POUDNOIR
Cher (e) Sorcier (e),
Tu viens de débarquer dans un monde de la Magie subissant la dictature cruelle et sanglante de Lord Voldemort !
Un Monde où tout n'est que pouvoir, les faibles ne survivent pas ou suivent péniblement les forts.

Poudnoir est un forum qui se veut le plus réaliste possible ainsi la violence des combats et l'atmosphère de cette dictature est retransmise le mieux possible.
Auras tu le courage de nous rejoindre ?
Forum RPG Harry Potter Post-Bataille de Poudlard

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Tout est politique || Al || Terminé

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Joe Emerald


MessageSujet: Tout est politique || Al || Terminé Jeu 26 Mai - 12:55


« Tony, Tony, Tony...qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de toi, tu peux me le dire ? »

Il était assis sur un des tabourets, accoudé au bar du Emerald's. Costume impeccable et cigare à la bouche, Joe affichait une mine paisible, presque souriante, loin de l'image du parrain en colère qui aurait pourtant collé à la situation. Ca faisait des mois que Tony Braggs l'emmerdait, pourtant. Emerald l'avait embauché pour jeter un œil sur les call-girls qu'il fournissait à ses clients, mais elles se plaignaient de lui depuis un bail, et quand une d'entre elles avait carrément fini par disparaître, il avait décidé que c'en était trop. Ils sont marrants, ils croient réellement que je ne vais rien faire. Joe était un patron libéral. Tant qu'on lui payait ce qu'on lui devait, tant qu'on lui obéissait, il passait à peu près tout à ses hommes. Il estimait gérer une entreprise. Certes, illégale, mais c'était une boite comme une autre, au fond, et les consignes y étaient claires. Elles se résumaient à « faites ce que je vous dis » et « j'embauche pas de tarés ». On cognait sur des gens si on recevait l'ordre de le faire, on piquait de l'argent si la consigne était donné, et on ne prenait pas d'initiative sans l'accord préalable du patron. Joe se foutait à peu près de la vie privée des gars qu'il dirigeait, qu'ils se cament ou non, qu'ils voient des filles ou non, qu'ils soient violents avec leur famille ne l'intéressait pas. Il voulait juste des gens clean, raisonnables, pour bosser. Le reste dégageait, ils n'étaient pas pros, juste barges. Je te vois te marrer,  Tony Braggs, je sais que t'as pas peur de moi, tu te dis que je vais rien te faire. Tu te plantes, gamin, tu te plantes. Joe se leva tranquillement.

« T'es un foutu emmerdeur, Braggs. Je te file un boulot, je te fais confiance, t'essaye de ruiner mon business. Tu la joues solo. Faut que je fasse quoi, selon toi ? Je ferme ma gueule ? Je crois pas, non. Je crois surtout qu'on peut plus bosser ensemble, ça c'est clair, mais qu'en plus, faut t'apprendre la vie. »


Il était debout, très droit, cigare aux lèvres, toujours souriant, maintenant. Braggs était allongé par terre, on l'avait déjà bien amoché – Howlands, l'associé de Joe, l'avait ramené de force. Pourtant, Tony trouvait encore le moyen de se marrer.

« Vous allez pas me tuer, Joe. Vous tuez jamais personne.

-T'en es bien certain, mon gars ? »

En un instant, il saisit le tabouret et l'écrasa littéralement sur la gueule de l'autre abruti, qui dut se faire assommer d'un coup.

« Tu devrais pas trop t'avancer. Jude, balance moi ça dans la Tamise. 10 contre 1 qu'il y survit pas. »


Il ne fallait pas sous-estimer Joe Emerald. Il ne tuait en effet jamais personne, ou presque. Mais les gens qui l'emmerdaient disparaissaient. Soit il filait des tuyaux à la police magique par sa femme, et c'était le ministère qui dessoudait les gens pour lui, soit les gens s'évanouissaient dans la nature, le plus souvent balancés dans la Tamise, sans papiers, sans moyens d'identification possible – les moldus devaient se demander ce qui se passait. Il leur laissait une chance : il pouvait bien arriver qu'ils réussissent à ne pas crever de froid, à ne pas être aspirés au fond du fleuve. Joseph restait un bookie, et en bon bookmaker, il avait souvent appris à compter avec le hasard. Le hasard est à la vie ce que la chance est au destin : c'est à dire tout, et pas grand chose. Tout se contrôle. Je contrôle tout. Il était cependant vrai que Joseph Emerald ne tuait pas autant que les autres parrains de la pègre ailleurs au Royaume-Uni. Emmett Vance, le Sorcier de Manchester, en alignait quatre par jour. Mais Joe fonctionnait de manière plus libérale. La corruption marche, si elle ne marche pas, alors c'est qu'ils sont barges et dangereux pour tout le monde. Là, il éliminait. C'était un jeu où il était flic, juge, et bourreau. La Justice, c'est moi.

« Allez, on remballe, à demain. »


Il faisait régner l'ordre, il l'avait toujours fait régner. Joe était dans le politique, dans la politique, depuis toujours. Simplement, le circuit classique ne vaut rien, il est plein de failles, il ne représente pas la vraie vie. Ce n'est pas aussi simple. La plupart des gens se foutaient du bien et du mal, ils voulaient juste vivre, et faire du profit. Le fric gouverne le monde, c'est pour ça qu'on m'y écoute. Et peu importait, finalement, à Joe Emerald d'être respecté par un camp ou par un autre ou même de choisir son camp. Je lutte pour moi-même, pour arriver au sommet. Pour moi aussi, tirer du fric de la machine. Il ne parlait pas d'idéologie. Il demandait aux gens, tiens. Est-ce qu'on aura encore des clients ? Est-ce qu'ils vont augmenter les impôts ? Est-ce qu'ils vont s'intéresser à nous, puisqu'on galère, qu'on nous écrase ? D'accord, c'est bien de se dire qu'on est égaux même si on n'a pas les mêmes racines. On le sait qu'on vaut plus qu'eux, la soit-disant Elite, puisque nous on sait ce que veut dire le mot travail, et on sait qu'on est capable de diriger, la preuve, regardez moi, j'ai survécu, je les aie envoyé en taule. Bon, et après ? Est-ce que le MpM peut rouvrir Poudlard ? Est-ce qu'ils vont alléger les impôts ? On sait pas, ils s'en foutent, c'est des idées, il n'y a pas de plans concrets derrières. Non, ce qui compte, aujourd'hui, ce de ne pas mourir de faim, c'est d'arriver à avoir des gallions, sur son compte à Gringotts. La politique, c'est dépassé, il faut se préoccuper de l'économie, il faut qu'on nous représente vraiment.

Joe Emerald parlait avec des mots simples, et on l'écoutait, on l'admirait, mais est-ce qu'on voterait pour lui ? Il avait vraiment l'idée qu'il pouvait être élu et que ça servirait ses propres intérêts, sur la base des commerçants qui l'admiraient et le respectaient, sur l'immense majorité du peuple qui ne voulait pas d'emmerdes ni de conflits mais juste vivre. Oui, il pouvait consolider sa position, virer les idéalistes, et finir par casser la gueule aux puristes. Mais il fallait qu'il sache, au final, si les commerçants, qu'il croyait véritablement acquis à sa cause, voteraient réellement pour lui ou non. Autant vérifier directement auprès d'eux, s'était-il dit, et pour ça, il avait toujours de bons prétextes. Il pouvait commencer par ce vieux Vega. Malgré ses lubies sur les Black – bon Dieu, ce qu'il avait pu rire avec ça à Poudlard, où ils étaient à Serpentard ensemble – ils s'étaient toujours bien entendu, sans doute grâce à un sens commun de la magouille. Il arrivait encore qu'ils bossent ensemble, et Joe était le parrain de son plus jeune fils, Aldébaran – Al, mais Joe aimait bien l'ennuyer avec ça. C'était un bon garçon, un poil influencé par Tom lorsqu'il était jeune. J'ai l'impression d'avoir passé ma vie à Poudlard pour entendre leurs profs dire qu'ils se cognaient dessus. Lui, l'ancien préfet, tout de même, il aurait pu dire quelque chose. Il n'avait jamais rien dit, pour la bonne et simple raison que Joe trouvait qu'une bonne vieille amitié autour de quelques coups de battes durait en général à la vie à la mort. Quant à Al en lui-même, c'était un brave gosse et c'était devenu un adulte que Joe appréciait.

