POUDNOIR
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Poudnoir est un forum qui se veut le plus réaliste possible ainsi la violence des combats et l'atmosphère de cette dictature est retransmise le mieux possible.
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Forum RPG Harry Potter Post-Bataille de Poudlard

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Pas de sourire forcés entre nous - Adrian Rosier [Fini]

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MessageSujet: Pas de sourire forcés entre nous - Adrian Rosier [Fini] Mer 27 Juil - 2:09

Depuis combien de temps avaient-ils quitté Poudlard ? Treize ans si elle ne se trompait pas. Ca en faitsait un moment. Presque la moitié de sa vie. Pourtant, elle se souvenait du château comme si c'était hier. Les moldus quittaient leurs études secondaire sans vraiment regarder en arrière. Les sorciers, eux, étaient liés par des liens qui duraient toute une vie. Poudlard, la maison dans laquelle on faisait ses études étaiet une seconde maison. Les gens qu'on y rencontrait, une seconde famille. C'était une vérité que personne ne pouvait renier. Pas même la très solitaire Juliet. Ca tenait probablement au fait que le monde sorcier anglais était très petit. Quoiqu'il arrive, on ne pouvait pas y vivre sans y rencontrer d'anciens camarades. Les réunions n'étaient d'ailleurs pas annodine. Plusieurs avaient été organisés par les anciens de Gryffondor au cours des années. Juliet n'y étais pas souvent allée, pas depuis qu'elle était mariée en tout cas. Elle n'avait jamais été à l'aise dans les grands groupes et son mari n'aimait pas spécialement plus qu'elle ce genre de réunion.

A son décès, quatre ans plus tôt, elle avait encore moins eu envie de faire l'effort d'y aller. Elle n'avait pas envie de voir des gens, pas envie qu'on lui pose de question. Elle s'était engagée dans l'Ordre et la cause Merliniste avec passion et c'était ce qui l'avait aidé à rester plus ou moins elle-même. Quatre ans plus tard, elle allait mieux. Ce n'était pas dur d'aller mieux que lorsque Sean était mort. Une épave, et on était encore loin de la réalité. Néanmoins, Juliet n'était pas du genre à se laisser aller longtemps. Elle avait remonter la pente, non pas seule, mais à l'aide de sa famille et de ses amis. Elle leur en était d'ailleurs très reconnaissante, mais ce soir, c'était jutement ses amis qui posaient problème.

Comme chaque année, une réunion des anciens étaient organisées. Comme chaque année, Juliet avait reçu l'invitation sans y prêter attention. Elle avait posé celle-ci sur une table de son salon et prévu de ne pas y aller. On ne change pas les bonnes habitudes après tout. Le sort en avait décidé autrement. Et par le sort, elle pensait particulièrement à Judith et Ester, ses deux anciennes camarades de chambrée qui avait débarquée chez elle, un soir de juillet, comptant sur le fait qu'elle avait oublié la soirée pour l'y trainer. Il fallait dire ce qui était, leur plan avait marché à la perfection.

De façon tout à fais innocente, elles lui avaient proposé une soirée entre filles. Un bon restaurant, un bar branché, de la bonne musique. Une façon tout à fais innocente d'occuper un samedi soir. Juliet, seule chez elle, anciennement chez "eux" n'avait rien de mieux à faire. Elle s'était appretée avec une certaine attention, sans faire attention aux regards de convinence que se lançait ses deux amies, attablées dans la salle à manger derrière un verre de vin. Quand elles étaient partie, elle avait en effet transplanée dans un restaurant, mais quel restaurant !

Elles n'étaient pas à Londres, Esther avait proposé un restaurant à Manchester, l'occasion de changer d'air avait-elle dit. La perspective de ne rencontrer personne qu'elle connaissait avait séduit Jule. C'était d'ailleurs pour ça qu'elle avait accepté aussi vite. Une fois entrée dans le restaurant, la déconvenue avait été totale. Malheureusement pour ses amies, certains anciens étaient déjà attablées et Jule les avait apperçut. Ni une, ni deux, elle avait tourné les talons pour sortir du restaurant suivie de près par Judith, la plus diplomate des deux.

" - Tu sais Jule, si on te l'avait dis, on savait que tu ne serais pas venue."

La dite Jule se contenta d'offrir une figure buttée à Judith, attendant une justification. Celle-ci, sachant bien à qui elle avait affaire soupira :

" - Ecoute, ne le prend pas mal, mais tu as besoin de sortir. Depuis quatre ans, tu ne fais que travailler et militer pour le parti pour Merlin. C'est très bien, mais sincèrement Jule, tu es encore jeune...", son temps se fit plus hésitant sâchant qu'elle touchait un sujet sensible. " Tu as encore le droit de vivre, il n'aurait pas voulu te voir te transformer en nonne, tu sais."

Elle se tut n'en disant pas plus et ce fut au tour de Juliet de soupirer. Elle lisait très bien le sous-titre dans le discours de son amie. Elle s'était mariée jeune, elle était devenue veuve encore plus jeune. A trente ans, elle avait encore toute sa vie devant elle, or elle se conduisait déjà comme quelqu'un de soixante ans.

" - Juste pour vous faire plaisir, ne vous attendez pas à ce que je vous soie reconnaissante. Vous allez me devoir un resto, un vrai cette fois-ci."

Judith la sera dans ses bras avant de l'entrainer dans le restaurant où elle fit un sourire à Esther indiquant que tout était réglé. Celle-ci l'embrassa avant de lui murmurer :

" - Ne fais pas cette tête là, tu veras, je suis sure que tu apprécieras la soirée."

Entre temps, une bonne majorité des gens étaient déjà installé et ils restaient peu de place libre autour de la très grande table qui rassemblaient les Gryffondor de sa promotion. Ils étaient bruyant et l'ambiance était bonne, ça rappellait étrangement les soirées dans la Salle Commune au coin du feu. Esther alla s'assoir à côté de son compagnon du moment en lui faisant un clin d'oeil alors que Judith lui indiquait de prendre la place en face d'elle. Elle s'y installa et salua quelques connaissances et anciens amis. La conversation était plaisante et la place à sa droite libre. On leur apporta les cartes, ils commandèrent un apéritif en attendant les derniers retardataires. Soudain, elle entendit un :

" - Toujours en retard, tu ne changes pas. Viens assied-toi ici, la place est libre."

La chaise à côté d'elle racla le sol et par réflexe, elle se retourna et pâlit en voyant l'homme qui s'y installait. Adrian Rosier. Adrian et elle avaient fait partie de la même promotion à Gryffondor. Ils s'étaient rarement parlé, presque pas en réalité, elle se souvenait juste d'une scène qui lui avait longtemps fait forte impression. Des Serpentards s'en étaient pris à elle dans un couloir, elle s'apprêtait  à répliquer malgré le fait qu'elle soit seule contre trois armoires à glace quand Adrian était arrivé pour prendre sa défense. A l'époque, vicéralement mal à l'aise en présence des hommes, elle n'avait simplement pas su comment le remercier. Elle avait murmuré un "merci" avant de filer sans demander son reste. Ce n'était pas par absence de reconnaissance, simplement par gêne et elle n'avait jamais su lui dire. Après ça, ils n'avaient jamais du se parler pour se dire autre chose que "Passe-moi ta plume" ou " Tu n'aurais pas encore de l'encre ?". Des années plus tard, elle avait entendu parler de lui, il était devenu mangemort, avait fait un séjour à Azkaban et elle s'était demandée comme un garçon qui avait pris à coeur de défendre une né-moldue contre des Serpentards avait pu tourner comme ça.

Elle murmura un rapide bonjour tandis que Judith, sans comprendre que son amie avait soudainement pâlit attirait l'attention sur elle.

" - Oh Adrian, on ne t'attendait plus !", s'exclama-t-elle !

Ils étaient très brièvement sortit ensemble quand ils étaient à Poudlard et avaient apparemment gardé une relation amicale.

" - Tu te souviens de Juliet Lewis."
, demanda-t-elle en utilisant son nom complet et le nom de son défunt mari. A Poudlard, elle était connue sous le nom de Jule Birch, autant dire que treize ans après, Juliet Lewis ne devait pas évoquer grand chose à celui-ci.

" - C'est la première fois qu'elle accepte de venir depuis des années, occupe-toi bien d'elle.", ajouta-t-elle avec un sourire mutin tandis que Jule lui jetait un regard noir. Une membre de l'Ordre du Phénix à côté d'un Mangemort ... Et on se demandait ce qui pouvait mal tourner ?

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Dernière édition par Juliet Birch le Lun 12 Sep - 18:17, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Pas de sourire forcés entre nous - Adrian Rosier [Fini] Mer 27 Juil - 18:12


Il détestait Travers. C'était quelque chose de viscéral, qu'Adrian ne pouvait pas contrôler. Cette aversion datait du premier jour où il était entré au ministère. Le chef du bureau des mangemorts, Rowle à l'époque, formait systématiquement des duos, et il s'était retrouvé avec ce vieux con, pervers et barge, qui lui avait montré comment éviter que les gens ne paniquent juste avant qu'on les exécute. Travers l'adorait, parce qu'Adrian était un Rosier. Il lui avait lancé amicalement, le premier jour « tu es de la génération héroique, pas vrai ? ». Adrian, qui ne se vivait absolument pas comme un héros, avait répliqué d'un ton glacial : « la génération de tous les sacrifices, ouais. ».

