POUDNOIR
Cher (e) Sorcier (e),
Tu viens de débarquer dans un monde de la Magie subissant la dictature cruelle et sanglante de Lord Voldemort !
Un Monde où tout n'est que pouvoir, les faibles ne survivent pas ou suivent péniblement les forts.

Poudnoir est un forum qui se veut le plus réaliste possible ainsi la violence des combats et l'atmosphère de cette dictature est retransmise le mieux possible.
Auras tu le courage de nous rejoindre ?
Forum RPG Harry Potter Post-Bataille de Poudlard

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Retour à l'envoyeur || Al

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    | THE MOD ;; Coach de Ballycastle ;; Criminel

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Tom Sallybanks


MessageSujet: Retour à l'envoyeur || Al Dim 12 Juin - 18:18


Contre toute attente, il n'était pas mort. En revanche, il traînait manifestement dans un caniveau alors qu'il se vidait de son sang, ce qui ne paraissait pas très sain pour sa santé, déjà bien entamée par les coups portés par cet abruti de Ernest Chambers. Enfoiré. Thomas Sallybanks tenta de se relever, mais son poignet droit était cassé, et il retomba pitoyablement dans la flotte, et expérimenta de nouveau le contact dur de l'asphalte. Il y avait quelques heures, il pensait se faire à peu près un un million de gallions, soit environ cinq millions de livres sterling, de manière facile. Quelques heures plus tôt, il portait encore un costume hors de prix, et des lunettes en acier qui le vieillissaient autant que sa coiffure, les cheveux soigneusement gominés en arrières, légèrement grisonnants. On pouvait encore deviner le costume, même entièrement ensanglanté, et il portait encore les lunettes, tordues et cassées.

Il avait joué un personnage, celui d'un avocat brillant proposant une affaire en or à un magnat du quidditch, Ernest Chambers – soutien actif et très populaire du régime. L'affaire en question ? Un vaste projet immobilier, inexistant bien sûr. Il avait si bien vendu le truc qu'il faisait presque partie de la famille : il était quasiment devenu ami avec le propriétaire des Crécelles de Kenmare, ancien batteur de la même équipe. Un travail de longue haleine, sur six mois. Il avait soutiré presque cinq cent mille gallions au vieux, et il comptait doubler cet investissement en trois jours, avant de disparaître définitivement, car les autres avocats du vieux s'étaient penchés sur la question, et commençaient eux à avoir des soupçons. C'était sans compter sans la fille d'Ernest, Juliana, qui était bien décidé à le séduire – pourquoi, il ne savait pas, sinon que les rumeurs disaient qu'elle était vierge et qu'elle devait être sacrément décidée à se faire déflorer. Elle insistait, il refusait, il fallait qu'il disparaisse – et finalement, il avait fini par céder, sauf que papa l'avait découvert et qu'au lieu de leur rendez-vous hebdomadaire, Chambers lui avait réservé une séance de tabassage en règle.

Ca faisait longtemps qu'il ne s'était pas fait casser la gueule, et de manière très honnête, Tom admettait qu'il était dans un très sale état. Il se rappela soudainement qu'on appelait Chambers « casse-gueule » et que ce n'était pas parce qu'il tombait souvent dans des escaliers, mais bien parce qu'il était fidèle à son passé de batteur violent et retors. Le vieux était jaloux de sa fille – qui elle, valait la peine d'être tringlée, même s'il ne pigeait toujours pas ce qu'elle avait pu trouver au personnage de David Hyatt. C'était une erreur, mais Tom avait toujours tendance à être trop sûr de lui. Résultat, il avait perdu un demi-million de gallions et allait probablement crever avant de pouvoir profiter du reste.

Le vieux n'y était pas allé de main morte, bordel. Il l'avait cogné à coup de batte comme un porc, et il était à peine capable de marcher. Sally était persuadé qu'il avait un genou pété, que son poignet l'était également, et que sans compter son nez, écrabouillé bien sûr, et il avait une sale blessure au crâne – le sang dégoulinait sur son visage. L'autre s'était vaguement senti de le finir d'un bon coup de couteau, un sale machin qui passait plus pour un sabre qu'autre chose. Putain de taré, il devait se vider de son sang par le coté. Encore heureux, il ne savait pas viser. Sinon, il lui aurait foutu dans le bide, et Tom serait mort comme un cochon dans ce caniveau où les domestiques l'avaient balancé.

Il savait, confusément, qu'il était dans le quartier sorcier, à Londres, et qu'il était tard, peut-être cinq heures du matin. Fenton était parti avec sa copine à Brighton, son père était à Manchester pour rencontrer le parrain de la mafia du nord, et quant à ses grands-parents, il ne savait guère où les trouver. Il était au plus mal et manqua de s'étouffer avec son propre sang avant de réussir à se tourner sur le coté pour vomir. Sallybanks essaya désespérément de jurer, mais tout devenait un peu confus. Le monde tournait autour de lui. Il ne savait plus bien contre qui et contre quoi il en avait. Avec difficulté, il réussit à se redresser en position assise, avec moult gémissements, sur le bords du trottoir, et manqua de s'écrouler en avant. Et merde. Il posa un instant sa tête sur ses jambes, mais cela lui fit plus mal qu'autre chose. Il n'avait qu'une envie, se rouler en boule et dormir, mais il fallait qu'il se traîne quelque part à l'abri. Il tâtonna à la recherche de ses propres clés, mais ne les trouva pas. Ca l'aurait aidé, mais le sort devait être contre lui.

Redressant la tête, il constata qu'il n'était pas très loin de chez les Holmwood-Black et de leur boutique. Mauvais plan, il allait y trouver Vega et Orion. Un brusque frisson lui parcourut l'échine et il se remit à cracher du sang, dans une violente quinte de toux. Thomas n'entendit donc qu'au dernier moment le sifflet d'un groupe de brigadiers de la police magique. Ca craignait. Il se releva dans un brusque effort, et se planqua dans le renfoncement d'une porte de rue. Il sembla à l'ancien batteur que les flics mettaient un temps infini à passer, pendant lequel il ne cessa de s'affaisser contre sa porte.

Une fois parti, il s'aperçut qu'il n'avait définitivement pas le choix. Il fallait qu'il marche, et le seul endroit où il pouvait aller, excepté le caniveau d'où il sortait, était chez les Holmwood-Black. Certes, il aurait sans doute droit à des questions embarrassantes, mais un lit restait définitivement plus confortable pour crever qu'un égout. Avec un peu de chances, on le laisserait entrer. S'appuyant contre les murs, il marcha vers la boutique, titubant comme un homme ivre.

Après de longues minutes, qui parurent à Tom durer des heures, il arriva enfin devant la devanture. Quelqu'un allait forcément lui ouvrir, c'était presque comme de la famille. Il appelait Vega tonton depuis qu'il savait parler, Joe était le putain de parrain de Al, il avait martyrisé Orion toute sa scolarité, et avait filé un coup de main à Al pendant deux mois lorsque ce dernier s'était fait tabassé. Certes, parce qu'il avait participé allégrement à ce cassage de gueule en règle. Certes, mais tout de même ! Ils n'avaient jamais cessé de se fréquenter, ils étaient toujours potes, ils partageaient la majorité de leurs galères. Au moins les officielles, celles de l'honnête serveur qu'il était sensé être, pour Tom.

« Ben, maintenant, tu vas étaler ta vraie profession au grand jour, hein, Sally. »
Il commença à tambouriner comme un malade à la porte, hoquetant toujours du sang, jusqu'à ce qu'on lui ouvre : c'était Al, qu'il tirait manifestement du lit. « Salut, vieux. » La tête lui tourna de nouveau, et il manqua de s'écrouler. Le sang lui coulait sur le visage et il ne parvenait plus réellement à comprimer la blessure qu'il avait sur le coté : « Dis bonjour à ton pote le cadavre. »

Après ce dernier trait d'humour, il s'écroula purement et simplement. Clap de fin ? Il espérait que non. Il se rappelait plus ou moins qu'Al avait une dette envers lui, qui datait de Poudlard, parce qu'il avait été sympa même s'il l'avait tabassé.

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Dernière édition par Tom Sallybanks le Mer 15 Juin - 14:40, édité 1 fois
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    Al Holmwood-Black


MessageSujet: Re: Retour à l'envoyeur || Al Dim 12 Juin - 23:31

Le manoir Holmwood-Black se trouvait sur le Chemin de Traverse et non, au grand dam de Vega, dans quelque vaste propriété du fin fond de l'Angleterre. Point de tours, de pièce d'eau, de perron majestueux ou d'allée bordée d'arbres, dans cette noble demeure. Point de manoir non plus, d'ailleurs, hormis dans le jargon des jumeaux, volontiers moqueurs lorsqu'il s'agissait de leur paternel ; le manoir consistait en un appartement de huit pièces réparties sur deux étages, au-dessus de la boutique. Au premier, le salon, la salle à manger, la chambre paternelle et celle de Granma. Au second, l'ancienne chambre des jumeaux côté rue, devenue le domaine d'Al, et la chambre d'Orion côté cour, ainsi que deux pièces à la fonction mal identifiée et meublées de bric et de broc. Dans l'une, les jumeaux avaient entreposé leurs instruments de musique, et aménagé un salon avec canapé, fauteuils et bar. L'autre leur servait de laboratoire – Vega avait le sien dans l'arrière-boutique et ne mettait pas les pieds au deuxième étage, ce qui laissait libre cours à la fantaisie de ses fils en matière de potions. L'étage leur appartenait, ils y disposaient d'une salle de bains et même d'une cuisine, qu'ils n'utilisaient guère qu'en cas d'absolue nécessité. Ils en possédaient les clés, que Vega leur avait remises cérémonieusement à leur majorité, comme une reconnaissance de leur autonomie d'adultes. En réalité, ils demeuraient sous l'oeil et le contrôle paternels, et cet appartement, dans le même immeuble que celui de Vega et que la boutique, ne leur permettait guère de vivre leur vie. Il leur était difficile de ramener quelqu'un sans que leur père soit au courant, et même s'il ne disait généralement rien, cela pouvait être gênant. Les deux garçons avaient une vie sentimentale bien différente, mais très occupée, chacun à sa manière ; Orion avait une petite amie en titre depuis deux ans, alors qu'Al collectionnait les histoires d'un soir et semblait incapable de se fixer. Tous deux aimaient recevoir leurs conquêtes en toute discrétion, sans devoir subir les sourires entendus de Vega le lendemain matin...

