POUDNOIR
Cher (e) Sorcier (e),
Tu viens de débarquer dans un monde de la Magie subissant la dictature cruelle et sanglante de Lord Voldemort !
Un Monde où tout n'est que pouvoir, les faibles ne survivent pas ou suivent péniblement les forts.

Poudnoir est un forum qui se veut le plus réaliste possible ainsi la violence des combats et l'atmosphère de cette dictature est retransmise le mieux possible.
Auras tu le courage de nous rejoindre ?
Forum RPG Harry Potter Post-Bataille de Poudlard

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Le Temple des vents || Solo

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Eris L. Valverde


MessageSujet: Le Temple des vents || Solo Mer 7 Oct - 11:32

Le Temple des vents
Eris L. Valverde


I.


Spoiler:
 

Peut-être n'y avait-il que la nuit.
La nuit et ses incertitudes. Incertitudes volontaires et cachées, inconscient calfeutré dans les remouds d'une mémoire qui ne se pose plus les bonnes questions.
Une nuit sans fin, battant au rythme des peurs, des horreurs et des meurtres. On avait souvent craint ce moment de la journée, celui où des forces s'éveillent sans qu'on y puisse quoi que ce soit. Celui où d'autres formes de vie prennent un pouvoir qu'on ne saurait contrôler en temps normal. Le moment des autres. On se retirait par respect. A chacun son propre moment. On s'enfermait chez soi, préférant laisser à d'autres le risque de se confronter à ses forces légendaires. La nuit avait ses droits, l'Homme ses devoirs, et il en était ainsi. Briser cette convention revenait à déclarer la guerre à plus grand que nous, à bien plus puissant que soi. C'était aussi et surtout la fin de l'illusion, la prise d'un risque d'émerveillement terminé. La fin d'un mythe, en somme, que peu voulaient voir confronté à leurs propres peurs.
Car à n'en pas douter, elles faisaient partie du quotidien. Elles rythmaient sans fin, afin de donner une petite saveur à la vie. On ne savait plus comment faire sans elles, sans leur aptitude à réduire l'Homme à l'état d'esclave. Certains même ne se rendaient plus compte qu'ils s'en servaient à loisir, brisant tout ce qu'il y avait autour d'eux sans s'en rendre le moins du monde compte. Ce n'était, hélas pour eux, que partie remise. Plus tard, les choses finiraient par ses retourner. Car la peur ne se passe pas d'espoir, comme l'ombre ne se passe plus de lumière. Et l'espoir ne saurait exister sans la peur et la perte ; il s'en nourrissait, il en avait plus que besoin. Les deux allaient de pair, nuit et jour humains, espoir et peur d'ici-bas.
Viendraient un temps où l'espoir renaîtrait.
Mais pas ce soir. Car que faire quand la nuit dure, dure et dure encore jusqu'à conquérir le jour? Que faire dans un monde déséquilibré?

Les trois personnes marchaient dans les bois.
L'automne venait d'apparaître, laissant un frais vent caresser les joues des trois individus bien téméraires pour se montrer ici.
Depuis la veille, ils étaient partis, et avaient passé leur entière journée à marcher. Marcher dans ce bois qui ne faisait plus filtrer les rayons du soleil. Comme si quelque chose avait fini par réussir à le pourrir. Les feuilles étaient toujours là, mais rougies, les troncs étaient presque noircis par une force qui avait élu domicile depuis un an.
Les branches fouettaient régulièrement les joues des trois inconnus, comme pour leur signifier leur impolitesse de ce trouver ici.
La forêt de Gaydon avait des propriétés magiques. Des sortilèges construits installés ici depuis que le Manoir était habité. Une forêt où les moldus se perdaient, tout comme les Sorciers non invités en de tels lieux. Et si l'une des trois avait déjà posé les pieds sur ce sol, aucun des trois n'était invité par le Maître de cette maison. Désormais que le Secret Magique était brisé, beaucoup de moldus avaient compris que la forêt avait des propriétés magiques. Ils n'en savaient cependant pas plus, le Manoir se trouvant être un des potentiels quartiers généraux de Lord Voldemort en cas de perte ou d'attaque d'autres. Un lieu protégé, donc, par de multiples sortilèges, de toute nature. Sortilèges ancestraux, sortilèges de magie noire, Runes, magie élémentaliste, toute une série de branches de la magie se trouvaient réunies en ce même endroit. Une manière peut-être de concentrer autour d'un même centre divers variétés d'une même essence.

Antoinette Valverde connaissait ces lieux, et son sang faisait d'elle une désirable non-invitée. Une ambiguïté bien évidemment recherchée. On avait retourné l'Europe pour la retrouver, elle, l'unique rejeton d'une famille qui ne se résumait désormais plus qu'à un nom.
Recluse chez les Soeurs de la Lumière, une branche sacrée mais également sectaire de la Sorcellerie, la cracmole avait oublié en presque soixante années l'existence même de sa famille. Presque sénile, certainement enlevée par les deux autres, elle était leur unique moyen de passer à travers les mystères des sortilèges du Manoir de Gaydon.
Fille d'Harwelock Valverde et de Catherine Dolohov, devenue Valverde, elle était née en 1916, tandis que le père tournait autour des soixante ans. Un âge mur chez les Sorciers. Ces temps là étaient révolus depuis longtemps. Antoinette était une cracmole, qui plus est femme, elle se trouvait donc être la honte de la famille. Edgar, le fils, avait toujours fait la fierté de la famille. Jusqu'au jour où il n'avait réussi à n'avoir qu'un fils. Mais Antoinette, elle, ne s'était tenue qu'à l'écart, jusqu'au jour où son neveu avait décidé de l'exclure d'une famille devenue ombre, devenue plus qu'horreur, d'une famille où elle ne s'était plus sentie à sa place à la seconde même de sa naissance. Dès qu'ils avaient compris qu'elle ne ferait rien d'autre que voir la magie, qu'elle ne serait rien d'autre qu'une cracmole. Un sang magique, certes, pur, évidemment, mais incapable de relier la Magie à l'extérieur. L'exemple même d'une recluse.
Désormais, à presque cent ans, elle ressemblait à une vieille petite femme ronde, aux cheveux gris et long. Son regard exprimait une curiosité qu'elle devait sûrement être la seule à posséder chez les Valverde. Elle était l'exception. Bien qu'âgée, elle semblait être du même âge que le dernier de la famille, son neveu.
Le dernier des Valverde. Chez qui, ce soir, ils se rendaient.