Il détestait son job. Franchement, le vieux délirait. Bien sur, je pouvais pas dire non. T'aurais pu. T'aurais du, Ady, mon pote. Tu serais pas obligé de faire semblant de lire un rapport sur des gens de l'Ordre du Phénix alors que tu lis un truc sur la botanique. Tu serais moins minable. T'aurais moins honte. C'était ça le plus terrible : il savait qu'il s'était trahi lui-même, en acceptant toutes les volontés de Chapman. Adrian n'avait jamais été comme son père, ni comme son grand-père. Il ne trouvait aucun attrait à la politique, à toutes ces matières sérieuses et étouffantes qui avaient pour point d'orgue un sentiment national exacerbé qui lui passait largement au dessus de la tête. Mais ils n'en savaient rien, eux. Ils ne sont pas fait pour vivre, pour aimer, pour se passionner pour quelque chose.

Victoire, honneur, force, dignité. Tous répétaient cela à longueur de temps, n'ayant que ces mots à la bouche. Adrian n'aurait pas su dire si son grand-père avait raison lorsqu'il disait que Malefoy était pêcheur immoral qui souillait son nom. Mais je sais des choses, oui, croyez moi. Que la victoire a un goût amer de défaite. Que ce que vous dites honorables me révulse et me donne envie de vomir. Qu'assassiner des gens de cette manière ne tient pas du combat ou de la force, mais de la lâcheté. Que votre dignité s'accroche à des valeurs passées. Il avait un sens profond de la justice, solidement ancré en lui. Et Adrian savait que malgré tout ce qu'on voulait bien dire, peu de choses étaient justes dans ce monde dirigé par les mangemorts. Mais tu en es un. Tu fais partie des bourreaux, mon pote. Il faut bien t'habituer. Ils ont gagné, ils ont raison. C'est la victoire qui fait l'histoire.

L'histoire ? Et moi, quel rôle j'y tiens ? Adrian Rosier n'était pas totalement dépourvu de conscience politique. Mais le débat faisait rage au sein de sa propre famille. L'extrême, c'était l'ombre de son père, et Chapman. L'exact contraire, c'était le vieux Manilius, et le juste milieu, c'était Kate, sa mère. Et lui ? Lui, il était un Rosier. Tout le poids de l'héritage pesait sur ses épaules. Il avait voulu bien faire, comme toujours. Parce qu'il aimait sa famille. Parce qu'il avait autant admiré que détesté son père. Parce qu'il voulait montrer à Chapman que lui, le Gryffondor, savait d'où il venait et qu'il était à la hauteur. C'est la solitude, le pire. Je ne veux pas être tout seul. Je veux pas être, encore, celui qui déçoit. Je veux que vous compreniez que je suis dans votre camp.

Et c'était vrai ! S'il était un puriste modéré, Adrian restait un puriste convaincu, même s'il était ouvert au débat. Il croyait à la supériorité de la culture sorcière sur la culture moldue, méprisait ceux qui trahissaient leur culture sorcière pour adopter les usages du monde moldu. Comment est-ce qu'on pouvait vivre sans la magie ? Quelle idée ! L'Ordre du Phénix, et sa volonté de mettre à égalité moldu et sorciers alors qu'il était évident que les mages étaient supérieurs, les conduiraient à leur perte. A l'inverse, Adrian ne croyait pas non plus que l'attitude de son grand-père apportait quelque chose au débat : on ne pouvait pas compter sans les sang mêlés. Quant aux nés-moldus, me direz vous ? Il n'en savait trop rien. Il avait été plus ouvert, jeune, mais après la mort de son père, il s'était peu à peu refermé sur lui même, sur sa propre peur de ces gens qui étaient du coté des assassins d'Evan, qui ne sortait dont ne savait trop où, bizarrerie ou caprice de la nature. Est-ce qu'on doit éliminer les anomalies ? Peut-être pas, mais ils ne sont pas comme nous...il ne savait pas bien. Il avait voulu plaire à son grand-père, et avec l'enseignement de celui ci, Adrian avait peut-etre bien fini par y croire. Malgré son absence d'intérêt pour la politique. Malgré son absence d'envie de faire du mal aux gens. C'étaient ses idées : il n'allait pas les étaler sur la place publique. Mais il était clair que s'il n'était pas un mauvais flic, il n'était pas fait pour la violence inhérente qui dominait la caste des mangemorts.

Adrian avait été un adolescent sympathique, rieur, prompt à se battre mais jamais rancunier, qui aimait apprendre. Il était fait pour devenir un sympathique batteur de quidditch ou un excellent botaniste, ou les deux successivement, ou peut-être même, oui, un flic talentueux. Mais il n'était pas un assassin. Il n'était pas un salaud. Il ne pouvait pas faire du mal aux gens gratuitement sans avoir envie de vomir de honte, ou de pleurer. Dire que je n'en suis pas mort. Toute cette culpabilité aurait du me tuer. Il s'était contraint à essayer de devenir dur, digne de la marque. La plupart du temps, on n'avait rien à lui reprocher. Mais la façade restait une façade. Derrière elle se trouvait le véritable Adrian Rosier, terrorisé et honteux devant les horreurs qu'il commettait, qui buvait pour supporter ça, et qui devenait violent si on lui adressait vraiment tous les reproches qu'il remachait contre lui même. Je sais ce que je suis, mais vous qui ne m'avez pas aidé, ne venez pas me donner de leçon. Et puis ce même Adrian se rappelait aussi qu'il voulait vivre, être encore heureux. Il rêvait de s'échapper, et il y arrivait en lisant ou en sortant.

Ce soir là, il y avait une réunion des anciens élèves de Gryffondor. Il n'y allait pas toujours : la conscience d'être tombé dans la mauvaise maison tenaillait Adrian depuis des années. Vous vous foutiez de moi, tous – les Serpentard parce que je passais pour un traitre à mon sang, les Gryffondor parce que j'étais sang pur. Jeune, Adrian était un gamin de onze ans bien en chair : il avait totalement fondu aujourd'hui, gardant simplement dans les traits de son visage une certaine douceur qui rappelait les rondeurs d'autrefois. Comme il était issu d'une bonne famille, on l'avait vite surnommé « bouboule princière ». Son habitude de se battre pour ne pas se laisser faire avait impressionné, et lui avait fait perdre du poids. Le respect était venu avec la découverte de son humour féroce et de ses talents de batteur. Il s'était fait de bons amis à Gryffondor, mais lorsqu'il avait viré mangemort, et même avant, avec Azkaban, beaucoup de gens lui avaient tourné le dos, malgré une scolarité passée à se battre avec des serpentards clairement puristes pour la plupart. Lâcheurs.

Rares étaient les amis que Adrian gardait vraiment de Poudlard. Il y avait Tom et Al et puis Anne, mais Anne Fraser, c'était déjà différent, c'était de la famille. Puis quelques personnes de la promo, à Gryffondor. En fait, t'as pas beaucoup d'amis, quand on y réfléchit bien. La faute à qui, eh ? Si le vieux m'avait pas obligé, j'en serais pas là. Fallait dire non. Ah, oui. Mais ça c'est plus facile à dire qu'à faire, pas vrai ?

Se disant qu'il verrait peut-être Al, Adrian avait résolu d'aller à la réunion. S'il n'y était pas, tant pis. Au pire, y aura bien une fille à draguer. La plupart des gens avaient virés merlinistes, il espérait que ça se passerait bien. Pas de raison que ça se passe mal. Tant qu'il ne buvait pas trop, Adrian restait quelqu'un de tout à fait supportable. Il prit le temps de passer chez lui et de s'occuper un instant de ses plantes avant de rejoindre les autres. Cela le calmait toujours.

Rares étaient les amis que Adrian gardait vraiment de Poudlard. Il y avait Tom et Al et puis Anne, mais Anne Fraser, c'était déjà différent, c'était de la famille. Puis quelques personnes de la promo, à Gryffondor. En fait, t'as pas beaucoup d'amis, quand on y réfléchit bien. La faute à qui, eh ? Si le vieux m'avait pas obligé, j'en serais pas là. Fallait dire non. Ah, oui. Mais ça c'est plus facile à dire qu'à faire, pas vrai ?

Se disant qu'il verrait peut-être Al, Adrian avait résolu d'aller à la réunion. S'il n'y était pas, tant pis. Au pire, y aura bien une fille à draguer. La plupart des gens avaient virés merlinistes, il espérait que ça se passerait bien. Pas de raison que ça se passe mal. Tant qu'il ne buvait pas trop, Adrian restait quelqu'un de tout à fait supportable. Il prit le temps de passer chez lui et de s'occuper un instant de ses plantes avant de rejoindre les autres. Cela le calmait toujours. Et cela le mit en retard – comme d'habitude, aussi. Ce fut d'ailleurs la première remarque qu'il entendit lorsqu'il entra dans le bar branché du Manchester sorcier où ils devaient tous se retrouver. Adrian sourit :

« Mais c'est mon petit Terrence qui dit ça ! Comment va mon chroniqueur sportif préféré ? »
Terrence avait son capitaine dans l'équipe de Gryffondor, puis il était devenu joueur professionnel avant d'intégrer la rédaction de Balai Magasine. Adrian tira une chaise, salua tout le monde à la ronde sans faire plus attention que ça à sa voisine, une jeune femme blonde, puis lança avec humour : « Il est pas là, Al ? On m'a vendu qu'il devait venir, je vais repartir si c'est ça ! »

Il y eut des rires, de gentilles moqueries. Finalement, il ne regrettait pas d'être venu. Pas trop. L'attention de certains, fixée sur son bras gauche et le tatouage de la marque des Ténèbres, gêna Adrian. Il remonta nerveusement les manches de sa chemise, écoutant les conversations et se faisant servir un whisky. On s'adressa à lui directement : il se tourna vers ses voisines. L'une d'entre elles était Judith – l'autre, la jeune femme blonde de tout à l'heure, lui rappela quelqu'un lorsqu'il la regarda, mais il ne put se rappeler qui.