Aussi lorsqu'il passa la porte de la boutique des Holmwood-Black ce jour là – la raison officielle était qu'il venait prendre une commande, Joe préparant toujours des potions plus ou moins illicites revendues à prix d'or à ses clients qui souhaitaient, hm, planer – il eut un large sourire en voyant son filleul :

« Ah, mon petit Aldébaran, comment va ? »
Il lui donna une bourrade amicale et regarda autour de lui. « Ton paternel est pas là ? » Il fumait toujours son éternel cigare. « Je viens retirer la commande habituelle. » Joe posa une liste sur le comptoir. « Semaine calme, chez vous ? »


Dernière édition par Joe Emerald le Mer 13 Juil - 12:07, édité 1 fois
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Al Holmwood-Black


MessageSujet: Re: Tout est politique || Al || Terminé Sam 28 Mai - 0:10

Être le cadet, chez Holmwood-Black, avait du bon. Bien sûr, on n'était jamais que le petit dernier, mais ça permettait aussi d'échapper aux corvées que l'héritier du trône récupérait systématiquement. Ce matin-là, ça n'avait pas manqué. Au petit déjeuner, Vega avait annoncé qu'il devait se rendre chez un de ses fournisseurs, un sorcier à moitié branque qui vendait la meilleure gamme de champignons magiques de la place. Les jumeaux connaissaient bien ce type ; dans les quatre-vingts-ans, vivant seul, bavard comme pas deux et d'une propreté douteuse. Il ne livrait pas : il fallait se déranger pour prendre possession des produits, et rester déjeuner était une obligation. Le vieux fou n'était pas mécontent de voir du monde de temps en temps, et il faisait durer le plaisir. Al était allé deux ou trois fois chez lui ; on se tapait l'apéro, la visite de l'exploitation, l'apéro, des tas d'explications sur les différents champignons, l'apéro, et le repas improbable dans des assiettes dont la couleur d'origine demeurait une énigme bien cachée sous une épaisse couche de saleté.

-Au fait, il faut que l'un de vous m'accompagne chez Newell,
avait annoncé Vega ce matin-là, brisant l'habituel silence qui accompagnait le repas. Tiens, Orion, par exemple, tu vas venir avec moi.

C'était joué d'avance. Al avait baissé le nez vers ses œufs brouillés, un petit sourire narquois aux lèvres. Orion, en sa qualité d'aîné, était choisi neuf fois sur dix pour ce genre d'expéditions. Le prince héritier avait hoché la tête, la mine renfrognée, et le regard pétillant de malice de son jumeau n'avait rien fait pour arranger son humeur. Al échappait souvent aux visites aux fournisseurs, Vega estimant qu'Orion prendrait la direction de la boutique après lui et qu'il convenait donc de l'initier plus complètement aux arcanes du métier. Il baladait son fils aîné comme un trophée, fier de le présenter à ses partenaires, sans paraître réaliser que quelques minutes à peine séparaient Orion de son frère. Les jumeaux en riaient entre eux, mais devant Vega, il n'était pas question de discuter. Pressé par son père, Orion expédia son petit déjeuner, tandis qu'Al le narguait en prenant ostensiblement son temps.


-Dire que moi, à midi, j'vais bouffer dans des assiettes propres...
lâcha le fourbe à mi-voix, profitant de ce que Vega avait le dos tourné.

Il y gagna un coup de poing de son frère, facilement paré, et, rigolard, descendit ouvrir la boutique. Sa belle humeur ne dura guère. Le Chemin de Traverse était d'un calme déprimant, ces derniers jours. Après deux heures et demie sans voir personne, Al songeait presque à remonter se coucher. Au moins, roupiller, ça passait le temps... alors qu'à garder une boutique vide, on s'ennuyait ferme. La musique rock qu'il avait mise dès l'ouverture ne suffisait pas à combattre la morosité ambiante. Il finit par avoir un client, puis deux. Pas de quoi se rouler par terre en chantant l'hymne national, non plus. Les heures continuèrent de passer, lentement, à peine entrecoupées par de rapides visites à l'étage pour vérifier que Grandma se portait bien.

La clochette tinta à nouveau, pour la troisième fois, et un client intéressant passa enfin la porte. Joe Emerald, père de Tom, honnête commerçant et parrain d'Al. D'Aldébaran, même. Tu sais, parrain, quand tu m'appelles comme ça, j'ai envie de t'éclater la gueule. Te claquer la tronche contre le comptoir, là, recta, comme j'ai vu un de tes gars le faire pour ramener un insolent à la raison. Si je pouvais, je le ferais. Bon, je te connais assez pour savoir que ça finirait mal pour moi, alors je me contente de soupirer lorsque tu me balances mon prénom complet, et ça te fait marrer. Vieux con, va. Mais je t'aime bien quand même, finalement.


-Non, mon père est chez un de ses fournisseurs avec Orion. Tu voulais le voir ? Il sera pas là avant ce soir, je pense. J'lui dirai que t'es passé.

Tout en parlant, il attrapa la liste que lui tendait Joe, et commença à préparer la commande.

-Semaine calme ? Funèbre, tu veux dire. T'as vu le Chemin de Traverse ? Pas un chat. C'est à se demander où ils sont, tous. Heureusement que mon père a eu l'idée de ces cours de potions, ça sauve un peu les meubles... Et chez toi ? Ça marche ? Par les balloches de Merlin, ils puent toujours autant, tes cigares.

Il s'éloigna un peu, grimaçant. L'odeur des cigares de son parrain avait toujours été sujet de débats entre eux.

-Tu veux boire un coup le temps que je finisse ta commande, Joe?

Joe avait ses habitudes chez Holmwood-Black, et on le traitait avec les égards dus à son rang. Plus vieux pote de Vega, c'était un titre qui donnait tous les droits. Comme celui de foutre de la cendre partout avec son putain de cigare, ou de se jeter un whisky en attendant ses produits. Une petite caisse de bois sous le bras, Al interrompit son travail pour demander à Joe :


-Tiens, je t'ai dit que j'avais récupéré une recette de potion vraiment extra ? Jamais vu un truc aussi puissant. Je t'en mets trois flacons gratos, tes clients t'en diront des nouvelles. Si ça te branche, je peux te fournir. À prix d'ami, bien entendu, t'es mon parrain préféré, après tout, ajouta-t-il avec un sourire complice.

Le jeune homme arrondissait ses fins de mois en vendant des potions plus ou moins légales, et l'Emerald's pourrait constituer un marché intéressant pour cette noble industrie. Il n'avait jamais été en affaires avec Joe, mais espérait le convaincre de lui laisser sa chance. Pas de concurrence, surtout, seulement une saine et loyale collaboration, comme il se devait entre gentlemen.

____________________________________
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Joe Emerald


MessageSujet: Re: Tout est politique || Al || Terminé Mar 14 Juin - 12:54


Depuis combien de temps connaissait-il Vega Holmwood-Black ? Quand est-ce qu'il était entré à Poudlard ? Dans les années 52, 53, par là, oui, sans doute. Et dire qu'on était en 98. Ca faisait donc quarante-cinq, quarante-six ans. Presque la moitié d'une décennie à supporter les délires de son vieux camarade. Joseph Emerald possédait une capacité très marquée d'indifférence envers le statut du sang des gens. Il ne pigeait tout simplement pas pourquoi Vega tenait absolument à faire partie de la prestigieuse – en quoi était-elle prestigieuse, d'abord ? C'était un ramassis d'assassins prétentieux et conservateurs, tout ce que Emerald détestait le plus en ce bas monde – maison des Black. Tous les sang purs qu'il connaissait à Poudlard, et il en connaissait beaucoup, vu qu'il était à Serpentard, étaient de sombres connards. Pire que ça, ils détestaient autant Vega qu'ils détestaient Joseph lui-même. Le premier était pour eux un menteur, un faux sang pur, le second à peine mieux qu'un né-moldu, deux prétextes suffisant pour essayer de leur casser la gueule. Ah, ils ont déchanté, bande de connards. Ils doivent encore s'en souvenir.