Les deux autres se taisaient.
Aucun trait de fatigue ne se lisait sur leurs visages sages. Leur regard bleu se perdait vers l'horizon. Ils n'avaient que leur propre conviction pour guide, et cette cracmole qui tournait en rond, émerveillée de redécouvrir un paysage que sa mémoire avait pourtant volontairement effacé. Ils ne impatientaient pas. Durant un an ils avaient cherché une solution, et ils l'avaient enfin trouvée. Ils n'étaient donc pas à quelques jours près, désormais. Même s'il fallait maintenir en vie cette femme.
Leur odyssée leur en avait appris encore plus sur la personne qu'ils venaient secourir. Ils avaient découvert son antre, le début d'une intimité bien complexe. A l'image du propriétaire du Manoir, la forêt se trouvait être tortueuse, sinueuse, mais sensiblement obséquieuse, laissant voir une personnalité complexe, sombre et déterminée. Organisée, elle avait sa propre logique, sa propre histoire, ses propres espoirs. Elles ne laissaient pas l'accès facile à l'essence même, le bâtiment froid et majestueux.
Ils comprenaient désormais pourquoi le Seigneur des Ténèbres avait choisi ce lieu comme potentiel abris. Il faisait perdre la tête, perdre patience. Et si eux la préservaient encore, il n'en irait pas de même avec des êtres pour qui chaque seconde comptait. Surtout en temps de guerre.
Les druides n'étaient pas en guerre. Ils étaient dans le progrès, mais également se dirigeaient sans cesse vers le retour à une Pureté que le monde perdait petit à petit. Leur quête était longue ; ils en avaient tiré une patience et une sagesse légendaires.

« Marchons, courons, rions aux éclats. Clapotent les rats, mangent les chats, ah la la la... Marchons, courons... »

Elle chantonnait, telle une enfant retrouvant son paradis perdu. Elle ne cessait de gambader, tandis que le vent se faisait de plus en plus ressentir.
Quant à eux, ils l'observaient.
Elle faisait partie des questions qu'ils se posaient, des éléments qu'ils découvraient petit à petit. Une partie importante du puzzle. Lui qui n'avait jamais revendiqué son nom, juste son image, juste son service auprès du grand Lord. Elle était une petite contradiction à l'immense projet. Une contradiction chantonnante à la tombée de la nuit.

Au vent frais qui frôlait leurs cheveux, ils comprirent qu'ils étaient arrivés à la lisière de la forêt. Etaient-ils arrivés au point de départ? Ne parviendraient-ils jamais à lui? Ou y-avait-il encore un léger espoir?
Ce n'est que lorsqu'ils virent l'imposant manoir silencieux qu'ils comprirent qu'ils étaient enfin arrivés. Le parc dormait. Ses imposants chênes bougeaient leurs branches au rythme d'un vent ni trop fort, ni trop confortable. Quelques ombres bougeaient.
Antoinette Valverde était stupéfaite. Elle n'en dormirait sans-doute plus, observant ce qui avait été le berceau de sa souffrance, mais l'endroit où elle s'était sentie en sécurité pendant quelque temps. Le vestige d'une famille. L'imposante forteresse d'une haine qui incarnait son nom depuis tant de siècles.

Deux hommes arrivèrent.
Il s'agissait de policiers de l'Intendance. Tous étaient sous la charge d'un Serviteur des Ténèbres. La forêt de Gaydon suffisait déjà la protection. Huit policiers effectuaient une ronde. L'immensité des arbres et l'unité de celui qui vivait dans le Manoir laissaient voir une avancée progressive. De milliers d'arbres, on se retrouvait confronté aux huit hommes. Puis venait le temps des elfes. Et enfin, on se retrouvait devant lui. L'unique Mangemort présent en ces lieux.

« Quand est-il arrivé?
— Il y a un mois. Cela a pris du temps.
— Le cousin est-il reparti?
— Oui. Il ne voulait pas rester. Bien trop de choses à faire. Hein?
— Oui.

Le plus jeune tourna les yeux. La petite dame le regardait. Etrangement, il y avait un air de famille. Malgré la fantaisie, une certaine réserve ne quittait pas son regard. Les prémices d'une froideur bien connue.
— Qui est-elle?
— Soeur Antoinette, des Soeurs de la Lumière,
répondit fièrement la vieille femme.
— Il s'agit de sa tante. Antoinette Valverde.
— Ah. »


Ils se mirent en marche.
Le parc n'avait cessé de vivre. Comme si une force essentielle régissait encore les composantes du lieu. Comme si, au final, rien n'avait changé. Le temps n'était qu'en suspend. Dans l'attente prochaine d'un retour, dans l'espoir d'une solution.
Une solution qui venait justement d'arriver.

Quand les deux grandes portes s'ouvrirent, et que le hall entier fait de pierre froide s'offrit à eux, les deux druides observèrent impassiblement les lieux endormis.
Un elfe vint à eux. Ils se présentèrent. Ils étaient attendus. Elle, elle regarda le petite forme de vie avec une certaine émotion. Elle en oubliait même avoir été forcée à venir ici. Les deux policiers repartirent.
On ferma les portes.

