POUDNOIR
Cher (e) Sorcier (e),
Tu viens de débarquer dans un monde de la Magie subissant la dictature cruelle et sanglante de Lord Voldemort !
Un Monde où tout n'est que pouvoir, les faibles ne survivent pas ou suivent péniblement les forts.

Poudnoir est un forum qui se veut le plus réaliste possible ainsi la violence des combats et l'atmosphère de cette dictature est retransmise le mieux possible.
Auras tu le courage de nous rejoindre ?
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Le Monde a soif d'amour || PV E. Anderson

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Jeremias L. B. Serpens


MessageSujet: Le Monde a soif d'amour || PV E. Anderson Mer 20 Aoû - 16:27

Le Monde a soif d'amour



    « L'Amour infini dans un infini sourire ! Le Monde vibrera comme une immense lyre Dans le frémissement d'un immense baiser !- Le Monde a soif d'amour : tu viendras l'apaiser. » — Arthur Rimbaud



Ashton Court, dix-huit heures trente.
Pour une fois, et pour cette fois seulement, la soirée était libre. Pas d'interventions, pas de créatures, pas de rêves.
Retour amère à la réalité. On revenait aux sources.
Un temps d'hésitation: pourquoi ne pas aller chez Bedan? Parce que son copain est en deuil. Aller où? Nulle part. Nulle part sur cette Terre. La solution n'était pas là, elle ne l'avait jamais été et ne le serait jamais. Un livre, un tableau, une cigarette, un verre de vin, un morceau de musique peut-être. Vanités. Rien d'autre que des plaisirs là, mais pas ailleurs. Pas d'autres pays, pas d'Utopia au bonheur personnel pour les résidents de ce foutu monde bercé avec illusion mensongère aux bruits de trop de jardins d'Eden. Il valait mieux bouffer ce plat réchauffé de réalité pour une soirée de plus. Pas de banquiers à gérer non plus, juste cet immense manoir vide et esseulé au beau milieu de l'Angleterre, armé de tableaux et de devises à tout va. Les demeures Serpens avaient ce quelque chose de prestigieux et de charismatique qu'on parvenait à sentir tout suite le poids spirituel et social d'une telle famille. On ne pouvait rien faire pour y échapper, condition encore plus précaire quand on se trouvait être un Serpens, et le premier d'entre-eux à l'heure actuelle. On étouffait dans ce manoir, comme dans tous les manoirs où les Serpens avaient un jour vécu. On entendait encore les pas du père, sa canne, les silences de la mère, les réflexions du jeune frère. Tout n'était que souvenir débordant. La vie n'était que celle d'avant, sans qu'il n'y eût une once de poussière. On y était enchaîné tel un puni des Dieux, le foie dévoré chaque jour car il avait trouvé la bonne idée de se régénérer tous les jours. Chaque jour on lui rappelait l'actuelle position qui était la sienne. Celle de vivre parmi des fantômes. Celle de devoir vivre dans le présent mais d'être sans cesse dévoré par le passé, comme si aucun avenir n'était possible.

Jeremias avait retiré son uniforme et tenue d'intervention pour ne se vêtir que d'un pantalon de costume noir. Le torse nu, il affrontait une soirée qui s'annonçait fraîche et risquée pour ceux qui ne se couvraient pas. Mais à l'évidence, il n'en avait strictement rien à faire puisqu'il débarqua de sa démarche souple et nonchalante sur la terrasse privée, tenant bien en main un verre de vin et une cigarette. Premier qu'il s'empressa de déposer sur la table de jardin, seconde qui tint dans sa bouche le temps de s'asseoir et d'avaler le maximum de fumée.
Le parc somnolait. Il était immense, monumental. C'était peut-être le seul endroit de cet imposant château qu'il appréciait. Regarder le parc. Hiver, printemps ou été, qu'importait. Il voulait le voir vivre, voir une vie qui continue à rouler malgré les aléas du quotidien. Il s'en inspirait, passant des heures à observer les étendues d'herbes et d'arbres. C'eût été ainsi difficile pour lui d'observer ainsi Durobin, là où Maleficus était enterré. Regarder la mort de son frère de si près, se dire qu'en dessous de cette terre riche de fleurs et de vert il y avait le cadavre d'un des êtres les plus chers au monde qu'il avait eus, il n'y avait rien de bien drôle ou de reposant. Il évitait de plus en plus ce lieu où dormait à jamais son jeune frère, préférant de loin s'isoler dans ses appartements du manoir d'Ashton.

Henry vint lui parler, il n'entendit pas.
Il continuait à fumer, le corps bel et bien assis sur cette chaise de bois mais l'âme véritablement ailleurs. Il contemplait la fumée qui s'évadait dans les airs. Ses pensées n'avaient ni fil ni constance véritable. Cela allait de tout à rien et défilait dans sa tête à une vitesse folle. Il était de nouveau coupé de la réalité, comme si tout ce qu'il l'intéressait était cette fumée qui partait sans se soucier de personne. Il avait à la fois la sensation que sa vie se consumait là, que peu à peu, dans les airs, partait Jeremias Serpens comme était parti dans la terre Maleficus. Mais d'une manière, il admirait cette fumée. Il ne voulait pas être un oiseau. C'est bien trop visible, un oiseau. Bien trop à la portée des chasseurs. Non, il voulait être cette fumée et se dissoudre avec l'air. Être partout sans qu'on le voie, aller là où bon cela lui chantait d'aller.
Henry abandonna une tentative de communication. C'était bien plus simple de tout noter sur le carnet, dans le cabinet de travail. Jeremias n'écoutait pas, ne voulait pas écouter. Mais il lisait tout ce qu'il lui arrivait devant les yeux.
Le majordome s'était habitué à ce caractère mélancolique et distant. Cela lui faisait peut-être même du bien, lui qui longtemps avait été déconsidéré par les parents Serpens. Jeremias n'était pas chaleureux, mais il ne lui manquait pas de respect. Il s'était construit un cocon, où chaque être comptait. Crepuscule et Henry en savaient plus sur lui que n'importe qui. Même Alexander, le frère, s'était peu à peu coupé de son grand-frère. Incompatibilité de caractères, sans-doutes.

Puis il revint une seconde fois.
Et une seconde fois Jeremias ne répondait rien. Il n'entendait pas. Penser que cela était hypocrisie ou coupure volontaire était se tromper. Il n'entendait strictement rien, perdu. Perdu de ce monde.
Alors Henry insista, jusqu'à saisir doucement l'épaule du jeune-homme. « Putain » lâcha-t-il en faisant tomber de la cendre sur son ventre, tourna la tête vers son majordome, lui lança le genre de regard propre à ce genre de personnes qui réussissent en quelques secondes à liquéfier les autres par des yeux si distants qu'ils semblent appartenir à un monde largement plus haut. Le genre de condescendance qui arrivait chez Jeremias quand on le coupait soudainement et qu'on lui imposait quelque chose qu'il ne voulait pas.

« Qu'est-ce que vous voulez? C'est Alexander?
Non, Monsieur Serpens. Vous avez reçu une dépêche du Ministère.
Qu'est-ce qu'ils veulent?
Tenez, Monsieur. »

Serpens s'empara du morceau de parchemin avait une froideur que le majordome ne souligna pas dans son esprit mais dont il était désormais habitué. Plaçant rapidement sa cigarette entre ses lèvres, il décrocha le sceau et lut les informations qu'on lui donnait.
Henry attendait ; lui continuait à fumer tout en reposant le papier sur la table. Il aspira une bouchée qui avait pour objectif de consumer le plus de tabac possible afin de ne rien gâcher de ce plaisir mortel, puis jeta ce qu'il en restait dans le cendrier.

Un peu de répit.
Ce soir, on le sauvait.


Lorsqu'il arriva à la propriété de la famille Anderson, Jeremias releva mécaniquement ses cheveux tandis que la plupart de ses coéquipiers s'avançaient vers lui. John ne pouvait pas être là, ce soir. Autre mission plus qu'importante, il était parti depuis trop de temps pour qu'on vienne à lui pour cette soirée qui s'annonçait particulièrement étrange.
L'uniforme de ceux qui intervenaient avait été inventé de manière à les protéger au maximum. Pantalon en tissu souple, renforcement en cuir de dragon au niveau des membres fragiles et jambes, haut travaillé d'un tissu fait de manière à éloigner le plus de sortilèges. Autres protections. Jeremias fondait dans le groupe. Il redevenait n'importe qui parmi n'importe qui.
Revenir là, alors qu'ils étaient censés avoir leur soirée lui était d'un grand secours. Heureuse surprise, bien qu'Angelina commençait à exposer le cas avec plus de précision. Troll des montagnes, guère plus âgé d'un an, encore donc très jeune, certes pas aussi gros que ces congénères plus âgés mais bien plus fou et inconscient. Le père n'avait pas préféré s'en occuper. Et le père était d'ailleurs là. La multitude de voix laissait Jeremias avec un sentiment de fouillis duquel il arrivait difficilement à sortir. Alors il observait les visages. L'inquiétude du père cachée derrière une fierté d'être le propriétaire de cet immense domaine, Angelina déjà pressée, l'autre plongé dans ses calculs. Jeremias écoutait de ce qu'il pouvait écouter. Il analysait ce qu'il pouvait analyser, restant plongé dans le calme le plus total. Avoir peur, seule solution de l'échec.

« Franck va sécuriser les bâtiments, Monsieur Anderson, lâcha-t-il d'une voix calme et mais retenue. Il ne parlait pas avec gentillesse ou prévenance. Concentré, il cherchait le meilleur moyen d'assurer la protection de chacun. Il faut que votre famille soit mise à l'abris, même si la situation sera rapidement contrôlée. Vous avez des questions?
Non.
Veuillez me suivre Monsieur. Vous avez vu s'il y avait une possibilité qu'il s'enfuie? Dans certains cas, il est... »

La voix s'éloignait petit à petit.
Franck emmenait le père dans ce vaste château que Jeremias observait avec distance. Tout respirait le plus grand calme malgré une situation qui avait de quoi être inquiétante.
Intéressant.

Le reste de l'équipe alla jusqu'au dit endroit où se trouverait le troll.
Bête comme pas deux, il ne mit guère de temps à se montrer à ceux qui cherchaient à l'assommer. L'animal se montra particulièrement virulent. Son jeune âge n'aidant pas, nombre de protections magiques autour de la zone de combat manquèrent d'être brisées. Ce fut virulent, mais au bout d'une heure, il ne restait plus qu'une masse endormie, au sol.
Jeremias fit l'habituel plan de rapatriement. Une seconde équipe allait venir pour le transfert. Il fallait remplir les papiers, faire soumettre quelques procès-verbaux au père pour qu'il confirme ce qu'il avait vu et du traitement par l'équipe. Le jeune-homme se pencha vers un dossier, posé au sol. Un bruit sourd se fit entendre. Angelina cria. Il releva la tête et tourna des talons, baguette en main. Mais tout était allé trop vite.
Elle s'était prise en plein visage la massue de troll et emporta avec elle Jeremias. Ce dernier percuta de plein fouet les protections magiques qui l'expédièrent à quelques mètres de là.
Il vit du sang, le troll de nouveau assommé puis plus rien.


Il émergea.
Sa vision était particulièrement troublée.
Quelques palpitations au coeur vinrent aussitôt, causées par l'incertitude de ce qu'il vivait et de l'endroit dans lequel il se trouvait. Pour certains, après un tel choc, rouvrir les yeux totalement devient un exploit de plusieurs minutes. Pour des êtres aussi nerveux que Serpens, cela n'était que l'affaire de quelques secondes. Le visage blanc et fermé, il ne semblait ni fatigué ni blessé. Tout était intériorisé. Il se demandait ce qu'il s'était passé, ce qu'il s'était passé pour les autres, pour lui-même. Où il se trouvait. Les choses arrivaient si vite. Etait-ce donc ainsi que Maleficus était mort? Un rien de temps. A peine l'occasion de se rendre compte que le noir est déjà là? C'était à faire peur sur l'impossibilité de se battre contre ça, mais cela rassurait. Il n'avait pas souffert longtemps. Il était apaisé, donc, comme ses parents.

Un temps et il se rendit compte qu'il n'était ni chez lui, ni à Sainte-Mangouste, ni au Ministère.
Le salon était vaste et riche, à l'image de ceux qu'il voyait un peu trop souvent. L'ambiance était particulièrement calme. Pas un bruit, et pourtant, son coeur semblait battre si fort qu'on aurait pu l'entendre à des kilomètres à la ronde.
Il tenta de se relever, l'intuition lui ayant fait se rendre compte qu'il était allongé. Une profonde douleur se fit ressentir sur tout le bras droit et les côtes. Il regarda. Il était sans haut. Son pantalon de mission était arraché à quelques endroits. On avait bandé son bras et ses côtes. Tout avait été d'une violence inouïe, et pourtant, son esprit ne se souvenait de rien. Qu'un vaste rêves. Quelques crises, tout était allé à une vitesse folle.
La douleur l'empêchait d'aller plus loin. Il était assis sur ce canapé qu'il ne connaissait, dans un salon qu'il ne connaissait pas, sans personne autour de lui. Il leva la tête, observa le plafond, les fenêtres, se recoiffa, chercha son paquet de cigarette quelque part sans le trouver et en se rendant compte que cela ne serait guère poli que de fumer ici. Mais il en avait envie.
Puis les portes s'ouvrirent. Le canapé avait fait du bruit sur le plancher, indiquant aux personnes qu'il s'était réveillé. Il observa le tout avec une distance nécessaire. Protection obligée. Il était devenu terriblement froid et fermé. Il reconnut le père, et Amfred qui s'engageait vers lui avec un regard à la fois rassuré mais terriblement anxieux.