Cette nuit-là, c'était Orion qui avait de la visite. Il était en congé le lendemain et avait invité sa chère et tendre à le rejoindre dans sa cambuse. L'insonorisation aidant, Al n'entendait rien de leurs ébats, mais savoir son frère en galante compagnie alors que lui était réduit à la solitude suffisait à l'énerver. Pas de congés avant trois jours. D'ici là, faut que je me trouve une petite affaire vite fait, sinon je vais finir par coller des claques à tout ce qui bouge. Allongé dans l'obscurité, il passait en revue les candidates éventuelles à une petite visite. Mary, la fille de la presse ? Absente en ce moment. Mia, la petite serveuse du resto d'en face ? Moui, mais elle avait les dents trop présentes et ça n'arrangeait pas Al. Elizabeth, la gourdasse somptueusement roulée qui lui servait de roue de secours depuis Poudlard ? Pas mal, mais... pas envie de subir ses caquetages. Al voulait de l'efficace, du sans fioritures. Il s'endormit finalement après avoir porté son choix, en macho assumé, sur la petite secrétaire du Ministère qu'il avait déjà culbutée peu avant et qui s'était révélée particulièrement douée pour les langues vivantes. Une vraie perle que cette... Elle devait bien avoir un prénom, mais Al n'avait pas retenu ce détail, quand d'autres éléments requéraient toute son attention. Elle avait été sensible aux compliments prodigués par son amant et avait indiqué ne rien avoir contre une petite pipe vite fait bien fait – et cela, par contre, méritait d'être mémorisé. Je passerai la voir demain sur sa pause déj, se promit Al, déjà à moitié endormi, pour une livraison d'un genre bien particulier.

Une fois ce problème réglé, son sommeil fut profond, calme, sans rêves. Pas son genre de se taper des insomnies ou de se réveiller pour rien. Il fallait, pour le tirer du sommeil, une bonne raison – comme le connard qui tambourinait en bas, tiens. Encore un poivrot qui s'amusait, en sortant des bars, à importuner le pauvre monde. Baguette en main, Al se montra à la fenêtre, en caleçon, et bien décidé à balancer un maléfice sur l'emmerdeur, mais la voix qu'il crut reconnaître l'arrêta net. Sally ? Avant qu'il ait pu le reconnaître vraiment, le mec était tombé. Sans même prendre la peine d'enfiler un t-shirt, Al se précipita dans l'escalier, redoutant ce qu'il allait trouver devant la porte...


-Putain, qu'est-ce que t'as foutu, Tom, fit-il dans un murmure paniqué en se penchant sur son pote qui crachouillait du sang et faisait de mignonnes petites bulles rouges du coin de la bouche. Tu sais, je peux pas te faire rentrer, mec, va falloir aller voir ailleurs...

Bon, c'est pas super charitable, mais ça fait trop de temps que j'attends ma revanche pour la branlée de Poudlard. À six qu'ils me sont tombés dessus, ils m'ont pété à peu près tous les os et je dis rien de ma fierté. Alors il l'a pas volé, ce connard. Il a été le premier à cogner, et j'ai jamais vraiment digéré.

-Mais non, c'est pas vrai,
reprit Al après quelques secondes qui durent sembler interminables pour Tom. J't'avais dit que je me vengerais, pas vrai ? Putain, t'es tout pété de partout, j'ose pas te toucher... j'vais te faire léviter, non ?

Avec précautions, il agita sa baguette, et souleva doucement de terre le corps désarticulé de Tom. Il le fit monter lentement jusqu'au deuxième étage, et, tout aussi délicatement, le déposa sur son propre lit encore tiède.

-Bouge pas,
fit-il inutilement à l'adresse du blessé en ressortant de la chambre.

Un coup de nettoyage sur le trottoir, refermer la porte à clé, et récupérer deux ou trois flacons dans le petit labo du deuxième étage : deux minutes, à tout casser, et il était de retour.


-T'as de la chance, mon père a pris une potion pour dormir, et Orion est... euh... occupé. Tu vas rester là pour le moment, mais je suis pas sûr de pouvoir tout soigner. J'ai un truc pour ressouder les os, un pour arrêter les hémorragies, et un autre pour la douleur. J'espère que ça suffira pour commencer, et puis s'il faut j'irai te chercher quelqu'un. Tiens, commence par ça, fit-il en débouchant le flacon de potion pour les os.
Appuie-toi sur moi pour boire, pas la peine de t'étouffer, tu vas me foutre du sang partout.

Mais qu'est-ce qu'il a foutu, ce con-là ? Il s'est fait massacrer, et ça m'étonnerait que ça se soit passé au Emerald's. La curiosité tenaillait Al, mais il ne posa pas de questions. Joe, le père de Tom, le lui avait souvent dit : moins t'en sauras, moins t'auras d'emmerdes. Alors, à la place, il s'exclama en prenant une voix outrageusement efféminée :

-Par Merlin, si on m'avait dit un jour que j'aurais le Marteau d'Appleby dans mon plumard... si t'es moitié aussi bon que ta réputation, mec, sûr que tu me convertis aux joies de la grosse batte à moustache !
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MessageSujet: Re: Retour à l'envoyeur || Al Mer 15 Juin - 16:55


La bonne nouvelle, c'est qu'il n'était toujours pas mort, et qu'il ne se trouvait plus dans un caniveau. La mauvaise nouvelle, c'est qu'il portait un costume bien trop cher pour lui, foutu en l'air par un bon litre de sang humain, sang qui était le sien, qu'il avait les cheveux teintés dans un putain de poivre et sel dégueulasse pour lui donner l'air d'avoir la petite quarantaine, des lunettes rondes, et cassées, dont il n'était pas du tout sensé avoir besoin. L'autre mauvaise nouvelle, c'est qu'il avait sur lui un reçu pour deux cent cinquante mille galions qu'il n'était pas du tout sensé avoir, un ordre pour deux cent cinquante mille de plus, et pour ne rien gâcher, les papiers de David Hyatt, entièrement faux et trafiqués. Pour couronner le tout, il n'avait que ça, comme documents officiels, même pas les siens, et nul doute que Sainte-Mangouste lui poserait des questions s'il se pointait dans cet état. Il était évident que Tom s'était fait cassé la gueule, et il ne tenait vraiment pas à se faire remarquer par les mangemorts maintenant. Trois raisons à ça : il ne s'était pas fait simplement fait casser la gueule, il s'était fait poignardé, ce qui le classait dans une affaire louche pour les autorités d'office. Ce qui l'amenait à la deuxième raison : sa fausse identité. Les mangemorts allaient forcément le cuisiner pour savoir qui était vraiment David Hyatt, ce qui attirerait au mieux l'attention de Chambers de nouveau, et il préférait éviter de rencontrer de nouveau rapidement monsieur Casse-gueules. Troisième raison : s'ils le chopaient dans cette situation et si Chambers parlait, le ministère allait finalement faire le lien entre lui et tous les crimes du genre – tous ses crimes, dont ils n'arrivaient pas à identifier l'auteur parce qu'il bénéficiait d'une chance insolente. Qui, cette fois, l'avait complétement abandonné.

Pour Sally, Sainte-Mangouste était donc une option complètement exclue. Il ne pouvait pas y aller, sauf s'il voulait finir à Azkaban dès le lendemain, sans avoir été soigné – il crèverait après quatre ou cinq heures de terreur pure, sauf si les détraqueurs étaient assez bons pour aspirer son âme avant et le transformer en légume – parce que les mangemorts n'auraient qu'un truc dans la paillasse : lui faire la peau, ou tout du moins, l'achever. Alors certes, se pointer chez des gens comme ça, vers les cinq heures du mat', c'était un peu délicat à expliquer, surtout quand on pissait le sang de partout, et il sentait bien qu'il allait avoir quelques difficultés à se justifier, mais personne chez les Holmwood-Black ne le faisait autant paniquer que la perspective sordide de revoir ces saloperies de détraqueurs et la cellule de quatre mètres sur quatre qu'il avait été condamné à occuper cinq ans à la prison sorcière, et surtout pas pour y trépasser.

Il fallait juste espérer que personne ne comptait lui claquer la porte au nez par peur des emmerdes. Un moment, Tom pensa être dans un état suffisamment pitoyable pour avoir réussi à apitoyer Al, mais l'instant d'après il déchantait. Putain, il n'allait quand même pas le laisser là, ce con ? Il n'était pas très loin de l'insulter, même si c'était sans aucun doute son meilleur pote, cet enfoiré. S'il avait été dans une telle situation , lui, Thomas, n'aurait pas hésité un instant, peu importe les conséquences à affronter par la suite.

