de déjà écrit. Il se marra à l'idée d'avoir mis de l'absinthe dans le mauvais verre, et que le coup du sort et de l'alcool soit tombé sur la tronche de Wayland. Tel un enfant, il sourit, sans que son invité ne puisse comprendre les raisons. Mais cela passa aussi rapidement que le reste. Ses pensées allaient trop vites quand autant d'informations sortaient de ce que disait Wayland Witcher. Il n'était pas foutu de se calmer quelques minutes et s'arrêter sur quelques mots. C'était en à avoir peur d'avoir tout loupé du de la pensée du copain de Bedan.
Il était un gamin assez mal élevé, en vérité. Il n'était pas Maleficus. Il n'arrivait pas à se détacher de cette petite phrase qui aurait pu sembler faire de Wayland Witcher un débile qui n'avait rien compris à l'idée de fatalité, ou qui s'était emmêlé dans les mots, ou qu'importe. Une bonne raison pour le faire rire, comme il l'aurait fait s'il avait été allongé avec Bedan et d'autres sur des canapés à fumer des clopes. Ca le démangeait tant qu'il n'arrivait pas à penser à autre chose, tant que le fils Witcher avait à donner en informations sociales trop lourdes pour que Jeremias les supporte.

Il étendit ses longues jambes sous la table.
Un peu plus et il baillait aux corneilles.
Henry vit que le maître de la Maison était sur le point de laisser ses nerfs aller se balader on ne sait où, et se précipita de la meilleure et plus polie manière pour lui tendre l'une de ses cigarettes.
Le dessert était déjà fini, et celui qui servait les Serpens connaissait les habitudes de celui qui les dirigeait désormais. Il était préférable que Jeremias engouffre une cigarette dans sa bouche avant que des pensées "anti-sociales" ne le rattrapent après autant de temps à jouer ce rôle qu'il haïssait. La cigarette consuma ainsi sa désagréable et transpirante sensation de se trouver à un endroit où il n'avait strictement rien à faire, à écouter des choses qui, au fond, ne dépendaient que des instances et obligations aristocratiques, et à dire des choses qui l'auraient ennuyé s'il avait du les entendre un jour.  
En vérité, rien ne laissait concrètement et rationnellement que ce que disait et pensait Witcher dépendait de l'ordonnance sociale. Mais Jeremias n'avait rien d'un être rationnel, et il était persuadé que Wayland se forçait. Echec? Peut-être pas. Il n'était pas capable d'avoir un jugement sur le moment. La nuit et quelques jours aidants, et sans-doutes conviendrait-il que Wayland était un chic type intelligent et appréciable. Mais là, il en était incapable. Et il avait sûrement bien de la chance que Wayland connaisse suffisamment Ariana pour en savoir un peu sur Jeremias, auquel cas Serpens se serait-il pris plus qu'un poing dans le visage en peu de temps. Il restait insolent par la pensée, le comportement n'était pas encore visible. Il avait gardé sa petite armure de beau-gosse maudit et poète, même s'il ne comprenait pas encore totalement que Witcher était suffisamment amoureux de Bedan pour tolérer les points communs qu'ils partageaient avec Serpens.
Une chance.
Et comme de coutume, il ne se rendait pas compte des chances qu'il avait.

Jeremias, par manque de confiance cruel en lui, n'avait jamais su saisir ce qui lui pendait au nez. Non pas qu'il faisait les mauvais choix, un instinct de survie et une témérité dangereuse le rattrapant à chaque fois, mais bien parce qu'il ne croyait pas possible qu'on puisse lui accorder certaines choses. Tout ce qu'il avait désiré, jeune, lui avait été pris, si bien que ses désirs lui semblaient inaccessibles. Pour les plus débiles, c'était un compte-rendu assez rapide et simpliste qui tombait sur la tête de Jeremias. Mais il ne fallait pas y voir un désir absolu du sombre, de l'ombre et du mal. Il ne fallait pas voir la facilité et la faiblesse de l'inaction. Sa force se trouvait dans sa naïveté sur certaines choses, sur certains sentiments, sur son courage et ses valeurs. Il avait des points faibles là où la plupart des gens normaux avaient des points forts, sinon communs à tous. Ce qui faisait de lui quelqu'un d'hors-normes, quelqu'un qui partait au-delà des sentiers battus et laissait à naître polémiques ou admiration. Il ne fallait pas chercher à le comprendre, car c'était tomber dans quelque chose de trop profond et de trop dangereux pour en sortir indemne. Il fallait avant tout l'aimer pour le comprendre, chose que peu arrivaient à faire. Seule Ariana était arrivée à tomber aussi profondément que l'âme noire de Jeremias le permettait.
Mais qu'y avait-elle laissé?