« Oh ! Tu nous as fait peur, vieux ! Il parlait toujours très familièrement quand il était soit terrorisé, soit ivre. Tu...
Qu'est-ce qu'il s'est passé? Prononça presque silencieusement Jeremias, comme s'il cherchait à n'être seul qu'avec la seule personne qu'il connaissait.
Vous avez reçu une bonne dose de maléfices, Monsieur Serpens. C'était la voix de quelqu'un qu'il ne connaissait pas. Au vu de l'allure, un médicomage. Votre collègue est à Sainte-Mangouste. Elle s'en sortira.
Tout se passera bien, renchérit Amfred.
Jeremias se sentait attaqué par toute cette foule. On l'épiait, on le regardait. Et lui, se fermait de plus en plus. Hum.
Vous pourrez témoigner? Un brigadier de la Police Magique.
J'crois pas qu'il pourra. Amfred. »

Puis soudain, il vit là, cachée entre tout ce monde, tous ces gens qui l'observaient, une jeune fille. Elle se tenait à l'écart. Ne parlait pas. Pas plus que lui.
Brusquement, il se sentait nu devant elle. Comme si elle pouvait tout voir de lui, tout analyser. Elle lui faisait encore plus peur que le reste de cette foule, mais il cherchait en même temps à ce qu'elle fasse ce qu'elle voulait faire. Il se perdait à la regarder, en se disant qu'il valait mieux pour lui qu'il arrête de le faire au plus vite, sans quoi elle percerait toutes les défenses qu'il avait mis tant de temps à construire.

« Ca va?
Euh, oui. »

Non, ça n'allait plus du tout.


Dernière édition par Jeremias L. B. Serpens le Dim 12 Oct - 12:37, édité 1 fois
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Eileen A. Anderson


MessageSujet: Re: Le Monde a soif d'amour || PV E. Anderson Mer 20 Aoû - 23:10

On sous-estimait souvent le pouvoir d’une journée, même perdue au milieu de milliers d’autres, même quand elle ne commence pas de la meilleure manière. Cette journée faisait partie de celles-ci, exceptionnelle par son contenu et synonyme de tournant dans une vie. Il y en aurait probablement plusieurs mais celui-ci serait le premier véritablement important pour Eileen depuis que son père l’avait définitivement rejetée.
En attendant elle étudiait, elle ne faisait que ça dès qu’elle avait du temps, son séjour chez Kimeria était terminé, les jeux aussi, tout était de retour à la normale, l’ennui revenait au galop et la seule chose qu’elle pouvait faire ici était d’étudier. Ça ne lui déplaisait pas mais ce n’était pas comme si elle avait grandement le choix. Enfin si. Elle en avait un. Elle pouvait sortir se promener dans le jardin de Kinloch Castle. Pour une fois elle opta pour cette possibilité et posa son livre au sol, au milieu des autres éparpillés sur le sol de la grande bibliothèque. Elle sortirait sans, cela lui permettrait de faire une pause. Elle accrocha une cape assortie à sa robe de sorcier bleue puisqu’il faisait frais dehors et fit quelques pas en dehors du château, sa baguette à la main pour emprunter une promenade longeant le bois voisin.

La demoiselle n’eut le temps de marcher que quelques minutes lorsqu’elle se figea en entendant du bruit. Elle qui avait enfin pu abandonner son sourire le temps d’une promenade, enfin seule, dû se forcer à revêtir ce masque, on ne pouvait pas savoir qui errait en même temps qu’elle autour de la propriété. Elle pointa la baguette devant elle et pivota lentement sur ses talons pour découvrir la provenance du bruit. Très vite, elle distingua l’intrus la dérangeant dans ce moment de détente, mais elle n’irait pas le blâmer, déjà parce que ce n’était pas son genre et puis parce que l’intrus en question était un troll. Des montagnes peut-être, elle n’avait pas vraiment envie d’y réfléchir.
Gardant son sang-froid, elle recula calmement et discrètement, profitant du fait que la créature ne l’avait pas encore vu et ne s’arrêta que lorsqu’elle fut arrivée à la hauteur des buissons taillés les plus proches du château. Le troll dû cependant entendre du bruit puisqu’il tourna son immonde face vers Eileen et grogna d’un air mécontent. La petite blonde tenta un stupéfix mais se mit à fuir vers l’entrée de la maison en voyant que ça n’avait aucun effet, peut-être l’avait-elle raté.

Heureusement pour elle, son agilité et sa vitesse étant largement supérieures à celles du troll elle rentra avant lui dans l’enceinte du château, refermant derrière les lourdes portes. La bête devait même avoir perdu sa trace puisqu’elle se gratta la tête et grogna une dernière fois avant de commencer un tour du château.
La gamine se rendit à côté du fauteuil de son père, il n’allait pas la rejeter alors qu’elle venait pour quelque chose de constructif quand même. Elle attendit son feu vert et après avoir récupéré son souffle elle lui annonça doucement :


« Il y a un troll dans le jardin. Je ne sais pas ce qu’il fait là. »

Elle se retint de lui dire qu’il devrait prévenir quelqu’un, elle estimait qu’il saurait le faire sans elle. Elle s’adossa juste au mur, attendant une réaction. Son père hocha la tête, silencieusement et d’un geste de la main la renvoya dans sa chambre, elle obéit et ne pensa même pas à faire un crochet par la bibliothèque, elle se laissa simplement tomber sur son lit, soufflant doucement pour calmer son cœur qui s’était emballé. Elle resta de longues minutes, silencieuse sur son lit, à caresser son chat, Améthyste, et ne se releva que lorsque sa mère entre dans sa chambre, complètement affolée pour savoir si elle n’était pas blessée. Le félin se sentit chassé et se sauva dans le couloir pendant que la femme prenait place aux côtés de sa fille. La gamine sourit simplement à sa mère pour lui assurer qu’elle se sentait parfaitement bien.
Devant le silence qui s’installa, la femme sortit de la chambre en ajoutant simplement sur un ton doux :


« Ton père a prévenu le RCCM. Ils devraient arriver d’une minute à l’autre. »

Eileen se contenta de sourire et laissa sa mère partir. Elle se leva ensuite, ouvrit la porte-fenêtre et sortit sur le balcon relié à sa chambre. De là elle pouvait voir le troll errer sans trop de but à part casser des pots de fleurs géants. Il avait tout de même l’air nerveux et elle ne redescendrait là-bas pour rien au monde. Tout de même, elle aurait bien aimé pouvoir s’en charger, elle aurait eu l’impression de servir à quelque chose.

Fermant les yeux elle laissa une petite larme couler le long de sa joue. Pourquoi ? Elle-même ne le savait pas. Peut-être le contrecoup de cette rencontre durant laquelle, l’espace d’un instant elle avait cru mourir, peut-être pour le silence de son père ajouté à tous ceux qu’elle avait dû subir, peut-être un peu de tout ça à la fois. Mais ce n’était qu’une larme, le reste ne semblait pas vouloir suivre. Tant mieux, elle n’allait pas s’en plaindre, elle n’avait jamais apprécié se laisser aller comme ça, même lorsqu’elle était seule, elle avait toujours l’impression que quelqu’un pouvait la voir.

Des paroles venant de la cour, juste en dessous d’elle la sortirent de son état et elle s’appuya contre la rambarde pour les observer. Ils avaient l’habitude, ça se voyait, il fallait dire que c’était leur métier.
Quand le troll fut assommé, Eileen voulut retourner dans sa chambre mais en fut empêchée par un grand cri. Elle se retourna vivement et assista, impuissante du haut de son balcon deux personnes voler et tomber lourdement au sol. Une des deux avait l’air plus touchée mais c’était dur à dire à cette distance. Choquée elle recula de quelques pas puis descendit les escaliers à toute vitesse, inquiète du sort de ceux qui étaient venus pour les aider, ne cherchant même pas à savoir si la créature avait été complètement assommée ou pas. Quand elle arriva dans le hall, elle observa en silence les corps être ramenés à l’intérieur. Des médicomages arrivèrent rapidement pour emmener celui d’une femme avec eux, elle devait avoir subi un plus sérieux traumatisme. Peut-être par pénurie de lits ou parce qu’ils estimaient qu’il se débrouillerait tout aussi bien ici, ils laissèrent le deuxième corps, celui d’un homme dont elle ne saurait dire l’âge. Elle l’observa longuement, détaillant son visage, ses habits déchirés, ses mains qui pendaient de chaque côté du brancard. Il était là, inerte, on aurait pu le croire mort si sa poitrine ne se soulevait pas à intervalles réguliers. Suivant le cortège, elle resta spectatrice de toute la scène, n’intervenant à aucun moment.
Il fut installé sur un large canapé confortable et dès que les médicomages eurent fait tout leur possible et soigné ce qui était cassé, ils estimèrent qu’il fallait simplement lui laisser le temps de se réveiller et qu’on ne pouvait rien faire d’autre. La foule des curieux fut évacuée mais Eileen prétexta avoir quelque chose à récupérer dans la salle pour pouvoir rester plus longtemps.

Curiosité. Oui, on pouvait le dire. C’était sa raison mise de côté qu’elle revint pour s’installer près du blessé. Le temps s’était comme arrêté, on n’entendait plus de bruit, juste la lente respiration de l’homme allongé, celui dont elle ne connaissait l’identité. Comment le pourrait-elle ? Elle pouvait simplement dire qu’il était loin d’être désagréable à regarder. Alors elle observa de nouveau, elle savait que ce n’était pas poli, voire même dérangeant, mais elle ne pouvait pas s’en empêcher. Alors elle s’approcha, parcourant rapidement la courte distance qui les séparait. Figée, comme en suspension, elle bien incapable de faire quoi que ce soit à part regarder, pas même bouger ses jambes.
Douceur. Si un grand rire n’avait pas éclaté dans la pièce voisine, elle serait restée là longtemps, peut-être même jusqu’à ce qu’il ouvre les yeux, elle n’aurait pas eu l’air très fine cependant s’il l’avait trouvée, comme ça, figée devant lui à l’observer. C’était mieux comme ça. Et elle avait peur de se faire réprimander par ses parents, elle ne tenait pas à ce que quiconque la voit comme ça. Attrapant sa cape qu’elle avait laissé là, la dernière fois, elle sortit, comme si de rien était, la tête pleine de questions.
Fascination d’une enfant. Le simple fait qu’il lui soit inconnu suffisait à l’intriguer.

Le temps passa, elle sur sa chaise avec les autres, immobile, l’esprit ailleurs, juste ce sourire de façade. On lui parlait, elle répondait mais n’engageait pas la conversation. Le temps lui parut une éternité, comme s’il n’allait jamais se réveiller, comme si elle n’allait jamais le revoir. Une curiosité difficilement répressible. Elle qui s’efforçait pourtant, par politesse, de ne jamais s’immiscer dans les affaires d’autrui, de ne jamais se montrer envahissante, toujours à sa place. Pour une fois elle avait envie de la quitter cette place, elle l’aurait peut-être fait si elle ne se trouvait pas au domicile familial.

Puis du bruit, les gens se lèvent et l’action recommence. Ce sourire, il est véritable, pendant qu’elle se lève elle imagine, elle imagine un peu tout, sa réaction, l’entourage, le moment.
Elle entra la dernière, et resta plus loin, comme si elle avait peur de s’approcher lorsqu’elle considérait la proximité qu’elle s’était autorisée tout à l’heure. Elle n’avait même pas relevé le fait qu’il était torse nu, elle ne le remarqua qu’en se demandant pourquoi il avait l’air gêné en la regardant. Les gens parlaient autour mais tout ce qu’elle percevait était un brouhaha indistinct, trop fasciné par l’inconnu. Elle reçut juste le Serpens qu’elle n’interpréta pas tout de suite comme étant son nom de famille. Elle lui souriait juste mais n’osait pas l’approcher, elle n’en avait ni le droit ni le pouvoir, ses pieds étaient cloués au sol. Puis le médicomage suggéra qu’on lui laisse encore un peu de temps seul, il avait probablement fait ça pour que le policier cesse d’essayer de lui poser des questions mais ce fut efficace, tout le monde partit. Mais pas Eileen. Non, pas elle, pas besoin de prétexter avoir oublié quelque chose cette fois-ci, personne ne la voyait vraiment, au fond, tout derrière, c’était tout juste s’ils savaient qu’elle était entrée dans la pièce.
Elle eut donc juste à attendre que les gens sortent. Mais elle restait droite, toujours, bloquée, elle aurait voulu s’approcher une nouvelle fois mais pour lui parler cette fois, en apprendre plus sur lui mais il était endormi la dernière fois, ça ne marchait pas pareil quand il avait les yeux bien ouverts et les sens en éveil.