« Oh, Judith, salut. »
En quelle année était-il sorti avec elle ? Septieme, sans doute. Mais ils avaient trois ans de différence, et ça n'avait pas tenu longtemps. Sans parler du fait qu'Adrian était quasiment incapable de se fixer. Peu importait. « Comment ça va depuis tout ce temps ? »

Ils bavardèrent quelques instants, puis elle lui présenta son amie. Juliet Lewis. Le regard d'Adrian se fit interrogateur. Il ne se souvenait de personne de ce nom là. Mais la Juliet en question lui disait quelque chose. Quelque chose dans les yeux. Une méfiance qu'il n'avait pas vu depuis des années, mais qui le mettait mal à l'aise. Il tritura nerveusement l'emplacement de la marque des Ténèbres sur son bras, sous sa chemise. Est-ce que ça pourrait être elle ? Comment elle s'appelait, déjà. Kirsch ? Non, ça c'est le truc avec lequel tu te saoules, Adrian. Non. Birch. Voilà, c'est ça. Jule Birch. La fille qui s'était faite emmerdée par Travers – déjà à l'époque, il avait un problème avec cette foutue famille – et Selwyn. Un gros con. Il était président-sorcier du Magenmagot, maintenant. Pourquoi est-ce qu'il a mieux réussi que moi, ce connard ? Bref, peu importait – ce qui comptait, c'est qu'il avait défendu Jule Birch. C'était une née-moldue, tu n'aurais pas du le faire. C'était une gamine. Trois ans de moins qu'eux, que moi. Il s'était attendu à de plus amples remerciements, mais ceux ci avaient été assez secs. Il se souvenait d'être resté un peu éberlué alors qu'elle partait, sans même lui laisser le temps de lui demander si ça allait, au final.

Est-ce que ça pouvait être elle ? Non, impossible. Les nés-moldus étaient tous partis depuis longtemps, ou avaient été arrêtés. A ce qu'on disait du moins. Adrian était bien obligé de savoir que de faux papiers circulaient : Tom n'arrêtait pas de le marteler. Il se faisait sans doute des idées. Il y avait bien une ressemblance mais qui pouvait juger des années plus tard ? Il décida de vérifier ça, mais subtilement : il ne voulait causer d'ennuis à personne ce soir. Il n'était pas en service. Il pouvait fermer les yeux.

« Juliet Lewis ? Je ne suis pas sûr... »
Il sourit d'un air détaché. « Je crois que la dernière fois qu'on s'est parlé, j'ai du terminer par : 'j'aurais apprécié un peu plus de reconnaissance.'» Il guetta une réaction mine de rien, et continua, toujours souriant : « Mais je peux me tromper. On n'était pas dans la même année, je pense, non ? » Il sourit de nouveau : « Mais content de te revoir, en tout cas. Je ne viens pas souvent non plus, alors...tu deviens quoi ? »

Pourquoi s'inquiéter de choses barbantes en cette belle soirée ? Peut-être parce que Judith, à l'entendre et à voir son expression, essayait de jouer les entremetteuses. Peut-être parce que si c'était réellement Jule Birch, il allait falloir qu'il décide s'il comportait comme le mangemort qu'il devait être, ou comme Adrian Rosier – deux personnages avec des attitudes totalement différentes et contraires. Il allait falloir qu'il boive un peu plus pour régler la question : il prit une gorgée de Pur-Feu pour affronter le début de soirée, qui s'annonçait elle sinon sympathique, il jugerait de ça plus tard, au moins compliqué.

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MessageSujet: Re: Pas de sourire forcés entre nous - Adrian Rosier [Fini] Mer 27 Juil - 21:17

Quand le Ministère était tombé aux mains des Mangemorts, comme beaucoup, Juliet avait déjà pris ses dispositions pour en sortir. Elle avait donc, beaucoup plus facilement que d'autres, évité les contrôles d'identité concernant son arbre généalogique. Blessée avant la bataille de Poudlard, elle n'avait pas pu y participer. Ce qu'elle avait vécu comme une humiliation avait finalement été utile. Loin d'être confinée au QG comme les autres ayant participer à la bataille, elle n'avait pas à se cacher et pouvait circuler librement dans Londres Sorcier. Quand elle avait du passé la commission d'évaluation, on lui avait rajouté quelques ancêtres sorciers dans son arbre si bien qu'elle passait pour une sang mêlée avec un très faible taux de sang sorcier dans les veines. Si ça ne lui attirait clairement pas de sympathie de la part des gens officiant au ministère, ça la mettait au dessus de tout reproche. Aux yeux du monde, elle était une sorcière obscure qui avait servis fidèlement le Ministère de la Magie comme baguette d'élite jusqu'à ce qu'une blessure oblige sa reconversion chez Gringott. Un profil banal, pour une femme qu'on estimait insignifiante de par ses origines, sa fonction et sa fortune. Rien qui ne donne envie au Ministère de la Magie d'y mettre son nez et c'était fort bien comme ça.

C'était ce qui lui permettait d'être assise à côté d'un mangemort sans prendre ses jambes à son coup à toute vitesse. En y pensant, il y avait quand même quelque chose d'assez étrange à l'idée qu'à cette table, puristes et merlinistes se retrouvaient pour discuter de tout et de rien comme si leurs opinions politiques étaient mises à la trappe pour l'occasion. Jule n'arrivait pas à s'y faire. Adrian, blagueur, s'était assis à ses côtés sans lui prêter attention de prime abord. Elle avait fait de même, mais il avait fallu que Judith s'en mêle avec aussi peu de subtilité qu'un Hypogriphe quand il est insulté. Il s'était tourné vers elle, probablement aussi surpris qu'elle par cette entrée en matière assez cavalière. Elle n'avait pas détourné le regard, qu'elle ait quelque peu pâlit, mais elle avait soutenu le sien avec un certain malsaise. Après tout, les hommes qu'elle ne connaissait pas bien, même des années plus tard, la mettait toujours un peu mal à l'aise.

Si lui ne se souvenait pas tout à fais d'elle, elle ne l'avait pas oublié. Elle se souvenait même du surnom un peu méchant dont les Gryffondors l'avaient affublé à l'époque : bouboule princière. Elle avait trouvé ça particulièrement déplacé et cruel, mais Adrian ne faisait pas partie de son année et quoiqu'elle ait mainte fois voulu le remercier pour son geste, elle avait toujours su que prendre "sa défense" la dessus n'était pas la chose à faire. Et puis, les garçons étaient souvent attaché à cette conception un peu démodée qui voulait que les filles ne puissent pas prendre la défense des hommes. En tout cas, s'il ne souvenait pas de son nom, il se souvenait de l'accident, ce qui mettait sa voisine de table encore plus mal à l'aise. Néanmoins, la franchise ne lui avait jamais fais défaut et quoique toujours un peu pâle et d'une voix moins ferme qu'à l'accoutumée, elle entreprit de remettre les pendules à l'heure. Elle aurait en effet du le remercier à l'époque. Même s'il était désormais un mangemort et qu'elle ne voulait plus rien avoir à faire avec lui, elle prendrait tout de même la peine de remercier l'adolescent qu'il était à l'époque. Elle esquisa l'ébauche d'un sourire qui n'arrivait pas vraiment à en être un.

" - Jule Birch, c'était mon nom de jeune fille."

Nom qu'elle avait par ailleurs reprit, mais Judith et Esther ayant clairement pour idée de lui présenter quelqu'un ce soir, elle espérait qu'elle n'aurait pas besoin de préciser qu'elle était veuve depuis quelques années.

" - J'aurais probablement du te remercier plus que je ne l'ai fais à l'époque, mais j'ai eu peur. Tu avais trois de plus au moins, et je venais de me faire molester. J'étais particulièrement timide à Poudlard, quelqu'un de moins mal à l'aise aurait probablement pu exprimer sa reconnaissance mieux que je ne l'ai fais."

Elle fit signe à un serveur de venir et lorsqu'il fut à sa hauteur, elle lui dit :

" - Veuillez mettre les boissons de monsieur sur ma note s'il vous plaît."

Elle lui tendit la main pour serrer la sienne et déclara :

" - Ca aura pris quelques années, mais je te remercie. Je suppose qu'on est quitte."