« Ailleurs, c'est le cimetière... » Il cracha encore un peu de sang et trouva assez d'énergie pour ajouter une insulte. Tom avait la dent dure, même au plus mal, et son coté franc et provocateur ne le quitterait sans doute jamais – il était sans doute la seule personne à analyser de manière si détachée une situation où il se vidait de son sang. « Abruti, si je crève... je te jure, je reviens te hanter à vie !  A VIE, tu m'entends ? En fantôme ! » De nouveau, il cracha du sang avec un râle douloureux. Son discours était de moins en moins cohérent : «  Et tu pourras même pas me casser la gueule, faudra que tu subisses mes reproches jusqu'à ta putain de mort ! » Comprenant soudain qu'il avait plus de chance de retourner dans son caniveau qu'autre chose en faisant ça, et qu'en plus il se faisait du mal – putain, ça devenait vachement difficile de respirer, et en plus, il voyait trouble – il finit par dire : « Non, sérieux, Al, tu vas pas me laisser tomber maintenant, putain...je veux pas crever dans une putain de rue, je me contente de ton entrée si tu veux, mais dehors, ça craint. »

Vraiment, c'était une question de dignité personnelle autant que de sécurité. S'il restait dehors, Thomas Sallybanks ne se sentait pas du tout capable de bouger, autant dire qu'il resterait là, devant chez les Holmwood-Black, qu'on le choperait, qu'il crèverait (une option qui paraissait de plus en plus certaine au fur et à mesure que le temps passait), et que tout le monde aurait des problèmes. Et quand il disait tout le monde.

Ah, il blaguait le machin ? C'était bien le moment ! Il avait la rancune sacrément tenace, le Al, tiens. Oh oui, Tom se souvenait de cette fois où ils lui avaient cassé la gueule, mais c'était il y a quoi ? Quinze ans ? Le temps passait, et il se souvenait aussi d'avoir passé une bonne partie de l'année à aider son pote, parce qu'il s'en voulait de ne pas avoir arrêté les choses à temps. A part Mallory il était l'un des seuls à avoir de l'autorité sur l'équipe des Serpentards, et Theo s'en était donné à coeur joie...pouvait vraiment être un abruti, le Prewett, quand il voulait. Au départ, ce n'était pas gagné qu'ils s'entendent, d'ailleurs, lui le sang mêlé purement assumé et merliniste, et ce rejeton de sorciers ultra-traditionalistes. Pouvait vraiment être un connard, oui, il lui dirait la prochaine fois qu'il le verrait, et il ne se priva pas de faire savoir à Al, de nouveau qu'il pensait à peu près la même chose de lui. A savoir qu'il était un connard,  qu'il allait y passer, que ce n'était ni drôle, ni le moment, que sa foutue vengeance, il pouvait se la carrer là où il pensait, qu'il allait crever, que ça faisait une éternité, qu'il allait crever, que ce n'était franchement pas le moment, et qu'il allait crever – s'il n'avait pas été assez clair. Quand finalement, Al se décida à être sérieux, il n'était pas loin de l'apoplexie, mais tenta de se relever tout de même :

« Ca va aller, je crois que je peux.. »
Il tenta de se redresser, mais c'était peine perdue. « Bon, en fait, non. Je veux bien un coup de main. »

Il ne souffla un peu que lorsqu'il fut installé sur le lit de Al. Sauvé in extremis. Pris d'un peu de remords – parce que c'était quand même une sale situation pour son ami – il lui lança, alors que l'apothicaire sortait :

« Merci, mon vieux, je te revaudrai ça un jour. »


Sally ne savait pas quand, mais il ne faisait pas de promesses en l'air, même s'il n'était pas sûr que Al ait entendu. Au fond, même s'il tiendrait ce serment, il préférait croire que non, parce que ça l'emmerdait de passer pour un gentil – ce qu'il était au fond, même s'il était désespérément malhonnête et incapable de marcher droit. Dans une poche, il avait une fiole qui contenait encore un fond de Pur-Feu, qu'il but cul sec et manqua de recracher avec du sang en prime. Meilleur médoc que toutes les potions du monde : Tom se soignait à la dure, comme il pouvait. Il tenta de planquer la flasque quand Al revint, mais échoua lamentablement. La bouteille tomba aux pieds de l'ancien gryffondor avec un tintement métallique :

« Oh et puis merde, je suis à moitié mourant, je peux totalement assumer de picoler. »
Aidé par Al, il avala la potion qu'il lui donnait : « C'est foncièrement dégueulasse ton truc, rend moi mon whisky, ça fera passer le goût. »

Thomas commença cependant à paniquer quand il entendit son ancien compère de quidditch parler d'appeler quelqu'un. Non, hors de question, il ne fallait pas qu'il fasse ça, surtout pas, ils allaient tous y passer s'il le faisait. Tom Sallybanks allait bien, officiellement, et il entendait que ça continue ainsi :

« Non, non, surtout pas. Al, il faut que tu me jures, vraiment, que tu vas appeler personne. »
Il attrapa le col de son ami : « Pas Sainte-Mangouste, pas ton père, personne. On aura tous des problèmes si quelqu'un moufte. Tant qu'on dit rien... » Il eut de nouveau une violente quinte de toux. « Merde. Tant qu'on se la ferme, ça va. Je vais dormir deux heures, pas plus, après ça devrait aller, je te jure que je me tire...ou mieux, t'appelle mon grand-père, je crois qu'il est à Cardiff. Peux rien à dire à Fenton. » Il recommençait à délirer un peu : « L'est gentil, Fenton, faut pas lui en vouloir. Il viendrait et il m'aiderait, je dis pas. Mais on aurait droit à une putain de leçon de morale, et j'ai pas le temps, j'ai pas le temps...il faudrait juste qu'il soit un peu plus funky, mais tout le monde l'aime parce qu'il est plus intelligent que moi – et puis plus brillant, aussi -  alors il s'en fout,  parce que quand tout le monde t'aime, t'as pas besoin d'être funky... » Soudainement, il parut se souvenir de ce qu'il voulait dire. « Faut pas que t'en parle, Al. Dis rien. De moi, de ça. A personne. Rien. »

Tom était très faible, et il en avait conscience, mais il se souvenait à peu près de ce qu'il voulait faire. Il avait aussi beaucoup trop chaud, mais réussit à se reprendre et sortit divers papiers de sa poche : tous les documents au nom de David Hyatt. Carte d'identité, certificat du sang, carte du barreau sorcier de Londres, le tout assorti de la gueule de Thomas Emerald-Sallybanks.

« Tiens, bazarde ça. Je t'expliquerai, Al, je te jure, mais faut que je dorme. »

Il réussit à rire à ce que lui disait son pote, mais cela lui fit plus mal qu'autre chose :

« Que le Marteau d'Appleby se viderait de son sang dans ton plumard, sois précis. Puis sans vouloir te vexer, même si t'es sexy en calbute, t'as pas assez de poitrine pour moi, vieux. »


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MessageSujet: Re: Retour à l'envoyeur || Al Jeu 16 Juin - 23:45

Tom et moi, c'est à la vie, à la mort. Ça fait des années que c'est comme ça, et j'ai toujours su que je ferais n'importe quoi pour lui. Comme pour mon propre frangin, en fait. Il y a des gens comme ça, ils peuvent se pointer chez toi à n'importe quelle heure, te demander n'importe quel service, tu sais d'avance que tu diras oui. Même si tu sais que tu te mets dans une purée infernale en disant oui. L'amitié, c'est sacré, et Sally et moi, on est potes depuis trop d'années pour transiger. Je l'ai toujours connu, en fait, ce grand corniaud. Je l'ai toujours vu sur le Chemin de Traverse, et comme il est plus âgé que moi, il m'a très vite eu dans les pattes, et mon frère avec. Vega lui faisait confiance et nous envoyait jouer avec lui. À nous trois, on avait les autres gosses du quartier à notre pogne. Ils nous secondaient dans nos plans foireux en ayant l'impression de vivre de palpitantes aventures.  Même le glandu à qui on faisait faire le guet parce qu'il était trop tarte pour faire autre chose se prenait pour un bandit de grand chemin. On savait leur vendre nos histoires, voilà tout. Et on a continué, pas vrai ? On est devenu des vendeurs d'histoires professionnels. Enfin, surtout certains.

Le souci des histoires d'adulte, c'est qu'elles sont légèrement plus risquées que les aventures de mômes. En regardant Tom avec davantage d'attention, Al se rendait compte que son pote était, tout bonnement, en train de canner. Du sang partout. La tronche blafarde. Le délire quand il parlait – et qu'est-ce qu'il pouvait parler, pour un moribond !


-Tais-toi, Tom, tais-toi, arrête de t'agiter, je vais t'aider, fit l'infirmier improvisé, d'une voix qu'il voulait douce et qui n'était que fébrile.

Tu le sens que je panique, mec ? Tu le sens que je me demande si je vais y arriver, ou si tu vas me claquer dans les doigts ? Al jeta un regard désemparé tout autour de sa chambre, et, fidèle à son habitude du monologue, marmonna :


-Bon. Commençons par le commencement. Faut le dessaper, déjà.

Ayant dit, et au lieu de se diriger vers Tom, il s'avança vers son armoire pour y prendre des vêtements. Un t-shirt pour lui, un autre, et un caleçon, pour son ami, pour plus tard.

-Je vais t'aider à te déshabiller, OK ? Tu peux pas garder ces fringues dégueulasses sur toi... c'est quoi, ça ?