Après sa longue diatribe, que Jeremias trouvait cependant intéressante et pertinente, Wayland s'adressa directement à lui.
L'agonie de la lumière? Plat.
Il ne trouvait pas ça fin du tout, un peu facile même. N'importe quel poète un peu bien sensé aurait trouvé un équivalent. Mais il n'en dit rien, esprit trop critique pour ne pas vexer ceux et celles qu'il aimait à critiquer.
Il fut bloqué par la fadeur du terme trouvé. Il aurait bien voulu donner des indices à Wayland, se poser lui-même la question que se posait le jeune-homme, mais il n'arrivait pas à échapper de ce détail assez chiant.

« C'est un peu moche, ce terme. Agonie de la lumière. Il appuya sur les mots comme si chaque syllabe pouvait être encore plus éloquente dans son propos. D'une voix évidemment nonchalante et tranquille. C'est ni fait, ni à faire. Sérieux, ça ne me touche pas. Ca veut tout et rien dire à la fois. »

Il aimait les choses vastes qu'on pouvait prendre là où on le désirait, mais ce que proposait le fameux Bedan laissait assez sur sa faim. Un peu trop vaste, dont l'effet ne résidait que dans une oxymore et un style un peu faciles à trouver.

« Peut-être que c'est plus... cool de parler de "mort" tout bêtement, ou d'extinction. Jeremias adorait la poésie, et plus particulièrement celle qui se servait de peu de mots pour exprimer d'immenses et complexes sentiments. Cela coïncidait sans-doute parfaitement à son incapacité à exprimer clairement ce qu'il ressentait. Mais tu as raison quand tu parles de l'éveil. Donc je n'arrive pas vraiment à comprendre pourquoi tu en viens à "l'agonie de la lumière"? 'Fin, je veux dire, eh merde, encore un "je veux dire", les parents meurent, la sécurité s'effondre, et la lumière ne meurt pas. C'est nous qui mourrons, ou qui vivons. Tout n'est qu'une histoire de regard, et d'affinité. Suis-je mort également, quand ils ont tué mes parents et Maleficus? Es-tu mort actuellement? Si oui, renaîtrons-nous? Ceux qui croient en Jésus croient la fin, le Déluge, l'Apocalypse. Toutes ces conneries eschatologiques qui sont prises au pied de la lettre. Mais la fin n'est-elle pas quelque chose que nous connaissons tout le temps? Et la résurrection? Je me le demande. Je ne sais pas encore. Mais ça ne peut être aussi con. Franchement. »

Non, il ne voulait sérieusement pas y croire. Il ne croyait en aucun dieu. Il aurait pu baiser sur un autel si ça l'avait chanté.
Mais il voyait la beauté dans les textes religieux, dans le mysticisme des pratiques et des croyances. Et il n'avait jamais vraiment compris pourquoi les religieux étaient les premiers à éclaircir, à dénaturer et à assécher les textes de religion. Pourquoi perdait-on tant du sens et de l'imaginaire pour n'y voir qu'une lecture univoque?
La seule réponse qu'il trouva, sur le moment, se trouvait dans sa latte de tabac qu'il aspira avec une rapidité fulgurante et qu'il recracha ensuite.

« Tu dis qu'ils ne pensent pas... Mais je ne sais pas. Peut-être qu'ils leur font comprendre que la pensée se construit avec le temps, et cherchent à voir qui de leurs éléments sont les meilleurs pour survivre. Dumbledore avait transformé Poudlard en une école à penser. On a vu ce que ça avait donné. Peut-être que c'est devenu un endroit où on ne pense pas, afin de trouver un équilibre. Je ne sais pas. Je m'en fous un peu. Qu'ils crèvent, ou qu'ils manquent de crever, et nous serons tranquilles. Jeremias rit. Ca me désolait avant. Ce que tu viens de me dire ne me donne pas envie d'aller à Poudlard. Pas à cause des Mangemorts. Mais à cause de la jeunesse que tu décris. Je ne la connais pas. Et je ne veux pas la connaître. »

Celle qu'il connaissait avait été choisie, chérie, mise sur les champs de bataille militaires ou politiques. Celles des salons officiels et aristocrates, des chambres pour les moments d'une nuit, dans les salons officieux pour les seringues et cigarettes. La jeunesse de Sang-Pur, celle coupée de la plupart des réalités misérables mais proche des plus grands dangers. Le paradoxe même de la vie. Les filles et fils de Voldemort et de sa monstruosité. Les quelques Erényes qui vengeaient la Sorcellerie du bourbisme et de tous ses vices.