Elle n’aurait pu dire combien de temps s’était écoulé pendant qu’ils se regardaient dans le blanc des yeux, elle baissant périodiquement le regard juste pour le remonter aussitôt, mais elle réussit à un moment à s’avancer vers lui, prudemment, comme si elle approchait un animal sauvage, pour ne pas le faire fuir, étrange sentiment. Elle s’assit sur le fauteuil le plus proche et sourit. Encore. Comme si elle ne savait faire que ça et que sa voix avait disparu quelque part. Muette.
Elle ressemblait à une potiche, une plante qu’on aurait laissé là pour faire joli, elle avait la position parfaite pour faire bien dans un salon mondain et pourtant, rien de tout cela n’était en marche, elle était juste paralysée sans même savoir pourquoi.
Elle avait même peur de parler sans être même intéressante, de le lasser et qu’il lui demande de sortir.

Comme pour éviter toute cette détresse intérieure absolument horrible elle se contenta d'un ...


« Bonsoir. »

... qui coula comme ça, pour éviter qu’il ne la prenne pas pour une simplette ou une snob, au choix. Même si le fait que la seule chose qu'elle soit capable de faire à part se taire était de le saluer ne devait pas tout à faire arranger les choses.
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MessageSujet: Re: Le Monde a soif d'amour || PV E. Anderson Jeu 21 Aoû - 10:45

Il y a souvent ces personnes qui dégagent le petit quelque chose de plus qui change tout. Une beauté bien plus qu'humaine, bien plus que superficielle et d'extérieure. Le genre de beauté qui se dégage de tout le corps, comme si l'âme elle-même faisait tout son possible pour se montrer. Et quelle belle âme ! Quel beau corps ! Tout s'embrumait avec une facilité déconcertante, si bien qu'on ne savait pas quoi faire. Le moindre faux pas reviendrait à insulter cette beauté, lui manquer de respect et la voir à jamais se fermer. Alors valait-il mieux la regarder d'un oeil distant, non par peur d'elle mais pour faire en sorte que jamais elle ne se sente gênée.
Ce genre de personnes est particulièrement rare, surtout dans une vie. On n'en rencontre que très peu, et le peu rencontré représente l'or de toute une vie. La perle rare, la pierre précieuse recherchée et que l'on garde jalousement près de soi. Mais voir cette beauté revenait aussi à se lier à elle, et lui laisser un terrible accès à soi. Ne plus se protéger, sombrer dans l'autre comme on tombe dans un océan et ne plus s'occuper ni de sa respiration, ni des dangers d'une eau tumultueuse ou glacée. On ne s'occupait alors plus de rien. Tout était à la main de celui qui maîtrisait. Et souvent, les choses allaient si vites que tout ce qu'on pouvait en dire après ne venait pas sur le moment. On rageait. On voulait exprimer ce qu'on ressentait de manière à remercier la beauté d'une telle personne. Mais ça ne sortait pas. Tout ce qu'on pouvait faire, c'est de peu à peu se lier à elle. Se laisser happer, sans se rendre compte qu'on prenait avec soi ce que l'autre prenait avec lui. Un lien se créait, un lien unique où les mots ne sont pas toujours nécessaires pour exprimer quelque chose. Un regard, une intuition, un toucher, tout un langage qu'on appelait souvent trop familièrement et trop vulgairement le langage des amoureux.

Ce qu'il se passa entre la première fois qu'il avait aperçu cette jeune femme dans le coin de la pièce et le départ de toute cette foule de curieux, Jeremias aurait été incapable de le décrire. On lui parla, il ne répondit pas si ce n'était que par quelques mouvements de tête qui lui paraissaient, à lui, totalement compréhensibles, mais ne l'étaient pas toujours pour les autres. De toute évidence, il ne la regardait pas comme un béa ou un enfant devant sa proie ou son objet de curiosité. Il tournait le regard, tentant de voir si c'était bien lui qu'elle regardait - comme si un autre blessé se tenait juste à côté de lui. Alors il revenait vers elle, leurs regards s'entrechoquaient, il sentait son corps se liquéfier et quelques palpitations qui l'obligeaient à tourner les yeux.
Ce petit jeu de séduction, de tentative de voir qu'on ne se trompait pas, qu'on était bien l'objet du regard, dura quelques minutes, puis il abandonna la chasse. Il tomba en plein dans ses yeux, complètement lassé d'avoir tenté de paraître  non-intéressé par elle. Il la regardait bel et bien, tandis que tous étaient occupés à eux-même et ne remarquaient pas l'objet de son attention. Il le nota, mais continuait à l'observer de son regard distant et noir. Rien chez elle ne semblait respirer une menace, rien n'avait été particulièrement violent, mais il avait l'impression qu'elle venait de détruire l'une de ses plus grosses barrière en un seul regard.
C'était dérangeant, mais terriblement apaisant.

Puis ils partirent tous. Il fut surpris et observa le mouvement de foule quitter le lever du Roi de ce jour. Ils l'avaient plus épuisé que le Troll et les sortilèges. Pas de quoi rivaliser, pourtant. Mais les relations sociales l'abîmaient à chaque fois, surtout quand tous s'intéressaient soudainement à lui. Il ne voulait pas être au centre des regards, se sentant obligé de répondre et de porter un masque qu'il trouvait inconfortable et douloureux. Plus on le contraignait, plus il se coupait et devenait une statue qu'on ne pouvait déranger.
De nouveau il la regarda.
Elle était toujours là, l'épiant doucement et avec plaisir. Et il l'épiait également. Elle ne le dérangeait pas. S'il n'y avait eu qu'elle, lors de son réveil, les choses se seraient sans-doute passées beaucoup mieux. Elle l'apaisait dans cette nervosité qui était la sienne mais qu'il ne laissait pas transparaître. Mais c'était à croire qu'elle le voyait. Qu'elle voyait qu'il avait peur. Peur de ce qu'elle allait découvrir, qu'il avait eu terriblement peur d'avoir à faire avec tous ces gens qui le regardaient, peur d'être mort lui aussi. Ou plutôt, peur d'avoir quitté la vie. Peur pour Angelina. Peur, celle qui détruit toujours, celle qu'il tenait le plus loin de lui.

Dans une autre situation, tout aurait été autrement. S'il avait voulu finir sa nuit avec elle, il se serait affalé sur ce canapé qui n'était pas le sien et aurait tout mis dans la séduction. Cigarette en main, il aurait interdit l'accès à son esprit et se serait fait passer pour quelqu'un d'autre. Il aurait fait en sorte que son visage et son corps attirent cette femme auprès de lui, et il l'aurait oubliée le lendemain. Mais il n'y arrivait pas. Ou du moins, il n'y songeait même pas. Il la trouvait terriblement belle, terriblement désirable, terriblement Elle, mais il n'arrivait pas à faire ce qu'il faisait d'habitude. Et il n'en avait pas envie. Il était toujours assis, les pieds et le torse nus, face à cette fille droite et charismatique qui l'observait. Et il ne savait pas quoi faire. Il était tétanisé. Pas gêné, pas étouffé, simplement tétanisé.
Un mot sortit de sa bouche.
Ce que sa voix était douce.
« Bonsoir » lâcha-t-il également d'une voix tranquille mais encore distante. Il restait Jeremias Serpens, tentant de mieux qu'il pouvait de se protéger. Mais à l'évidence, vu ce qu'il ressentait, et vu ce regard qu'elle avait, sa voix, ce visage, il aurait bien du mal à se protéger.

Cette prise de contact le ramena à la réalité. Il se rendit compte de sa position, de là où il se trouvait, la regarda puis se leva, tant bien que mal. Il chercha du regard, de manière très calme mais attentive, quelque chose à se mettre. Il était presque gêné de la voir ainsi faite, aussi belle, et lui particulièrement moche à regarder. Il savait que son corps avait plus que tout de quoi plaire, mais il sentait que ce n'était pas ce qu'il voulait. Il ne voulait pas plaire, il ne voulait pas séduire. Il voulait la respecter.
Il vit une pile de serviettes et une chemise posée là, propre. Amfred, sûrement. Ou quelqu'un d'autre. Il alla jusqu'à la commode, enfila le dit haut et reboutonna le tout dans la mesure du possible en fonction de la douleur. Les aspérités du parquet lui rappelèrent qu'il était pieds nus. Mais cette fois, ni chaussure ni autre chose n'était possible. Il eut une nouvelle palpitation, et se rendit compte que cela ne servirait à rien, il serait obligé de rester pieds nu jusqu'à ce que quelqu'un vienne lui rendre de quoi les couvrir.

Il se retourna.
Elle était toujours là. Merde.
Comme si elle avait pu partir, ne plus s'intéresser à ce morceau de vie qui s'accrochait de plus en plus à elle. Illusions. Il n'en avait pas envie. Pas envie qu'elle parte, tandis que la porte encore entrouverte laissait entendre les cris et les rires des gens. Rassurés. Ils étaient dégueulasses à voir. Sérieusement dégueulasses. Le spectacle terminé, ils étaient tous partis, ne se rendant même pas compte qu'ils avaient laissé un être humain bien plus intéressant et bien plus beau qu'eux. Ils l'avait laissée seule, et ne semblait pas en être attristée. Pas plus d'ailleurs qu'il ne l'était d'avoir été durant quelques minutes un monstre de foire que tous s'étaient précipités à venir voir. Maintenant, ils racontaient ce qu'ils avaient vu. Cela durerait au moins vingt bonnes minutes, entre rires, exagération de faits, moments de silence, moments de peur, moments de sourire. Chacun avait sa petite histoire à raconter. L'angle de vue. Comment ils avaient vu Serpens se prendre les sortilèges destinés à assommer un troll. Comment l'un l'avait porté jusqu'en dehors de la zone. Comment d'autres avaient vu le troll. Et ça continuait à parler, et lui, il continuait à la regarder.

Il se réinstalla. Ses pensées allaient à une vitesse folle. Il tentait de savoir qui elle était, même si cela aurait été bien plus simple de lui demander. Mais il n'osait pas. Il ne voulait pas qu'elle pense qu'il était gêné par sa présence, ou qu'elle était n'importe qui. Toutes les formalités, il voulait s'en passer avec elle. Elle lui faisait ressentir de telles choses qu'il voulait, même pour cette fois, et peut-être serait-ce la seule, la rendre exceptionnelle.
Rassemblant ses pensées, ses analyses, il se souvint. Elle était la seule jeune fille, parmi le père et la mère qu'il avait déjà vus, et les équipes médicales, son équipe à lui et le brigadier. A l'évidence, elle était la jeune Anderson, l'héritière, celle qui avait vu le troll. Il avait écouté le témoignage de son père.
Comment s'appelait-elle, déjà?

« Eileen? Il s'en rappelait. Et sa bouche s'était ouverte toute seule. Voix tamisée, calme et presque silencieuse. Il l'observait. C'est... c'est vous qui avez vu le troll? Nouveau regard. Il avait l'impression que plus il lui parlait, plus il tombait en elle. Vous avez eu beaucoup de courage. Vous vous sentez bien? 'Fin, je veux dire... ça va? Quelqu'un s'est occupé de vous? Voir un troll et manquer de mourir n'étaient pas chosess faciles à vivre. Mais il posait cette question en se doutant presque que personne ne s'était préoccupé de ce qu'elle avait ressenti. Et souvent, les chocs psychologiques étaient bien plus forts que ceux qu'on recevait en plein corps. Il entendit un rire, ce qui le fit tourner le regard vers la porte. Vous non plus, alors, ils ne vous intéressent pas? »

Car oui, elle aurait pu aller les rejoindre. Mais personne ne s'était occupé de savoir où elle se trouvait. Pas même ses parents. Elle était là, avec lui, tout le monde s'en contre-fichait. Tout le monde sauf, lui, évidemment.

Il lui fit un sourire.
Lui non plus, il n'y serait pas allé. Surtout si, cette fois aussi, elle avait été là.


Dernière édition par Jeremias L. B. Serpens le Dim 12 Oct - 12:39, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le Monde a soif d'amour || PV E. Anderson Ven 22 Aoû - 23:44

Lenteur & douceur. Les gestes étaient délicats, encore plus que d’habitude, comme si elle se retrouvait face à une petite chose fragile. Fragile et pudique. Étrange. Elle avait l’impression de le connaître, il lui fallut un temps pour se souvenir du nom qu’elle avait entendu plus tôt, Serpens. Le prénom Maleficus lui vint de suite en tête, elle l’avait croisé à Poudlard, on ne pouvait décemment pas à côté de lui sans le remarquer. Sauf que ça ne pouvait être lui, il était mort et enterré maintenant, triste vie. Qui était-il ? Un frère ? S’il l’était, elle devrait connaître son nom, sa famille était très influente, elle avait appris à connaître le nom des héritiers. Elle dû chercher un peu plus longtemps avant que le prénom de Jeremias ne lui vienne à l’esprit. Elle n’avait aucun souvenir de l’avoir croisé à Poudlard, peut-être y était-il bien avant elle. Ça se tenait. Mais peu lui importait, elle avait cherché son prénom pour pouvoir se référer à lui en cas de besoin ou pouvoir en parler plus tard si elle le devait. Mais elle ne ressentait pas le besoin de connaître son prénom, ce n’était pas ce qu’elle voulait retenir de lui, il y avait bien plus derrière ce nom que ce qu’on pouvait imaginer, elle en était sûre. Une infinité de possibilité de caractères et goûts, il ne tenait plus qu’à elle de découvrir cette personne, Jeremias, le blessé inconnu, pas forcément Serpens. Il n’était que la partie formelle et visible de l’iceberg. Pour une fois, Eileen voulait se plonger entièrement dans l’informel, peut-être même arriverait-elle à oublier de se soucier des apparences, tout était à construire dans ce domaine-là, elle avait encore à se développer intérieurement.