Une flasque de whisky venait de tomber, échappée des mains du blessé. Al la ramassa, hésitant sur la conduite à tenir, puis la rendit à Tom :

-Tu sais ce qu'on dit, chez les apothicaires ? Plus c'est dégueulasse, plus c'est efficace. Tu devrais pas trop picoler pour le moment, le temps que ça agisse. Bon, voyons ce costard, maintenant.

Beau costard, ma parole... Coupé dans un tissu luxueux, et portant d'ailleurs une griffe de grande maison de couture à l'intérieur. On se refuse rien, hein ? La veste tomba bientôt, victime de quelques sorts de découpage. Pareil pour la chemise. Je t'ai pas souvent vu avec des limaces en soie, Sally. Al lança un regard intrigué à son pote, sans poser de questions, et continua son travail de découpage des fringues, sans rien laisser. La chemise collait à la peau, vers le bas bide. Al réussit à en débarrasser Tom, à force de patience, et la blessure au couteau lui apparut, au milieu d'une grosse tache de sang caillé.

-Putain d'Merlin... je sais pas soigner ça, moi... faut appeler un médicomage...

Et l'autre paniquait, le suppliait de n'appeler personne, repartait dans son délire. Peu à peu, Al prenait conscience d'être dans une situation vraiment compliquée. Ça n'avait rien d'une bagarre de rue ou d'un bête accident. Tom n'aurait pas été si mal en point et, surtout, il n'aurait pas été si affolé. Là, quelque chose l'empêchait de se faire soigner, d'aller à l'hôpital...

-C'est bon, mec, c'est bon, j'appelle personne. T'énerve pas. Je vais... je vais te soigner moi-même, OK ?

Si t'en réchappes, tu pourras remercier le Ciel, hein. J'ai jamais soigné ce genre de blessure. Et ça m'emmerderait que tu claques juste parce que je m'y suis mal pris.
Tom s'agita encore, récupéra quelques papiers dans la poche intérieure du costume. Sans comprendre, Al prit les papiers, auxquels il jeta un coup d'oeil machinal.


-Je vais les brûler, si tu veux...

La trombine de Tom, partout, accompagnait un nom qui n'était pas le sien. David Hyatt. Avocat au barreau sorcier de Londres. Al s'était juré de ne rien demander, mais il demeura immobile, les papiers à la main, interrogeant Tom du regard. Puis, soudain, il se décida à bouger, en grognant :

-Ouais, je serai pas contre une explication, histoire de savoir dans quelle tisane tu m'embarques. En attendant, interdiction de dormir. T'as encore deux potions à prendre, et j'aimerais bien nettoyer ta blessure pour voir de quoi il retourne. Tiens, avale-moi le deuxième flacon, je reviens.

Il passa à la salle de bains pour prendre une serviette et de l'eau tiède, puis fouilla le laboratoire, en vain, pour trouver un onguent pour les blessures. Il poussa un juron, et regagna la chambre, assez contrarié.

-C'est bu ? Ça devrait arrêter le sang, dedans et dehors. T'en as assez perdu. Je vais nettoyer la blessure, ça a pas l'air joli...

Il s'agenouilla sur le lit, perpendiculairement à Tom, penché vers son bas-ventre, et regarda le blessé, les yeux soudain pétillants, en disant très sérieusement :

-Si quelqu'un entre, je compte sur toi pour expliquer que je suis pas en train de te faire une gâterie, OK ? De toute façon, ça risque d'être moins agréable. Si j'te fais mal, tu me dis. T'as droit à une gorgée de whisky pour aider.

Et il commença, très doucement, à passer la serviette humide sur la blessure. La croûte de sang était épaisse et avait déjà pas mal durci. Et après ? Il devait bien y avoir un sort, mais lequel ? Tout en nettoyant la plaie, Al essayait de rappeler ses souvenirs. La seule chose utile qu'il put se rappeler, c'est qu'il y avait quelque part, dans la maison, un bouquin de sorts de soins. Suffisait de le retrouver, sans réveiller personne si possible.
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MessageSujet: Re: Retour à l'envoyeur || Al Ven 17 Juin - 15:32


De manière objective, sur le papier, c'était un bon plan, et même si c'était un échec, c'était resté assez rentable pour que Tom ne se plaigne pas trop que Ernest Chambers lui aie pété la gueule. Au moins jusqu'à ce qu'il sorte son putain de couteau, Sally avait considéré que la situation était certes foireuse, mais qu'elle restait dans l'acceptable. Après, Merlin ! Il fallait bien avouer qu'il s'était fait défoncer en beauté. Fenton ne cessait de l'avertir : ça finirait lui arriver un jour, et il fallait qu'il se calme. Tom ne prenait jamais au sérieux son frère, parce que la plupart du temps, ce bon vieux Barrister avait tort. Il s'inquiétait beaucoup trop, et pour rien. Il n'était pas n'importe qui : il était Tom Sallybanks, et il était plus riche et plus malin que les autres. Il ne pouvait pas perdre. Sauf que c'était faux. A faire des trucs par amour du risque, il fallait bien qu'il se doute qu'à un moment, il pouvait y passer. Maintenant, oui, il le réalisait. Il était dans un sale état, c'était définitif, mais ça aurait pu être pire. Heureusement, oui, vraiment, qu'Ernest Chambers ne savait pas viser. Ca aurait presque fait rire Thomas s'il n'avait pas eu aussi mal. Il y avait toujours une possibilité de se faire cogner, et en général il était sur ses gardes, mais il pensait que Chambers était un minable, et il ne s'était pas méfier. Qui aurait cru qu'il allait manquer de crever à cause d'un foutu obèse cinquantenaire fumant des cigares immondes, pires que ceux de son paternel ? Pas lui...et il aurait du y réfléchir à deux fois. Et ne pas se taper la petite Juliana Chambers. Et ne pas...enfin, s'il commençait à lister tout ce qu'il n'aurait pas du faire, Tom allait remonter très loin, et il n'en avait ni le temps, ni l'envie.

Pris d'un éclair de lucidité à cause de cette histoire de costume – que c'était dommage de le découper comme ça, il l'avait payé une petite fortune, et ça l'emmerdait clairement, mais encore une fois ce n'était pas le moment de se plaindre – il se rappela soudainement qu'il y avait encore le bon pour retirer deux cent cinquante mille galions dans une des poches, et le sauva juste à temps du sortilège de découpe :

« Ah, non, pas ça ! »
Il le plia sur la table de chevet. « Y en a pour un paquet de ronds, ça m'emmerderait de crever sans les récupérer, j'aurais fait tout ça pour rien... »

Il se rendit soudainement compte que le « tout ça » ne devait sans doute pas avoir beaucoup de sens pour Al, et que tôt ou tard, il allait bien falloir qu'il lui explique. Il lui devait ça. Tom racontait rarement tout aux gens, parce que c'était dangereux, aussi bien pour lui que pour eux, mais d'une part, c'était Al, et d'autre part, vu ce qu'il se passait, son vieux pote méritait sans doute qu'il soit un peu honnête avec lui. De son enfance à Liverpool, Sally ne se rappelait pas grand chose : ils avaient emménagé à Londres vers ses cinq ans et il avait presque toujours connus les frères Holmwood-Black. Ils faisaient presque partie de la famille : ils partaient en vacances ensemble, ils s'étaient fréquentés à Poudlard, s'étaient couverts mutuellement pour toutes les conneries faites au collège.

D'une certaine manière, il était bien plus proche d'Aldébaran que de Fenton ; leur caractère se ressemblait bien plus. Peut-être était-ce pour ça qu'ils avaient sympathisé, et qu'ils s'étaient influencés mutuellement. Les rois de la combine, des plans foireux, qui se prenaient pour les maitres du monde, meilleurs arnaqueurs de toute la sorcellerie – tu parles ! Du vent, tout ça. Ils survivaient, plus ou moins brillamment, ils étaient plus ou moins des salauds, plus ou moins intègre. Les perdants magnifiques...bon, d'une certaine manière, il avait plongé plus loin dans l'illégalité que Al, et ça s'appliquait peut-être seulement à lui. Mais peu importait. De cette situation, de cette mentalité, Tom avait hérité un vague reste de code d'honneur et de principes, qui étaient de ne jamais laisser tomber les siens, et de ne jamais oublier ce qu'il leur devait. Al venait, ni plus ni moins, de lui sauver la vie, et ça s'appelait une dette, qu'il supporterait sans broncher, parce que c'était normal, parce que c'était presque son frère, et qu'il risquait gros à l'aider alors qu'il aurait pu tout simplement le foutre dehors.

Où il serait probablement mort depuis longtemps. Là, ce n'était pas réellement brillant, mais ce n'était pas trop immonde non plus. Il sourit, vaguement amusé – ou peut-être qu'il délirait encore :

« Sur l'échelle du  je me suis pris un coup de couteau et je me vide de mon sang comme un un petit porcinet, j'ai vu pire...bon, c'était sur des cadavres, c'est p'têtre pour ça que c'était plus moche. »
Il avala d'un coup la deuxième potion. « Ben, ça a plus l'air de saigner. » Il grimaça alors que Al nettoyait la plaie : « Il y est pas allé de main morte, ce con... » Avalant une gorgée de whisky, il loucha sur la blessure. Vrai que c'était assez moche, quand même. « Faut la refermer, et avec des points de suture, ça tiendra pas. Je vois qu'un truc, faut cautériser. Après avoir désinfecté...une potion curative, peut-être. Ou alors... » Son regard tomba sur la flasque de whisky. « Il doit en rester assez, ça devrait le faire. Faut le diluer avec de l'eau, ça donne une solution antiseptique normalement, ils utilisent ça dans les hôpitaux moldus.»  