Le visage du jeune homme n'avait rien d'agressif, ou de méchant. Jeremias restait très blanc, très calme, très nonchalant. Il ne se rendait pas compte de sa beauté, sans-doute due au fait qu'il n'était pas heureux. Inconsciemment, il restait ainsi fait car il avait bien peur d'évoluer, d'être quelqu'un d'autre, de vieillir. Il voulait rester bercer de certaines illusions, que son âge obligeait à construire par la drogue, le sexe et l'alcool.
Caressant sa barbe de quelques jours, terminant sa cigarette ensuite, il était à la fois là, et coupé de ce monde. Comme entre les deux, incapable de s'incarner quelque part.

Jeremias avait une forme de dédain pour les gens fades, sans formes, sans incertitudes, sans doutes, sans incapacités soudaines, sans dysfonctionnements ni disgrâces. Il trouvait beaux ceux qui s'ignoraient beaux, ignobles ceux qui en jouaient. Il voyait du talent partout où il pouvait y en avoir, mais vite déçu de constater que presque personne n'en avait. Sans s'en rendre compte, il était élitiste et sensiblement condescendant avec ceux qu'il jugeait particulièrement lourds, chiants et inintéressants. Il ne voulait pas se mêler à ceux-là.
En somme, incapable de s'en demander trop à lui-même, il en demandait aux autres. Il jouait de sa supériorité sur des gens qui n'avaient peut-être pas autant soufferts que lui, mais ne méritaient pas qu'on s'acharne sur eux.
Mais là résidait toute sa beauté. On s'attachait à cet être qui se protégeait de tout et surtout de lui-même.
Après tout, il n'était qu'un enfant.
Comme eux tous.
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Pensine
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Wayland Witcher


MessageSujet: Re: Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà, de ta jeunesse? || PV Dim 12 Oct - 17:17

Il sourit, amusé : car il ne pouvait que s'amuser de cette pointe d'ironie qu'il sentait chez son interlocuteur. Volonté de choquer ou d'être insolent ? Wayland ne marchait pas là dedans. Il connaissait le processus. Il y était insensible. Tellement orgueilleux qu'il acceptait de discuter, et ce, sans pour autant bouger ses propres lignes. Parce qu'il était au dessus. Way jugeait qu'il avait raison, et en conséquence, regardait avec bienveillance les autres avoir tort.

« Je ne m'intéresse pas à la beauté des choses, pas à la beauté que définit la poésie en tout cas. Il faut s'adresser à Jill, pour cela. Moi, je crois que la poésie doit avoir pour but la vérité pratique, je ne sais plus quel auteur a dit ça*... »
Il médita un instant la suite de sa réponse : « Le terme est essentiellement descriptif – il fait pitié, n'est-ce pas ? Comme le phénomène qu'il décrit. Un monde qui veut tout dire et rien dire. Moche à voir, n'est-ce pas ? »

Il n'était pas poète : au contraire, il méprisait assez ce qu'il considérait comme une technique artificielle pour créer une beauté qui existait à l'état naturel de par le vaste monde. Les poètes créaient quelque chose de mieux...non, pas vraiment, ce n'était pas la bonne explication en réalité. Ils créaient quelque chose d'impossible mais avec une facilité terrible qui le révoltait personnellement. Le monde était beau mais cruel : il y avait une forme de lâcheté dans cette attitude qui consistait à vouloir obtenir la beauté sans en payer les conséquences. Wayland était un intellectuel : il comprenait la poésie. Mais il était plus voyageur que poète – même si parfois les deux se complétaient – et trouvait dans ce qu'il voyait mieux que dans ce qu'il lisait. Il aimait la littérature, mais il lui fallait une histoire, un cadre, quelque chose. Un but en somme, ce qui ne lui semblait pas un objectif atteint dans la poésie. C'était un art d'illusionniste. Et comme tous les illusionnistes, il y avait un truc, derrière. Il y avait toujours un truc.