L'imposant salon officiel dormait. Des draps blancs avaient été posés sur les meubles. La cheminée était éteinte. Le lustre, toujours aussi brillant, semblait attendre son emploi depuis bien des mois. Il se tenait prêt.
Tant de personnes étaient venues ici. On y entrait comme dans un musée. Une partie de l'histoire. Là où bien des choses s'étaient dites et décidées, là où la vie avait orchestré une petite partie de ce monde. Tout était figé. On avait comme l'impression que des fantômes se trouvaient assis là, près du feu, à discuter, verres de vin à la main. Mais il n'en était rien. Car l'incertitude nocturne régnait toujours.

Ils montèrent les marches silencieusement. Et ils ne remarquèrent pas que, derrière eux, les lumières du hall avaient été allumées.
Antoinette apercevait les souvenirs de son passé. Les courses dans cet escalier, les descentes cérémonieuses et officielles. Les descentes secrètes ; les mystifications. Les rumeurs autour de ces marches de pierre, symbole de l'autorité parentale. Les larmes ne venaient plus, car elles avaient perlé le visage de la cracmole depuis bien longtemps, et pour trop longtemps. Une langueur de l'âme se faisait sentir. Elle était aspirée par la froideur du lieu, par la vie qui semblait être indépendante de ceux qui y résidaient.
Le Manoir vivait, cela ne faisait plus de doute.
Ils traversèrent nombre de pièces qui ne rimaient à rien, pour elle. Les druides, eux, étaient déjà fixés. Ils avaient leur objectif. Le reste n'avait guère d'importance. Mais pour elle, chaque détail comptait. Chaque pièce, bien que défilant trop vite, réservait son lot de surprise. Le temps s'était arrêté pour elle aussi. Elle se perdait dans chaque pièce, ne prenant pas assez de temps pour la découvrir.
Ils n'étaient pourtant que des ombres dans la froideur, des mystères d'une nuit qui touchait à sa fin. Du moins l'espérait-on.

Puis les portes s'ouvrirent.
La chambre n'était éclairée que par quelques bougies. Deux grandes fenêtres donnaient sur l'immense parc. On n'en voyait cependant pas les détails, la lumière des bougies se reflétant sur les minutieux carreaux. Aucun tableau, aucun regard. Près de la cheminée, deux imposants fauteuils en tissu rouge-sang. Au centre, un guéridon de bois noir, où quelques livres se trouvaient posés. Symétriquement disposés, laissés là depuis quelques mois maintenant.
Ils s'avancèrent.
Antoinette resta à l'arrière.
L'elfe pénétra de tout son être dans la pièce. Il s'avança près d'une table de travail installée devant l'une des fenêtre. Les papiers jadis posés ici avaient laissé leur place à des fioles de potions. Il claqua des doigts et deux bougies s'allumèrent à leur tour.
Puis il tourna sur la gauche. Le regard des autres le suivirent et se posèrent enfin sur lui.

Il reposait là.
Les cheveux blancs reposant sur l'oreiller. Ils ne faisaient qu'entourer toujours ce même visage. Plus vieux, plus ridé, mais une certaine force silencieuse n'avait pas quitté ses traits.
Il attendait là.
Et pour cette nuit, toute l'attention se porterait sur lui, Eris Valverde.

Antoinette ne chantait plus.
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Eris L. Valverde


MessageSujet: Re: Le Temple des vents || Solo Ven 9 Oct - 13:16

II.


Spoiler:
 

Pendant neuf mois, Tryan de Saint-Clair avait tout tenté. Il avait commencé ce périple en cherchant l'aide du Mage Brom, célèbre et réputé pour sa maîtrise parfaite de la Sorcellerie. Les deux magiciens étaient arrivés à une conclusion: il était nécessaire d'en arriver aux horcruxes.
Valverde avait refusé. Il ne pouvait prétendre jouer avec la mort. Un seul sorcier le pouvait, et en plus de porter un nom désormais bien célèbre, il demeurait le Seigneur du vieil homme. Et puis quitter un corps, c'était prendre le risque de vivre encore trop longtemps. Jamais pour lui la vie n'avait été une projection. Une mission, certes. Il n'était pas résigné. Il attendait. Si beaucoup auraient pu légitimement s'étonner d'une telle attitude chez lui, elle était explicable par la nécessité de comprendre. La magie runique tenait en elle se secrets, depuis longtemps gardés. Mais à l'image de ceux par qui elle était pratiquée, elle demandait patience, réflexion. Elle s'étendait lentement. Aussi, ses mauvais côtés prenaient le temps de venir à bout de certaines choses. Petit à petit.
Alors de Saint-Clair avait trouvé une autre solution. Si sa propre magie, aussi complexe fût-elle, et celle de Brom n'intéressaient pas le vieil homme, il fallait traiter le problème à sa source. Pendant des jours et des jours, le jeune français avait parcouru l'entièreté des territoires nordiques afin de trouver des druides capables de comprendre. Et il l'avait fait. Non sans risques, non sans peine, car Valverde se refusait à révéler des secrets que seuls les Druides runiques pouvaient préserver. Les ramenant avec lui, il les pria de préserver le corps du vieil homme le temps qu'une solution se trouve. Et c'est ainsi que chaque semaine, pendant ces neuf mois, les deux druides, aidées de Tryan, s'activèrent à maintenir en vie le corps d'Eris Valverde. Ce que le Mangemort Politicien avait fait avec Eccleson, ils l'accomplirent pendant tout ce temps. Une invocation de lieu, le transfert d'un flux vital et régénérateur. A un niveau encore plus élevé que celui invoqué par Valverde à Dublin, pour venir en aide au Ministre de la Magie.