Elle resta assise sur son fauteuil pendant qu’il se rhabillait, elle en aurait presque eu envie d’en rire, mais ça ne se faisait pas vraiment. Prisonnière des conventions.
L’homme, Jeremias donc, se réinstalla, la Serpentard ne cessa de le suivre des yeux. Elle ne se lassait pas de le regarder, comme si chaque fois qu’elle posait les yeux sur lui elle découvrait quelque chose de nouveau, pas seulement extérieurement d’ailleurs.


« Eileen? C'est... c'est vous qui avez vu le troll ? Vous avez eu beaucoup de courage. Vous vous sentez bien? 'Fin, je veux dire... ça va? Quelqu'un s'est occupé de vous? »

Oui elle s’appelait Eileen. Elle hocha la tête après sa deuxième question. Puis elle eut un sourire un peu consterné. Elle ne savait pas vraiment si on pouvait appeler ça du courage, si elle en avait vraiment eu elle aurait essayé de vraiment l’affronter au lieu de fuir sans même vraiment essayer. Son sourire se fit plus doux quand il lui demanda comment elle allait. Personne ne lui avait vraiment demandé, enfin si, sa mère, rapidement. Mais personne ne s’était occupée d’elle, sa mère avait arrêté d’essayer. Elle haussa les épaules.

« Oui, ça va. Enfin je crois, j’arrive à tenir debout ceci dit, j’imagine que c’est plutôt bon signe. »

Elle ne voulut pas vraiment répondre à sa dernière question, pouvait-elle avouer comme ça que son père se fichait bien de son sort et que sa mère, impuissante et malade n’arrivait même plus à essayer de s’occuper correctement d’elle. Elle était grande après tout, à seize ans elle pouvait se débrouiller seule chez elle.

« Oui on s’est occupé de moi. Enfin j’ai … j’ai mon chat. »

Elle voulut se frapper à cet instant. C’était stupide et ça sonnait vraiment pitoyable. Son chat. Comment quelqu’un d’autre qu’elle pouvait comprendre comment un animal pouvait se montrer plus attentionné et doux qu’un humain ? Comment pourrait-il comprendre qu’Améthyste lui donnait l’amour qu’elle n’avait pas de la part de son père et que sa mère avait de plus en plus de mal à lui donner ? Elle ne le pouvait pas, elle s’était juste laissé aller. Il ne lui restait plus qu’à espérer qu’il comprenne. Elle se dit que finalement elle avait bien raison de ne pas vouloir ouvrir la bouche, maintenant qu’elle se retrouvait à dire n’importe quoi.

Elle suivit son regard quand il le tourna vers la porte en même temps qu’il lui posait une question.


« Vous non plus, alors, ils ne vous intéressent pas? »

Oh. C’était difficile à dire. Et ce sourire … il était si beau qu’elle l’enregistra, elle le garderait en mémoire comme le plus précieux des trésors, bien à l’abri là-haut, dans sa tête. Peut-être y penserait-elle quand elle si l’envie lui prenait, pendant un coup de blues ou juste pour trouver une raison de sourire, elle aussi, sans faire semblant.
Nouveau haussement d’épaule.


« Je préfère être ici. J’ai déjà eu tout le loisir de les écouter tout à l’heure. »

Et non, honnêtement cela ne l’avait pas intéressée, ceci dit c’était aussi parce qu’elle n’avait cessé de penser à lui tout du long, l’inconnu. Peut-être aurait-elle pu trouver le médecin ou le coéquipier de Jeremias intéressants dans d’autres circonstances. Quant à ses parents elle les connaissait déjà et le policier … elle n’avait pas bien envie de discuter avec lui. Discrimination peut-être. C’était possible. Elle s’en fichait un peu.

« Vous n’avez pas manqué de soins vous par contre. J’ai bien cru à un moment qu’ils ramèneraient à Sainte-Mangouste à vous pour vous soigner. C’est étrange qu’ils n’aient pas voulu vous transférer d’ailleurs. »

Oui, étrange parce qu’il était un riche héritier et que généralement si on ne lui trouvait pas de place immédiatement on se chargeait d’en faire. Peut-être son père avait-il insisté, elle ne s’en rappelait même plus, sa mémoire avait fait de la place pour ne garder que les moments privilégiés de cette journée, en commençant par la première fois qu’elle avait posé les yeux sur lui, elle s’était coupée du monde extérieur, elle existait seulement dans sa bulle et lui y avait fait une petite place. Il était le seul à l’avoir mérité alors même qu’il n’avait rien fait pour, il avait juste été là, allongé, inerte, blessé. Il n’avait pas eu besoin d’ouvrir la bouche, de lui chuchoter des mots doux au creux de l’oreille, de lui faire des sourires aguicheurs pour s’accaparer son attention. Et c’était bien mieux ainsi.

« Mais c’est tout aussi bien. »

Eileen ponctua sa phrase par un sourire.

Elle se leva ensuite, osa s’approcher de celui qui devrait pourtant se révéler intouchable mais baissa un peu les yeux, gênée avant de les remonter bien vite, elle n’était pas encore prête à rompre définitivement ce lien visuel qui les unissait.
Attendrie, elle l’observa un instant puis ajouta sans même le vouloir, laissant les mots sortir sans trop y réfléchir.


« Est-ce que vous vous sentez seul, Jeremias ? »

Elle-même ne savait pas pourquoi elle avait dit ça. Peut-être parce qu’elle savait qu’il avait perdu son frère et ses parents, peut-être parce qu’elle-même se sentait extrêmement seule alors qu’elle avait encore ses deux parents et qu’elle se sentait encore plus seule en présence de son père. Peut-être oui, peut-être lui disait-elle, à sa manière, qu’elle n’était pas si heureuse qu’elle le devrait. Un peu ingrate, elle qui avait une vie dont rêvaient tant de petites-filles. Elle n’aurait probablement pas échangé sa vie contre une autre mais rien ne l’empêchait d’espérer que celle-ci fut meilleure, pas financièrement ni matériellement mais probablement humainement. Car si quelque chose lui manquait vraiment dans ce château et même à Poudlard c’était les contacts humains, de véritables échanges, pas des salutations de couloirs ou de discussions de courtoisie. Kimeria aurait pu lui apporter ça si Eileen ne l’avait pas approchée en premier lieu juste pour se servir d’elle, maintenant elle avait peine à considérer la Poufsouffle comme autre chose qu’une aide occasionnelle. Elle en aurait été presque triste si elle avait voulu le voir. Mais elle était aveugle à ça, considérant presque normale la relation qu’elle instaurait avec Kimeria.

Elle s’assit ensuite sur le canapé, à côté de Jeremias, elle n’avait pas comme intention première de se montrer intrusive mais elle avait vraiment envie d’envoyer valser ses bonnes manières quand elle le regardait et tout faire à l’instinct, tout ce qu’elle s’était toujours refusé en somme. Elle était toujours très droite mais paraissait plus détendue et accessible, elle avait même oublié que n’importe qui pouvait entrer et la trouver là, à bouffer l’espace vital du blessé.
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MessageSujet: Re: Le Monde a soif d'amour || PV E. Anderson Sam 23 Aoû - 10:57

Ce qui le différenciait le plus avec son frère, c'était bien qu'il était capable d'aimer. Maleficus n'avait jamais aimé, mis à part lui-même et cette Sorcellerie qu'il s'était tué à servir. Il ne savait pas quel sentiment cela provoquait, lui qui s'était tant fermé à l'amour d'Ariana. Jeremias avait toujours été surpris de voir avec quelle froideur ce jeune garçon appréhendait l'existence. Avec quelle détermination il continuait à vivre, sans ne rien ressentir. C'était presque à rendre malade, bien que l'aîné s'était toujours senti chanceux de ne pas être comme lui. A l'image de leurs parents, qui ne s'aimaient que par un mariage nécessaire, il n'avait jamais voulu une seule seconde leur ressembler. Il voulait aimer, quand bien même cet amour serait-il incapable de faire venir des enfants, ou un mariage. Il voulait aimer, sentir le poids d'une vie. Il voulait par dessus tout vivre, et toute sa vie n'avait été qu'une série d'obstacle à cette soif. Bataille, mort des parents, mort de Maleficus, sans parler de tout ce que l'adolescence lui avait apporté en lot de désolations, Jeremias avait plus que tout mal vécu une éducation qu'il n'avait jamais voulu sienne. Jamais de son esprit il ne s'était retiré cette envie d'aimer, avant tout pour aller à l'encontre des préceptes familiaux. Jamais ne lui était venu à l'esprit l'idée d'épouser une cousine, aussi Pure soit-elle. Il ne voulait pas faire sa vie avec une personne qu'il ne connaissait pas, et qui lui, ne le connaissait pas. Il voulait respecter, comprendre les nuances, les moindres petits recoins d'une magnifique âme. Et il était à la quête d'une même chose. Que ses mots soient les siens, qu'il n'ait pas besoin de jouer un jeu avec une personne qu'il ne connaissait pas. Lui qui parlait si peu, il voulait qu'une personne comprenne ce qu'il ressentait sans qu'il eût besoin d'employer un langage quelconque.
Il souhaitait créer une relation unique avec une personne unique, qu'importait le temps que cela prendrait.

Et le hasard fait toujours arriver l'amour à un moment où on l'attend le moins.
Et tandis qu'elle lui répondait qu'elle se portait bien, chose qu'il avait du mal à croire, il la regardait d'un oeil étonnamment moins distant. Il n'arrivait guère à contrôler cette distance qui se plaçait automatiquement entre les gens et lui, comme si elle l'attirait dans un endroit qu'il ne connaissait pas mais qu'il était pressé de connaître. Elle avait un magnifique visage. Le genre de visage qu'on croise rarement, et dégage tant de maturité et de douceur. Elle avait la peau d'une adolescente, les formes d'une jeune femme en devenait, mais l'oeil aiguisé par une pensée qu'il savait plus mature. Le corps devenait celui d'une personne exceptionnelle, authentique. Il aurait été impossible pour lui d'en trouver un pareil. Elle était Elle, comme si ne changer qu'une petite chose casserait alors cette somptueuse sculpture de l'humanité. Il ne l'idéalisait pas, il n'arrivait simplement pas à se détacher de ce qu'elle dégageait. Les filles comme elle, du moins celles de son âge, avait de quoi être à la fois attendrissant et repoussant. Souvent, elles appréciaient bien plus des garçons de leur âge, de préférence sensiblement bien musclé et au regard charmeur. Ce que, à l'évidence, Jeremias n'était pas. Il arrivait que quelques unes le regardent en passant, mais il était pour elle une sorte de belle créature inconnue d'un autre monde. Et elles, ce qu'elles désiraient, c'était en trouver de leur monde.

Eileen Anderson semblait être du même monde que lui, à croire qu'ils étaient juste faits pour se rencontrer et que le temps avait finement choisi ce moment. Et il continuait à la regarder. Ce que c'était agréable, ce moment. Il aurait souhaité que cela ne se finisse jamais, et avait plus que tout la sensation d'être coupé du monde. De coutume, il se serait précipité à la fenêtre pour faire rentrer l'air dans ce salon étouffant de richesses et de coutumes, aurait allumé une cigarette. Mais là, il était assis sur ce canapé, le regard noir plongé dans ces yeux si beaux.
La chose était particulièrement révélatrice. Blessé, Jeremias l'était. Mais il ne l'était pas que physiquement, il était aussi à l'intérieur. Et jamais il n'aurait accepté que quelqu'un le voie ainsi blessé. Mais sa présence ne le gênait pas, tout au contraire. Voir ces blessures externes, pourtant déjà soignées, laissaient à apercevoir celles profondément enfouies. Et les yeux d'Eileen semblaient avoir compris ce rapport, compris que Jeremias Serpens était un être de profondeur mais de mélancolie.
Il était tombé au fond d'un gouffre, et tentait de se relever avec ce qu'il savait certain. Sa culture, son intelligence, ses notions familiales, son physique attirant, son charme, son courage. Mais ce n'était que des pôles, des extrêmes. Et tandis qu'il remontait l'abyme en s'appuyant sur ce qu'il savait être lui, il lui arrivait de trébucher sur l'une de ses caractéristiques, sans jamais trouver le repos et l'équilibre entre tous. Mais cette fois, la montée paraissait se faire naturellement, toute seule. Oh, il était certain qu'il y aurait des moments où il tomberait, se ferait mal, se blesserait. Rien n'est jamais facile. Mais ce qui lui avait tant manqué était enfin arrivé. Une force qui le poussait à se relever, coûte que coûte.

Quand elle parla de son chat, il fit un sourire. Non sarcastique, non condescendant, mais doux. Si John avait été là, il aurait été plus qu'étonné de voir son meilleur ami sourire ainsi. Même après des années de travail commun et de collaboration, jamais Jeremias n'avait laissé voir un tel sourire à qui que ce soit.
Il se souvint de Crépuscule, le seul lien qui le rattachait encore à l'amour de Maleficus. Les deux frères avaient toujours eu un lien fort, que les deux caractères secrets n'avaient explicité ni mis de mots dessus. Mais quelque chose les liait, même au-delà de la mort. Cette chatte, qui désormais avait pris Jeremias pour son maître, avait quelque chose d'à la fois rassurant et extraordinaire. Il s'était mis à l'aimer comme il avait aimé un frère.
Comme elle aurait aimé un père.