Elle ne pouvait pas faire mieux. Vraiment. Le penchant d'Adrian Rosier pour la boisson n'était pas un secret, même elle était au courant. Couvrir sa soirée en boisson lui couterait probablement une fortune, mais quelle importance. Elle était seule, sans enfant, sans compagnon, avec simplement une maison trop grande pour elle à payer. En général, son salaire allait aider la campagne merliniste et elle ne gardait que le strict nécessaire. La note serait un peu salée, mais rien dont elle ne se releverait pas. Elle avait espéré qu'il s'en tiendrait là. Il avait beau être son voisin de table. Elle ne tenait pas vraiment à lui faire la conversation et elle était sûre qu'il trouverait quelqu'un de plus intéressant qu'elle a qui parler. Ce ne fut apparemment pas le cas. Il se déclara heureux de la revoir et lui demanda ce qu'elle devenait. Elle ne pouvait pas dire qu'elle était heureuse de son côté, mais sa franchise avait des limites. Elle n'était pas idiote, on n'insultait pas un mangemort quand on avait quelque chose à cacher. Elle décida donc d'être aussi agréable qu'elle le pouvait.

" - Moi de même, je ne pensais pas que j'aurais l'occasion de te remercier un jour."

Ce n'était donc qu'un demi mensonge puisque la seconde partie, au moins, était vraie. Quand à ce qu'elle devenait ...

" - Pas grand chose de particulier. J'ai travaillé au Ministère comme tireuse de baguette d'élite pendant quelques années. Une blessure m'a obligé à changer de métier et je suis conjureuse de sort chez Gringott. Rien de passionant.", ajouta-t-elle avec un sourire.

Profitant du fait que Judit était engagé dans une autre conversation et ne semblait pas écouter. Elle ajouta :

" - Je me suis mariée peu après être sortie de Poudlard, d'où le changement de nom. Et toi qu'est-ce que tu deviens ?"

Sa question était en revanche purement polie. Elle savait très bien - comme tout le monde - ce qu'il était devenu. Et même s'il avait eu le bon goût de dissimuler sa marque sous sa chemise, elle n'en restait pas moins là. Insultant tout ce qu'elle était. Estimant qu'elle s'était assez sacrifiée à la politesse, elle se leva avant qu'il n'ait pu répondre et dit :

" - Excusez-moi, je reviens."

Elle se dirigea vers les toilettes quoiqu'elle n'eut absolument pas besoin d'y aller. Elle espérait que la coupure mettrait un terme à leur conversation et qu'à son retour, il aurait trouvé un autre interlocuteur. C'éttait sans compter sur Judith qui se tourna vers Adrian avec un sourire appréciateur :

" - Ca me fait vraiment plaisir de te revoir. Tu n'as changé d'un iota ! Sois sympa avec Jule, elle est parfois un peu morose depuis que son mari est mort. Pour une fois qu'elle accepte de sortir, j'espère que tu t'occuperas bien d'elle."

Elle lui fit un clin d'oeil et murmura :

" - Je te remercierais à ma façon au besoin ! "

Arrivée aux toilettes, Jule ferma la porte et souffla un bon coup, essayant de calmer les battements afffolés de son coeur. Elle se trouva la mine particulièrement pâle et pour cause.

"Ca va aller.", se murmura-t-elle à elle-même.

Elle attendit le temps qu'il fallait, se recomposa une attitude et repartis vers son siège sans se douter une seule seconde de ce que Judith tramait derrière son dos.

Hrp : Sur tablette à éditer.

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Fighters and Scars

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MessageSujet: Re: Pas de sourire forcés entre nous - Adrian Rosier [Fini] Ven 29 Juil - 17:29


Le sentiment permanent de ne pas être à sa place habitait Adrian Rosier. Il n'était pas à sa place dans sa propre famille, qui le lui faisait bien sentir, et ce depuis sa naissance via Evan, puis Chapman. Il était un gamin résolument Prewett, résolument rondouillard, attachant, sympathique, agité, peu enclin à lire autre chose que ce que lui mettaient dans les mains sa mère et son grand-père, des récits de voyages et des études scientifiques. Il n'avait pas été à sa place à Gryffondor, les premières années du moins, parce qu'il était sang pur et mal vu. Pas plus qu'il ne l'était à Azkaban, ayant largement trinqué pour Chapman. Et pour finir, il n'était résolument pas à sa place chez les mangemorts, malgré sa volonté de s'en convaincre lorsqu'il était sobre. Donc, logiquement, il ne se sentait pas tout à fait à l'aise à cette réunion : il n'y avait pas totalement sa place, même si personne ne lui en disait rien, il en était convaincu. Tous merlinistes, ou presque. Tous heureux, ayant fait les bons choix, ayant une vie en accord avec eux mêmes, ou presque. Il se sentit rapidement seul, malgré les rires et les gens qui parlaient avec lui.

Fiston, Bouboule princière, Ady, prisonnier 3-18, Adrian Rosier : c'était toute son histoire qu'il portait avec lui ce soir et qui lui revenait en pleine figure parce qu'il se rappelait de son passé. Il n'avait été heureux, vraiment heureux, qu'à Poudlard, que lorsqu'il était Ady, qu'il pouvait se marrer sur un terrain de quidditch et qu'il pouvait encore croire, malgré la mort de son père, que le padre finirait par le laisser devenir botaniste. J'ai du croire que je retrouverais ça aujourd'hui, en venant, en partie, sans doute, mais c'était faux, bien sur. Adrian aurait beaucoup donné pour revenir en arrière, et pour avoir été capable de dire non à Chapman. Qui savait alors, s'il n'aurait pas été heureux, et comment il aurait tourné ? Tu ne peux t'en prendre qu'à toi même, mon pote, il fallait savoir décider. Mais il était sans doute trop jeune pour savoir faire ça : il n'avait réussi qu'à s'incliner. Et maintenant, maintenant, je crois que je suis en train de manquer ma vie. Il avait espéré retrouver un peu du bonheur qu'il avait éprouvé à Poudlard en venant là, en revoyant de vieilles connaissances, mais il savait bien que c'était impossible. Il suffit de les regarder, ils ne sont pas comme moi. Moi le meilleur flic de Grande-Bretagne, du moins c'est que le service de communication du Ministère voudrait faire croire, moi le raté chronique, la honte de la famille, l'héritier déchu. Moi qu'ils essayent de montrer comme un héros et qui dans l'ombre n'est qu'un alcoolique dépressif de plus. Ah, je ne dis pas que Chapman a raison, mais il n'a pas entièrement tort non plus. Je fais de mon mieux. Pour réussir, pour ne pas être seul. Et pour quel résultat ? Il était de plus en seul et il accumulait les échecs en larmoyant sur son sort. Même avec de vieux amis comme Al ou Tom, ce n'était plus pareil, alors comment pouvait-il espérer faire mieux avec des Gryffondor qu'il n'avait, pour la plupart, pas vu depuis des années, qui pouvaient – à raison – se méfier de lui.

Je sais ce que je vaux. Pas mauvais flic. Bon botaniste. Ami plutôt fidèle. Batteur de quidditch toujours honorable malgré le manque de pratique. Pauvre bougre cachant sa tristesse derrière un sourire, un bon mot, ou des insultes, avec pour mécanisme de défense une colère permanente exacerbée par un abus féroce d'alcool, capable de passer en un instant de la joie furieuse à la férocité joyeuse. Héritier prodigue décevant toutes les attentes de sa famille, à commencer par celle, o combien ancestrale, du mariage, puisqu'il accumulait les conquêtes et les filles. Le padre râle là dessus en permanence, mais il ne comprend pas que ça n'a pas d'importance. Adrian avait toujours été tolérant sur ce genre d'histoires – fidélité, infidélité, c'étaient des conneries. On ne peut pas juger les hommes pour ce qu'ils font quand ils enlèvent leur pantalon. Pour leurs vraies saloperies, ils s'habillent.

Pas un méchant garçon, donc ; pas un type bien non plus. Ca  suffisait sans doute pour justifier le regard de méfiance de Juliet Lewis à son encontre. De la méfiance, ou de la peur ? Il ne savait pas trop, les deux se ressemblaient tellement, et il les voyait tellement souvent qu'il n'arrivait plus à les identifier. En tout cas, il avait bien raison : il s'agissait effectivement de Jule Birch. Il se demanda s'il devait dire quelque chose : il résolut finalement de ne rien dire. Peut-être se trompait-il sur cette histoire de nés-moldus. Ni Travers ni Selwyn n'avaient besoin de beaucoup de motifs pour harceler une gamine à Poudlard : peut-être cette histoire n'avait-elle été qu'une histoire de violence gratuite.
Il se décida pourtant à sourire :

« Je ne l'ai pas fait pour la reconnaissance, tu sais. »
Il haussa les épaules d'un air un peu triste. « C'était gratuit et ça n'apportait rien à personne. » Il ajouta sombrement, sans regarder la jeune femme. « Ce sont des salopards convaincus de leur propre supériorité. » Un instant, il serra les poings, avant se rendre compte de qui et devant qui il parlait, et ajouta plus calmement : « Je déteste  la violence gratuite, d'où qu'elle vienne. » Que ce soit de la part des mangemorts, peu importe que ce soit ses collègues ou non. Ou des merlinistes, comme ceux qui avaient tué son père. Il reprit d'un ton plus badin, presque léger, alors que le sujet était grave. « Bref, tu n'as pas besoin de me remercier. Tu n'en avais pas besoin à l'époque. Mais c'était l'année de la mort de mon père, alors je suppose que j'étais plus enclin au sarcasme et à tout prendre de travers... »