Joe se battait beaucoup, lorsqu'il était étudiant, mais il fallait dire que tout le révoltait, à cette époque. Les futurs mangemorts étaient devenus ses ennemis dès la première année, lorsque le Choixpeau l'avait envoyé à Serpentard. Parce qu'il était au mieux le cousin pauvre, et au pire un menteur, Vega s'était retrouvé aussi ostracisé que lui. Il fallait bien qu'on se défende. Qu'est-ce qu'il avait pu se retrouver en retenue, il s'en rappelait encore, parce qu'il avait gueulé sur un ou deux Lestrange parce qu'ils essayaient d'emmerder son pote – il était toujours beaucoup plus violent que Vega. C'était sans doute aussi ce qui lui avait valu de devenir préfet.

Après Poudlard, ils s'étaient un peu perdus de vue : Joe devait s'occuper de son père et après il avait fait sa formation d'auror. Liverpool, l'avait éloigné de tout, et de tous ses amis. Lorsqu'ils était revenu à Londres pour s'installer avec Liz sur le Chemin de Traverse, il avait eu la bonne surprise de retrouver les Holmwood-Black. Depuis, ils n'avaient jamais réellement cessé de se fréquenter, et comme il était le parrain de Al, ils faisaient un peu partie de la même famille. Je ne pige toujours pas l'intérêt de ce vieux hibou pour le sang pur, on est toujours plus ou moins malhonnêtes, plutôt plus que moins d'ailleurs, et on fait toujours des affaires. Certaines choses ne changeaient pas. Joe était à peine moins révolté qu'avant envers le monde entier, et les frontières entre ses notions de bien et de mal étaient toujours aussi peu étanches.

Voilà aussi pourquoi il persistait à venir ici, et à faire des affaires. Même en temps de guerre, il n'y a que le fric qui gouverne le monde. Il n'y a que le fric qui fait fermer la gueule à tous ces connards. Le fric sauvait la dignité de Joe Emerald. Il était doué pour s'en faire, et doué pour s'en servir. A plus ou moins bon escient. J'ai rien à me reprocher, moi. Le monde a tenté de m'écraser, alors je lui aie montré que je ne me laisserais pas faire, jamais. J'ai gagné mon pari. Je continue à survivre alors que la moitié de cet univers me déteste. Que le gouvernement me déteste. Souci ? Il a besoin de moi. Et voilà, tout était dit. Il pouvait jurer, sans trembler, qu'il n'avait jamais enfreint la loi – en tout cas pas les mauvaises.

Pour les Holmwood-Black, il s'était toujours posé la question : on leur foutait globalement la paix, eux aussi rendaient pas mal service, mais il ne pensait pas qu'ils maniaient autant d'argent que son petit business. Quoique, qui savait. En tout cas pour Al, son sentiment était à peu près le même que pour Tom : un gentil garçon, pas méchant, pas idiot non plus, malgré leur capacité à se cogner sur la gueule à Poudlard, malgré leurs petites arnaques. Ou grandes. Mais il ne pouvait rien changer à son état d'esprit : Aldébaran et Thomas avaient beau être devenus des adultes, Emerald voyait encore de petits garçons se battant comme des chiffonniers pour un bout de gâteau, que Liz devait séparer de force pour les faire goûter à peu près en paix. C'était une meilleure époque, une époque plus facile, où il n'était pas obligé de s'inquiéter pour tout, tout le temps. Plus ils vieillissent, plus ils font n'importe quoi. Je peux toujours me foutre d'eux et être le gentil tonton gâteau, mais il y aura toujours ce vieux fond d'inquiétude. Il fait un sale temps dehors, un temps à ne pas mettre un aveugle dehors – les jours sombres vont revenir, bientôt. Un sale temps pour les braves, et je sais que vous l'êtes, mes garçons, comme moi je l'étais, sûr de ne jamais tomber, de ne jamais flancher, mais les temps sont durs, ou ils vont le devenir. En attendant, blague, Joe, vas-y, moque toi gentiment des gens, tant que tu peux encore, tant qu'un mot de trop ne vous envoie pas tous en taule. Ca me ferait chier d'y finir, tiens.

« Dis lui de venir me voir, s'il peut – politique et compagnie, tu connais la chanson. »
Après tout, ça pouvait peut-être aussi intéresser Al, cette histoire. C'était un autre type d'électeur, mais il votait quand même. Testes ta popularité sur les jeunes plus ou moins désœuvrés, vas-y vieux. Il commença à compter son argent. « Je te dois combien ? »

Il arrivait qu'on lui fasse crédit, mais Joe détestait avoir des dettes autant qu'il ne supportait pas qu'on lui fasse des prix. Un marché était un marché, et en affaire, il fallait respecter ce principe. Ca évitait les rancœurs personnelles, même s'il ne pensait pas avoir un jour de différents avec la famille Holmwood-Black. C'était une question de principe. Mais il fallait aussi préciser que le rapport de Joe à l'argent était quelque peu névrotique. Peu importait. Il sourit, amusé, aux remarques de Al : il aimait bien embêter son filleuil. On ne pouvait pas reprocher à Joe de ne pas savoir rire, ni de manquer d'humour. Il ne respectait rien ni personne. On pouvait rire de tout, et il ne se privait pas de le faire.

« Tu n'as simplement pas de goût, Al : des cigares sorciers de la Havane, les plus chers du marché, comment tu peux trouver ça dégueulasse ? »
Comme si préciser le prix augmentait réellement leur valeur. La frime, et l'argent, toujours, revenaient. Pour prouver qu'il était le meilleur, qu'il valait mieux qu'on ne savait qui, car au final, il n'avait besoin d'impressionner personne. « Je veux bien un   café. »

Dans la journée, il buvait peu, et même dans la soirée. Il n'était pas non plus le genre de patron à payer une tournée générale. Vous savez le prix que ça coute, vous ? Il écouta cependant avec attention les remarques de Al sur la clientèle en chute. Lui même constatait qu'au Diamond il perdait un peu d'argent, et que le Ruby se maintenait juste à flot.

« Oh, à l'Emerald's, y a toujours du monde. Les riches ont toujours du fric pour se bourrer la gueule, après tout. C'est cette foutue histoire de taxe – ils en ont fait passer une sur le service en plus de celle sur l'alcool. Et je peux pas augmenter mes prix aux Diamond et au Ruby, je perdrais des clients. » Il fit mine de réfléchir et tira sur son cigare. « Le problème, c'est que personne ne représente les commerçants. Ils sont barrés dans leur trip puristes ou merlinistes, mais les idées, ça n'a jamais redressé l'économie. » Il marqua une nouvelle pause : « Il nous faudrait quelqu'un chez les grands électeurs, qui puisse ouvrir sa gueule quand ça va pas. Moi j'irais bien, reste encore à ce qu'ils me soutiennent. »

Ils, toi, ton père, le vieux proprio de chez Eylops, le gars de chez Fleury et Botts, les gars comme Emmett Vance qui voulaient avoir de l'influence sur les politiques, les commerçants de base dont il était proche, les petits employés tentant de survivre sans avoir d'histoire, la bourgeoisie marchande dont il faisait plus ou moins partie, les petites frappes comme Tom, les gens comme Fenton à qui il donnait une fausse impression de respectabilité, les sang mêlés qui voulaient une revanche sur le purisme qui commençait à tenter des les écraser, ou qui avaient peur des mangemorts. Je peux gagner avec ça. Je le sais, j'ai une chance.

Tout était bon à prendre, avec Joe, il n'avait aucun scrupule. Il agissait, il se faisait du fric, il jouait avec l'économie. Il jeta un œil au flacon que lui tendait Al :

« Ca fait quoi, comme effet ton truc ? Plutôt speed, ou ça fait planer ? »


Il n'achetait jamais sans savoir, mais si le deal était honnête, Joe était toujours réglo. C'était essentiel dans la vie. Il fallait avoir de la constance.