Trois mois plus tard, après des recherches desquelles fut tenu à l'écart de Saint-Clair, les deux druides parvinrent à comprendre ce qui pourrissait le sang du vieil homme. Une incantation runique, les Dits du Très-Haut, et tout ce qu'elle pouvait impliquer de dangereux avait fini par se retourner contre Valverde. Ancestrale incantation runique, elle donnait à un élu un temps donné un somme de pouvoirs runiques que nul autre druide pouvait avoir. Elle lui conférait le devoir de rétablir la pureté dans le monde qui l'entourait. Bien que devenu Druide lors de cette cérémonie, Valverde n'en demeurait pas moins Mangemort. Un Mangemort, qui, déjà à l'époque, avait un poids décisionnel autour de lui et pour la Sorcellerie. Mais l'incantation s'était retournée contre lui. Les runes l'avaient petit à petit détruit, le rendant à peine capable de respirer, et donc, de vivre. Valverde ne s'était pas rendu compte d'une telle avancée non désirée. La fatigue s'était montrée plus grande, mais Poudlard, la guerre en Irlande, la fonction d'Intendant puis celle de Directeur de l'Education du Peuple lui avaient pris du temps et de l'énergie. En peu d'années, il avait considérablement vieilli. Il ne s'était posé aucune question, et ne s'en poserait plus aucune en tous les cas.
Mais Valverde n'avait jamais été un Druide de souche. Il n'était pas né dans les fratries druidiques, n'avait pas appris à contrôler les runes dès son plus jeune âge. Il n'était qu'un autodidacte, certes puissant, mais pas à même d'encourir aucun risque. Seuls les véritables druides pouvaient entièrement contrôler les runes.
C'était ce qu'il avait compris. Et c'est ainsi qu'il avait demandé l'aide de deux druides.

La qualité de Druide élu par sa communauté avait conduit Eris à être connu, et reconnu. C'est ainsi que Tryan parvint à revenir avec deux druides, prêts à l'aider.
Ce qu'avait vécu le vieil homme était irrémédiable. Non sans perdre ses facultés runiques, il en perdrait l'élection réalisée par les autres. Les Dits s'étant retournés contre lui, ils s'étaient par là-même auto-détruits, entraînant le début d'une autodestruction. De même, la pratique de runes se révélerait désormais dangereuses pour Valverde. Et enfin, il semblait évident que les dommages physiques de presque un an de maladie ne partiraient jamais. Des cicatrices ajoutées à l'âme d'un monstre de froideur depuis bien longtemps tombé dans l'autodestruction progressive.

Puis enfin ils avaient trouvé la solution.
Les choses s'étaient décidées en peu de jours. Dans le plus grand secret, Valverde avait été transféré à Gaydon. Sous bonne protection, celui qui avait dirigé le Département de l'Ordre Nouveau se trouvait de retour en Angleterre, après presque un an de retrait en France.
Tryan n'avait pas pu rester. Des affaires l'attendaient, et les druides lui avaient fait comprendre que la cérémonie à laquelle ils allaient devoir soumettre Valverde demandait l'absence de tout être ne contrôlant pas un minimum les Runes. C'était pour cette raison que les deux avaient feint de demander aux gardes si de Saint-Clair était présent. Ce qu'il se passerait cette nuit, à Gaydon, devait rester secret. On y veillerait particulièrement.
Et c'est ainsi qu'ils se trouvaient là, devant un Valverde affaibli mais bien conscient. Le lien d'invocation s'était fait la veille. Un lien plus fort que de coutume, l'avant-dernier durant tout ce processus. Suffisamment fort pour lui redonner de la force pour endurer ce qu'il avait à faire. Un dernier serait réalité lorsqu'il entrerait.

« Une fois dans le Temple des vents, nous ne pourront plus rien faire.
Je le sais.
Peu y sont un jour allés. Nous ne serons d'aucune aide. Il prend la forme qui dépendra de toi, Eris.
Si je meurs, vous expliquerez à Tryan que l'invocation de lien ne suffisait plus. C'est l'ultime solution, quoi qu'il en soit. »

Il s'était assis près de la cheminée.
Iseldir s'était installé sur l'autre fauteuil. Quant à Barraccus, il se tenait près de la fenêtre, devant la table, réunissant les derniers objets importants.

La cérémonie aurait lieu dans le grenier du Manoir. Là où Valverde pratiquait coutumièrement les Runes, avant sa maladie. Une pièce entière de la superficie du Manoir, dédiée à cet art magique complexe et dangereux.
On y était le plus proche du ciel.

On avait coutume de dire que le Temple des vents se trouvait être l'incarnation divine de l'Himmelbjerget, au Danemark. Le lieu même où on passait de Midgard à Asgard, le lieu même où on passait du monde humain et mortel au monde divin. Les runes, actualisation langagière et magique du pouvoir divin nordique n'étaient que le moyen de se rapprocher des Dieux. Les Dieux, ou la Sorcellerie, qu'importait le nom qu'on leur donnait, n'ouvraient leur porte qu'à des rares privilégiés. Inutile de dire qu'Eris Valverde n'était pas un privilégié. Il n'avait pas entièrement rempli sa mission, les Dits s'étant retournés contre son porteur.
Le Temple des vents était la porte de passage. Et le statut non-privilégié du vieil homme était l'unique solution de survie. Si, bien que Druide, on lui refusait l'immortalité divine, les Dieux se devaient de le renvoyer en bonne santé à Midgard. Mais l'épreuve du Temple révélerait ou non cette possibilité. On y délaissait la maladie, mais on y délaissait également la possible immortalité.
Pour beaucoup, cette cérémonie relevait de la trahison nécessaire. Valverde n'avait pas échoué. Les Druides, dans leur entière communauté, oui. Ils lui devaient survie, car c'étaient eux qui n'avaient pas respecté les lois Runiques. Ils avaient confié à un Druide autodidacte les devoirs d'un Druide naturel. Ils avaient élu une personne qui, au sein même de son sang, ne pouvait remplir cette mission. Les Druides se devaient de rendre la vie à cet homme. Mais ils lui prenaient également la potentielle immortalité.