« Je peux donc me sentir rassuré que votre chat ait été là pour vous. Et je le remercierai, à l'occasion. Pourvu qu'autres occasions se présentent. Il avait envie de tout connaître d'elle. De tomber dans sa vie le plus vite possible. Il la regarda, avec une profondeur qui l'aurait sûrement étonné lui-même s'il s'était vu au même moment. Cela aurait été une journée de gâchée, que de ne pas vous rencontrer. »

La voix de Serpens avait quelque chose de particulièrement doux, et de quasi féminin dans les intonations. On aurait pu croire qu'il chantait certaines syllabes, jusqu'à ce que quelques tonalités de fumeur reviennent et ajoutent du masculin à la douceur de son parlé. Il se souvenait encore de sa mère qui crisait, n'entendant jamais ce qu'il disait quand il était trop loin d'elle.

Quand il analysa ses propres derniers mots, il eut presque un moment de gêne.
Les mots qu'il avait prononcés étaient sortis tout seul, sans qu'il eut besoin d'y réfléchir à l'avance. Et sa pensée s'était construite en même temps. Il ne s'était pas rendu compte combien cette journée allait le sauver. Mais une intuition était sortie plus vite qu'il ne le pensait. Elle montrait clairement qu'en effet, sans elle, cette journée aurait été un moyen de plus pour lui de tomber au plus profond de lui-même. Il est des carrefours qu'il faut savoir analyser et dont il faut en tirer le meilleur afin de prendre le meilleur chemin possible.


« Je préfère être ici. J’ai déjà eu tout le loisir de les écouter tout à l’heure. Vous n’avez pas manqué de soins vous par contre. J’ai bien cru à un moment qu’ils ramèneraient à Sainte-Mangouste à vous pour vous soigner. C’est étrange qu’ils n’aient pas voulu vous transférer d’ailleurs... Mais c’est tout aussi bien.
Jeremias l'observait attentivement.
Oui, c'est tout aussi bien. Pour rien au monde il n'aurait voulu rejoindre Sainte-Mangouste, ou être étouffé par eux. Les mots d'Eileen cachaient quelque chose, du moins, laissaient à voir quelque chose. Au final, on s'en contre-fichait de ce que Sainte-Mangouste voulait faire, ou aurait pu faire. Il était juste terriblement heureux d'entendre cette voix. Et douloureusement attiré par elle. "Un Sang-Pur ne doit jamais mourir ailleurs que chez un Sang-Pur", disait toujours mon père. Même si je crois qu'ils pensaient plutôt qu'il n'était pas dangereux de me laisser repartir chez moi, ce soir. Ca dépend des points de vue. »

Dangereux pour qui? Car s'il partait, sans jamais ne la revoir une seule fois, c'était tout un souffle qui s'arrêtait. Tout un lien se forgeant qui se brisait alors qu'il n'était pas encore totalement solide.

Jamais il n'avait parlé ainsi. Parler d'un "chez lui", comme si tout un univers était le sien, qu'il n'attendait que cela qu'elle le découvre. Souvent parlait-il du "manoir" quand les gens le connaissaient, ou d'"Ashton Court", comme s'il vivait dans des lieux qui voulaient bien de lui, et non l'inverse.
Mais son chez lui, il voulait également qu'il soit chez elle. Enfin, n'allaient pas voir qu'il voulait se marier ou quoi que ce soit d'autre de plus banal et de plus cliché. Il est difficile de mettre des mots sur ce qu'il voulait. Il espérait qu'elle pénètre dans son monde à lui, ou qu'il ne soit jamais obligé de partir d'ici et qu'elle lui présente le sien.

Puis elle vint à côté de lui.
Ce serait mentir que de dire que son coeur ne palpita pas à toute vitesse, lui le grand nerveux. Elle était juste à côté de lui. Nombre de femmes avaient rêvé de l'être, et elle était là, et il n'osait la toucher. Pourtant, il avait la terrible envie de prendre ses mains, de sentir son corps sur le sien. Il voulait matérialiser ce lien qui l'unissait désormais à elle, mais il ne savait comment faire. Il voulait trouver le langage corporel parfait à ce que les âmes ressentaient. Et puisque que deux corps qui s'aiment sont toujours attirés l'un vers l'autre, il avait l'impression que tous ses nerfs s'étaient unis ensemble pour le forcer à venir vers elle. C'était une lourde bataille qu'il menait, tandis que son visage n'affichait rien de ce qu'il vivait.
Il tourna la tête vers elle.
Leurs yeux étaient si près. Véritablement si près que toute la force du regard d'Eileen l'immobilisait tout en lui donnant une chaleur qu'il n'avait jamais autant ressenti. Puis elle parla. Coup fatal. Il crut un instant qu'il l'embrasserait.

« Est-ce que vous vous sentez seul, Jeremias ?
La solitude a toujours été un bagne assez agréable à vivre. Jusqu'à ce soir. Non, il ne voulait plus être seul. Ou du moins, il voulait qu'ils soient seuls. Il ne voulait faire qu'un avec elle, toucher ce regard, toucher cette magnifique âme qui se dessinait. Il est toujours plus rassurant d'être seul avec soi-même que de côtoyer des gens qui ne nous connaissent pas. N'est-ce pas? »

Nouveau sourire.

Un tel lien, aussi fort et honnête, ne pouvait laisser que de bonnes choses. Et de bonnes intuitions. Il ne connaissait rien du passé, de l'histoire d'Eileen. Pas grand chose de sa vie, mais il avait réussi à percevoir des informations que personne avant lui n'avait peut-être pu percevoir. De même qu'elle, elle avait compris plus de choses sur lui en quelques minutes que bien des personnes qui l'entouraient depuis tellement d'années. Il la savait seule, non qu'elle souffrait jusqu'ici. Elle avait du s'enfermer dans la solitude pour vivre, pour se sortir d'une mort intérieure certaine. En avait-elle souffert? Peut-être, sans s'en rendre compte, mais bien moins que s'il avait désespéramment tenté autre chose.

Ce "n'est-ce pas" laissait à voir qu'il avait compris que la question qu'elle lui posait, elle se la posait aussi à elle. Et que leurs réponses se ressembleraient beaucoup, bien qu'ils ne soient pas les mêmes personnes.
Elle l'envoûtait. Et il ne savait pas quoi dire. Il voulait tout savoir d'elle, mais il la voulait à lui avant toute chose. Tout se mélangeait dans cet esprit.

« Mais il arrive des personnes qui débarquent et brisent cette solitude. Ou alors, ils en font désormais partie. Comme votre chat. On est souvent moins seuls qu'on le croit. Reste à regarder droit dans les yeux cette réalité, et l'accepter. Et il la regarda, droit dans les yeux. Les yeux de Jeremias étaient presque noirs, à l'image de ses cheveux qu'il n'avait étrangement pas relevés depuis qu'il discutait avec elle. Quant à elle, quant à son regard, il était sûrement indescriptible. Les couleurs mettaient des mots aux sentiments, si bien qu'il croyait voir en ces seuls yeux toute la beauté de son âme. Je peux vous tutoyer, Eileen? »

Même s'il crevait d'envie de lui demander "je peux vous embrasser, Eileen?".
Quelques rires se firent entendre. Ils les avaient complètement oubliés. Les autres.
Il ne voulait qu'une chose: l'enlever loin d'eux. Sans savoir pourquoi. L'intuition qu'ils lui avaient fait trop de mal, et qu'elle ne méritait que de vivre et d'être pleinement la belle personne qu'elle était.


Dernière édition par Jeremias L. B. Serpens le Dim 12 Oct - 12:40, édité 1 fois
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Eileen A. Anderson


MessageSujet: Re: Le Monde a soif d'amour || PV E. Anderson Sam 23 Aoû - 19:30

On ne pouvait pas dire qu’être vraie autant avec elle-même comme avec les autres lui avait manqué, bien au contraire, il aurait pour ça fallu qu’elle l’eut été un jour. Il fallait cependant une première fois à tout et elle devait reconnaître que ne pas totalement se cacher devant Jeremias n’était pas si désagréable au fond, même si elle venait seulement de le rencontrer. Mais pouvait-on dire que c’était ce qui comptait ? Elle pouvait affirmer connaître plus sur une personne en quelques heures qu’en en ayant côtoyé une autre toute une vie. Tout dépendait des échanges. Dans ce cas-là, nul besoin d’échanges ou de se connaître depuis des années, le lien s’était établi de lui-même, comme si ces deux personnes n’attendaient en fait que de se rencontrer, comme si le terme d’âmes sœurs prenait tout son sens. Leurs âmes, en cet instant précis s’unissaient, bien plus qu’être sœurs, elles communiaient. Est-ce qu’Eileen aimait Jeremias ? Aucune idée, à dire vrai elle ne s’était même pas vraiment posé la question, elle profitait simplement. Est-ce que Jeremias aimait Eileen ? C’était une fort bonne question, elle n’était pas assez prétentieuse pour essayer de deviner la réponse à cette question. Elle préférait laisser ce genre de question de côté, elle n’avait pas besoin de mots pour définir sa relation avec Jeremias et même si elle en faisait, ça ne changerait pas la nature de cette dernière.

On pouvait, et à juste titre, se demander ce qu’un homme de 27 ans pouvait trouver à une fille de 16. Mais au-delà de l’âge simple, physique, ne pouvait-on pas y opposer l’âge intérieur ? Celui que l’on ne voyait pas à moins d’essayer de connaître la personne en face de soi, celui qui dépassait la surface ? Intérieurement, Eileen et Jeremias était bien plus proches qu’on pouvait le penser. De toute manière, quand bien même elle aurait voulu se marier avec lui dès sa majorité, elle ne pensait pas que ses parents se soient opposés à cette union. Les Serpens avaient beau tremper dans la magie noire, on ne refusait pas un si beau parti. Tryan serait probablement le seul à tiquer, et encore, s’il se souciait seulement de ce que sa cousine pouvait bien faire de sa vie privée.
Beau parti. Est-ce qu’Eileen avait seulement pensé à ça une seule fois depuis le début ? Assurément pas, sinon elle se serait conduit bien autrement, de manière plus chiante et plus pompeuse, comme la petite fille de bonne famille qu’elle était. Mais elle s’en fichait, bon parti ou pas. Si elle voulait oublier le nom de Serpens c’était pour une bonne raison.

Ce dont elle était sûre cependant était qu’elle avait bien plus à gagner qu’à perdre en restant avec lui, elle le sentait en lui parlant, mais surtout en le regardant, elle sentait cette infinité de possibilités s’ouvrant à elle, dont celle de sortir de son propre malheur, mais plus que de vouloir égoïstement juste s’aider elle-même à travers lui elle voulait l’aider lui, elle sentait qu’il en avait besoin même si elle ne savait pas dans quelle mesure. Elle voulait être là pour lui, se sacrifier toute entière pour lui, comme elle n’avait jamais voulu le faire auparavant, même pour son père. Peut-être Jeremias était-il la clef ouvrant la porte la menant dans un nouveau monde où elle arrêterait de vouloir à tout prix obtenir ce qui était hors de sa portée : la reconnaissance familiale.

Il sourit quand elle mentionna son chat. Elle crut premièrement qu’il se moquait d’elle et qu’elle avait définitivement rompu le lien, un peu bêtement mais en se concentrant un peu sur la signification de ce sourire, elle comprit qu’il n’était pas là pour la rendre mal à l’aise, bien au contraire. Un beau sourire, comme les précédents, elle espérait un peu niaisement que d’autres suivraient.


« Je peux donc me sentir rassuré que votre chat ait été là pour vous. Et je le remercierai, à l'occasion. Cela aurait été une journée de gâchée, que de ne pas vous rencontrer. »

Sourire doux. Elle ne manquerait pas de lui faire honorer sa parole s’ils croisaient Améthyste. Elle avait un peu l’impression qu’elle commençait vraiment sa vie maintenant, ou que tout du moins elle repartait sur de nouvelles bases. Cet homme ne la connaissait pas, elle avait l’impression de pouvoir être qui elle voulait, surtout elle-même. Être elle-même constituait alors une toute nouvelle aventure, une nouvelle vie.

« "Un Sang-Pur ne doit jamais mourir ailleurs que chez un Sang-Pur", disait toujours mon père. Même si je crois qu'ils pensaient plutôt qu'il n'était pas dangereux de me laisser repartir chez moi, ce soir. Ça dépend des points de vue. »

Drôle de maxime mais rien que son père ne pourrait dire. Enfin elle préférait tout de même ne pas le voir mourir devant elle, pas si tôt, jamais. Elle le voulait en vie, avec elle pour l’éternité, il n’y aurait pas assez d’une vie pour le découvrir totalement, elle en était certaine.

C’était utopique. Toujours des rêves d’enfants, car après tout même si elle était plus vieille intérieurement qu’extérieurement elle continuait de faire des rêves d’enfant parfois.