Dernière édition par Joe Emerald le Mar 21 Juin - 11:15, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Tout est politique || Al || Terminé Ven 17 Juin - 21:31

Les commandes de Joe tournaient toujours autour des mêmes produits, depuis des années maintenant. N'importe quel apothicaire aurait pu expliquer par le menu ce qu'il pouvait faire comme mélanges avec ces ingrédients, et peut-être même aurait-il fallu donner l'alerte tant certaines de ces mixtures étaient hautement illégales. Mais Vega aurait préféré se faire trouer la paillasse que de causer à Joe le moindre ennui. Il fournissait ce qu'on lui demandait, sans s'interroger. Emerald n'était pas son seul client un peu douteux, mais il était le seul à bénéficier de factures sur mesure ; les noms des produits qui y étaient portés pouvaient simplement laisser croire que Joe était un gros consommateur de potion pour la toux et de Pimentine, ce qui ne tombait pas encore sous le coup de la loi. Il n'avait jamais demandé ce service à Vega ; c'était Holmwood-Black qui avait pris sur lui d'établir ce code, effaré à l'idée que son comparse puisse être accusé de quelque méfait que ce soit. Joe était son ami, et c'était donc un saint. Pour Vega, il n'y avait pas de demi-mesure. Lorsqu'il parlait de son vieux camarade de Serpentard, Al avait parfois du mal à reconnaître son parrain dans ces propos élogieux. À entendre le paternel, il l'avait sauvé des dizaines de fois, à Poudlard. Il y avait sans doute un fond de vrai dans ce que disait Vega – lorsqu'il racontait qu'il ne savait pas se battre, par exemple, alors que Joe jouait des poings comme pas deux – mais un doute raisonnable était permis quant à l'âme chevaleresque que ces récits prêtaient à son parrain. Oh, sans doute, c'était un brave type, à condition de l'avoir de son côté. Al n'avait jamais douté de ce point-là, bien qu'il eût reçu de sa main quelques torgnoles magistrales – et rien ne disait qu'il n'en recevrait pas encore, du haut de ses trente ans. Il n'avait jamais pu en vouloir à son parrain pour ces corrections ; il en aurait mérité le double, pour être franc. Sale gamin qu'il était. Joe était l'un des deux seuls types sur la planète, avec Vega, à pouvoir lui cogner dessus sans avoir à craindre de riposte. Sacré privilège, quand on connaissait le caractère du garçon.

-Je dirai à papa de passer à l'Emerald's, assura Al en disposant les flacons d'ingrédients dans une caisse de bois. Tu le connais, il adore parler politique... J'me demande bien ce que vous y trouvez. Je crois que je vais même pas aller voter aux prochaines, tiens.

Tout en parlant, il avait sorti un parchemin et une plume pour établir la facture. Déjà, Joe comptait son argent, et son filleul fit :

-Minute, la facture est pas prête. T'as largement le temps pour un café, et si tu veux poser ton noble postérieur, ce sera pas plus cher.

Abandonnant un instant la plume, il alla tapoter une cafetière ancienne, et rapporta aussitôt une tasse de café qu'il posa sur le comptoir. Nouvelle grimace en sentant l'odeur des cigares.

-M'en fous qu'ils coûtent la peau des yeux de la tête, tes saloperies. Ils puent comme pas permis, et si tu t'en rends pas compte, c'est que t'as pas plus de flair qu'une putain de betterave, parrain.

Toujours à grogner. Al était un garçon volontiers bourru, parlant sans fioritures, souvent même crûment. Orion était un peu moins brut de décoffrage, Vega ayant prêté davantage d'attention à l'éducation de son aîné ; le langage un peu trop libre du petit avait souvent été la cause des fameuses taloches administrées par Joe, qui désapprouvait de tels écarts. Sans résultat à ce jour, hein ? Je suis toujours la même sale caboche, et je cause toujours comme une benne à ordures. Rien à en tirer, faut vous le mettre dans la tête. C'est vrai que j'aurais été bien plus à ma place sur un balai de Quidditch que dans une boutique, mais Vega espérait sans doute que je changerais... Des fois, je me demande s'il est pas un peu idiot, mon papounet. Des fois.

Joe parlait de l'Emerald's, de ses autres bars, des taxes. Et de la politique. Al ne comprit pas tout de suite ce qu'il voulait dire par « j'irais bien », et il marqua un temps avant de réagir :


-Toi ? Te présenter ? Putain d'Merlin, pour le coup, j'irais voter, là ! Pour une fois qu'on pourrait élire autre chose qu'un de ces guignols... Et j'imagine même pas mon père si tu lui dis que tu te présentes. Tu peux considérer que ta campagne sur le Chemin de Traverse est faite !

Le garçon partit d'un grand rire, comme souvent – il trouvait tout marrant, Al. C'en était parfois perturbant, de le voir se marrer tout seul, mais on finissait par s'y habituer. Redevenant sérieux, il reprit :

-Mais tu crois que t'as une chance ? Les puristes-merlinistes-machinchoses doivent tout verrouiller pour qu'un mec tout seul puisse pas être élu, non ?

La démocratie ? Jamais vu cette bête-là. On en parle, mais en vrai, tout le monde sait que le système est fait par les gros, pour les gros, et pour que les petits restent petits et ferment leur gueule. Bien pour ça que je veux pas aller voter, sauf pour un type comme moi. Un type du peuple. Pas un de ces enfoirés d'aristos au sang-pur qui te parlent comme si t'étais leur elfe.

-Et une facture qui va bien ! poursuivit le vendeur, sans transition. Ça te fait cent un Gallions, douze Mornilles et trois Noises... cent Gallions, c'est bon, laisse tomber la petite monnaie. Pour mon produit, ça fait planer, mais tu planes pas seul... ça donne des p'tites hallucinations sympas. J'ai essayé, conscience professionnelle oblige. Tu peux être sûr que tes clients vont rien casser dans ton bar, on est complètement stone pendant une bonne heure. Et y a qu'à profiter du spectacle. Si ça te tente, je pense qu'on peut partir sur quatre Gallions la fiole, mais teste d'abord avec ce que je t'ai mis avec ta commande.

Un peu plus d'un Gallion de bénéfice par fiole, ce n'était pas énorme mais c'était très correct. La potion demandait un bon tour de main, mais pas un travail trop prenant ; et avec Joe, le débouché pouvait être assez intéressant pour ne pas rechercher de bénéfice indécent.

-Tu verras, tu m'en diras des nouvelles, sourit le gamin, s'efforçant d'avoir l'air sûr de lui malgré son trac.

Parce que mine de rien, c'était la première fois qu'il osait proposer une affaire à son parrain.

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MessageSujet: Re: Tout est politique || Al || Terminé Mar 21 Juin - 12:46


Qu'on parle franchement, Joe, t'as jamais été foutu d'être honnête. Pourtant, c'est pas faute d'avoir essayé. Avec un père flic et un grand-père militaire, Emerald avait toutes les cartes en main pour ne pas tourner mal ; et pourtant, il l'avait allégrement fait. Ce n'était pas le pire des salauds, mais ce n'était pas un brave type. Ce n'était pas faute d'avoir reçu une éducation à peu près correcte de la part de son paternel – sa mère restait totalement démissionnaire, la preuve, c'était qu'elle s'était barré. Mais j'ai appris un truc terrible : l'honnêteté ne paye pas. La vie s'était chargée de le démontrer en long, en large et en travers, à Joe Emerald. Mon père s'est battu toute sa vie : contre le  les nazis, contre le crime dans la police, à Woking. Douglas, lui aussi, avait combattu, parce qu'il avait cette haine farouche du mal. Ça les avait tués. Le monde n'était pas reconnaissant envers ceux qui voulaient le sauver, bien au contraire :  il était bien, dans sa propre boue et dans ses boucheries. Joe Emerald avait retenu de son père la valeur travail. Il n'avait jamais vu son père se plaindre, juste agir, même si c'était dur, et il faisait de même. Mais il refusait de céder, de se laisser broyer. Son père voulait les protéger de ça, mais il ne savait pas comment faire : le monde lui même avait pris le dessus sur lui. Papa maintenant je connais les choses que tu voulais et que tu ne pouvais pas dire
Mais ne t'en fais pas : ils ne me feront pas ce que je les ai vu te faire. Et de fait, Joseph Emerald n'avait jamais cédé. Il n'avait peur de rien, il refusait de plier. Il jouait pour lui même, selon ses propres valeurs. Le travail. La loyauté. L'argent. Puisqu'il n'y a que ça qui compte dans ce putain de monde, puisque c'est la seule chose qui leur fait fermer leur gueule. D'où ce rapport un peu névrotique à l'argent, dicté par sa pauvreté et par la moquerie, dicté par le fait que riche, il pouvait faire ce qu'il voulait.