Il haussa de nouveau les épaules et se concentra un instant sur son verre. Il ne voulait pas parler d'Evan. Ce n'était pas un sujet intéressant. En fait, ce n'était pas un sujet tout court. Il ne savait pas de quoi il voulait parler, d'ailleurs. Pas de lui, déjà, parce qu'il n'avait rien à dire de positif sur lui, et en réfléchissant bien, s'il ne voulait pas jouer trop au mangemort, il n'était pas très sûr de pouvoir parler beaucoup de Jule Birch. Ni à Jule Birch, malgré ce que Judith lui avait dit. Pourtant, il fut bien obligé, lorsqu'elle appela le serveur. Il l'interpella à son tour :

« Laissez, ça ira. » Il sourit d'un air amusé à Juliet, et lança d'un ton moqueur : « J'ai dit que ce n'était pas la peine, pour les remerciements, je te jure, ça ira. Puis...mauvaise idée, vraiment. J'ai une vague tendance à être un connard quand je bois trop, mieux vaut ne pas trop m'encourager. » Il ajouta d'un air triste : « C'est une sale manie, une vraie plaie. Même si je suis plus drôle quand je bois, aussi. Navré de t'embêter avec ça. Je dois avoir l'air très déprimant. »

Ressaisis toi, mon vieux. Fais un effort, ne passe pour le pleurnichard de service. Il pouvait avec Tom ou Al, avec des inconnus, quand même, c'était à éviter. On va faire montre d'un poil de dignité, quand même. Il avait bien des choses à dire et pas forcément besoin de passer la soirée à se plaindre. A une fille qui devait être largement merliniste. Quelle genre d'image est-ce qu'il donnait de lui, honnêtement ? Celle qui ressemble à ce que tu deviens, mon vieux, pardi ! Il sourit à cette question.

« Oh, moi ? Flic. »
Flic politique, mais il n'aimait guère la seconde partie de son métier. Il n'aimait pas le bureau des mangemorts, ni les mangemorts eux mêmes. Seule la partie enquête lui convenait vraiment, en réalité. « J'ai de vagues responsabilités dans la société de mon grand-père. » Vagues : la direction financière de Rosiam. Vagues, vraiment. «  J'ai failli être joueur de quidditch ou botaniste. J'ai failli être beaucoup de choses, mais finalement, j'ai choisi la voie professionnelle  ennuyeuse qu'on attendait de moi. Apparemment, je n'y suis pas très doué, il paraît que je ne ferais jamais carrière à cause d'un manque d'ambition et d'implication chronique. Du coup, on me fiche relativement la paix. C'est une vie assez tranquille. »

Adrian était doué d'un humour féroce envers lui même. Cet état sarcastique était alimenté par le fait qu'il buvait, et malgré le fait qu'il n'en soit qu'à son premier whisky, l'alcool n'aidait pas. Cet état d'esprit en était presque gênant pour n'importe quel interlocuteur en face de lui, mais il s'en rendait toujours compte trop tard. Il eut l'impression d'avoir gaffé, une fois de plus, comme d'habitude, lorsque Juliet partit. Lorsque Judith se pencha vers lui pour lui expliquer un peu la situation, il eut honte de ce qu'il faisait. Elle s'en fout, de ta vie, mon pauvre. Tu ne peux pas imaginer ce qu'elle vit elle, et tu lui déverses ça ? Tu crois qu'elle va te plaindre ?

En attendant, il fallait bien qu'il réponde quelque chose à Judith. Quelque chose qui le tire de là, sans les conséquences nécessairement associés à ce qu'elle lui demandait. Il leva une main comme pour prêter serment, faisant semblant de ne pas comprendre tous les sous-entendus qu'il y avait de les phrases de la jeune femme :

« Promis, je serai gentil. »


Est-ce que j'ai franchement l'air d'un monstre ? Non, surtout d'un paumé, en fait. Juliet revint à ce moment là. Il sourit à nouveau, et lança d'un ton débarrassé de tout le cynisme agressif dont il avait fait preuve auparavant.

« Est-ce que tout va bien ? Tu as l'air un peu pâle. »
Il ajouta d'un ton un peu inquiet, cette fois : « Ce n'est pas à cause de moi, quand même ? Navré encore une fois, je ne veux pas t'ennuyer avec mes problèmes, ça ne t'intéresse surement pas. Après tout, on a tous pris des chemins différents, chacun a ses propres ennuis, je vais pas t'imposer les miens. »

Il ne pouvait pas dire qu'il était désolé pour son mari, il n'était pas censé être au courant. L'idée qu'il exprimait était assez générale pour ne sembler ne pas être en lien avec le décès de ce dernier. Et puis il fallait vraiment qu'il fasse un effort, il ne pouvait pas passer l'intégralité de la conversation à s’apitoyer sur son sort. Il sortit un paquet de cigarettes et lança :

« Je vais fumer dehors. Tu en veux une ? »

C'était parfaitement neutre. Il sentit que c'était le bon ton de la soirée. Neutre.

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MessageSujet: Re: Pas de sourire forcés entre nous - Adrian Rosier [Fini] Jeu 4 Aoû - 15:36

Dans ce genre de situation, il faut vraiment aimer ses amis pour ne pas les détester. Qu'est-ce qui aurait pu aller plus mal dans cette soirée ? Elle n'arrivait pas à voir autre chose. Jule était exactement là où elle n'avait pas envie d'être, c'est-à-dire à un dîner en compagnie de gens qu'elle avait oublié, ne connaissait pas ou n'avait pas envie de voir. Biffez la mention inutile.  Mieux, son voisin de table était tout ce qu'elle n'était pas : puriste, mangemort, sang pur, le sang bleu du monde sorcier. Autant dire que s'il avait vraiment su qui elle était, lui aussi aurait trouvé qu'on n'aurait pas pu plus mal choisir deux voisins de tables. Heureusement pour elle, il ne le savait pas, sans quoi elle aurait probablement fini le reste de son dîner dans une salle d'interrogatoire du Ministère plutôt qu'ici.

Elle jouait un jeu dangereux. Une partie d'échec qu'elle n'avait pas envie de jouer. Pourtant, elle aimait les échecs, construire une stratégie, réfléchir, prévoir les coups des autres pour sortir gagnante de la partie, ça l'apaisait. Ici sa seule stratégie consistait à ne pas se mettre à dos cet ancien camarade particulièrement bavard, qui avait le pouvoir de faire de sa vie un enfer s'il le désirait. Elle ne pouvait s'empêcher de penser, que si on mettait ce qui l'offensait elle (et ce qui aurait du offenser tout le monde) à part dans sa profession, la base même de ses relations étaient faussées. Elle n'aurait jamais été jusqu'à le plaindre, il avait choisi d'être ce qu'il était, mais ça devait être fatiguant de ne pas pouvoir entretenir de relation honnête avec les gens. Elle savait qu'elle n'aurait pas pu vivre sa vie comme ça. Peut-être était-ce pour ça qu'il s'épanchait autant avec elle. Il y avait, selon elle, quelque chose d'un peu étrange et indécent dans la façon dont il lui racontait sa vie lors d'une première rencontre, mais c'était peut-être simplement parce qu'elle-même n'était pas quelqu'un de très ouvert.

Quoiqu'il en soit, quand il refusa son offre de prendre ses consommations sur sa note, elle s'en trouva un peu désemparée. Il ne l'avait pas fais par reconnaissance, soit, elle voulait bien le croire. Encore une fois, elle était parfaitement capable de faire la différence entre l'adolescent qu'il avait été et l'homme qu'il était désormais. Jule n'avait pas envie de rentrer dans un débat politique, mais pourtant, ça la démangeait en l'écoutant parler.

" - Je ne veux pas entrer dans un débat politique, ce n'est pas le lieu, ni le moment, mais est-ce que ce n'est pas un peu la ligne du gouvernement Malefoy ? "

Elle l'avait dis doucement, à voix basse, de façon presque amicale. Elle esquissa un sourire et elle ajouta :

" - Je ne parlerai pas pour les employés du Ministère, je suis certaine qu'il y a des gens très bien, mais le Ministre me semble fortement convaincu de sa propre supériorité et de celle de son sang, quoiqu'il en dise lors de ses discours officiels."

Jule était assez intelligente que pour ne pas faire mention des mangemorts directement, elle ne critiquait que le Ministre. Elle n'était pas la première à le faire puisque même parmi les puristes, il était de plus en plus impopulaire à cause de son absence de mesure concrètes et ses discours creux. Elle aurait sincèrement voulu que les choses s'arrêtent là, mais ça ne semblait pas être le cas, on ne pouvait pas décemment simplement tourner le dos à des gens qui vous faisait la conversation.

" - Personne n'a dit que tes boissons devaient absolument être alcoolisée. Je peux tout à fais t'encourager à boire de l'eau ou de la limonade pour la soirée. Mieux, le jus de Grenade donnera l'impression que tu bois du vin et ton honneur devrait être sauf."