Oui, c'était moche, fait avec les moyens du bord, et un peu désordonné. N'empêche que ça pouvait marcher, et que ce n'était pas totalement idiot pour quelqu'un qui n'avait jamais fait d'études pour devenir guérisseur et qui se basait simplement sur sa propre expérience de ses blessures passées. Se retrouver assez sévèrement blessé lors d'une affaire, Sally l'avait déjà expérimenté.  Bon, d'accord, la cautérisation risquait de faire mal, mais ça pouvait pas être pire que ce que Tom se cognait déjà. Avec lucidité, il songea également que même un ancien batteur et serveur dans un bar chaud et un peu louche de la ville n'était pas sensé avoir ce genre de réflexions, surtout balancées avec autant d'aplomb alors que peu de temps avant, il délirait complètement :

« Oh, oui. »
La tête un peu effarée de Al semblait l'amuser. « Ça aussi, faudrait que je te l'explique, ça sonne un peu étrange, je sais. » Comment amener ça ? Tom n'avait pas vraiment de solution miracle, pour le coup, et comme il avait affreusement mal et qu'il était foncièrement épuisé, il n'arrivait guère à être lucide constamment, ça revenait simplement par éclairs. « Bon, alors...d'abord. Y a que sept personnes qui savent vraiment de quoi il en retourne – dont moi. T'es la huitième, Al. »

Il ne le disait pas pour lui foutre la pression, mais quand même...un peu. Histoire de donner un tour solennel à l'histoire, histoire d'essayer de faire en sorte que son pote ne panique pas, ne le jette pas dehors, ou pire, le dénonce dans les secondes qui suivraient les révélations.

« J'ai...fin, tu te souviens du vol au musée d'art sorcier ? »
Huit tableaux de maitres, disparus d'un coup. Le mec qui les restaurait étaient simplement parti avec. «  Des faux de la galerie Merlow ? » Des copies des tableaux précédents avaient été refilés pour deux fois le montant – une somme astronomique – au marchand d'art Quentin Merlow. Qui n'y avait rien compris jusqu'au moment où les flics l'avaient arrêtés pour trafic. « Et de l'arnaque aux actions de Nimbus ? Tu sais, ton père voulait en acheter et je lui avais dit que c'était une mauvaise affaire. » Et pour cause, il était le faussaire. « Ils ont trouvé jamais le coupable de tout ça, pas vrai ? Juste que c'était la même bande, et que c'étaient les putains de mêmes arnaqueurs à chaque fois, les plus brillants de la dernière décennie, pas vrai ? » Il n'y avait pas de honte chez Tom, mais plutôt une lueur d'excitation et de défi qui brulait dans un regard rendu fiévreux par la souffrance. Il eut un petit rire, qui devint une quinte de toux douloureuse : « Ça, c'était moi. Avec un ou deux complices... »

Il se laissa retomber sur les oreillers. Il avait mal, désespérément, et il fallait qu'il fasse une pause, parce qu'en plus d'avoir mal, il risquait bien de se faire engueuler, selon la réaction de Al – à la réflexion, il espérait vraiment qu'il était suffisament ouvert d'esprit pour accepter sans trop râler qu'un de ses meilleurs potes soit un arnaqueur professionnel et pas une simple petite frappe versant dans la criminalité de bas étage.

« C'était...un autre coup. »
Il se redressa sur un coude, celui où le poignet n'était pas brisé. « David Hyatt n'existe pas, c'était juste un personnage pour convaincre Ernest Chambers – tu sais, le magnat du Quidditch – pour financer un projet...qui n'existait pas, en fait. » Il soupira, désespéré, et toussa de nouveau, constatant avec satisfaction qu'il ne crachait plus de sang : « Un coup à un million de gallions...j'ai en eu cinq cent mille. » Il secoua la tête pour marquer le coup, ce qui fut une mauvaise idée : il ne s'en trouva que plus étourdi. « Mais y avait sa fille, qui arrêtait pas de me chauffer...totalement en manque, qu'elle était. Sauf que monsieur Chambers a fini par découvrir que le gentil, le sympathique, le brillant, le si serviable maître Hyatt se tapait sa petite princesse et qu'il l'a pas supporté. D'où ça. » Il essaya de se montrer rassurant : « Il a jamais compris que c'était une fausse identité, je pense. Et même si c'est le cas, heureusement, il n'y a aucun moyen de remonter jusqu'à moi...pour ça que je voulais pas aller à Sainte-Mangouste. Ils feraient le lien un peu trop facilement. Pour ça qu'il faut détruire les papiers de de Hyatt...»

De nouveau, il se laissa retomber sur les oreillers. Il se sentait vide, presque bien, même s'il était conscient que ça pouvait faire lourd, très lourd à digérer, pour quelqu'un à qui on l'annonçait de but en blanc :

« Je sais que c'est...bon, ça fait beaucoup, je sais, vieux. »
Il grimaça : « Je comprendrais si tu voulais me jeter dehors maintenant, t'en as déjà fait beaucoup. »

Il espérait que non. Même si la perspective de se faire cautériser ne l'enthousiasmait guère, ça valait mieux que de crever, même s'il savait qu'apprendre qu'un ami d'enfance qu'on fréquente depuis trente ans ou presque pouvait déclencher des réactions un peu épidermiques. Même si elles étaient compréhensibles.

La question était donc : est-ce qu'il allait retourner bientôt dans son caniveau, ou pas ?

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MessageSujet: Re: Retour à l'envoyeur || Al Sam 18 Juin - 22:16

Et me voilà, au lieu de roupiller paisiblement comme l'honnête travailleur que je suis, à jouer les infirmières pour mon meilleur pote. Lui à poil, moi en calbute, tous les deux sur le même plumard, et une vache d'odeur de sang juste pour qu'on n'aille pas s'imaginer une ambiance à l'eau de rose façon Roméo et Juliette. Reste plus qu'à espérer que personne n'ouvre la porte sans crier gare, parce que la scène, vue de l'extérieur, doit être à pisser de rire. Les deux bourrins en train de jouer au docteur, un épisode inédit. Et du sang, toujours du sang. J'ai beau faire, il y en a toujours. La serviette a viré du bleu pâle au rouge, et je me retrouve à ne plus avoir un coin de propre pour finir de torcher Tom. Tout près que je suis de son bide, je peux presque voir en direct les hématomes se former. Ça bleuit, noircit, jaunit à vue d'oeil. D'ici deux heures, le pauvre mec sera de toutes les couleurs. En tout cas, il semble moins mal en point, plus lucide. Ptêtre parce qu'il se sait en sécurité. Ou parce que les potions commencent à agir. Il va être temps de lui donner la dernière, d'ailleurs.

Al avait jeté un long regard interloqué à Tom lorsque celui-ci avait fait un effort pour récupérer un papier et le sauver du feu. « Un paquet de pognon ». C'était donc ça : une affaire de pognon. Il fallait espérer qu'il y en ait vraiment pour du blé, parce que le Sally avait quand même failli crever. À présent, Al était un peu plus enclin à l'optimisme. Pas de fièvre, plus de toux sanglante, juste cette superbe entaille à refermer. Il allait falloir finir de la nettoyer, d'abord, puis la désinfecter. Tom proposait la fin de sa fiole de whisky, que l'apothicaire refusa :


-On va pas gâcher du produit, hein... j'ai ce qu'il faut au labo, je reviens.

Il retourna encore une fois les placards à la recherche de l'onguent pour blessures qu'il pensait avoir – ça faciliterait tout, ce machin, mais ça prend des heures à préparer – et revint avec plusieurs fioles, des compresses, un couteau d'argent et une serviette propre. Silencieux, il se mordait la lèvre inférieure, hésitant sur la conduite à tenir. Cautériser ? Il était marrant, Tom. Al ne se sentait pas de cramer la couenne à un ami, même pour rendre service. Putain d'onguent, jamais là quand il fallait...

-T'es sûr, pour la cautérisation ? fit-il à mi-voix en reprenant place sur le lit.

Autant par nécessité que pour gagner du temps, il acheva soigneusement de nettoyer la blessure et ses alentours, histoire d'y voir clair. Il s'était fait saigner sur une belle largeur, mais ça ne devait pas avoir touché d'organe vital. Un peu plus loin et c'était le poumon qui perçait, et là... Sally n'aurait certainement pas pu arriver jusque devant sa porte. Cette pensée le fit frissonner, tandis que l'autre se lançait dans un curieux récit. Poursuivant sa besogne à gestes lents, Al écoutait, très attentif. Des histoires de tableaux, d'actions. Al ne comprit pas immédiatement où voulait en venir son pote, mais très vite, les morceaux se mirent en place. Tom n'était pas le serveur gentiment malhonnête qu'il prétendait être, mais un bel escroc qui se faisait des millions de Gallions dans son business. Ça foutait un coup, tout de même.

Putain. J'ai l'air de quoi, moi, avec mes coups à deux cents Gallions maxi ? D'un gagne-petit, d'un minable. Ou d'un mec qui tient à sa peau, tout bonnement ; je me suis jamais fait trouer la paillasse, moi. N'empêche. Imaginer que ce petit fumier de Sally manie le pognon à pleines mains, et qu'il m'en a jamais fait profiter...
Parce que tu l'aurais fait tremper dans de telles combines, toi ? Avoue : t'aurais cherché des complices sérieux, mais inconnus, et une fois l'affaire terminée, bonsoir m'sieurs-dames. On ne mouille pas la famille, c'est pas correct. Imagine qu'on se fasse arrêter et qu'on en vienne à se balancer ?
Ouais, bon. Il aurait quand même pu payer sa tournée un peu plus souvent, non ? Bien sûr. Et attirer l'attention en claquant plus de fric qu'un serveur n'est censé en gagner. Arrête, Al. T'es pas foutu de lui en vouloir sérieusement plus de cinq minutes.