Alors oui, Joe Emerald n'employait jamais de moyens orthodoxes, parce qu'ils ne marchaient jamais. Je le sais, je l'ai vu. Je sais que la politique mérite des salauds. Je sais que parfois, souvent, il faut tricher pour réformer le monde en bien. Il n'était pas le meilleur des hommes, il ne prétendait pas l'être, il était même intimement convaincu que les merlinistes étaient des bénis-oui-oui qui jamais ne réussiraient quoique ce soit, il suffisait de regarder Fudge et Croupton, mais il fallait bien faire changer les choses. Il fallait quelqu'un qui aie le courage de prendre des décisions difficiles et de monter au front, quelqu'un qui savait gueuler et qui n'avait pas peur de foutre les mains dans le cambouis.

« Oh, tu sais...j'aime bien me mêler des sujets dont on essaye de m'écarter. »
Il sourit à Al. Vrai que la politique pouvait être chiante, parce qu'elle ne correspondait pas aux aspirations des gens. « Si on les écoute, ils restent entre eux, et ça fait des siècles que ça dure. Autant pas leur laisser le champ libre, tu crois pas ? »

Bien sûr que Joe Emerald était un criminel, bien sûr qu'il voulait aussi faire de la politique parce qu'il pensait à sa pomme. Mais ce n'est pas que moi. Je sais qu'il y a des milliers de gens qui pensent la même chose, qui essayent de survivre, qui essayent de travailler, qui se foutent des grandes idées de Londres et qui veulent juste gagner leur vie. Ce n'était pas un discours populiste, pas totalement du moins : on était loin des gars du National Front qui parcouraient Woking dans sa jeunesse. Il y avait un discours révolté chez Joe : les biens-pensants se contentaient de penser, il fallait agir. Les racistes, les riches, les prétentieux, prétendaient verrouiller l'accès au pouvoir et la richesse de la nation ? Il fallait redistribuer. Tout sorcier avait sa place dans la société sorcière à partir du moment où il bossait et où il n'emmerdait personne. C'était ni plus sa philosophie concernant les affaires – je fais affaire avec tout le monde du moment qu'on me paye – transposée à un pays entier. Bien s

Il ne savait pas bien si ça pouvait marcher. Joe pensait que oui, il connaissait un peu son public et les gens qu'il pouvait toucher. Les commerçants et la petite bourgeoisie sang mêlée rêvant de s'élever n'attendaient que d'avoir une occasion de faire entendre leur voix via un représentant. Il ne voulait pas participer au ministère – jamais, et puis à quel poste – parce qu'il ne pouvait pas encadrer les mangemorts – leur vendre de quoi se faire une overdose perso suffisait à Joe Emerald – mais influer sur les lois, ça...ça oui, ça le bottait. Dire « non » aux mangemorts, ça lui convenait. Et puis il fallait bien trouver un équilibre dans la mafia sorcière britannique : Vance était ouvertement puriste et MacRae soutenait le MpM (qui n'aimait pas trop qu'on le lui rappelle,d'ailleurs), Joe représentait donc le juste milieu.

Ca pouvait marcher : en attendant, il avait droit à une pause café et cigare, tout en écoutant râler Al à propos de ces derniers. Fou comme il n'avait pas plus d'influence sur ses enfants que sur son filleuil. Il ne devait vraiment pas être fait pour élever des gamins, malgré ses efforts et sa grogne constante, pour des choses parfois inutiles, mais qui venaient de sa propre éducation, un peu conservatrice. Il grogna :

« Vocabulaire, Al, vocabulaire. »
Il tenta d'asséner une torgnole au gamin, mais il réussit à l'éviter. « Hmf. Ou je vieillis, ou tu progresses. »

Mais il était rassurant de voir que certaines choses ne changeaient pas. Le caractère des gens qu'il connaissait, ses relations avec eux. Parce que pour le reste, putain...il se passe n'importe quoi, dans ce monde. Les mangemorts qui organisent un régime pseudo-démocratique, je croyais pas voir ça un jour. En attendant, il avait bien la confirmation de ce qu'il pensait : s'il se présentait, Joe Emerald aurait des soutiens. Pouvait-il gagner, ça c'était autre chose.

« Je te l'ai dit : si on les laisse faire, si on n'essaye pas, ça ne changera jamais. »
Il tira de nouveau sur son cigare, et but une gorgée de café : « Et puis ils ont besoin d'un intermédiaire. Aussi bien les puristes que les merlinistes. C'est comme ça dans toutes les guerres, il y a toujours besoin de quelqu'un de neutre. C'est ce créneau là qu'il faut exploiter, c'est une vraie brèche, parce que du coup, tu peux t'insinuer dans les décisions et les influencer. T'es l'arbitre, si tu veux, et au final c'est toi qui tranche, même si t'est tout seul. »

Il arriverait bien à se démerder. Ca faisait des années qu'ils avaient tous besoin de lui, des deux cotés, maintenant, il aurait simplement une position un peu plus officielle. Tout en continuant, bien sur, de faire ses affaires, comme celle qui proposait Al. Il régla comptant, et continua à examiner le flacon.

« Quatre à la revente ? Ou quatre pour toi ? Partons sur neuf à la revente. Pour commencer et appâter les gus. C'est pas excessif, par rapport à ce qu'ils prennent d'habitude, et ils ont les moyens. »
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MessageSujet: Re: Tout est politique || Al || Terminé Mar 21 Juin - 22:29

La politique. Bien un truc qui n'intéressait pas Al. Il n'avait jamais compris le goût de certains de ses condisciples, à Poudlard, pour les discussions politiques. Tu crois vraiment que tu vas changer le monde, du haut de tes dix-sept ans, en te prenant pour un orateur ? Il suffisait de regarder autour de soi pour comprendre que ça ne marchait pas comme ça. La politique, c'est intéressant quand tu t'appelles Malefoy et que tu domines déjà le jeu, par ta fortune, par ta position chez les moches à cagoule, par ton carnet d'adresses. Là, ça vaut le coup. Tu deviens ministre, ça ne fait jamais qu'un fauteuil de plus pour poser ton popotin aristocratique, après tous ceux que tu as trustés dans les conseils d'administrations divers. Et là, mine de rien, le pays est à toi. Tu peux tranquillement faire passer les lois qui t'arrangent, de toute façon le pékin moyen n'y prête même pas attention. Il s'enthousiasme ou s'indigne pour les mesures qui le concernent directement, mais pour tout le reste, pour les trucs vraiment importants, il n'y a personne. Ça te laisse le champ libre pour lui bâtir sa cage sans même qu'il s'en rende compte. Il s'habitue à voter Malefoy, penser Malefoy, acheter Malefoy, chier Malefoy, en douceur. Il te mange dans la main. Là, OK, ça vaut le coup de mouiller sa chemise en politique. Mais quand tu es un glandu de base, sans la grosse famille, sans les grandes entreprises sorcières, sans la presse... Tu peux t'élever un peu, aussi haut qu'ils le permettront. Mais jamais ils ne te laisseront les concurrencer. Pour Al, c'était limpide, et il aurait voulu être capable de l'expliquer à Joe.

-Ils te laisseront pas faire. Ils te fileront un os à ronger, et puis voilà. Ils n'ont pas besoin qu'un mec vienne représenter le peuple. Le peuple, tout ce qu'ils veulent, c'est le baiser.

Et un rien suffit à le faire jouir, le bon peuple. Une minuscule baisse d'impôts, la mise en place d'une prime pour chaque naissance ou un allongement de la durée d'ouverture des boutiques. Al, toujours mal embouché, esquiva une baffe, assez facilement, et adressa un sourire à son parrain :

-T'y croyais pas toi-même, là, avoue. Si t'avais vraiment voulu, tu m'aurais collé par terre. C'est bien toi qui m'as dit que tout est question de volonté, non ? Même cogner un mec, c'est une question de volonté.