Dur de dire si elle blaguait ou se moquait. En réalité, elle-même ne savait pas trop. Elle tentait tant bien que mal de ne pas être hostile ce qui était particulièrement dur quand on avait une amie qui vous regardait du coin de l'oeil, heureuse que son "plan" semble si bien marcher. La conversation tourna sur la carrière d'Adrian et plutôt ses opportunités manquées. Flic, c'était une jolie façon de dire qu'il était mangemort, une belle façon de ne pas le mettre en avant surtout. Bien entendu, s'il n'avait pas envie d'en parler, ça lui convenait très bien aussi.

" - Beaucoup d'opportunités manquées, c'est un peu triste."

Et dans ta gueule la franchise. Décidément, elle avait bien du mal avec les pincettes. Consciente qu'elle manquait pleinement de tac, elle ajouta :

" - Après, ça ne veut rien dire, tu es encore jeune, rien n'empêche de changer de voie si tu veux vraiment."

Bien entendu, c'était probablement utopique de dire ça. D'après ce qu'elle en savait, on était mangemort à la vie à la mort. Peu avait le courage de Severus Rogue et peu pouvait tourner le dos à celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcé-le-nom comme il l'avait fait.

" - La Botanique est un domaine fascinant pour ceux qui aiment."

Elle-même n'avait aucun amour pour la matière. Trop proche des potions et elle n'avait jamais su faire une potion correcte. Elle doutait d'ailleurs pouvoir en faire une un jour, même si sa vie en dépendait. Comme elle n'était pas du genre à s'étendre sur elle-même, elle ne dit rien de plus et fila aux toilettes pensant que la discussion prendrait un terme une fois qu'elle serait revenue. Ce ne fut pas le cas et au sourire qu'affichait ouvertement Judith, elle sût instinctivement qu'elle lui devait cet intérêt importun.

" - Je suis pâle ? ", répondit-elle avec étonnement. " J'ai été un peu malade cette semaine, ça doit être ça rien de grave.", elle ajouta avec un sourire qui se voulait plus enjoué, "Non, vraiment, ça n'a rien à voir avec toi, tu ne m'as pas ennuyée, c'est juste que ...", elle hésita sur la manière de présenter les choses. "... j'ai toujours l'air d'avoir peu d'empathie quand les gens me racontent leurs problèmes."

Des voies différentes. Ce n'était rien de le dire, on ne pouvait pas faire plus différent. C'était à se demander comment ils avaient fini dans la même maison. Qu'est-ce que le Choixpeau avait pu voir en lui si l'homme ne semblait même pas avoir le courage de choisir sa propre voie ? Elle ne voulait pas le juger. Elle estimait que c'était petit de sa part, mais quand on croise ce qui devrait normalement être un ennemi tout désigné, comment résister à la tentation. Ca ne l'empêcha pas d'accepter quand il lui proposa d'aller fumer une cigarette avec lui. Elle fumait rarement et n'avait pas spécialement envie de fumer, mais elle y vit un bon échappatoire.

" - Volontier, je te suis."

Elle enfila sa veste et prit son sac quand Esther l'interpella :

" - Mais Jule, on va bientôt commander.
- Oh, prends-moi ce que tu veux, j'ai oublié de regarder la carte."

Esther lui lança un clin d'oeil et Juliet haussa les yeux au ciel en suivant Adrian dehors. Il ne faisait pas spécialement froid, mais elle avait tout de même enfilé sa veste. Elle ouvrit son sac et chercha son paquet de cigarette. Elle en sortit une pour elle-même et tendit, en fumeuse courtoise, son paquet à l'homme à ses côtés pour qu'il se serve. La cigarette allumée, elle tira en silence sur celle-ci, heureuse de profiter d'un peu de calme. Le bruit et les rires à l'intérieur du restaurant lui tapait sur le système et elle n'aspirait qu'au calme. Elle se tourna brusquement vers Adrian, sincère cette fois-ci et déclara :

" - Je crois que je vais partir."

Elle tira sur sa cigarette avant de continuer, un peu nerveuse.

" - Je n'aime pas beaucoup les grands groupes comme ça, je ne suis pas à l'aise. Si je rentre pour le dire à Judith et Esther, elles voudront venir avec moi. Je préfère ne pas gâcher leur soirée. Tu pourras leur dire que je suis désolée ? "

Oui, c'était mieux. C'était la bonne solution. Soudain, elle se sentait épuisée, et elle n'avait pas très envie de faire semblant pour les heures à venir. Et puis, c'était rendre service à tout le monde, y compris à son compagnon.
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MessageSujet: Re: Pas de sourire forcés entre nous - Adrian Rosier [Fini] Mar 23 Aoû - 15:57

Il n'était pas méchant garçon : c'était sans doute ça le plus terrible. Car Adrian Rosier, malgré tous ses efforts pour parvenir à plaire à son grand-père, ne parviendrait sans doute jamais à correspondre au portrait type du mangemort. Il avait beau être un puriste à peu près convaincu, il n'avait pas un gramme de méchanceté en lui. Dans le fond, il n'était rien de plus qu'un gosse blessé qui essayait de panser ses plaies en faisant du mieux possible pour faire bonne figure. Peut-être qu'en croyant suffisamment fort qu'on va réussir, on finit par le faire. Peut-être qu'en répétant à l'infini que ce n'est pas grave, que son métier n'était qu'un boulot, qu'être un mangemort était la meilleur chose à faire, il finirait par s'en convaincre. Mais Adrian ne prenait pas le chemin de devenir indifférent ou vraiment convaincu. S'il était évident qu'il était un bon flic et qu'il aimait ça, toute la partie politique de son métier l'agaçait au mieux, et le terrifiait au pire, dans ses mauvais jours. Et chaque regard qu'il observait se poser sur lui, où il devinait la terreur ou le mépris, le renvoyait à ses propres sentiments envers lui-même. De Chapman, Adrian n'avait certainement pas hérité la dureté de jugement qu'avait son grand-père. En revanche, il était tout à fait indéniable que ce dernier l'avait conditionné et que lui même en était venu à croire qu'il ne valait pas grand chose. Oh si, mais simplement t'es idiot et obstiné, mon petit Ady : si tu lui disais non et que tu faisais ce que tu voulais, tu verrais que tu te sentirais mieux, et je parie même que tu arriverais à briller dans ton domaine, peu importe lequel tu choisirais. Mais il voulait prouver à Chapman qu'il avait tort, qu'il valait autant que son père, il voulait lui faire ravaler ses insultes, quand bien même il devait faire tous les sacrifices. Je veux bien bousiller ma vie, mais un jour il me dira qu'il avait tort, et il me dira qu'il a besoin de moi, et ce jour là, je dirais non.

En attendant, il passait bien pour le salaud de service. Adrian le savait, et il ne pouvait s'empêcher de vouloir prouver que c'était faux. Des merlinistes qui étaient des connards, il en avait connu : il était probablement plus ouvert que la plupart des gens impliqués dans le combat. Ady ne parlait d'ailleurs que peu de politique. La plupart de ses amis étaient merlinistes, et ils avaient une sorte d'entente tacite pour ne pas parler de ça. Eux savaient qu'il n'était pas un salaud, mais il y croyait. Pas de manière violente : Adrian n'était pas bien sûr que le plaisir sadique que Travers semblait prendre à tuer des opposants politiques soit tout à fait normal. Mais il n'aimait pas qu'on se moque de lui, ou de ses convictions, et il pouvait devenir méprisant si on le mettait en colère – surtout s'il avait bu. Un vieux reste de l'honneur Rosier ou un vieux reste de fierté personnelle ? Un des deux, sans doute. Adrian ne se croyait pas un salaud, il ne croyait pas mériter toutes les insultes que les Gryffondors lui avaient réservés, ni la haine des merlinistes. Je crois en la justice. Je crois que j'ai payé pour Chapman et que ça arrangeait tout le monde. Je crois qu'un meurtre est un meurtre, et qu'il n'y avait pas besoin de guerre...dans le fond, il était résolument pacifiste. Adrian n'avait pas envie de se battre, ni de parler politique. Surtout pas ce soir. Il eut un sourire un peu fatigué à l'encontre de Jule Birch lorsqu'elle évoqua le gouvernement Malefoy et grogna :

« Merliniste, hein ? J'aurais du m'en douter, je suppose. »
Il ajouta d'un ton franchement amusé, cette fois : « Est-ce que ça veut dire qu'on est obligé de s'engueuler avant la fin de la soirée, du coup ? »  Il secoua la tête avec un sourire : « Je ne suis pas venu pour ça, moi, en tout cas. Qu'est-ce t'en dis, on reste des gens civilisés pour ce soir au moins ? »

Il avait cultivé un art de l'esquive du débat  - et de l'esquive tout court d'ailleurs, puisqu'il évitait les réunions d'anciens élèves autant que possible – très poussé en vieillissant. Adrian n'aimait pas le conflit, et il savait que, s'il y avait des gens qu'il appréciait au sein de son ancienne maison, sa position politique restait largement minoritaire et que beaucoup désapprouvaient son entrée dans les rangs du Lord. Il n'avait pas envie de se justifier, et pas envie de se battre tout le temps – il craignait sa propre colère avec une terreur sourde. C'est mieux comme ça, je me contente de noter la crainte et la haine, le mépris dans votre regard. J'évite de m'énerver, vous évitez de me blesser. Adrian n'était pas quelqu'un de sûr de lui, sans doute à cause de l'éducation familiale : dès qu'il y avait un conflit, dès qu'on se moquait de lui, soit il perdait ses moyens et il se renfermait sur lui-même, soit il se mettait en colère, ce qui ne valait guère mieux. Il était rare qu'il tolère qu'on se moque de lui : de la part de ses amis, ça passait. Il ne manquait pas d'humour, il était capable de le prendre rien, mais la méchanceté gratuite n'avait jamais plus – et dans les deux sens – à Adrian. Peut-être qu'il avait tendu un peu la perche à Juliet, il fallait le reconnaître. Il sourit de nouveau, et siffla d'un air faussement impressionné, avant de rire de bon cœur :