Et les cinq minutes avaient fini par passer. Al avait achevé le nettoyage de la blessure, en silence, et digéré la nouvelle tout en se concentrant sur sa tâche. Il se tourna enfin vers Tom, sans se rendre compte que l'autre devait avoir un spectacle assez farce avec la gueule d'empeigne de son vieux pote juste à l'aplomb de ses attributs.


-Ben merde alors... si j'me doutais...

Il n'avait pas vraiment entendu le passage où Tom disait qu'il comprendrait s'il le remettait dehors, et il s'en serait sans doute offusqué. Un ami, c'est sacré, quoi qu'il ait fait. Al n'avait pas énormément de principes pour guider sa vie, mais celui-là était indiscutable. À vrai dire, qu'est-ce qui était choquant dans le récit de Tom ? Pas les arnaques qu'il avait montées. Al n'avait pas assez de sens moral pour s'en émouvoir. C'était seulement – et ça lui faisait mal de le reconnaître, parce que ça manquait quand même vachement de noblesse – une petite pointe de jalousie qui le tenaillait face aux exploits de son pote. D'accord, il a failli en crever, mais ça a quand même de la gueule, non ? Ils ont parlé de lui dans tous les journaux, l'enfant de cognard. Et moi... moi, je reste un petit mec sans ambition. Bien ça qu'il avait dit, le putain de Choixpeau, non ? L'ambition n'est pas ton moteur. Ben voilà, vingt ans après, ça se retrouve.

Et puis ? C'était comme ça, hein. Tout le monde peut pas être l'ennemi public numéro un, et après tout, c'est assez confortable de ne pas risquer sa peau. Tiens, c'est pas moi qui vais me faire marquer au fer rouge comme un con de bœuf, là.


-Tiens, fit-il en débouchant la dernière fiole. Avale ça, c'est pour la douleur. C'est la plus dégueulasse du lot, je te préviens.

Rien dans sa voix ni dans son attitude ne laissait deviner que Tom venait de lui faire des aveux compromettants. Il restait le Al bourru et dévoué qu'il avait toujours été tandis qu'il vidait sur la plaie trois fioles de potion désinfectante et tamponnait le tout avec des compresses. Baguette en main, assis sur le lit, il se mit ensuite en devoir de chauffer le couteau, tout en poursuivant :

-Tu devrais prendre ce qui te reste de whisky, mec, ça va pas être de la rigolade. Je vais chauffer mon couteau et t'appliquer la lame sur ta plaie. Cautériser à la baguette, je le sens pas, j'ai peur de te faire trop cuire. Tu veux un truc à mordre ? J'aimerais autant que tu rameutes pas tout le quartier. Des cris de mec venant de ma chambre, ce serait terrible pour ma réputation.

L'odeur de chair grillée lorsqu'il apposa la lame à plat sur la blessure lui retourna le cœur, mais il se força à l'y maintenir quinze bonnes secondes. Son devoir fait, il se laissa rouler sur le lit, à côté de Tom, et tendit sa baguette vers la porte en marmonnant « accio whisky ». Chacun son tour d'avoir besoin d'un petit remontant.
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MessageSujet: Re: Retour à l'envoyeur || Al Dim 19 Juin - 18:31

On aurait pu croire que Tom Sallybanks était riche à million, du fait de ses arnaques à grande échelle. En réalité, ce n'était pas tout à fait vrai. Il possédait en réalité en tout et pour tout deux appartements dans le quartier sorcier de Londres, bien agencés et qui coutaient assez cher, certes, une énorme Range Rover qu'il ne pouvait pas conduire puisqu'il ne fréquentait que rarement les quartiers moldus, sauf lors de nuits totalement débauchées où il pouvait réellement faire ce qu'il voulait, à savoir dépenser du fric sans le compter derrière, ainsi que les meubles de ses appartements, sans compter une bonne Rickenbacker moldue et une autre guitare sorcière – Wizard Lane faisait de très bons modèles. Quant à l'argent qu'il avait en propre, il tournait sur une dizaine de comptes au travers du monde sorciers, qui comme l'univers moldu, comptait un bon nombre de paradis fiscaux assez peu regardants sur l'origine des gallions qu'on leur confiait et peu disposés à poser des questions inutiles, ce qui arrangeait bien Tom.

Mais de l'argent en propre, en fait, il n'en gardait pas tant que ça : il servait à réalimenter et à financer d'autres combines, qui pouvaient coûter assez cher, ou bien il finissait par le claquer. Et ce qu'il conservait, finalement, Sally ne savait pas bien quoi en faire. Il se disait vaguement que ça lui servirait pour sa retraite, qu'il finirait par prendre un jour, lorsqu'il aurait réussi le coup le plus magistral de sa carrière d'escroc, mais force était d'avouer qu'en fait, Thomas ne se voyait pas du tout à la retraite. Il savait qu'il s’ennuierait à mourir s'il arrêtait. Oh, il se serait amusé deux minutes : à force d'économiser, il aurait bien eu les moyens de racheter une équipe de Quidditch et de s'amuser un peu, mais c'était une sale pente. Elle conduisait à devenir un vieil obèse de cinquante ans qui poignardait des gens. Avec les meilleures raisons du monde, peut-être, mais l'idée de ressembler à Ernest Chambers tentait vraiment moyennement Tom. C'était peut-être ça, le problème du vieux Fenton Sallybanks, son grand-père, qui lui avait enseigné les arcanes des escroqueries : il ne lui avait jamais dit quoi faire du magot qu'il pouvait amasser.

Et le pire, c'est qu'il ne pouvait en parler à personne. Même lorsqu'il avait vraiment marre et qu'il voulait profiter de son fric, il était encore obligé de mentir et de passer pour quelqu'un d'autre pour qu'on ne se doute pas que Tom Sallybanks était un réel bandit, un putain de problème pour le bureau des aurors et des mangemorts qui avaient succédé aux précédents. Il n'en parlait à personne. Alors oui, Sally aimait ce qu'il faisait, parce que bordel, c'était tellement bandant de savoir qu'il piquait du frics aux plus puissants de ce monde, si sûrs d'eux-mêmes et si crétins, mais voilà : parfois c'était lourd à porter. C'était pas mal d'avoir tout débité d'un coup. Peut-être que c'était un peu un choc pour Al, sans doute, mais tout de même. Il se sentait vide – c'était peut-être simplement le contrecoup de toute l'agression, car même avec tout ce que Al lui avait fait prendre, il s'était fait salement rétamé, tout de même.

« Y a pas le choix, non ? »
Il sourit crânement, parce qu'il savait que ce qu'il disait était vrai : cautériser serait toujours moins pire que laisser la plaie ouverte, mais n'empêche qu'au fond, Sally n'était que moyennement rassuré et qu'il riait jaune. « Peut pas être pire que tout ce que j'ai pris avant, de toute façon. »

Quoique. Il préférait ne pas savoir à l'avance, il n'en avait pas envie. A la limite, Tom préférait encore mieux parler de ce qu'il avait fait que de ce qu'il allait subir : si c'était à l'aulne de tous les trucs que Al lui refilait en guise de médocs, il allait salement déguster, et franchement, il n'avait pas envie d'y penser. Il fallait le faire, il le ferait. Comme tous les trucs désagréables auxquels il était confronté, il ne rechignait pas, ça faisait partie du jeu, mais en parler ne l'aidait pas, il faisait simplement avec.

« Tu le prends vachement mieux que Fenton. »
Il sourit, amusé, face à ce constat. : « Lui, il a menacé de me faire renvoyer à Azkaban juste parce qu'il pensait que je n'avais pas compris la leçon. Résultat, il se retrouve quand même à filer un coup de main. » Les gens n'étaient pas ce qu'ils paraissaient être, jamais. Ca n'avait rien à voir avec l'amitié, ou plutôt si : Tom ne pouvait simplement rien dire parce que ça le mettait en danger lui, mais pas seulement : tout le monde risquait sa peau dans cette foutue histoire. « Ca en vaut la peine...la plupart du temps. Il n'y connait rien. Sauf quand il a raison, et que je joue au con... »

En même temps, qui pouvait prévoir que Chambers aimait autant les couteaux, hm ? Et qu'il allait se faire marquer au fer rouge comme un con à cause de ça ? Personne, et surtout pas Tom lui même. Qui se demandait vraiment s'il allait supporter ça. Il avala coup sur coup potion pour la douleur et whisky, ce qui fit passer un peu le goût de la première.