Joe avait eu plus d'influence qu'il ne le croyait sur son filleul. Dans ses jeunes années, le gamin éprouvait une sorte de fascination pour ce personnage qu'il voyait de loin en loin, et qui semblait avoir vu tant de choses. Comme pour illustrer ses propos, il fit mine d'asséner une taloche à son parrain, mais s'arrêta à quelques millimètres de ses cheveux. Jamais il n'avait levé la main sur Joe – on ne pouvait pas compter les fois où, tout petit, il se lançait sur lui avec Orion pour « jouer à la bagarre », au grand désespoir de Vega dont les protestations restaient sans effet ; Joe faisait semblant de lutter, puis se débarrassait d'eux aussi facilement que s'ils avaient été des chatons. Lorsqu'il en avait assez, il lui suffisait de lever l'index pour qu'ils n'insistent pas, ce qui faisait l'admiration de leur père qui n'était pas obéi si promptement. Aujourd'hui, je sais que je pourrais rivaliser avec lui, mais je n'oserais pas. Je crois que je le laisserais me rouer de coups plutôt que de le toucher. Un peu con, comme principe, mais indiscutable. Respect absolu – c'est même ce qui fait que les ordres de Vega sont toujours exécutés, même quand on les trouve délirants.


-Tu vois,
reprit paisiblement le gamin, question de volonté. L'angle était bon, j'aurais pu t'en foutre une à pleine puissance et te faire embrasser le comptoir.

Et puis ? Je préfère ne pas imaginer la suite. Joe m'aurait réduit en bouillie, si j'avais osé. Il a beau être l'image même de la tranquillité, avec son café et son cigare, je sais qu'il démarre au quart de tour quand il faut.

-Bref, excuse-moi, Joe, marmonna Al, un peu inquiet à l'idée d'être allé trop loin.

Il écouta Emerald continuer à parler politique, et répondit dans un haussement d'épaules :


-Moi, tu sais, j'y connais rien. Je te souhaite d'y arriver, mais j'ai quand même peur que tu rencontres pas mal d'obstacles. Enfin, si je peux t'aider, tu peux compter sur moi.

Il ne serait sans doute pas d'une grande aide, mais ça ne coûtait rien de proposer. Joe pourrait peut-être voir en lui des dons inattendus, et les exploiter. Ptêtre que je serais un bon orateur, chauffeur de salle... non, ça, impossible. Ou alors un secrétaire efficace et... surtout efficace pour casser la gueule aux importuns, non ? Garde du corps, alors. Lunettes noires, costard sombre, toujours aux aguets. Mouais. Ou juste fournisseur de flacons qui font rire, comme celui que Joe observait.


-Quatre Gallions pour moi. Ça me revient à deux et quelque, pas tout à fait trois Gallions le flacon. Ça me fait un bénéfice de presque soixante Gallions par chaudron. Après, à toi de voir combien tu le revends... et combien il t'en faudra chaque semaine.

Neuf Gallions ? Il était parti sur un prix ridiculement bas, avec ses quatre malheureux Gallions. T'es vraiment un gagne-petit, Al. Un zéro. Mais maintenant, il est trop tard pour te dédire.

-Ca... ça me semble honnête, non ? demanda-t-il timidement.

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MessageSujet: Re: Tout est politique || Al || Terminé Jeu 30 Juin - 13:43


Au fond, Joe Emerald savait depuis longtemps qu'il se lançait dans un combat impossible. Personne ne vous donne de chance dans ce monde, il faut la prendre soi-même. Sur ce point, le monde moldu et le monde sorcier se valaient amplement. Je suis tombé de haut, gamin. On n'était pas la famille la plus riche de Woking, même si mon père s'acharnait à le faire croire, lorsqu'il partait tous les matins au commissariat avec son putain de costume d'inspecteur général. Je l'ai vu, une fois, en uniforme, faisant la circulation, alors qu'on était en sortie avec l'école primaire. Ce choc ! Joe avait alors compris qu'ils ne sortiraient jamais de leur banlieue, que leur seul horizon resterait la ligne des tours HLM où ils vivaient. Et tout ce à quoi il ne prêtait pas attention alors le frappa durement, du haut de ses huit ans. Les gens qui habitaient au dessus hurlaient et se battaient – entendre ce bruit, c'est mon tout premier sentiment, mon tout premier souvenir, parce que tout était comme ça autour de moi. Il s'était juré, petit garçon, de ne pas finir comme ça, de ne pas se laisser aller, de continuer, de gagner vraiment de l'argent. Son père avait fini d'une sale façon, parce que personne ne lui avait donné aucune chance.

Dans le monde sorcier, Joe pensait que ce serait plus simple, plus évident : ça ne le fut jamais. Il venait d'un endroit où se battre et défendre son bifteck était la règle : il ne pensait pas retrouver ça à Poudlard, mais très vite, le constat s'était imposé à lui : il fallait qu'il se défende face aux sang purs. C'est un sale combat, mais ça, je crois que je l'ai gagné. Parce que c'est un peu facile de rabaisser les gens dès que tu les croise, jusqu'à ce qu'ils soient tellement abrutis qu'ils se laissent faire. Ils ne sont pas habitués à ce que quelqu'un leur dise non – et c'est ce que j'ai toujours fait, c'est comme ça que j'ai survécu. Il avait compris très vite ce qu'ils faisaient Cette sale engeance, haineuse si on était meilleur qu'elle, méprisante si on était moins bon, torturait les gens pendant toute leur scolarité. Après, ils s'attendaient logiquement à ce que le reste du monde, moqué et rabaissé, embrasse une carrière, et fasse tourner la société pendant qu'eux se la coulaient douce. Tout ça en gardant le peuple sous contrôle. C'est si facile : y a le quidditch, le fric, le sexe, de temps en temps un simulacre de débat politique. Je sais ce que ça vaut. Il savait où Al voulait en venir. Le fils de Vega était un peu comme Tom : certainement pas puriste, mais pas du genre à voter, parce qu'il savait que les politiques s'en foutait. Joe aussi avait longtemps pensé ainsi. Mais ça suffit. Maintenant, je pense qu'on a les moyens de gagner, de sortir du schéma classique. Je pense qu'on peut y arriver.

« Ils n'ont pas besoin de savoir pour qui je veux travailler, eux. Je travaille pour le fric, Al, tu te rappelle ? »  Joe sourit : il travaillait effectivement pour le fric. Tout le monde le savait, il ne s'en cachait pas. C'était son moteur, et sa réputation de s'arranger avec tout le monde contre quelques pièces sonnantes et trébuchantes, exposée à tous, et qui arrangeait bien les mangemorts, lui servait. « Ils me laisseront faire parce qu'en effet, ils croiront me filer un os à ronger. C'est-ce qu'ils croient depuis toujours. C'est de ça dont je me sers. Regarde, un peu : comment ça se fait que je cache à peine que je dirige tout ce qui est illégal dans cette putain de ville et qu'on me fiche la paix depuis aussi longtemps ? »

Il sourit. C'est vrai qu'ils manipulent le peuple. C'est vrai que c'est facile. Comment est-ce que ça ne l'aurait pas été, lorsqu'on pouvait définir ce dernier ainsi : « Nous sommes la foule en colère, nous lisons les journaux tous les jours, nous aimons qui nous aime, nous détestons qui nous déteste, mais il est également facile de nous manipuler » ? Mais si on n'essaye pas, si on ne les manipule pas eux, on ne s'en sortira jamais. Parce que sinon, on continuera simplement à hausser les épaules quand on dira que tout le monde sait que les dés sont truqués, que la guerre est terminée, que les bons gars ont perdu et que le combat était arrangé d'avance pour que les pauvres restent pauvres et que les riches restent riches.