Les minutes passèrent, les trois Druides se retrouvèrent au grenier.
Valverde avait pu marcher, aidé de sa canne à pommeau, et de l'invocation de lien effectuée la veille. Rien n'avait changé. Ou plus encore, tout était resté inanimé le temps de l'absence du propriétaire des lieux. Si le reste du Manoir avait été entretenu pendant son absence, le grenier, lui, restait un antre où personne n'était entré depuis presque un an. De la poussière s'étaient installée. Des livres, ouverts, et quelques plumes encore noircies d'encres, jonchaient les tables, comme si les activités avaient été suspendues soudainement.
Valverde, lui, ne s'en préoccupa pas. Son esprit était trop concentré à ce qui allait advenir de ce qu'il vivrait. Il n'y avait aucun doute: s'il le faisait, c'était bien pour découvrir cette partie qu'il ignorait encore des Runes. L'instinct de survie n'y prenait guère son compte. Et pour tout dire, il pensait même qu'il n'y survivrait pas. Qu'il errait à jamais dans le Temple des vents, esprit vagabond ne trouvant jamais le repos. Le reste ne l'intéressait pour le moment pas.
Quant aux autres, ils avaient déjà pris leurs marques.
Au sol, avec de la poudre grise, ils avaient tracé trois cercles, entrecoupés de symboles runiques. Poussière de pierres invocatoires druidiques, les cercles gris formaient une protection liées à l'invocation runique. Elles étaient une autre forme de matérialité magique, une partie de ce qui avait été un jour prononcé, un jour invoqué.

Le vieil homme s'installa au milieu.
Debout.
Plus tard, il tomberait. Cela ne faisait pas de doute. Il le savait, et cela faisait partie intégrante des risques d'une telle invocation.
Les deux autres Druides, placés à l'extérieur du cercle, se positionnèrent en diagonal. Les trois formaient une ligne, mais également un tout. L'appel invocatoire, l'accomplissement et la réalisation.

La dernière pièce fit son apparition.
Les elfes s'en étaient très soigneusement occupés. Portée en lévitation, vêtue d'un simple habit blanc, elle semblait endormie. La souffrance ne se lisait plus sur l'oeil de la vieille femme. Elle était apaisée. Apaisée pour le dernier moment de son existence.

« Is Gefu Eohl Dragaz... Is Gefu Eohl Dragaz... Is Gefu Eohl Dragaz... Rad Gefu Dragaz. Nous t'appelons, Ô Prêtre de tous les êtres de la Nature. C'était Baraccus, le premier, qui parlait. Toi, le Très-Haut, tu as confié à l'un de tes fils la mission de purifier ce monde. Reprends-lui cette mission. Is Gefu Eohl Dragaz... Is Gefu Eohl Dragaz... Is Gefu Eohl Dragaz... Rad Gefu Dragaz. Fais-le entrer là où ceux qui Vivent décident. Is Gefu Eohl Dragaz... Fais-le entrer là où ceux qui Meurent errent avant de découvrir ce que la Lumière leur cache. »

Une légère lumière grise et blanche s'était levée. Valverde, les yeux fermés, sombrait déjà là où on déciderait ce qu'il adviendrait de lui.
Iseldir fit un geste de la main.
La robe blanche d'Antoinette Valverde se couvrit de sang.
Le neveu, lui, ne bougea pas.
Le sang coula. Gouttes après gouttes.
Ils étaient unis, le temps d'un sacrifice.

« Nous t'offrons le Sang de sa famille. Notre contribution est Tienne désormais. Accepte ton fils. Les Vents doivent cette nuit le juger. Accepte ton fils ! Is Gefu Eohl Dragaz... Is Gefu Eohl Dragaz... Is Gefu Eohl Dragaz... Rad Gefu Dragaz. Nous t'invoquons, Ô Prêtre de tous les êtres de la Nature ! »

La lumière n'avait cessé de monter tandis qu'à nouveau, Valverde se transformait en torche de sang.
Il chuta lourdement tandis que le blanc et le gris recouvraient toute la pièce.
Barraccus et Iseldir entrèrent en invocation de lien.
Il était désormais entre les mains du Temple.

*


Valverde marchait dans les bois. Cela avait tout l'air d'être ceux de Gaydon. Ceux qu'il avait toujours parcourus, depuis qu'il était enfant. Il s'y sentait chez lui, sensiblement en sécurité et en cohérence avec ce qu'il avait à faire quotidiennement.
La forêt avait toujours été quelque chose de ressourçant, de revigorant. Une manière de lui rappeler sa qualité de mortel, éphémère dans un monde d'idées qu'il fallait cependant purifier. Elle se trouvait être l'incarnation même de la Sorcellerie. Image de la Nature, elle aussi fragile que puissante, démiurge implacable qui ne laissait rien transparaître. Saisons après saisons, elle se tenait toujours là.
Des feuilles mortes craquaient sous ses pieds. La nuit était tombée. Et pourtant, les arbres n'étaient pas nus. A quelle saison pouvait-on être? Valverde leva ensuite la tête. Bien que lumineux, le ciel nocturne ne laissait guère voir de lune.
Le vieil homme ne s'exaltait guère devant ce spectacle. Uni à la Sorcellerie, il n'en était pas moins le même. Son expression demeurait terrifiante de froideur. Parce qu'il n'y avait rien dans ce regard de glace, figé dans le temps et les idées. Aucune envie, aucune colère, aucune soif de sang ou de vengeance, aucune vie. Valverde n'avait plus d'âme, de même qu'il n'avait plus de coeur. Sans-doute était-il déjà un fantôme parmi les vivants.

Mais il ne se posait aucune question. Il en avait presque oublié la raison de sa présence.
Impassible, il regarda devant lui. Une lueur avançait, plus rapidement que lui. Le vieil homme ne se sentait guère fatigué. Il avançait calmement, évitant les branches, les morceaux de bois au sol. Il ne vit pas que sa robe rouge-sang était désormais noire.
Tout en marchant, il mit quelques minutes à se rendre compte qu'une personne tenait cette lueur, incarnée dans une lampe tenue solidement.
Ne devait-il pas être seul?