« C'est qu'elle mauvaise, la petite dame ! Touché, j'admets, touché très juste. »
Il fit un signe au serveur : « Pour la peine, c'est moi qui te l'offre. »

Curieusement, changeant d'avis comme de chemise, il commanda un deuxième whisky. C'était définitivement une drôle de situation. Vous êtes tous les deux mal à l'aise. Ça se voit. Il n'aurait pas du persister à parler avec Juliette, mais c'était plus fort que lui. Adrian était quelqu'un de bavard naturellement, et puis il fallait bien que, timide peu enclin à ce qu'on le juge ce soir, ayant moyennement envie de venir à la base. Il se demanda un instant ce que Chapman en aurait pensé. Le vieux ferait probablement une attaque, après il essaierait de me tuer en me hurlant que je suis un dépravé traitre à son sang – oui, fréquenter d'anciens élèves de ma propre maison c'est de la dépravation. Si tu veux mon avis, mon pote, il ne se laisserait pas non plus parler comme Juliet Birch le fait avec toi.  Il haussa les sourcils avec un peu de surprise et beaucoup d'amusement :

« Deux fois dans la même soirée, vraiment ? Il va falloir que je me méfie, alors. »
La petite Jule Birch est devenue teigneuse, un peu. Mais pas méchante. Il crut entrevoir un peu de compassion dans ce qu'il lui dit ensuite, mais peut-être n'était-ce pas le cas. Il se contenta d'un sourire blasé. « Je ne peux pas partir. Ce serait laisser tomber mon frère et ma sœur, mon cousin, la famille. C'est dur, bien sûr, ce n'est pas ce que je voulais faire. Mais c'est mon rôle. Et je l'affronterais jusqu'au bout. Jusqu'à ce qu'ils réalisent qu'ils avaient tort et qu'ils ravalent leur foutu méchanceté gratuite. »

Je vaux mieux qu'eux. Que ça. Et je leur ferais admettre coûte que coûte. C'est peut-être idiot ou incompréhensible, mais il le devait aux autres, qui ne méritaient pas que Chap' leur pourrisse la vie, et il se le devait à lui, par fierté pure. Il réussirait sans écraser personne, il montrerait qu'il était capable du meilleur. Oui, ce n'était pas ce qu'il voulait faire, certes, mais il le ferait tout de même. Parce qu'il le devait. Et c'était sans doute en ça qu'Adrian Rosier méritait sa place à Gryffondor : parce qu'il fallait du courage pour continuer, pour se lever tous les jours et affronter une vie dont il ne voulait pas. Quand bien même il lui arrivait d'en souffrir à en crever et d'user et d'abuser de palliatifs de toute sorte pour supporter cette misère, Adrian le faisait quand même. Peut-être qu'il n'y a pas de quoi se plaindre, c'est vrai. Peut-être que c'était un choix comme un autre et qu'emmerder les gens avec ça ne se fait pas. Qui savait en effet si Jule Birch n'avait pas elle même ses problèmes ? Aussi Adrian n'insista pas lui non plus et se contenta d'accepter une cigarette qu'il alluma d'une étincelle de sa baguette magique. De nouveau, il fut surpris par ce qu'elle disait.

« Je crois que je comprends. J'ai hésité à venir aussi. »
Il haussa les épaules et tira sur sa cigarette : « Ce n'est pas vraiment ma place, après tout. » Cela le fit rire : Adrian était très lucide sur sa situation. « Je suis le grand méchant mangemort, je sais. Si seulement vous voyiez mon grand-père, tous...enfin passons. » Soudainement, il se rappela de ce qu'il avait promis à Judith. « Ah, mais ! Ca ne fait pas mon affaire du tout, à moi ! » 

Comment est-ce qu'il allait avouer ça sans passer pour un idiot ? Et sans parler de son mari. Et en réussissant à aligner trois mots de manière cohérente.

« Je...enfin, c'est...bon. Judith m'a demandé de te tenir un peu compagnie pendant la soirée. Je sais pas trop quelle idée elle avait derrière la tête, mais...peut-être bien nous caser ensemble, j'en sais trop rien... »
Pari gagné : s'il n'était pas écarlate – ce qui était parfaitement stupide et proprement ridicule – il ne s'appelait plus Adrian Rosier. « Enfin bref, si tu t'en vas comme ça, je vais passer pour un salaud, moi ! »

Un peu plus ou un peu moins, tu devrais y être habitué, non ? Non. Ce n'est pas aussi facile.

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MessageSujet: Re: Pas de sourire forcés entre nous - Adrian Rosier [Fini] Jeu 25 Aoû - 17:35

Si elle n'avait pas été conditionnée par ses propres préjugés, Jule aurait probablement vu Adrian Rosier pour ce qu'il était : un type foncièrement gentil, embrigadé dans un job qui ne lui convenait pas et foncièrement pas doué. Néanmoins, quand on promène sur son bras un tatouage qui représente tout ce que l'on fait de mieux en terme d'intolérance dans le monde sorcier, il ne faut pas s'attendre à ce que les gens cherchent à voir plus loin. Juliet Birch, femme pourtant réfléchie, n'avait aucun désir d'essayer de voir au delà de cette marque. Avec un entêtement propre aux Gryffondor, elle ne voulait pas admettre qu'il puisse y avoir des gens différents dans la clique qui composait les suivants de celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. Pourtant l'histoire moldue admettait que certains soldats allemand avaient été enrôlé contre leur grès durant la seconde guerre mondiale et n'adhéraient pas à l'idéologie d'Hitler. Si elle acceptait ce qui était écrit dans les manuels d'histoire, c'était tout autre chose quand il s'agissait de le transposer dans le monde sorcier. Les meurs et coutumes étaient tellement différentes qu'elle ne voulait pas y voir de similitude. Dans le fond, cette obstination tenait de tout autre chose. C'est plus facile de se focaliser sur un ennemi quand il n'a pas un visage humain. Or, depuis la mort de son mari, Juliet avait fait de la cause de l'Ordre sa raison de vivre. Ca lui avait permis de surmonter sa peine, de trouver un but à sa vie. Apprendre à connaître Adrian, c'était apprendre à connaître son ennemi. Elle se doutait bien qu'il y avait un homme derrière la marque, avec ses défauts - probablement nombreux - , ses qualités - même elle était obligée d'admettre qu'il devait en avoir -, ses faiblesses. Jule était quelqu'un de foncièrement gentil, même si peu abordable ou accessible. Elle n'aimait pas les conflits inutiles et c'était plus dur pour elle de se battre contre quelqu'un qu'elle connaissait. En particulier si cette personne ne s'avérait ne pas être détestable.

Se sachant en minorité, il ne semblait pas vouloir aller au conflit. Pour ça, Jule lui en était reconnaissante. Cette soirée s'avérait déjà bien assez pénible sans qu'il faille en plus de ça commencer à parler politique et se disputer à table. Ce n'était ni le lieu, ni le moment, ils en étaient conscients tous les deux. Tout en étant heureuse qu'il soit assez raisonnable pour le proposer, elle déplorait encore une fois le fait qu'il tente de se rendre agréable.

" - J'imagine que c'était inévitable.", répondit-elle avec un sourire.

Elle n'eut pas besoin de lui demander s'il était puriste. Après tout, tout le monde le savait. Feindre l'ignorance eut été stupide.

" - Je te rassure, nul besoin de s'engueuler. En bon Gryffondor que nous sommes, j'imagine que rien de ce que dira l'autre ne nous fera changer d'avis d'un iota.", avec un sourire aimable, elle ajouta : " C'est une perte de temps d'essayer. Et puis, je ne suis pas venue pour ça non plus."

Le reste ... Eh bien, elle pouvait honnêtement dire qu'elle ne l'avait pas vu comme ça. Si elle pouvait accepter l'idée de payer un verre à Adrian en vertus d'une ancienne dette, elle avait beaucoup plus de mal à ce qu'il lui paie la tournée. Le sourire triomphant de Judith en face d'elle n'arrangeait rien. Ca ne servait à rien de refuser, donc elle le remercia comme il se devait, mais elle n'en était pas moins mal à l'aise pour autant. Quant à ses blagues, elle espérait ne pas être allée trop loin. Ca ne valait pas le coup de se mettre un mangemort à dos. Tant que maintenant, il semblait prendre les choses avec humour. Elle tenta de répondre sur le même ton :

" - Se méfier de moi ? Un agneau ne serait pas plus innocent.", dit celle qui avait tant à cacher.