Est-ce qu'il vieillissait à ce point pour en être rendu à faire un peu dans l'humanisme ? Ce n'était pourtant pas le genre de Joe, pas plus que de se laisser avoir par Al. Il avait toujours été assez coulant avec ses enfants, et comme il n'était pas le père d'Aldébaran et d'Orion, il n'avait jamais levé la main sur eux – oh, Tom s'était bien pris une mandale ou deux, mais la psychologie, ça allait deux minutes, il y avait des claques salutaires. Deux trois torgnoles pour Al, jamais rien de méchant. Joe imposait le respect, et c'était tout. Oh, il valait mieux ne pas l'emmerder, et même s'il disait qu'il se faisait vieux, il avait deux trois restes. Il ne prenait pas mal ce que Al disait : au final, ça l'amusait. Il adopta un ton sec :

« Peut-être bien que j'aurais eu la volonté d'être plus méchant, alors. »
Il prit un malin plaisir à observer Al pâlir trente secondes avant d'éclater de dire : « Pourquoi tu t'excuses, gamin ? Tu progresses, c'est bien. Où t'en es, dans les duels magiques ? T'as trouvé un club ? Tu sais que t'es toujours le bienvenue au bar si tu veux te faire du fric. Y a Aldridge qui vient la semaine pro. Je voudrais avoir Carmichael en face, mais c'est pas gagné. Ca ferait une belle donne, toi contre lui. »

Il avait longtemps pratiqué, lui aussi, mais de manière totalement illégale, sans jamais se coucher, en pariant sur lui-même. Joe suivait encore les compétitions officielles de loin, et on trouvait toujours des duels au Emerald's, mais il était rare – et c'était toujours un événement – de voir l'ancien auror remonter sur le ring. Maintenant, c'est plus simple d'encaisser et de voir les autres se foutre sur la gueule. Et si les flics débarquent ? Oh, ils aiment parier aussi, après tout, au ministère, on s'arrange. Il proposait à Al, cependant, mais ce n'était jamais une obligation : Joe faisait uniquement avec des volontaires. Ca évitait des problèmes de triches, en général. Il n'obligeait à rien son filleuil ; même s'il trempait gentiment dans l'illégalité, Al était un type bien, à peu près honnête, sur qui on pouvait compter. Il lui flanqua une bourrade amicale – assez impressionnante quand on voyait Joe, géant qui possédait des mains comme des battoirs – pour le remercier :

« T'es gentil, mon garçon. On ferra aller, on se débrouillera ; c'est pas urgent, de toute façon. Parles en autour de toi, d'accord ? Ca m'aidera. »


Et on revint à ce que Joe savait faire de mieux. Des affaires, comme d'habitude. L'argent et lui entrenenaient une relation bizarre. Il entubait à plein tube les gens à qui il vendait les services du Emerald's. Pour les autres, les fournisseurs, il était à peu près réglo. C'est comme ça qu'on dure dans le business.

« Mettons neuf à la revente, 4 gallions cinq mornilles chacun pour l'instant. Si ça marche bien, je pense qu'on pourra doubler les prix rapidement. Tope là ? »
Il sourit et ajouta gentiment : « C'est à ce moment que tu sors le whisky et qu'on trinque, Aldébaran. »
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MessageSujet: Re: Tout est politique || Al || Terminé Dim 10 Juil - 22:22

Parfois, Al se prenait à envier Tom. Pourquoi lui n'était-il pas le fils de Joe ? Bien sûr, il aimait beaucoup son père, cela ne se discutait pas, mais il fallait bien avouer que Vega n'était pas toujours facile à vivre. Lorsqu'une nouvelle lubie le prenait, il était capable de ne parler que de cela pendant des jours, sans se rendre compte qu'il donnait à son entourage des envies de meurtre. Et que dire de son obsession pour la famille Black ? De temps à autre, cela le reprenait. Il ressortait ses parchemins, ses notes, et se remettait à étudier tout cela en répétant : « tout se tient ». Dans son esprit, sans doute. Il était bien le seul à croire à son histoire. Grandma y avait cru aussi, en son temps, mais désormais, elle n'était plus un témoin fiable de son propre passé. Il ne restait plus que les décamètres de parchemins noircis par son fils, retranscrivant les propos de la vieille dame. Vega savait-il à quel point sa passion de la généalogie en général, et de la famille Black en particulier, avait pu compliquer la vie de ses fils ? Al entendait encore résonner les insultes lancées par certains bas du front, à Poudlard, comme Theo Prewett ; ces braves gens n'admettaient pas qu'on ait usurpé un nom aussi prestigieux que celui de Black et ne se privaient pas de le faire savoir. « Sale bâtard » était presque devenu le surnom d'Al – et Orion, à Serpentard, devait en entendre des vertes et des pas mûres, même si sa loyauté à sa maison l'empêchait de s'en plaindre.

Joe avait l'air d'un type si simple, comparé à Vega ! Al le connaissait assez bien et estimait qu'il aurait fait un père bien plus facile que le sien. Tom n'aurait peut-être pas été du même avis ; lui avait bénéficié de la vie quotidienne aux côtés de Joe, et de l'éducation dispensée par l'ancien Auror. Al ne savait rien de la vie de famille sous l'autorité d'Emerald, mais s'il se fiait à leurs relations de parrain à filleul, il pouvait affirmer qu'ils auraient sans doute bien cohabité. Du moment qu'on obéissait à ses ordres et qu'on respectait certains principes, Joe n'était pas bien exigeant. Vega non plus, pour être honnête, mais Joe avait le grand avantage d'avoir les deux pieds sur terre. C'était à se demander comment ces deux-là pouvaient être amis, d'ailleurs. Encore un mystère.

Joe délaissait un peu le sujet de la politique ; sans doute avait-il compris que ce n'était pas la tasse de thé de son filleul et qu'il valait mieux parler de choses plus concrètes. Les duels magiques, par exemple. Al n'avait jamais osé avouer à son père qu'il était un fervent pratiquant de ces combats, mais Joe le savait, lui, depuis longtemps. Entre duellistes, on se comprenait.


-Oh, je m'entraîne gentiment avec quelques copains... le club de Hammersmith, tu connais ?

Le club de Hammersmith réunissait régulièrement des sorciers prêts à en découdre, et les combats y étaient parfois violents. Al ne pouvait s'y rendre toutes les semaines, mais il faisait son possible pour se maintenir à niveau ; le club comptait des duellistes redoutables en son sein, et le jeune Holmwood-Black, si teigneux qu'il fût, mordait régulièrement la poussière face à ces types. Il y avait pas mal d'anciens Aurors, quelques voyous aussi, et la première règle du club était que presque tous les coups étaient permis. On était bien loin de ce qu'Al appelait s'entraîner gentiment.

-Aldridge ? J'ai entendu parler de ce mec, il a une jolie petite réputation. Je suis pas sûr de tenir trois minutes face à lui, tu sais. Je me débrouille, mais sans plus. Enfin...

C'était la première fois que Joe lui proposait de faire l'affiche de l'Emerald's, ça ne se refusait pas. En quelque sorte, son parrain reconnaissait qu'il était à présent un véritable adulte en lui offrant cette chance. Mais Aldridge... Haussant les épaules, le gamin ne répondit rien, et on se remit à parler affaires. Joe semblait un peu déçu, bien qu'il n'ait pas commenté l'absence de réponse de son filleul ; néanmoins, il proposa un prix des plus honnêtes, au-dessus de ce qu'Al avait imaginé. Les deux hommes scellèrent leur accord d'une tape sonore, comme cela s'était toujours fait dans le domaine du négoce. Pas de paperasses, juste la parole donnée. Entre eux, cela suffisait, car chacun savait à quoi s'en tenir avec l'autre.

-Tope-là ! Va pour neuf Gallions au total. Mais si tu continues à m'appeler Aldébaran, je te jure que je vais me vendre à la concurrence,
grogna Al en se dirigeant vers le placard contenant le whisky et les verres. Y a que toi pour m'appeler comme ça, tu le sais ? T'es un putain de ringard, en fait, Joseph.