Il se retourna.
Il n'y avait personne. La forêt de Gaydon dormait paisiblement. Pas un seul bruit de vie. Pas un seul souffle de vent...
Quand il se remit en marche, la lumière jusqu'alors observée de loin se trouva juste devant ses yeux. Ce premier éblouissement ne lui permit pas de voir la silhouette qui se tenait juste derrière. Une petite fille, elle qui paraissait cependant si grande quelques secondes plus tôt, vue de dos. Elle le regardait, amusée.
Il ne mit guère de temps à comprendre que la petite Jeanne se tenait devant lui. Il vacilla quelque peu. Du moins, intérieurement. Il sentit son corps devenir autre, peut-être plus humain, et peut-être d'autant plus monstrueux.

« Tu en as mis du temps ! Je t'ai apporté quelque chose.
Que veux-tu dire?
Elle tendit une dague où quelques symboles runiques dessinaient un manche de bois noir.
Où l'as-tu eue?
Ca n'a aucune importance, Eris ! Le monde est cruel. On a toujours besoin de quelque chose pour se défendre.
Le monde est monde, Jeanne. La souffrance en a toujours fait partie. Tout comme la facilité.
La facilité, cette éternelle facilité dont tu ne démords pas. L'enfant parlait étrangement avec autant d'éloquence qu'une femme bien plus certaine d'elle. Tu sais bien que tu peux en finir, maintenant, avec ce que tu as entre tes mains. Ailleurs, c'est un enfer. Entre, et délaisse toutes tes peines. »

Valverde ne parlait pas.
Son intimité était depuis tellement d'années fermées au monde et à la Vie qu'il ne pouvait entendre ce qu'on lui disait. Mais sortant de la bouche de Jeanne, les choses se présentaient comme complexes. Plusieurs heures étaient sûrement passées, ou bien quelques minutes seulement. Le temps n'avait plus d'importance. Son corps n'était ici pas vivant.
Quant à son âme...

Les yeux de Jeanne n'étaient pas les mêmes. Quelque chose avait singulièrement changé. Valverde avait plongé les siens dans ce regard qu'il avait tant lu. Et l'enfant, pourtant autrefois si fragile, ne semblait pas déstabiliser. Et pourtant ; nombreux furent ceux qui ne purent soutenir un regard tel que celui du Mangemort Politicien.
Quelque chose de troublant avait lieu.
Peut-être avait-elle raison. Une autre vérité s'était dessinée ici. Et quoi de moins horrible que de se promener à jamais dans ces bois synonymes d'enfance. Prendre la dague, en finir avec une vie qui ne l'avait jamais intéressée. Une vie de haine, où la Sorcellerie avait désormais d'autres fils pour la défendre.
Il ne sut pas déterminer combien de temps ils restèrent ainsi, l'un face à l'autre. Ce qui arrivait bien souvent en quelques secondes semblait ici s'étendre à n'en plus finir. Ses coutumières observations sur les moindres traits des visages de ceux avec qui il parlait ne prenaient guère de temps, mêlés à d'autres activités ou considérations.
C'était comme si l'enfant s'attendait à être observée, et que tout avait été fait en sorte pour que cela en soit ainsi.

Ni hommes, ni femmes. Ni bourbistes, ni Ministère, pas un Mulciber rodant dans les parages, suivi de près par un Witcher bien mou seul. Pas de Minerva McGonagall. Il n'y avait plus personne. Eris, la forêt de Gaydon et Jeanne. Et Jeanne.
Il la regarda.
Ses yeux durent changer, car la petite fille battit des paupières. Une première, depuis le commencement de la discussion.

« Qui es-tu?
Tu le sais Eris. Je suis toi. Je suis celle qui relie les mondes. Le tien et le leur. Celle qui à l'origine de tout.
Comment te nomme-t-on, ici?
Pourquoi veux-tu le savoir?
Dis-moi ton nom.
Je suis celle qui garde et qui ronge. Celle qui protège la Source, mais qui ronge le tronc. Celle-là même qui est aux commencements de ton être. »

Sentinelle gauche, oui. Sentinelle droite, non. Préserve ton coeur de la pierre.


Il fit un hochement de tête.
Quand à Jeanne, elle sembla soudainement très triste. Elle avait perdu son sourire. Car elle avait compris qu'il en était fini de sa protection.
Et le dragon se mit en marche.

Nidhogg, dans les mythologies nordiques, était ce dragon-serpent protecteur Hvergelmir, la source de Vie aux racines de l'Yggdrasil. Il était à l'origine du monde, protecteur mais également danger. A chacun son propre serpent, et Nidhogg avait pris l'apparence de Jeanne Sturluson, cette petite enfant moldue tuée en pleine amitié avec Eris Valverde.
Jeanne était l'origine de tout. La source de l'existence du Mangemort Politicien. Elle avait été à la fois sa protectrice, capable d'éveiller en lui une curiosité et une intelligence peu communes. Mais, à sa mort, elle avait été la source de sa destruction. Elle avait petit à petit rongé l'âme de Valverde, au point même que son souvenir soit la cause d'une haine destructrice pour le sang Moldu.

Le vieil homme suivit la silhouette.
En tombant dans la facilité, il se serait perdu dans cette forêt, comme on se perd dans la forêt de Gaydon lorsqu'on n'est pas invité au Manoir.
Le Temple des vents prenait la forme qu'il lui disait. Et cela avait été qu'une première épreuve.

Quand ils arrivèrent à la lisière de la forêt, une porte noire, ouverte, les attendait. Jeanne observa Eris. Elle ne disait désormais plus rien. Il ne la regarda pas, lointain souvenir d'une vie qu'il avait perdue à ses onze ans.
Lorsqu'il passa la porte, cette dernière se referma. Gaydon disparut, et il se retrouva au coeur même d'un lieu qu'il connaissait particulièrement bien.