« J'jurerais pas que je vais pas gueuler un peu. File un truc à mordre, ouais, on sait jamais. »

Et il faisait bien, putain, parce qu'il serait limite tomber dans les vapes tellement la douleur vint le saisir d'un coup, avec cette sale odeur qui lui donnait envie de gerber. Quinze bonnes secondes d'apocalypse où Tom Sallybanks se demanda, si de souffrance, son cœur n'allait pas tout simplement lâcher et s'il n'allait pas mourir – un comble ! - d'un foutu et particulièrement stupide arrêt cardiaque. Lorsque Al retira la lame, il ne bougea ni ne parla pendant un moment, incapable de faire quoique ce soit avant de retrouver la parole après un temps infiniment long, dans un rire sardonique très sincère,Tom n'ayant jamais manqué d'humour envers lui même :

« Putain de nuit, hein ? »
Pourtant, elle n'avait pas si mal commencé que ça. Il récupéra ses cigarettes, mises de côtés avec sa baguette – il ne comprenait pas pourquoi Chambers lui avait laissé : parce qu'il était con, sans doute – et en proposa une à Al avant d'en allumer une et d'en tirer quelques bouffée de tabac réconfortantes avant de finalement demander : « Si t'as des fringues, vieux, je serais pas contre, ça m'emmerderait de crever d'une pneumonie après avoir survécu à ça, et comme ni toi ni moi on est tenté par l'autre coté de la jaquette ce soir...»

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MessageSujet: Re: Retour à l'envoyeur || Al Lun 20 Juin - 23:30

Le whisky tiédasse, bu à même le goulot, n'était pas excellent, mais il sembla à Al n'avoir jamais rien bu de si bon. Après le moment qu'il venait de passer, il méritait bien une petite récompense... Tom semblait d'accord, qui lui offrit une cigarette. Pas de refus. Là aussi, il savoura la première bouffée de tabac comme jamais il ne l'avait fait. Les yeux au plafond, il poussa un long soupir tandis qu'il s'autorisait, enfin, à se détendre. Tom n'était plus en danger immédiat, la blessure était cautérisée, et à en juger par le silence dans la rue, personne n'était lancé à sa poursuite. La pensée ne l'avait pas quitté pendant qu'il soignait son ami : et si Chambers avait appelé la police magique ? Les traces de sang laissées par Tom les dispenseraient de toute recherche. Bien sûr, il avait nettoyé la flaque laissée devant la porte de l'apothicairerie, mais ça ne résolvait rien : là où la trace s'interrompait, les flics n'auraient qu'à taper aux portes et lancer des recherches. Et là, que faire de Tom ? Dans son état, il ne serait pas facile de le cacher. Par chance, il semblait que ce ne soit pas à l'ordre du jour. Al eut un sourire, prit une autre bonne gorgée de whisky et proposa la bouteille à son ami :

-T'en veux ?

Et puis, sans aucun rapport, il revint sur les aveux formulés par Tom, et sur ce qu'il venait de dire au sujet de son frère :

-Ton frangin a vraiment menacé de te faire repartir en cabane ? Il est pas bien, lui... t'as tué personne, merde, c'est même toi qui as failli y passer. Pas de quoi fouetter un chat, je trouve. Enfin, le jour où on fera une statue à la gloire de la Loi, sûr qu'elle aura la tronche de Fenton. Ce mec est pas croyable.

Pas croyable surtout qu'il soit le fils de Joe, et le père de Tom. Vous êtes sûrs que vous l'avez pas trouvé dans une poubelle, ou qu'il a pas été échangé à la maternité ? Un Emerald honnête à ce point, c'est la honte de la famille. Un peu comme si un Holmwood-Black s'avisait de faire dans le légalisme, à peu près. C'est pas pour nous, tout ça.

Tom réclama des fringues, ce qui rappela à Al qu'il avait commencé à en sortir de l'armoire sans rien en faire ensuite. Il sauta du lit, alla ouvrir la fenêtre pour chasser la fumée et jeta à son pote de quoi se couvrir :


-Ah oui, désolé, j'oublais... Tiens, attrape... Ce serait dommage que tu claques là, on croirait que c'est moi qui t'ai buté. Avec ça, ça devrait aller.

Il lui envoya un t-shirt (qu'il choisit rouge et frappé d'un slogan à la gloire de Gryffondor, par pure malice), un caleçon, un pantalon d'intérieur et un sweat. Par chance, ils faisaient à peu près la même taille et avaient la même carrure. Al passa un t-shirt, sans rien ajouter d'autre ; il n'avait pas facilement froid et là, les événements de la nuit lui donnaient même très chaud. L'air frais de la nuit était le bienvenu, mais il ne laissa pas la fenêtre ouverte bien longtemps ; Tom n'avait pas besoin d'attraper froid, comme il venait de le dire. Al regagna le lit, en avertissant :

-Bon, mon vieux Sally, je suis désolé mais il va falloir qu'on dorme ensemble. J'aurais bien pris le canapé, dans le salon, mais il est pas prêt et j'ai vraiment, vraiment pas envie de m'y attaquer maintenant... T'inquiète, je ronfle pas. Et puis comme ça je serai à côté si t'as besoin. D'ailleurs, tu veux quelque chose, là ? Un truc à manger, à boire ? Je vais te mettre de l'eau sur la table de nuit, hein, décida-t-il sans même attendre la réponse.

D'un nouveau bond, il quitta le lit pour aller remplir une cruche d'eau à la cuisine et la déposer, avec un verre, au chevet de Tom. Pour le reste, il se doutait que le blessé ne devait pas avoir très faim, vu ce qu'il venait d'endurer, mais savait-on jamais ? En se recouchant, il murmura :


-Demain, je bosse. T'as qu'à rester là, OK ? Tu te reposes, tranquille. Je m'arrangerai pour monter te voir de temps en temps. Normalement, Orion et sa copine partent pour la journée, tu auras l'étage pour toi tout seul. J'te préparerai un petit déj avant de descendre, si tu veux, avec les potions à prendre.

Une vraie fée du logis, cet Al. Il s'étonnait lui-même de sa prévenance, de sa prévoyance aussi alors qu'il récapitulait mentalement ce qu'il y avait dans les placards. Thé, café, céréales, jus d'orange, toasts, rien ne manquait, estima-t-il en véritable maîtresse de maison. Jamais encore il n'avait préparé de petit déjeuner pour personne, et c'était Tom qui allait inaugurer cette pratique. C'était vraiment moche, quand on y pensait.

-Allez, bonne nuit, vieux. Tu me réveilles, en cas de souci.

Malgré les événements et l'adrénaline, Al avait sommeil. Pourtant, il ne pouvait s'empêcher de tendre l'oreille, croyant à chaque instant entendre arriver la police magique. Il se tourna un bon moment, en vain, trop fébrile encore pour dormir. Finalement, il se releva, s'habilla sommairement et alla effacer, dans la rue, davantage de traces de sang, jusqu'à l'embranchement de l'Allée des Embrumes. Ça ferait moins jaser dans le quartier, lorsque le jour se lèverait, et ça le tranquilliserait assez pour trouver enfin le sommeil.
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Tom Sallybanks


MessageSujet: Re: Retour à l'envoyeur || Al Mer 22 Juin - 16:08


Qu'est-ce qu'il allait bien pouvoir faire, tiens, avec deux-cent cinquante-mille gallions en plus ? Peut-être bien qu'il allait se faire oublier quelques temps. D'une parce que ce n'était tout de même pas tout à fait tous les jours que Tom se faisait cogner dessus à ce point, de deux parce que mieux valait ne pas trop faire de vagues après un tel coup, histoire qu'on lui foute la paix et qu'on le laisse préparer le prochain, et de trois justement pour préparer en paix le prochain plan foireux – en s'arrangeant pour éviter la case cassage de gueule. Cinq cent mille gallions, quand même, sacré bilan, songea-t-il, acceptant volontiers le whisky de Al, ce qui le dédommageait allégrement d'avoir manqué de mourir – c'était pour tous les coups faciles et qui avaient rapporté gros, il fallait bien qu'il y en ait un qui finisse par être difficile, même s'il trouvait un peu insultant que cet accident de parcours soit du fait d'un crétin comme Chambers, qui ne payait vraiment pas de mine. Sérieusement, il était à peu près sur de valoir mieux que ça.

C'était peut-être ce que lui reprochait Fenton, d'ailleurs, qui avait l'air de trouver abominable tout ce qui sortait de la légalité. Il savait aussi que Fen' s'inquiétait en permanence. Il n'aimait pas le danger, ou l'adrénaline – le truc le plus hors du commun qu'il aie jamais fait étant une soirée monstrueusement arrosée pour fêter la victoire des Flèches d'Appleby – et encore, il était parti à une heure du mat', au moment où les filles arrivaient. Vrai qu'à part un certain humour grinçant, ils n'avaient pas grand chose en commun. On pouvait simplement dire que si Tom ne s'inquiétait jamais, Fenton avait le défaut de beaucoup trop s'inquiéter. Il savait que son frère faisait rigide ; si lui l'appréciait, il savait que ce tempérament, un peu distant, toujours honnête, incapable du moindre compromis, pouvait mal passer.

« Je crois que pour lui, vaut mieux que je sois en prison que mort – trop de risques, il aime pas l'imprévu. »
Il soupira et tira une nouvelle bouffée de tabac : « Je crois que je préfère crever que de retourner à Azkaban, parole, moi, par contre. Mais ça, tant que t'y as pas foutu les pieds, tu peux pas piger, alors je lui en veux pas.  »

Quand il était là bas – lorsqu'il était le détenu 2-6, deuxième étage, sixième cellule, un numéro qu'il s'était fait tatoué après, vieux souvenir lui rappelant ce qu'il en coutait de se faire prendre vivant – à son étage de la prison, il était le seul à savoir quand il sortirait. Tous les autres, à son étage, étaient soit devenus dingues depuis longtemps, soit ils l'étaient devenus au fur et à mesure que le temps passait et Tom avait assisté à ça. Il n'était pas devenu barge : il s'occupait. Il avait appris trois langues, les usages de la bonne société, lu des tas de livres utiles, et monté cinq ou six plans, tous exécutés depuis, à mettre en œuvre à sa sortie de prison. Il avait un truc lui permettant de tenir le coup : une date de sortie. Mais n'empêchait, les nuits étaient dures. Il entendait les hurlements dans la nuit, et la présence des détraqueurs n'arrangeait rien. La peur rôdait, dans cet endroit. D'où son aversion pour la prison. D'où l'idée que si les flics venaient, Sally préférait largement se faire descendre.