« La solitude a toujours été un bagne assez agréable à vivre. Il est toujours plus rassurant d'être seul avec soi-même que de côtoyer des gens qui ne nous connaissent pas. N'est-ce pas ? Mais il arrive des personnes qui débarquent et brisent cette solitude. Ou alors, ils en font désormais partie. Comme votre chat. On est souvent moins seuls qu'on le croit. Reste à regarder droit dans les yeux cette réalité, et l'accepter. »

Elle ne considérait pas nécessairement la solitude comme étant agréable, enfin pas sa solitude, pas quand les évènements autour d’elle la forçaient à être seule.
Elle ne put empêcher un sourire entendu lorsqu’il prononça sa deuxième phrase. Elle ne connaissait cela que trop bien, mais il fallait croire qu’elle n’était pas la seule. Pas seule. Non en effet elle ne l’était plus et ne le serait plus jamais, elle en était certaine. Il brisait justement sa solitude, même s’il y avait de grandes chances que celle-ci se reforme d’elle-même dès qu’il passerait le pas de la porte.


« Je ne suis plus seule, pas tant que je suis ici avec vous. Vous me comprenez mieux en quelques minutes que mes parents en seize ans. »

Elle aurait pu trouver ça presque triste sauf qu’elle se fichait pas mal que ces parents la connaissent à cet instant précis, tant qu’il la connaissait et qu’elle le connaissait elle était heureuse. Elle ne désirait pas plus, juste que leur discussion dure infiniment, qu’ils restent assis sur ce canapé pour toujours sans que personne ne vienne les interrompre. Sauf qu’ils étaient là, les autres, juste à côté, ils existaient toujours, malgré toute la bonne volonté qu’avait mise Eileen à essayer de les effacer de ses pensées. Essayer de les oublier ne les rendait pas pour autant moins réels.

« Je peux vous tutoyer, Eileen? »

Pourquoi ne le pourrait-il pas ? S’il trouvait ce moyen de communication plus en phase avec leur lien si spécial qu’il le fasse, elle ne s’y opposerait pas.

« Bien évidemment. »

Elle ne lui demanda pas si elle pouvait elle aussi le faire, elle ne savait pas si elle en avait vraiment envie et si elle voulait le tutoyer, elle était sûre que ça viendrait naturellement. Sauf si bien sûr il souhaitait qu’elle le vouvoie aussi, elle ne s’y opposerait pas non plus.

Elle le regarda une nouvelle fois, mais un peu plus profondément, plus intensément, elle plongea complètement dans son regard, elle ne savait plus si elle était bien elle-même ou pas. Elle attrapa une mèche de cheveux de Jeremias et fit glisser la soyeuse bouclette entre ses doigts, c’est le premier contact qu’elle avait avec lui, physiquement parlant. Quand elle se rendit compte de ce qu’elle faisait elle arrêta simplement mais ne s’excusa pas, elle n’était pas désolée, bien au contraire. Elle aurait voulu plonger ses doigts dans les cheveux de celui qui se tenait en face d’elle, elle ne savait pas tout à fait grâce à quoi elle se retenait mais ça ne tenait probablement plus à grand-chose.


« Je … vous … ne partez pas. »

Sous-entendu : « ne partez jamais, restez toujours à mes côtés ». Elle ne savait plus si elle pourrait un jour vraiment se passer de lui, pas maintenant qu’elle l’avait rencontré, qu’elle l’avait regardé dans les yeux avec toute la tendresse possible.
C’était peut-être niais mais elle faisait à l’inspiration, au moment. Et là, elle n’avait que ça à l’esprit.
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MessageSujet: Re: Le Monde a soif d'amour || PV E. Anderson Sam 23 Aoû - 23:41

D'habitude, il contrôlait tout. Le moindre mot, la moindre parole. Tout était préparé à l'avance, ou presque. Et quand il ne parlait pas, c'est bien lorsqu'il était pris de court et qu'il ne savait pas quoi dire. Il réfléchissait, analysait, et préparait ce qu'il pourrait alors dire quand une situation similaire se produirait à nouveau. Il n'aimait pas le monde. Déjà simplement parce qu'il avait été élevé loin de ce monde, loin de Sang-mêlés et qu'il fallait avouer qu'il avait une conception de la société absolument Puriste. Il ne cherchait donc pas à en savoir plus, restant dans ses manoirs Serpens, là où rien ni personne ne risquerait un jour de venir l'emmerdait.
Mais cette fois, il ne contrôlait strictement rien. Ses mots sortaient seuls. Il n'y mettait pas de forme, pas véritablement d'illusion. Il n'y arrivait pas, bien qu'il ne cherchait aucunement à le faire. Il voyait s'actionner sa boucher avec une forme d’étonnement. Pour la première fois de sa vie, ses pensées se matérialisaient en mots et Eileen réussissait à le faire s'incarner sur cette Terre. Il vivait, et cela avait à la fois quelque chose de douloureux et d'agréable. Tant d'années coupé de ce monde, tant de jeux sociaux, tant de masques mis avaient presque eu raison de cet esprit profond et intelligent. Jeremias ne se rendait qu'à peine compte de tout ce que cette jeune femme était en train de lui apporter, à lui, qui n'avait rien demandé. Ce réveil était douloureux. Il aurait presque pu se refermer, car cela le blessait terriblement. Mais Eileen était là. Elle ajoutait un remède efficace, bien qu'il prenait conscience que ce serait à lui de faire tout cela. A lui de travailler. A lui de vivre.

Seize ans? Elle n'avait donc que seize ans et dégageait autant d'intelligence humaine?
En la regardant, Jeremias contemplait tout un monde. Monde nouveau, à l'évidence. Toute une logique avait trouvé place dans cet esprit brillant. En se répétant cet âge, Jeremias se demanda comment elle avait pu vivre pendant tout ce temps, comment sa maturité ne lui avait-elle pas joué des tours. Quel était alors son quotidien, entouré de gens plus jeunes qu'elle en âge et en maturité?
La solitude d'Eileen prenait tout son sens. Elle avait été une prison, mais également une nécessité. Le monde ne semblait pas lui avoir fait de cadeau, pas plus que ses parents qui d'après ce qu'elle disait, n'avaient rien compris à qui elle était. A la fois, il n'en était pas étonné mais globalement insatisfait. L'esprit d'Eileen était si beau, son âme si cohérente qu'il ne comprenait pas comment quelqu'un n'avait pas pu un jour voir tout ce qu'il y voyait. C'était à devenir pessimiste sur le genre humain. N'y-avait-il que des aveugles? A certains, répéter et répéter encore que l'amour rend aveugle était devenu grande loi humaine.
Mais à l'évidence, c'était tout le contraire.
Il la regardait parler. Observait le mouvement de ses lèvres. Il voulait tout analyser, tout noter, tout retenir d'elle. Son visage, ses traits, ses expressions. Ce regard là, il n'y en avait qu'un et il serait le seul à pouvoir lui faire ressentir ce qu'il ressentait. Mais ce visage, qu'il ne connaissait encore pas il y a quelques heures devenaient un refuge, une sorte d'entre-monde qui lui permettrait d'oublier tout. Cette réalité pesante qui l'avait tant détruit devenait inquiétante mais non dangereuse. Il n'en avait plus peur.
Car elle était là. Juste à côté de lui.

Elle toucha ses cheveux. Chose qu'il ne laissait faire à personne. Mais il était heureux de sentir ce contact. Sentir ses doigts, son corps, tout son être qui vibrait.
Il la laissa faire, profitant d'un moment qu'il jugea après coup trop rapide mais dont il se souvenait de chaque détail, de chaque sensation. Elle arrêta, il la regarda.
Son esprit n'arrivait plus à le commander. Le manoir disparaissait. Les bruits aussi. Le geste d'Eileen venait de briser l'ultime barrière qui les séparait. Ils étaient désormais là, unis par quelque chose. Il ne cessait de la regarder en se disant que le monde avait bien beau être aussi laid, elle, elle ne l'était pas. Elle était autre chose. Elle était une rescapée de ce monde, un être à part qu'il faudrait à jamais protéger. Elle ne méritait plus de souffrir, plus d'être prise pour quelqu'un d'autre. Elle était Eileen Anderson, une personne. Un individu. Et cet individu méritait par-dessus tout de vivre, quoi que cela coûte.

Quant à la laisser...

« ... Jamais, Eileen. Tu... »

... Il n'arrivait plus à parler.
Cela ne dura que quelques secondes. Le genre de secondes décisives où soudainement, tout se chamboule. Ou plus rien n'existe mis à part la personne qu'on aime, et l'événement qu'on vit. Exit le salon, exit tous ces bruits, exit son passé, son histoire. Elle était là. Juste elle. Et elle vivait. Ce que s'était bon de la sentir vivre.
De sa main fine il approcha la joue de cette jeune femme. Elle était d'une douceur impressionnante. Il ne se rendit pas compte à quel point la toucher lui apportait un secours immense. Tout un monde s'ouvrait enfin à lui. Et il pouvait l'effleurer, le toucher, le faire sien.
Il s'approcha et ne put s'empêcher de l'embrasser.

Ce baiser, il ne le contrôla pas. Il ne contrôlait plus rien. Et quant à dire s'il était agréable, il était surtout indescriptible. Un baiser d'amour est toujours beau, est toujours vrai, est toujours véritablement magique. Il n'y avait pas de mots pour le décrire. Il l'embrassait. Et c'était tout. Rien d'autre.  

Et pendant ce temps, les bruits cessèrent. Il y eut un mouvement commun après un silence. Et Jeremias comprit.
Comme un chat qui se faufile, il se leva du canapé et courra presque jusqu'à la commode où étaient posées les quelques serviettes. Il n'avait pas encore vu Eileen, il ne l'avait pas encore regardé après ce baiser. Tout avait été coupé. Sans-doute avait-elle repris une pause qui était la sienne. Droite, souriante. S'il l'avait vu ainsi, il aurait presque ri, ou se serait senti dépossédé d'un être qu'il aimait et qui se coupait du monde.
Les portes s'ouvrirent. Avec une lenteur impressionnante. Tous s'attendaient à trouver le blessé endormi, sinon en plein repos. Et ce qu'ils y virent ne fut pas forcément ce qu'il y avait de plus logique.

Jeremias avait retrouvé son masque de distance et de noirceur. Calme, il le restait et observait la foule de personne qui rentrait à nouveau. De là où il était, il voyait la silhouette d'Eileen. Il avait la terrible envie de la rejoindre, et de l'embrasser encore.

« Eileen? Le père exprimait son étonnement, sa frustration, mais également ses bonnes manières. Sauf lui, tout le monde semblait ne pas forcément trouver ça anormal de la trouver ici. Elle n'était rien pour eux. Et tout pour Jeremias. Qu'est-ce que tu...
Votre fille m'a aidé à me réveiller, Monsieur Anderson. Et quel long sommeil ! J'ai manqué de m'évanouir. Sans-doute la douleur. Elle m'a aidé. Et... il la regarda, m'a permis de me reposer.
Hum.
Monsieur Serpens. Il serait plus judicieux pour vous de ne pas tenter le transplanage. Vos blessures sont sévères. Monsieur Anderson se propose d'être votre hôte, ce soir. Si vous n'y voyez pas d'inconvénients. »

Jeremias montra son approbation avec une tranquille distance, tandis qu'Amfred le regardait avec étonnement. Ce gars avait quelque chose de particulièrement terrorisant. Surpris par tout, il semblait ne pas croire un mot de cette histoire de malaise. Ou y croire à fond, et se demander comment son supérieur avait réussi à se tenir debout, près de la commode.

« Votre collègue a rempli les papiers concernant ce qu'il s'est passé. Nous viendrons vous voir demain, chez vous. D'ici là, reposez-vous.
Jeremias se coupait de plus en plus, avec une douleur immense. Il ne voulait pas la quitter. Il lui avait promis.
Angelina s'est réveillée. Amfred parlait. Et Jeremias tentait de ne pas perdre de vue Eileen. Il ne devait partir pour rien au monde.
Oui, c'est prodigieux. Sa blessure était pourtant bien profonde. Un sacré bout de femme. Et vous aussi, Monsieur Serpens !
Ah ça ! Amfred, de nouveau. Elles rêvent toutes de le protéger. Même face à une massue de troll !
Et aucune d'entre-elles n'y étaient un jour arrivées. Mais maintenant, il avait Eileen Anderson.
Un elfe va vous montrer votre chambre, Monsieur Serpens. Le père, de nouveau. Mais où est-il, d'ailleurs, celui-là? »

Jeremias était revenu près du canapé.
Il ne pouvait s'empêcher de la voir, d'essayer de la regarder.

Et tout allait mieux.
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MessageSujet: Re: Le Monde a soif d'amour || PV E. Anderson Mar 26 Aoû - 14:40

L’amour était là, présent entre eux, cette sorte d’alchimie qu’on ne peut expliquer, même si Eileen essayait de ne pas trop y penser. Est-ce que ça l’effrayait de tomber amoureuse ? De vouloir confier son âme et son corps à une seule personne ? Oui. Et à raison. Comment se prêter totalement au jeu et faire aveuglément confiance à un autre être ? Si le moment et l’ambiance aidaient grandement, la Serpentard préférait se contenter de vivre pour une fois, elle se poserait des questions plus tard, nul doute qu’elle aurait tout le temps de le faire.