La salle d'audience numéro neuf du Ministère de la Magie s'était imposée à lui. Rien n'avait changé. Toujours les mêmes dossiers, empilés soigneusement, trace de la présence d'un être qu'il connaissait bien. Ici s'étaient tenues nombre de Commissions du Sang, du temps où le dernier niveau du Ministère de la Magie avait accueilli les locaux du Département de l'Ordre Nouveau. Et pas n'importe quelles Commissions du Sang. Lui-même, en sa qualité de Directeur du Département de l'Ordre Nouveau, avait assuré certaines Commissions du Sang, et toutes les Commissions de Sécurité. Et ce n'était pas un hasard si, justement, toutes celles-ci avaient eu lieu dans cette salle.
Il s'installa là où même quelque force étrange le poussa à s'installer. Sur le siège des interrogés, face à l'immense pupitre noir qui dominait la salle. Personne ne s'y était installé.

Une porte s'ouvrit.
Une vieille dame passa plusieurs fois, déposant plumes et matériels d'écriture. Valverde l'observa froidement, petite femme au chignon bien marqué et à l'air particulièrement perdu. Elle, elle ne le regarda pas.
Elle disparut, tandis que d'autres pas se firent entendre.
Valverde ne put déterminer d'où ils venaient. Mais il comprit qu'ils se rapprochaient.
Un enfant s'installa au pupitre.

« Dossier n°. Interrogé, Eris Leddicus Valverde, de sexe masculin, ancien Juge au Magenmagot, ancien Directeur du Département de l'Ordre Nouveau auprès de l'Intendance, ancien Conseiller des Ministres de la Magie d'Angleterre Jugson, Mulciber et Eccleston, ancien Inquisiteur de Poudlard, ancien Intendant du Royaume-Uni, ancien Directeur du Département de l'Education du Peuple et de la Culture, Mangemort et Mage-Commandeur de l'Ordre de Salazar. Interrogateur, Eris Leddicus Valverde, ancien Juge au Magenmagot, ancien Directeur du Département de l'Ordre Nouveau auprès de l'Intendance, ancien Conseiller des Ministres de la Magie d'Angleterre Jugson, Mulciber et Eccleston, ancien Inquisiteur de Poudlard, ancien Intendant du Royaume-Uni, ancien Directeur du Département de l'Education du Peuple et de la Culture, Mangemort et Mage-Commande de l'Ordre de Salazar. »

Celui qui venait de prendre place était cet enfant qu'il avait tant de fois vu dans ce miroir. Lui-même, à l'âge fatidique de onze ans. Les cheveux noirs, bien coiffés, le regard pénétrant d'une haine toute jeune, à peine arrivée, qui a longtemps mijoté.
Selon toute évidence, l'enfant serait impassible.

« Monsieur Valverde, savez-vous pourquoi vous êtes ici?
Parce que je l'ai choisi.
Le vieil homme tourna la tête. Les gradins s'étaient étrangement peuplés. Il vit des livres, sa propre mère âgée assise aux côtés de sa grand-mère. Son père avait sans-doute du s'absenter pour une affaire urgente au Ministère. Assis les uns à côté des autres, Menroth, Malfoy et LeeRoy regardaient impassiblement celui qui n'avait rien fait pour empêcher leur chute. Une enfant, placée presque dans le noir, dans un coin haut des gradins, pleurait, et saignait. Au point que plusieurs gouttes de sang tombaient sur le rang du dessous.
Regrettez-vous vos actes passés? Pensez-vous avoir mené à bien la mission qui vous était assignée?
Seule la Sorcellerie peut en juger.
Ne la suis-je pas?
Aucun être n'est la Sorcellerie même. Menroth rit.
Ceux qui la représentent et la défendent en font partie.
C'est vrai. Ai-je dit le contraire?
Non. L'enfant attendit un temps. Regrettez-vous le sang qui coule sur vous?
Valverde attendit quelques secondes. Il sentit du mouvement dans la salle. Trois élèves de Poudlard s'étaient installés.
N'est-il pas nécessaire pour que je me tienne devant vous?
Le considérez-vous comme un paiement?
Je n'ai pas à le considérer. C'est à vous de considérer ce que l'on vous donne. Le souffle vital n'est qu'à jamais lier à la Sorcellerie. Une mort n'est qu'une mort pour elle. Une mort pour la Nature. Ceux qui meurent ne sont que sauvés. »

L'enfant rit à son tour.
Catherine Valverde se leva, descendit la seule marche qui la séparait du centre de la salle d'audience. Elle s'avança vers son petit-fils, à qui elle sourit. Puis elle planta trois coups de couteau. Un dans le dos, un dans la gorge et l'autre dans le ventre.
Valverde sentit, pour la première fois, une vive douleur. Quelque chose le paralysait. Il ne parvenait plus à respirer, il ne contrôlait plus qui il était.
Sa grand-mère retourna s'installer.
Le sang du vieil homme se déversait petit à petit sur sa robe blanche.

Quand il releva la tête, il vit qu'il ne se trouvait plus au Ministère, mais dans une cellule.
Son sang ne coulait plus. Sa robe, devenue rouge, tremblait.
Il avait froid. Un vent glacial passait entre les différentes pierres de la geôle.

« Bonjour, Eris... souffla un homme qu'il ne connaissait que trop.
Bonjour, Dren.
Je ne vois q't'as toujours pas réussi à sortir d'ici. C'est sûrement qu't'en as pas assez dites, de choses ! Après tout, on est d'bons amis, hein ! »

Plus faible qu'un enfant, tu te tiens là, allongé, et tu attends.
Ils ont longtemps dit que Voldemort était le pire des monstres. Mais c'est faux. Il a tenté de rétablir une justice depuis lors corrompue.
En temps de guerre, ils ne valent sans-doute pas mieux.
Et tu le vois lui, tout grand qu'il est avec sa moustache rousse. L'ignoble cracmole qui t'interroge depuis des jours et des jours. Cela prendra peut-être fin. Tu as voué le reste de ta vie dans cette prison, depuis 1981. Tu attendras la mort comme tu attendras Son retour. L'un et l'autre ont la même valeur. Car ta vie n'a plus de sens et ceux qui ont toujours voulu pourrir la Sorcellerie t'y ont mis volontairement.
N'est-ce pas?
Ce n'est que la preuve de la justification de ton combat. Celui de rendre une Sécurité à la Nature et à la Sorcellerie, rétablir la puissance Naturelle et une domination Sûre et Salvatrice. Tu crois en cela, plus qu'en n'importe quoi d'autre.
Plus qu'en la bêtise et à la facilité humaine.