En l'occurrence, il s'agissait bien sur de la réalité de la vie. Wayland Witcher y était sensible : la vie faisait mal, et parfois, souvent, elle était inutile. Il prenait la vérité en pleine face, comme les coups du sorts, avec une nonchalance toute britannique, quand bien même il était tout ce qu'il y avait de plus écossais. Le truc de Wayland, c'est qu'il n'aimait pas les spectacles, il voulait en connaître les rouages. Etre dans les coulisses, et comprendre, c'était plus intéressant que regarder. Ce que lui disait Jeremias Serpens lui semblait impossible à tenir : c'était refuser de voir qu'il y avait un truc. Rien n'était impossible. Tout était cruel. Et refuser de le voir, c'était refuser la vie.

« Je ne sais pas ce que je pense de la mort. Il y a très peu de choses à dire dessus. On en connaît les effets, c'est à peu près tout. Un jour, je mourrais. Je serais mort. J'aurais été vivant. Tu vois la difficulté ? C'est impossible de parler de la mort – de la notre, en tout cas. Il y a avant, il y a peut-être après, je ne sais pas. Mais le moment X où on meurt, ça, on ne peut pas le comprendre. On peut comprendre ce moment quand ça arrive aux autres, mais est-ce que ça nous tue ? Non, je ne crois pas. Les morts – nos morts – ne nous veulent pas de mal : parce qu'en fait, ça ne change rien qu'ils soient morts. Vivants ou morts, les gens qu'on aime et qui nous aimaient restent les mêmes : morts ou vivants, qu'est-ce que ça change ? Parce qu'on est mort, on arrête d'aimer sa famille ? Non. Je crois pas à ça. »

Il n'était pas en colère, même pas spécialement animé d'une foi profonde en ce qu'il disait. Il y avait juste le raisonnement, tranquille et clair, qu'il admettait tenir, c'était tout. Et l'on ne pouvait pas détruire cette idée qui existait chez Wayland. Il y avait réfléchi depuis si longtemps qu'elle faisait partie de lui de toute façon. Il continua patiemment :

« Subir la mort et mourir, c'est différent. Nous allons mourir. Quoique l'on fasse, c'est évident : tout le monde meure. Dans l'absolu, vivre est donc empiriquement quelque chose de parfaitement inutile. Pourquoi se battre si tout est écrit ? Parce que tout n'est pas écrit, justement. Il n'y a que le terme qui l'est. Avant...tout est du domaine de l'imagination. »


Tout était possible. Écrit, mais possible. Il croyait au destin, pas en la fatalité. Rien de contradictoire dans ce concept, finalement. C'était même assez logique lorsqu'on y regardait bien. La tranquillité avec laquelle il pouvait répondre à ce genre de question était déstabilisante. Parce qu'il n'était pas en perpétuelle interrogation. Il savait. Une attitude parfois considérée comme totalement arrogante et qui aurait pu mériter un bon coup de poing en pleine gueule pour lui remettre les idées en place, mais ça n'aurait servi à rien. Il vivait avec une sûreté et une assurance qui pouvaient être détestable, mais qui lui fournissaient une certaine sécurité intellectuelle salvatrice en ces temps troubles. Il sourit de nouveau.

« Quant à la lumière...je saurais mal expliquer le concept, je l'avoue. Pour synonyme, je lui donnerais le terme d'innocence. Elle meurt chaque jour un peu plus, et l'on ne peut plus la rattraper. Terminée, envolée, finie. »

Oui. Se détruisant elle même parce qu'il était plus glamour de se bruler les ailes, pour ensuite regretter, ou ne même plus comprendre ce qui s'était passé. Hors du temps et du monde. Comme Serpens lui même, qui ne savait pas ce qu'il voulait dire : car le massacre de la jeunesse, celle qu'il décrivait, commençait depuis si longtemps qu'il avait déjà du être pris dans cet engrenage. Wayland, lui, en était sorti. Mais certainement plus innocent.

« C'est peut-être la meilleure des choses à faire, oui. »

Ne pas penser. Ne pas penser à ce qu'il allait se passer, juste après. Ne pas penser aux conséquences de cette réflexion : je prends congé. Ne pas penser à ce qu'il se passera, après qu'il aie salué, qu'il aie quitté le parc. Ca  devait arriver, c'était obligatoire. Il ne se retourna pas en partant.

Il aurait aimé savoir prier, savoir remercier, savoir aider un peu, savoir sauver ceux qui devaient l'être, il ne savait pas le faire. Lui qui était fort et qui jamais n'avait flanché ne savait pas, non, ce qu'il fallait faire pour épargner une telle fragilité : dans ce monde cruel et pourtant si beau, plus rien de ce genre là n'avait sa place, et il ne pouvait que continuer.


Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà, de ta jeunesse? || PV

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Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà, de ta jeunesse? || PV

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