Le problème étant qu’elle dû se poser la question un peu plus rapidement que prévu puisque tout s’accéléra un peu sans qu’elle puisse vraiment contrôler quoi que ce soit. Lorsqu’elle saisit la mèche de cheveux entre ses doigts, elle ressentit une incroyable sensation, comme si le seul fait de savoir qu’elle se rapprochait physiquement de Jeremias par ce geste la réjouissait. Et elle n’avait pourtant touché que ses cheveux. Elle ne put ensuite détourner son regard du sorcier, elle le fixait avec toute l’intensité possible jusqu’au moment fatal, jusqu’à ce qu’il lui assène le coup de grâce. Ses yeux s’écarquillèrent d’abord de surprise puis se fermèrent par plaisir. La demoiselle n’avait pas tout à fait vu le coup venir même si elle aurait pu le deviner en sentant la tension s’intensifier de minute en minute. Mais le fait était là, elle s’était laissée surprendre parce qu’elle avait baissé sa garde. Bien sûr ce n’était pas le genre de surprise désagréable, bien au contraire. Pas mal de questions avaient fusé dans sa tête à ce moment dont les principales étaient « Mais pourquoi il fait ça ? » et « Qu’est-ce que je dois faire ? ». Incompréhension.
Mais cet état ne dura que très peu de temps et elle se laissa totalement aller, que pouvait-elle faire d’autre ? Le repousser ? Elle n’en avait ni la force ni l’envie, elle mentirait si elle disait ne pas vouloir l’embrasser. Alors elle profitait du créneau, soulagée de ne pas avoir besoin de lancer le baiser en première.
Au moment où ses yeux se fermèrent, les questions disparurent totalement, comme si elles n’existaient plus ou qu’elle avait trouvé toutes ses réponses. C’était son premier baiser d’amour, elle ne se souvenait avoir embrassé qu’une seule personne dans sa vie et ce n’était certainement pas par amour. Elle était toujours restée en retrait en ce qui concernait les garçons, ce n’était pas son rôle de coucher à gauche à droite et elle n’en ressentait pas l’envie. Pas même maintenant, elle savait qu’elle ne se laisserait pas emporter jusque-là, elle ne le pouvait pas, ses barrières morales étaient trop fortes et puis elle avait trop peur pour ça. Mais rien ne l’empêchait de profiter de ce moment magique, incomparable et unique. Elle ne le revivrait plus jamais, on ne pouvait faire l’expérience d’un premier baiser avec une personne qu’une seule fois, le tout était de le graver dans sa mémoire et de le garder précieusement toute sa vie. Nul doute que ce genre de souvenirs devait faire de très bons patronus. Si en général Eileen n’avait pas masse de souvenirs glorieux ou vraiment heureux elle était sûre que cette journée pouvait être rajoutée sur cette courte liste. Et ce dont elle était tout aussi sûre, était qu’elle pourrait en ajouter bien d’autre tant qu’il restait avec elle.

Ce baiser qui lui parut une éternité et s’était pourtant envolé dans un clignement de paupière.
L’état de félicité trop vite et trop abruptement remplacé par la dure réalité extérieure à sa petite bulle, la laissa relativement amère. Elle ne comprit pas immédiatement pourquoi il s’était sauvé, elle n’avait pas entendu les convives se lever dans la pièce voisine. Mais elle entendit la porte grincer alors elle se saisit de son masque pour faire place à la petite Eileen Anderson, fille de bonne famille, qu’elle se devait d’être en toutes circonstances. Son sourire faussement amical cachait pourtant des sentiments bien contrastés. La joie que Jeremias ait pris le taureau par les cornes et la frustration d’avoir été interrompue pendant un si beau moment. Comme s’ils ne lui gâchaient pas assez la vie le reste du temps. Inquiète aussi, que son père devine tout ce qui s’était passé, elle tenait toujours à gagner son respect et sa confiance.


« Eileen. Qu'est-ce que tu...
Votre fille m'a aidé à me réveiller, Monsieur Anderson. J'ai manqué de m'évanouir. Sans-doute la douleur. Elle m'a aidé. Et... m'a permis de me reposer.
Hum.
Monsieur Serpens. Il serait plus judicieux pour vous de ne pas tenter le transplanage. Vos blessures sont sévères. Monsieur Anderson se propose d'être votre hôte, ce soir. Si vous n'y voyez pas d'inconvénients. »

Dire que le stress avait grimpé en flèche en elle en voyant son père ouvrir la bouche était un euphémisme. Peur constante. Mais Jeremias rattrapait le coup, il le faisait vraiment. Elle se retint de lui envoyer un sourire de remerciement et fixa plutôt son père tout du long. Mais tout s’évanouit quand elle entendit qu’il restait là ce soir. Ainsi pourrait-elle donc continuer à le côtoyer encore un peu avant qu’il parte, puisqu’elle le savait, il partirait. Ne lui restait donc que la joie, heureusement qu’il était là.

Les gens parlèrent, d’une certaine Angelina, probablement la deuxième blessée qui avait dû être rapatriée à Sainte Mangouste pour des soins d’urgence.
Quant à la suite de la conversation, elle ne doutait pas une seule seconde que les demoiselles se bousculaient au portillon pour lui, même si sa coéquipière n’avait probablement pas fait ça parce qu’elle avait en tête de sortir avec lui un jour. Il y a ce genre d’amitié, de lien aussi très fort et pourtant pas amoureux qui vous pousse à faire des choses comme ça.


« Un elfe va vous montrer votre chambre, Monsieur Serpens. Mais où est-il, d'ailleurs, celui-là ? »

Pas d’elfe ? C’était possible, il était peut-être en train d’œuvrer dans le sous-sol sur ordre de …

« Il n’est pas là, il ne remontera pas du sous-sol avant une bonne heure. »

… sa mère. Parfaitement. C’était sa chance. L’absence d’elfe lui permettait de pouvoir se proposer. Tout ce qu’il fallait c’était qu’elle ose.

« Je peux lui montrer sa chambre si vous voulez, j’en profiterai pour lui montrer notre bibliothèque, ça devrait lui plaire. »

Elle partait du principe qu’il aimait les livres et espérait ne pas se tromper, de toute manière s’il ne voulait pas voir la bibliothèque elle ne l’y emmènerait pas.
Son père, le regard froid et dur ne cilla pas une seule fois mais hocha la tête. Habituellement il l’aurait ignorée, aurait continué ce qu’il faisait et aurait laissé sa femme répondre à Eileen. Mais aujourd’hui il avait du monde et ne pouvait décemment pas se montrer en train de snober ainsi sa propre fille.
Heureuse, elle ne laissa pourtant pas déborder sa joie, restant très digne lorsqu’elle se retournait vers Jeremias. Victoire. Ils avaient même un prétexte pour ne pas rester avec eux plus longtemps.


« Si vous voulez bien me suivre Monsieur Serpens. »

Ajouta-t-elle avec un sourire. Dieu que ça sonnait faux. Au moins savait-elle se montrer bonne hôtesse. Mais il la suivit, c’était le principal. Quand ils eurent monté les escaliers, elle s’arrêta sur le palier, ferma la porte derrière eux et se permit de vraiment le regarder depuis que les adultes étaient entrés dans la salle.

« Tu veux voir la bibliothèque ou là où tu vas dormir en premier ? »

Le pire était qu’elle le pensait vraiment, elle allait lui montrer sa chambre et la bibliothèque s’il le voulait. Ceci dit elle s’était aussi mise à le tutoyer sans même vraiment s’en rendre compte. Probablement aurait-elle rougit de se permettre autant de libertés avec lui, mais après un baiser elle n’était plus à ça près.

Parfaitement sérieuse, elle attendait sa réponse, il ne lui semblait pas qu’il ait des affaires à poser dans la chambre avec lui mais le chemin de la visite ne tenait qu’à lui.
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MessageSujet: Re: Le Monde a soif d'amour || PV E. Anderson Mar 26 Aoû - 23:46

Tout n'était suspendu qu'à la décision d'un père. Et Jeremias, après avoir été sous la domination du sien, se trouvait sous le joug de celui d'Eileen. Il observait la scène avec une impeccable distance, crevant pourtant d'envie de faire un grand sourire au père et lui crier à tue-tête qu'il venait d'embrasser sa fille, et que cela ne l'avait pas déplu. Gamin. Légèrement, sans-doute. Qu'importait, au final. Sa joie intérieure ne se voyait pas sur ses traits. Et tous n'en avaient que cure de ses traits, mis à part encore et toujours Amfred qui le regardait d'une manière qui en devenait gênante.
Lui, il attendait. Il voulait désormais passer le maximum de son temps avec elle, mais toutes ces demandes sociales l'exposaient à ne pas le faire. Immobile, droit, il avait toute la carrure du parfait gendre dont tout le monde rêvait. Sa tenue restait aristocrate, même si Maleficus aurait trouvé à redire. Avec une pointe de nonchalance, Serpens tenait toute cette foule d'un bon oeil, tenant de percevoir les moindres mouvements de chacun. L'intérieur était trop nerveux, trop soudainement ébouillanté d'amour que la moindre menace était à prendre en compte. Le masque était bien posé, mais le visage le supportait de moins en moins. Dur et long combat. Il essayait de contrôler ses nerfs, contrôler ses paroles et son regard même s'il rêvait de prendre Eileen par la main de l'emmener loin de ce monde angoissant. Ce qui avait été un temps un havre de paix devenait une menace constante. Les murs du salon s’épaississaient avec la présence des membres de cette assemblée étrange. Les visages devenaient scrutateurs, l'air terriblement lourd. Les yeux semblaient chercher le moindre défaut, le moindre détail qui donnerait l'arme absolue pour détruire. C'était se retrouver nu devant des personnes qui n'ont qu'une envie: vous tuer.

Puis elle le sauva.
Elle se proposait à l'accompagner, en jouant un rôle qui brûla Jeremias. Il avait envie de sourire à l'idée de se retrouver rien qu'avec elle, le temps de quelques minutes. Nuls doutes que la soirée serait un long cérémonial. Blessé, il n'aurait pas à souffrir des mondanités que certains dîners imposaient, mais l'épreuve du repas du soir se dessinait de plus en plus dans l'esprit de celui qui dirigeait les Serpens, alors que la voix douce d'Eileen l'invitait à le suivre.
Gardant le plus de distance possible, il ne fit qu'un signe de tête à cet appel. Tandis qu'il s'avançait vers la sortie, il lança un quasi silencieux « Merci à vous » destiné à tout le monde et n'importe qui, et partir, les laissant toutes et tous à leurs occupations.

A part de là, il respira.
Toute la nervosité accumulée par ces jeux sociaux disparut petit à petit, tandis que les portes du salon se refermaient. Il regardait le corps d'Eileen continuer à être dans un rôle social. N'importe qui pouvait encore débarquer. Il aimait à l'observer, et se doutait déjà qu'il aimerait le faire plus tard. Il la regardait comme un amant aime une femme, et cette femme était d'une beauté qui avait de quoi le tétaniser quelques instants.
Quant à lui, il continuait à suivre, montant les marches à son rythme.
La marche de Jeremias avait un petit quelque chose de poétique et d'élancé. Il prenait toujours le temps pour développer ses gestes sans pour autant sembler lent. Une danse aérienne, comme s'il n'était ni de ce monde, ni d'un autre. Les pieds ancrés n'existaient pas pour lui. Sa fine silhouette avait un petit quelque chose de romantique au sens littéraire du terme. Un quasi dandy, bien qu'on y trouvait des signes qui pouvaient parfois contredire cette description.
N'importe quel idiot aurait croisé le "couple" en pleine montée aurait vu le regard complètement subjugué de Jeremias. Il regardait le dos et les cheveux d'Eileen, se remémorant déjà ce baiser qu'il avait lui même imposé mais qu'il ne regrettait pas. A l'évidence, lui qui avait tant l'habitude d'être coupé et distant avait cette fois un vrai regard admiratif pour la jeune femme qui montait les marches devant lui. On y percevait encore une forme de réserve. Jeremias restait pudique, mais une chose restait certaine ; il aimait, et cela se voyait pour quiconque était un tantinet observateur.
Et alors que les quelques marches étaient en train de se terminer, le jeune Serpens avait la sensation de grimper dans son propre corps et d'évoluer enfin. Ce n'était pas la rédemption, la fin de la vengeance, l’extrémité d'une vie devenue de plus en noire. Mais cela donnait à voir une possible évolution. Le travail serait long, mais celle qui se tenait devant lui semblait lui tendre une main que personne ne lui avait un jour tendu.
Chose belle, rare, et estimable. Plus communément, et pour ceux qui avaient un jour connu cela, on l'appelait l'amour.

Ils s'arrêtèrent et elle lui parla.
Serpens n'avait rien de niais, mais la voix d'Eileen le calmait aussitôt. Ses nerfs étaient encore émoussés, mais rien n'était semblable à ce qu'il avait ressenti dans la salon, à l'arrivée de tous ces gens qui ne le connaissaient pas.
Il observa son visage.
Elle avait une beauté atypique. Ce genre de visage n'était guère courant. Les traits n'étaient pas réguliers, encore moins semblables à d'autres. Ce visage avait tout d'une part originale, et laissait voir une personnalité qu'on ne croisait pas n'importe où. Sans le savoir, Eileen Anderson n'avait pas totalement réussi à cacher l'être qu'elle était. Du moins, Jeremias la percevait ainsi. Tout chez elle respirait l'inconnu, comme si aucun visage ne pouvait lui ressembler. Chaque partie en était une exception, un détail parfait. Les yeux, le nez, la bouche. Cette bouche qui laissait entendre une voix tellement belle et authentique. L'amour ne rend jamais aveugle. Tout au contraire. Il permet de voir chaque partie cachée, chaque nuance. Le petit détail de la personnalité qui se reflète sur le visage. A l'heure actuelle, Jeremias percevait une visage encore doux, encore aimant, encore Elle, mais légèrement plus coupé. La venue de ces gens ne l'avait pas aidée, pas plus que cela l'avait ouvert au monde, lui. Tous les deux s'étaient sentis attaqués à un moment où ils s'ouvraient comme jamais ils ne l'avaient fait auparavant. Et même s'il ne la connaissait que depuis peu, il voyait ses traits changeants en fonction de ce qu'elle vivait.
Il ne l'aimait pas moins.