Ce ne serait pas pour cette fois. Dans l'immédiat au moins, Chambers ne savait pas qui il était et même avec une arnaque à cinq cent mille gallions, il n'irait pas trop se vanter d'avoir tuer quelqu'un. Il pouvait donc pioncer en paix jusqu'à demain, et accepta de bonne grâce les fringues que lui prêtait Al, trop crever pour grogner après le t-shirt gryffondor ou noter quoique ce soit à propos d'un quelconque petit déjeuner ou d'une histoire de canapé. Il s'occuperait des détails demain et s'endormit en ayant la désagréable sensation d'oublier quelque chose, qui lui revint brusquement à l'esprit lorsqu'il ouvrit les yeux le lendemain, vers onze heures. Il avait dormi à peine six heures, et avait la détestable sensation de subir une gueule de bois carabinée, probablement autant due à ses blessures qu'au whisky qu'il s'était enquillé. Ses yeux se posèrent sur l'ordre de retrait et il se redressa d'un bond et jura :

« Merde, la banque ! »

Il jeta un oeil à la gueule qu'il avait dans le reflet de la vitre : un oeil au beurre noir, des putains de cernes, et la lèvre inférieure fendue. Il souleva son t-shirt. La plaie, cautérisée, était propre, mais laisserait à jamais une marque. Il avait de sales marques qui s'échelonnaient du jaune au violet, presque au noir, sur toutes les cotes. Au moins pouvait-il marcher et bouger le poignet. Il avait encore mal, mais ça passait à peu près.

« Pas de panique. Trouves juste quelque chose. »

Le temps que Chambers réagisse, il devait avoir la journée devant lui. Mais il n'avait pas le choix : il fallait qu'il retire cet argent, sans quoi il lui filerait sous le nez. Sally se mit à réfléchir. Il ne pouvait pas se pointer comme ça, Tom Sallybanks n'était personne pour Chambers et vu l'état de son compte en banque à Gringotts, il doutait qu'on lui laisse prendre deux cent cinquante mille gallions comme ça sans rien lui dire et sans attirer les soupçons. L'identité de David Hyatt était proprement grillée et donc inutilisable. Il fallait donc se faire passer pour quelqu'un d'autre, quelqu'un qu'on ne suspecterait pas et qui pourrait agir comme il entendait.

L'illumination lui vint dans un éclair de génie. Fairfax & Burges, les autres avocats de Chambers. Evidemment. Ils ne se déplaçaient jamais pour ce genre d'histoire, l'argent transitait via McLair, leur assistant, mais s'il pouvait utiliser David Hyatt contre eux...il pouvait aisément se faire passer pour Fairfax, pour peu qu'il trouve un costume, sa fameuse moustache en guidon de vélo, lui donnant l'air le plus véreux du monde, pouvait se reproduire à la baguette. Un plan parfait.  Sauf qu'il n'avait aucun papier établissant son identité. Peu importait. Affaire discrète. Pas de complication. La visite n'a jamais existé. Vu. Second problème, il n'avait pas de costume. Il ouvrit la penderie, de nouveau, à la recherche de quelque chose qui ferait l'affaire – il n'était pas sur d'avoir la force de transplaner chez lui. Al entra à ce moment là, avec un plateau.

« Salut. » Il sourit. « J'ai un dernier service à te demander. Ca te dit de te faire cent-vingt-cinq mille gallions au prix d'un effort totalement minimal ? »

Troisième problème. Fairfax & Burgess se déplaceraient forcément ensemble. Il avait donc besoin d'un complice.

Vu.

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MessageSujet: Re: Retour à l'envoyeur || Al Jeu 23 Juin - 22:43

Après sa virée nocturne sur le Chemin de Traverse – cinq minutes, grand maximum – Al s'était recouché convaincu qu'il n'arriverait pas à dormir... Tout ce remue-ménage, et puis l'inquiétude toujours présente, et puis la présence de Tom dans son lit... Je t'aime bien, mon pote, mais tu pues encore la viande grillée et le sang, et en plus, par moments, je sens ta jambe poilue contre la mienne. Pour éviter ce contact étrange, Al se pelotonna sur l'extrême bord du lit, hors de portée de Tom et de ses guibolles, et...
Il eut l'impression d'avoir fermé les yeux depuis cinq minutes à peine lorsque le réveil sonna. Il l'avait presque oublié, celui-là. À tâtons, il le réduisit au silence et se demanda s'il avait rêvé. Une vague odeur de tabac et de chair brûlée flottant dans la pièce lui remit en tête tous les événements. Non, il n'avait pas rêvé. D'ailleurs, à côté de lui – occupant à lui seul deux bons tiers du lit, plus exactement – Tom dormait profondément. Un beau bébé, avec cet air paisible sur le visage, si on ne prêtait pas attention aux couleurs qui zébraient son visage, ses bras et à peu près chaque centimètre carré visible de sa peau. Du rouge, du jaune, du verdâtre, du violet. Le réveil risquait d'être douloureux pour le pauvre Sally et Al, pris de pitié, alla au laboratoire prendre une fiole d'anti-douleur qu'il déposa sur le chevet. Il se dépêcha ensuite de faire sa toilette et de prendre son petit déjeuner, pour avoir le temps de préparer quelque chose à manger pour Tom, comme promis. Il laissa sur la table une tasse, la bouilloire, des céréales, des toasts et du beurre. Le thé et le café étaient à disposition, le lait aussi. C'est pas du cinq étoiles, mais presque. Il manqua s'étouffer en baîllant largement tandis qu'il se brossait les dents, puis descendit à la boutique – Vega lui avait demandé de faire l'ouverture seul.

Matinée calme, comme souvent. La préparation de diverses commandes occupa Al un moment, puis il annonça qu'il montait voir Grandma. La vieille dame faisait son petit traintrain dans l'appartement du premier, mais, régulièrement, Vega ou l'un de ses fils montait voir si tout se passait bien – si elle avait mangé, bu, si elle n'était pas tombée et incapable de se relever, si elle n'avait pas eu l'idée soudaine de lancer un Incendio sur les rideaux de sa chambre... Les possibilités étaient nombreuses, malheureusement. Al la trouva assise sur son lit, encore en chemise de nuit, en train de chantonner un air sorcier de sa jeunesse. Elle n'avait pas touché à son petit déjeuner. Il l'aida à s'habiller, avant de s'asseoir avec elle pour l'encourager à manger. Avaler son repas – pourtant léger, vu son appétit d'oiseau – demanda bien vingt minutes à Ailith qui ne cessait de parler. Ensuite, Grandma s'installa dans son fauteuil, son chat sur les genoux, pour écouter son émission de radio favorite, et Al put monter voir Tom.

De passage à la cuisine, il constata que lui non plus n'avait rien mangé. C'était une manie, dans cette maison, décidément. Il entassa le tout sur un plateau pour l'apporter directement dans la chambre – servir le petit déjeuner au lit n'était déjà pas son genre, mais alors à un mec... il se demanda un instant s'il n'était pas en train de rêver. N'empêche que je pousse la porte tout doucement, comme si j'allais déranger l'enfant Jésus dans son berceau... Bon, il est levé, l'enfant Jésus, et il a l'air en forme.

-Room service ! Le petit déjeuner de Monsieur !

Al se débarrassa de son plateau en le déposant sur le bureau, et examina son ami. Sale gueule, y a pas d'autre mot. De quoi faire avorter une Hippogriffe, si par cas tu en croises une. On va t'arranger ça, va.

-Bon, t'es moins mal en point qu'hier, mais tu as une tronche à faire pleurer un aveugle. Je reviens.

Il passa au labo pour prendre un petit pot d'onguent, et, lorsqu'il rentra dans la chambre, Tom lui proposa, de but en blanc, cent vingt-cinq mille Gallions. La bonne blague. Al se contenta de ricaner :

-Ah, sûr que ça me dirait bien, mais ça tombe pas du ciel... Assieds-toi sur le lit, mec, je vais te tartiner un peu de pommade sur la tronche pour te rendre ton doux minois.

Encore plus ridicule que le petit déjeuner au lit, le passage de l'onguent sur le visage meurtri, à petits gestes doux, presque tendres. Tout en s'occupant de Tom, Al reprit :

-Enfin, si t'as du fric en trop, t'as sonné à la bonne porte. Je voudrais pas laisser un ami dans l'embarras. Oh, mais t'as fouillé dans mon armoire ?
fit-il soudain en remarquant un pantalon étalé sur le lit.

Il n'y avait pas que des vêtements, dans son armoire, mais un petit carnet de comptabilité caché sous une pile de chemises, une liste de potions plus ou moins illicites, et également un petit assortiment de flacons contenant des mixtures maison en cours d'élaboration. Al avait confiance en Tom, mais il n'aimait pas l'idée que son ami découvre tout cela. Prenant un air dégagé, il ajouta :


-Tu avais besoin de quelque chose ? Une chemise peut-être ?

J'aime autant aller fouiller moi-même dans ce secteur-là, si tu n'y vois pas d'inconvénient...

-Pas la peine de payer, je peux encore t'offrir une chemise, hein. Moins belle que celle que t'avais hier, mais on fait avec ce qu'on a.
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