La différence était qu'Emerald, lui, se foutait éperdument qu'on lui donne son prénom complet, alors que cela agaçait prodigieusement Al. Le jeune apothicaire servit deux whiskies, s'alluma une cigarette puis, après un instant de silence, reprit timidement :

-Euh... parrain ? Si tu peux pas avoir Carmichael, tu peux compter sur moi pour la semaine prochaine. Vendredi soir, comme d'hab ? Tu me dis jeudi si je dois combattre, OK ? À la tienne, Joe.
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Joe Emerald


MessageSujet: Re: Tout est politique || Al || Terminé Mer 13 Juil - 12:06


Joe Emerald avait toujours eu une passion constante pour le combat. Et ce, contre tout et n'importe quoi. Si Tom partageait son intérêt, sa mentalité de parieur, s'il n'était pas non plus un trop mauvais duelliste, il n'avait aucune passion sincère pour ce sport, lui préférant largement le Quidditch. Quant à Fenton, mis à part ses bouquins, il n'y avait pas grand chose qui l'intéressait. Joe aimait le Quidditch, mais en tant que supporter, et s'il avait été plutôt un bon élève à Poudlard, toujours curieux d'apprendre, les livres restaient pour lui de simples moyens d'apprentissage, pas un hobby. Le duel était quelque chose d'autre, quelque chose qui avait un vrai enjeu pour lui. Il venait de Woking, qui était une sale banlieue de Londres. J'ai grandi sur les terrains de foot et dans les salles de boxe ; le foot, c'était un truc de crétins tout juste bons à gueuler et à s'écraser des canettes de bières sur le visage. La boxe, elle, fascinait Joe, et elle lui avait filé un sacré coup de main au début, à Poudlard : parmi les sang purs qui voulaient l'emmerder, peu avaient continué après s'être pris un grand coup de poing en pleine gueule. Il s'était révélé en sortilèges et en défense contre les forces du Mal.

Joe, soutenu par tout un pan de l'école qui se cherchait un champion et qui en avait marre d'être martyrisé par les sangs purs – c'était une ère de terreur, à vrai dire, où le Lord commençait à rassembler ses premiers partisans – s'était donc bien vite retrouvé dans le club de duel à défier...eh bien, à peu près tout le monde. Pour le fric, d'abord : sa manie de parier sur lui-même et de ne jamais se coucher, quelque soit l'adversaire, datait de là. Pour apprendre, ensuite, ce qui lui avait permis de devenir un excellent auror, au moins sur le plan de la compétence, parce qu'on ne pouvait pas dire qu'il gagnait haut la main la médaille de la déontologie. Et enfin pour la gloire, pour pouvoir sourire des années plus tard, à cinquante-sept ans, en repensant à ses résultats. Joe Emerald, soixante-dix-neuf victoires, trois défaites. Il pratiquait encore de temps en temps, parce que ça l'amusait, mais en son temps, il avait vraiment été bon. Quand il avait quitté Poudlard, c'était son seul moyen de subsistance, puisqu'il s'occupait de son père et qu'il ne pouvait pas bosser. Assez vite, la ligue nationale s'était rendue compte de ses magouilles. On m'a dit non merci, champion, t'es bon, mais les paris, c'est pas pour nous. J'y étais pour le fric, pour le spectacle, deux trucs qui existaient aussi avec les duels illégaux. Depuis, je me passe d'autorisation. Les clubs ne lui servaient qu'à repérer des talents prometteurs.

« Oh, un peu que je connais. Je connais le fondateur, Partridge. J'y ai été un moment, aussi – mais c'était quand j'étais au ministère. »
 Il restait impressionné par ce que faisait Al, parfois. Ceux d'Hammersmith avaient une sacrée réputation. Il était fier du niveau qu'avait atteint son filleul. « De vraies brutes, hm ? Fais moi plaisir, fais leur mordre la poussière, un peu. »

Il avait toujours partagé cette passion du duel avec Al. C'était, des gamins qu'il avait plus ou moins élevé, le plus intéressé par cette passion que Joe avait. Tiens, il me semble que c'était hier...il avait emmené Orion, Al, Tom et Fenton voir des tas de compétition, aussi bien de quidditch que de duel, d'ailleurs. Les combats n'étaient définitivement pas le truc de Vega, et Joe, qui se souvenait de la mentalité des sang purs, n'avait pas tardé à expliquer à tous ce petit monde comment se défendre et comment ne pas se faire humilier. Rendre les coups est important. Ça permet de se regarder dans une glace sans avoir honte. Même si tu perds, même si tu te fais casser la gueule, tant que t'as pas totalement subi, c'est bon. Tu peux te relever, et te dire que la prochaine fois, c'est pour toi, c'est toi qui les aura. Te laisse pas faire. C'était ce que disait son père. C'était ce qu'il leur avait dit lui. C'était le seul conseil qu'il avait, en réalité. Tu en fais ce que t'en veux. Mais c'est mon conseil. Te laisse pas faire.

Du coup, il était toujours partant pour voir comment évoluaient ses protégés – et son filleul en était un. Joe était sincère lorsqu'il disait qu'il pensait que Al contre Will Carmichael ferait une bonne affiche. Il avait une confiance sincère dans les gens qu'il connaissait, et qu'il tenait en haute estime. Car malgré sa propension à traiter les enfants de son meilleur ami comme des gosses, comme il le faisait avec ses fils d'ailleurs, malgré le fait qu'ils soient tous dans la trentaine, il avait tout de même une certaine confiance en eux, une certaine fierté à les voir. Sans doute parce qu'il avait un peu d'estime pour lui-même également : il ne pouvait pas croire que des gamins qu'il avait élevé lui dirait non, tout de même, se défileraient, ne feraient pas montre d'un minimum de courage.

« Surfaite, sa réputation. Il gagne et c'est spectaculaire, ouais, mais il a une sacrée faille sur la défense. Il perd presque autant qu'il gagne, à cause de ça. Vingt victoires, douze défaites. Carmichael est à peu près à ton niveau, je pense, et il l'aurait défoncé. »
Il tira une bouffée de son éternel cigare. « Je crois que tu peux l'avoir. J'ouvrirai les paris, tiens, si t'acceptes ; sûr que si tu gagnes, tu seras outsider, et la côte sera pour Aldridge, mais tu peux surprendre. C'est une question de volonté, comme tu disais. »

Pas de réponse immédiate, tiens ? Peut pas se dégonfler comme ça. Allez, Al, me déçois pas. Il reviendrait à la charge après cette histoire de potion, qui semblait tenir à cœur du gamin. L'accord fut conclu rapidement : le prix était honnête pour un truc assez illégal, et pour un débutant en la matière, parce qu'il n'allait pas arnaquer son propre filleul, tout de même, ça ne l'aurait pas fait. Il s'esclaffa bruyamment :

« La concurrence, à Londres ? M'étonnerait, j'ai un joli monopole, quand même. »
C'était presque officiel, d'ailleurs : rares étaient ceux à ne pas savoir, qui était Joe Emerald, et ce qu'il dirigeait. « Et puis, va, ce ne sont que des noms, faut en être fier, faut le porter, c'est le tien. C'est pas ringard, c'est juste comme ça. »

Il regarda l'heure : il fallait peut-être qu'il remballe, tiens, parce qu'il avait d'autres choses à faire. Déjeuner avec Charlie, ouvrir l'Emerald's, rencontrer le fils Travers qui voulait des filles qui surgiraient d'un gâteau pour son enterrement de vie de garçon – les sang purs ne valaient pas mieux que les ploucs moldus, parfois...Al reprit finalement la parole, pour dire qu'il voulait bien combattre. Il trinqua avec lui d'un air joyeux :

« Ah, je me doutais bien que tu accepterais, finalement. A la tienne, fiston. » Il approuva ce que disait le fils de Vega, sirotant son whisky : « Je te dis dès que je sais. Si ça marche bien, tu pourras en faire quelques uns. A l'occasion contre Tom, il me dépanne de temps en temps, ce sera marrant. »  Emerald finit son whisky : « Bon, c'est pas tout ça, par contre, mais va falloir que j'y aille, j'ai encore des trucs à faire. Glisse un mot aux gens pour cette histoire d'élection, et puis je vais voir pour ta potion de mon coté. » Il serra une dernière fois la main de Al : « A jeudi, alors, mes amitiés à ton père ! »

Il quitta la boutique et repartit en sens inverse sur le Chemin de Traverse, qui commençait à être bondé. Une autre journée productive s'annonçait – comme toutes les autres, en somme.
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