« Tu veux voir la bibliothèque ou là où tu vas dormir en premier ?
La bibliothèque, s'il-te-plaît. Il ne voulait pas dormir, lui qui ne l'avait fait que trop de temps. »

Il la regardait avec douceur et calme, tout en se disant que ce monde devait être intéressant.
Il aimait les bibliothèques, même s'il avait pris l'habitude d'y attraper le plus de livre et de s'isoler dans ses appartement. Elles étaient un colossal monde qui s'ouvrait à lui, mais qui n'appartenait à personne. Jamais il n'avait réussi à en faire une sienne, mais il était si curieux de découvrir une part de plus de la vie d'Eileen.
Il suivit la marche.

Quand elle le fit entrer dans le lieu, il fut ébloui un instant, lâchant un « C'est magnifique » d'une voix coupée, calme et quasi silencieuse. Les lieux l'étaient. Tout n'était que vie et blancheur. Jamais il n'avait un jour eu l'honneur de pénétrer dans de tels endroits. Les livres étaient des portes ouvertes à chaque nouvel univers, et la beauté des lieux semblait être un temple au savoir et à l'expression de soi. Jeremias tentait d'y prendre chaque morceau, d'y analyser chaque chose. Non dans un but égoïste, mais bien parce que ce lieu semblait appartenir à Eileen autant qu'il lui était cher. Elle avait voulu lui présenter, avant même de lui parler. Il voulait qu'il tombe dans ce lieu comme pour comprendre ce qu'avait été ce quotidien qui était le sien.
Après ce visage l'observant de loin, à son réveil et ce merveilleux baiser, mettre les pieds dans la bibliothèque Anderson était un troisième cadeau que la vie lui faisait. Il lui semblait que petit à petit, on lui offrait les plus merveilleuses et belles parts de la vie d'Eileen. Et il entrait dans la blanche bibliothèque comme on fait silence devant un morceau de piano ou lorsqu'on prend dans ses mains un objet d'une valeur magique ou historique inestimable. Il portait Eileen autant qu'il posait les pieds dans cette part de sa vie.
Il tourna son visage vers elle, comme pour tenter de lier ce lieux encore plus à Eileen. Mais c'était déjà chose faite.

Et il la trouvait encore plus belle.

Il s'avança doucement et tranquillement.
Petit à petit, chaque détail s'enregistrait. Il observait des allées, des tables, des livres qui dépassaient. Il tentait de tout analyser, tout voir, tout en ne perdant pas de vue l'unique et privilégié moment qu'il était en train de vivre.
Dans l'une d'elle, il vit quelques livres par terre. Il tourna son regard vers Eileen et lui fit un sourire à la fois tranquille et amusé. Une trace de vie. Il s'avançait, curieux, tel un enfant.
Quand il arriva au niveau des livres éparpillés, il se mit en position accroupie. Une petite douleur lui fit crisper la bouche, sans que cela ne parut cependant. De ses mains fines et longues il prit doucement l'un des livres, sans cependant ne trop y toucher. Introductions aux Magies Elémentales, bases de réflexions des éléments. Intéressant.
En vérité, tout un monde d'Eileen s'ouvrait à lui. Il avait à la fois envie de l'embrasser, à nouveau, pour lui montrer à quel point il aimait ce monde, à quel point il l'aimait, elle. Mais il voulait aussi en apprendre plus, en savoir plus.

« J'ai vu ça, à l'Université. C'est toujours très intéressant de le lier aux Créatures Magiques. Pour certains chercheurs, elles viennent chacune d'un élément. La Terre pour le Sphinx, par exemple. Il la regarda. Tu... Beauté. Douceur. Ton visage est plus serein, dans ce lieu. Il reprit, silencieusement et tranquillement. Je trouve que ces trouvailles sont merveilleuses, mais donnent à voir une vision de la magie très polarisée. Si chaque Sorcier y trouve son élément, comment s'équilibre-t-il par rapport aux autres? Le peut-il? Qu'est-ce qui le prédispose à un élément? Peut-on avoir son élément très jeune, ou non, ou même est-ce complètement aléatoire? C'est merveilleux en paradoxes, en questions, en nuances. Et chouette que tu t'y intéresses à ton âge. Il lui fit un sourire. Chouette, mais pas étonnant. »

La Magie était sûrement une base de réflexion essentielle sur l'esprit humain, sur l'essence de soi. Aussi avancée sur son âge, Eileen découvrait qui elle était à travers une Magie qui coulait en elle. C'était très sain, et très réfléchi. Très intelligent, en somme.
Une sorte de fierté se vit naître dans le regard du jeune-homme. Il était fier de la connaître. Fier qu'une personne humaine puisse faire preuve de tant de beauté, d'honnêteté et de richesse. Elle avait de quoi être certaine de la belle personne qu'elle était.
Il se rendait alors compte que ce regard découlait de soi. Tout chez elle avait de quoi rendre fier de connaître une telle personne. Et il ne voulait surtout pas la laisser partir.

Nouveau sourire.
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MessageSujet: Re: Le Monde a soif d'amour || PV E. Anderson Sam 30 Aoû - 23:09

Tout était si compliqué. Pourquoi devait-elle toujours jouer ce rôle ? Elle qui venait de goûter à cette liberté si particulière, au pouvoir d’être elle-même avec Jeremias voulait plus que tout à cet instant précis y retourner. Félicité. Elle avait dû l’abandonner et en devenait sinon triste, au moins en colère. Elle ne supportait pas d’avoir été ainsi interrompue, elle voulait leur lancer qu’ils n’avaient rien à faire ici, qu’une fois dans leur misérable vie ils auraient pu faire attention, faire quelque chose, que ce n’était pas parce qu’ils se complaisaient dans le fait de vivre avec un masque tout le temps qu’ils devaient l’empêcher d’être elle-même, elle avait déjà bien assez donné thank you very much. Mais elle ne le faisait pas. Non bien sûr, elle ne possédait pas ce genre de courage-ci. Elle tenait surtout en considérant que si elle ne faisait pas de vagues elle pourrait retrouver dans un cadre plu tranquille dans tout juste quelques minutes. Douces pensées.
Elle ne l’entendit même pas remercier les autres personnes présentes dans la salle, elle était pleinement dans son rôle et s’était déjà mise à marcher vers les escaliers.

Il lui indique qu’il souhaitait voir la bibliothèque, ce ne fut qu’à ce moment qu’elle se rendit compte qu’elle avait pris la liberté de le tutoyer sans même lui demander mais cacha sa gêne. Elle le mena donc vers le lieu qu’il voulait voir, elle n’était pas si mécontente de ce choix, elle passait tant de temps dans cet endroit que c’était très important pour elle de le montrer à Jeremias, s’il pouvait ressentir l’immense énergie qui s’en dégageait elle saurait qu’elle ne se trompait pas sur lui.
Rien n’était vraiment sombre ou noir dans le manoir, le rejet ancestral de la magie noir par cette famille était marqué jusque dans la décoration, voilà pourquoi la bibliothèque était si blanche, seules les dorures rompaient cette monotonie. Elle se retourna vers lui, anxieuse et pressée de voir sa réaction. Ce lieu représentait énormément pour elle, elle y passait beaucoup de temps. Mais il ne semblait pas déçu du spectacle, Eileen se détendit donc et profita pleinement de tout ce que cet endroit pouvait lui apporter de calme et de sérénité. Elle venait ici depuis si longtemps mais ne s’était pourtant jamais lassée de voir ce superbe endroit, elle le redécouvrait à chaque fois comme si c’était la première. Jeremias évoluait lentement, à son rythme dans la bibliothèque et Eileen le regardait, il était beau à voir, comme ça, comme un enfant en pleine découverte, il lui aurait paru presque irréel, impossible, si elle n’était pas certaine de son existence, il semblait flotter dans les airs alors qu’il avançait.
Cependant, les yeux de la petite blonde s’écarquillèrent en voyant vers où il se dirigeait, elle avait oublié de ranger les livres avec tout ça. Oh pitié Jésus non, pour quoi allait-elle passer maintenant ? Elle se maudissait elle-même mais n’eut pas le temps de dire quoi que ce soit, il regardait déjà les livres et réagissait en fonction.


« J'ai vu ça, à l'Université. C'est toujours très intéressant de le lier aux Créatures Magiques. »

L’université. L’entendre prononcer ce mot tout en sous-entendant qu’il l’avait déjà vue et en avait fait le tour marquait d’autant plus leur différence d’âge qu’elle ne pouvait décemment pas ignorer. Mais si elle ne pouvait l’ignorer, ne pouvait-elle pas pourtant vivre avec et ne pas en faire un drame ? Bien sûr qu’elle le pouvait et heureusement.

« Pour certains chercheurs, elles viennent chacune d'un élément. La Terre pour le Sphinx, par exemple. Tu... Ton visage est plus serein, dans ce lieu. »

Elle s’intéressait totalement à ce discours, elle était avide de connaissance sur ce sujet qu’était l’élémentalisme.
Elle fut heureuse qu’il remarque son changement presque radical de comportement ici. Elle était, en effet, bien plus posée lorsqu’elle entrait dans cette pièce qui semblait presque infinie.


« Je trouve que ces trouvailles sont merveilleuses, mais donnent à voir une vision de la magie très polarisée. Si chaque Sorcier y trouve son élément, comment s'équilibre-t-il par rapport aux autres? Le peut-il? Qu'est-ce qui le prédispose à un élément? Peut-on avoir son élément très jeune, ou non, ou même est-ce complètement aléatoire? C'est merveilleux en paradoxes, en questions, en nuances. Et chouette que tu t'y intéresses à ton âge. Chouette, mais pas étonnant. »

Elle lui rendit son sourire, elle n’était pas parfaitement au point sur ce sujet mais espérait pouvoir tenir une conversation autour. Tout d’abord, montrer que ce qu’il lui avait dit plus tôt l’avait vraiment intéressée tout en se promettant intérieurement de poursuivre cette piste lorsqu’elle serait seule.[/i]

« Je trouve ça fascinant cette idée de lier les animaux à des éléments mais pas illogique.
Je pense, sinon que si chaque sorcier a une affinité principale avec un élément, je ne pense pas qu’il doive pour autant pleinement exclure les autres éléments. Avoir une affinité ne signifie pas pour autant que nous n’avons pas pour autant des prédispositions, même minimes pour au moins un autre élément, rient n’est tout à fait tranché dans la vie. Mais la concentration sur son affinité principale permet de ne pas s’éparpiller et donc, selon moi, de gagner en puissance, même si maîtriser plusieurs éléments paraîtrait idéal, tout le monde ne peut pas le faire ou n’en a pas forcément le temps, surtout si l’on veut arriver à maîtriser à la perfection notre affinité principale. »


Si une chose telle que la perfection existait en ce bas-monde.

« Je pense que s’il est bien guidé, un enfant peut parvenir à découvrir son affinité, je ne sais pas s’il y a réellement un âge précis, tout doit dépendre de chaque personne j’imagine. »

Elle fit une petite pause, lorsqu’on touchait à l’élémentalisme ou qu’on parlait de magie une question lui brûlait les lèvres et ce n’était pas le genre de curiosité qu’elle arrivait aisément  réprimer. Elle fit quelques pas et effleura les livres du bout de ses doigts, tout transpirait la sérénité. Elle se retourna ensuite vers Jeremias, tira une chaise à elle et s’installa sans le lâcher du regard.

« Quelle est ton affinité ? »

Ce n’était pas amené doucement, c’était brutale et on entrait directement dans le vif du sujet mais elle ne voyait pas d’autre moyen d’annoncer une telle question, elle espérait simplement qu’il ne trouve pas cette question un peu trop personnelle.[/i]

« Ça peut très bien ne pas nécessairement être un élément. »

Elle priait vraiment très fort pour qu’il ne lui parle pas de magie noire, elle ne saurait pas si elle pourrait un jour s’en remettre sinon. Mais elle préférait tout de même qu’il soit franc avec elle, elle ne savait même pas s’il connaissait la réputation des Anderson et des SaintClair, les deux familles auxquelles elle était reliée par ses parents. Mais si elle se retrouvait à na pas pouvoir supporter l’idée qu’il fasse de la magie noire elle se montrerait bien plus fermée d’esprit qu’elle ne pensait l’être sur ce sujet.
Elle espérait surtout qu’il ne lui dise pas qu’il ne souhaitait pas répondre à cette question, elle trouvait important pour en apprendre plus sur lui de savoir une chose comme celle-ci. Ceci dit, s’il voulait savoir avec quelle magie elle se sentait le mieux elle le lui dirait sans aucune hésitation. Elle n’était pas frileuse sur ce genre de sujet, bien au contraire et ne se cacherait pas derrière de faux-semblants. Si elle avait toujours été vraie sur une chose c’était bien sur sa magie.[/i]
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Le Monde a soif d'amour || PV E. Anderson

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