« Mon p'tit vieux, va falloir que t'parles un peu. On est pas sortis, sinon !
Tu ne réponds pas.
T'le savais ou pas?
Commet pouvais-je le savoir?
Toi et les tiens, vous communiquez, ça s'sait.
Pensez-vous votre prison si faillible que la théorie d'une conversation commune vous semble la plus pertinente?
Il attendit, perplexe.
Tu ne scilles pas.
Pas d'question. C'moi qui pose la question, ouais? Qu'est-ce que t'sais de c'qui c'est passé à la Coupe du Monde? Hein? »


La même moustache, cette même odeur horrible qui laissait penser que cet homme était né à Azkaban, qu'il avait toujours vécu à Azkaban. Fils d'enquêteurs, petit-fils d'enquêteurs, futur père d'enquêteurs, sa vie se résumait à cette humidité moite et fétide.
Il lui lança de quoi manger.
Valverde ne lui lança qu'un regard glacial. Regard qui n'avait pas changé après toutes ces années. Regard qui en disait long sur un détermination qui n'avait guère failli.

« T'manges pas? Réponds ! T'manges pas, pépère? Mon p'tit vieux? »

Eris n'eut guère le temps de le regarder qu'un coup vint s'abattre sur son visage ridé et froid. Il perdit connaissance, entraînant avec lui l'odeur d'humidité et de moisissure.

« Mon p'tit vieux, va falloir que t'parles un peu. On est pas sortis, sinon ! T'le savais ou pas?
Commet pouvais-je le savoir?
Toi et les tiens, vous communiquez, ça s'sait.
Pensez-vous votre prison si faillible que la théorie d'une conversation commune vous semble la plus pertinente?
Pas d'question. C'moi qui pose la question, ouais? Qu'est-ce que t'sais de c'qui c'est passé à la Coupe du Monde? Hein? »


Sentinelle gauche, oui. Sentinelle droite, non. Préserve ton coeur de la pierre.


Le vieil homme s'éveilla.
Dern était toujours.
Depuis quand étaient-ils ici? Y-aurait-il une fin? Il tenta de bouger. La nourriture pourrissait sur lui. Celle-là même que les rats avaient refusé de manger.

« Décidé à parler? »

Ce n'était pas sa voix.
Entouré par ses parents, Valverde n'avait pas perdu de sa froideur. Les deux se tenaient à sa droite, tandis que les yeux du vieil homme se fatiguaient progressivement. Son sang ne cessait de couler sur sa bouche. De violentes douleurs lui venaient des côtes, et des mains. Les premières étaient endommagées. Sûrement cassées. Dans les autres, on percevait quelques bouts de verre.

« Acceptes-tu de laisser là ce que tu as acquis?
Valverde mit du temps à répondre. Ses convictions étaient rongées. Ce pourquoi même il s'était battu, ce qui avait été la recherche entière de sa vie pouvait prendre ici fin.
Ce serait peut-être la fin.
Si, dans la forêt de Gaydon, il n'avait rien senti de sa fatigue, il percevait des douleurs qu'il ne pouvait nommer. Son corps s'usait. Il ne pourrait sûrement pas se lever. Pas de si tôt. Quelle liberté pouvait-on lui proposer?
Veux-tu être libre, Eris?
Je l'ai toujours été. Mes souvenirs sont ici. Mon âme est ici. Ce que je suis là-bas n'a pas d'incarnation. Je ne suis qu'une arme. Et c'est à la Sorcellerie de décider s'il encore nécessaire pour elle de se servir de moi.  »

Sentinelle gauche, oui. Sentinelle droite, non. Préserve ton coeur de la pierre.


Le vieil homme eut la sensation de chuter.
Ce qui l'entourait disparut tandis que son corps tombait rapidement, dans le vide. Il n'avait pas l'instinct de se rattraper à quelque chose, comme s'il était tout à fait naturel de tomber.
Son corps exprimait cependant la peur même de la chute.
Il se sentait vide d'un poids qu'il portait depuis le début. Quelque chose s'était retiré en lui, quelque chose qu'il ne remarquait que maintenant, désormais qu'il était parti.
Il ne semblait plus saigner. Mais une violente douleur à la tête vint lui rappeler la réalité des choses. Il chutait, ne faisait que chuter, et son coeur s'affolait dans un corps désormais encore plus vieux.

*


Quand le dernier sursaut lui fit ouvrir les yeux, Valverde se tenait allongé, au sol.
Les deux Druides étaient tombés eux aussi.
Antoinette Valverde lévitait toujours. Mais son sang ne coulait plus. Elle était morte depuis bien longtemps.
Le vieil homme se sentit nu, ou blessé, comme si quelque chose l'avait abandonné.
Instinctivement, il se releva. Il mit du temps, ses membres ne répondant pas automatiquement. Il regarda autour de lui. Les choses n'avaient plus de signification.
Et il manquait du lumière.

Il fit un geste vers les différentes bougies.
Il se passa rien.
Il tourna autour de lui-même, comme pour chercher une solution qui ne venait pas d'elle-même. Il lui manquait sa baguette. Il l'avait laissée en bas.

Cette nuit, quelque chose l'avait délaissé.
Il ne contrôlait plus l'incantation runique. Son regard froid sembla cependant perdu quelques instants. Les choses se passèrent rapidement. Antoinette Valverde s'écroula sur le sol, le corps ensanglanté. Il ne vit pas les Druides partir.
La cérémonie était terminée.
Et le Temple des vents avait repris la maladie, et la source même de celle-ci.
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Le Temple des vents || Solo

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