Elle ne commenta ce qu'il disait sur sa famille. D'un naturel curieux, elle savait tout de même réfréner cette curiosité quand elle la savait déplacer. Or se mêler de ses affaires de famille lui sembler indiscret, même si c'était lui qui en parlait. Il semblait leur tenir rancoeur et sans savoir pourquoi, elle garde l'information dans un coin de sa tête. C'était une faiblesse, une corde sensible et donc ça valait la peine d'en tenir compte. Sans compter que si son intuition ne la trompait pas - elle se trompait rarement - Judith en avait dit bien plus qu'il ne fallait durant son cours passage aux toilettes.

" - Pas ta place ? Je ne sais pas. Au final, à part en ce qui concerne Esther, toi et Judith, je ne sais pas vraiment ce que les autres sont devenus." , Elle haussa les épaules à son tour, en réalité, elle ne s'intéressait pas à ce qu'ils étaient devenus. Ils n'avaient pas été proches lorsqu'ils étaient à Poudlard, il n'y avait aucune raison qu'ils le soient à présent.

"- Ton grand-père ?", demanda-t-elle. Après un instant de réfléxion, ça lui revint. " - Ah oui, Chapman Rosier, j'ai eu l'occasion de le croiser quand je travaillais au Ministère."

Et c'était à peu près la chose la plus neutre qu'elle pouvait dire à ce sujet. Chapman Rosier, selon les bruits de couloir, était un vieux con aigris et désagréable qui n'aimait personne sinon lui-même. Et c'était une des choses les plus aimables qu'elle avait entendu sur lui. Pour l'avoir croisé quelque fois sans jamais avoir eu besoin de lui parler, elle pouvait néanmoins parfaitement se ranger à l'opinion générale. Mieux, elle se sentait pas obligé de se forger sa propre opinion - pour une fois.

Elle tirait sur sa cigarette en pensant à Chapman et sursauta quand Adrian déclara que son départ ne faisait pas son affaire. Jule fut tellement surprise par sa franchise qu'elle lâcha sa cigarette qui atterit sur la chaussure d'Adrian. Gênée, elle la reprit d'un rapide coup de baguette.

" - Ah j'espère que je ne l'ai pas abîmée."

Regardant brusquement Adrian, elle ne sut pas si elle devait rire, se fâcher ou avoir pitié de la rougeur qui lui venait aux joues. Sa cigarette écrasée et jetée à la poubelle. Elle sortit son paquet nerveusement et en ralluma une autre sur laquelle elle tira. Elle tendit encore une fois le paquet dans un geste automatiquement avant de grommeler :

"- C'est tout Judith ça. Evidemment qu'elle a essayé de me caser. Pas étonnant qu'elle ait fait une telle affaire pour que je vienne à ce foutu dîner."

Ca achevait de la mettre de mauvaise humeur et pour une fois, ce n'était même pas la faute du pauvre mangemort rougissant juste à côté. Mangemort dont elle n'était apparemment pas prête de se débarrasser et pourtant, maintenant que c'était dit, il était hors de question qu'elle retourne dans ce restaurant. Levant les yeux vers Adrian, elle sentit que le rouge lui montait aux joues également de la façon la plus embarrassante qui sois. Ca ne l'empêcha pas de dire fermement.

" - Je te préviens. Si tu veux me voir rentrer dans ce restaurant, il faudra employer la force parce qu'il est hors de question que j'y retourne."

Merlin savait que quand elle prenait une décision, il était hors de question qu'elle change d'avis. Qu'Adrian passe pour le salaud de l'histoire n'aurait pas du lui faire chaud ou froid, pourtant, elle eut pitié d'eux-mêmes, planté devant un restaurant dans lequel ils n'avaient pas plus envie de rentrer l'un que l'autre.

" - Ecoute, si toi non plus tu n'as pas envie d'y aller, tu n'auras qu'à dire à Judith qu'on a décidé d'aller boire un verre et qu'on a finit la soirée ensemble.", Merlin savait que ça lui coûtait de dire ça : " J'approuverais ta version et on sera tranquille."

Maintenant que faire ? Elle ne se sentait pas l'envie de rentrer et elle se doutait bien que Judith ne se gênerait pas pour vérifier si elle était chez elle ou non. Elle n'avait qu'à aller boire un verre. Ca lui semblait une bonne idée. Aussi sans demander l'avis d'Adrian, qui, elle l'espérait, ne la suivrait pas, elle commença à marcher cherchant un bar dans lequel elle pourrait passer la soirée.
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MessageSujet: Re: Pas de sourire forcés entre nous - Adrian Rosier [Fini] Lun 29 Aoû - 11:40


Adrian Rosier et les femmes : vaste sujet, complexe s'il en était, suffisamment périlleux à évoquer pour qu'il n'aie pas besoin d'en rajouter une couche en se faisant caser par une ancienne camarade avec une autre camarade – ce qu'il avait pourtant fait, car tout adulte soit disant responsable qu'il était, Adrian était parfaitement débonnaire et totalement dépourvu de la faculté de dire non. Résultat de son éducation, là encore : si sa gentillesse était tout aussi réelle que son tempérament enflammé et venait plutôt de sa mère, c'était bien l'éducation de Evan et de Chapman qui avaient fait de lui un adulte détestant résolument le conflit, prêt à tout pour plaire – le côté charmeur venait peut-être aussi d'Evan. Ou de Donovan. Son si parfait père ressemblait à son oncle de ce point de vue là : Kate Prewett n'était pas la seule à avoir eu des aventures, et tant pis si cette réalité remettait en cause le mythe du sacro-saint martyr Evan Rosier priez pour nous pauvres pêcheurs et gloire au Seigneur des Ténèbres. - que ce soit de manière sentimentale ou non. Il ne voulait se fâcher avec personne, Adrian Rosier : il avait le besoin maladif qu'on le reconnaisse, de savoir qu'il comptait pour les gens, qu'on ne laisse pas sur le côté ou tout seul. Au départ, cette attitude ne valait que pour Chapman : mais il était d'une timidité maladive et n'était que très peu sûr de lui.

Allez donc parler d'amour avec un tel état d'esprit ! Oh, il pouvait plaire : avec le temps, un certain sens de l'humour qui cachait ses propres blessures, et une passion démesurée pour les fêtes et la boisson, il collectionnait les rencontres et les filles. Ça ne durait jamais longtemps : de l'avis général de tous les amis qui le connaissait bien, Ady Rosier avait un don pour sortir avec les mauvaises filles. Personne ne l'avait jamais vu rester avec quelqu'un plus d'un mois ou deux. La plupart du temps, cela se réduisait à quelques jours. Ce n'est pas tellement ma faute : même sur ça, il faut encore être à la hauteur des Rosiers et respecter les volontés du Padre. Son grand-père n'attendait pas moins que le mariage et une descendance. Adrian cherchait mollement, sans grande conviction. Il fallait dire qu'il était à peu près sur d'une chose en ce monde : les filles sang pures qu'il fréquentait dans les bars, avec qui il faisait la fête, toutes plus jeunes que lui d'ailleurs, ne pouvaient pas lui convenir. Il pouvait se saouler avec, il pouvait coucher avec, peu importait : jamais il ne resterait avec elles. Elles sonnaient creux. Et lui aussi, au moins en surface. Il y avait autre chose en lui que cette superficialité, et le mépris des gosses de riches qui caractérisaient les jeunes sang purs qui profitaient de la victoire de Force Puriste. Il ne se pensait pas supérieur, ni plus intelligent que la moyenne, mais il refusait de se mettre en couple avec une fille simplement parce qu'il pouvait coucher avec – que ce soit pour assurer une descendance ou simplement prendre son pied, au passage. Mec, il y a forcément quelqu'un pour moi, ne se lassait-il pas de répéter. C'était une évidence, et une vraie conviction, renforcée encore une fois par sa crainte de finir tout seul.

Mais c'est une vraie plaie, et une règle invariable : à chaque fois qu'une fille est intelligente et jolie, et que je me demande si par hasard, pour une fois, je n'ai pas un peu de chance, et que c'est la bonne, elle est toujours merliniste. Et bien sûr, elles ne restaient quasiment jamais. Ou si elles restaient, si elles étaient suffisamment ouvertes d'esprit pour faire un effort, et il n'y en avait que peu qui étaient prêtes à franchir le pas, c'était Adrian lui même qui laissait la relation se déliter peu à peu d'elle même. C'est toujours un paradoxe : chercher à aimer pour ne pas être seul, mais ne pas avoir la faculté de faire durer un couple, par crainte de mal faire, de ne pas être à la hauteur, de décevoir, de revoir, toujours, la lueur de mépris. Mieux vaut ne rien faire plutôt que de faire mal, après tout.

Évidemment, ce soir, il devait avoir choisi de mal faire plutôt que de s'abstenir de faire quoique ce soit. Mauvais plan, Ady, tu ne sais pas dans quoi tu vas te fourrer. Parce qu'après tout, pourquoi s'obstiner ? Il ne comptait certainement pas sortir avec Juliet Birch – une merliniste de plus, après tout. Une de plus, avec cette lueur dans les yeux, qui criait désespérément qu'il était un mangemort et qu'il ne pouvait pas être un type fréquentable. Adrian voyait bien à quel point la marque pouvait fausser ses relations avec les gens, et il savait à quel point il avait été plus heureux sans. Le rejet des autres, sur sa psychologie bancale, un peu fière, un peu prompte à s'emporter, le conduisait lui même à une certaine forme de malaise. Et comme un idiot, à prouver aux gens qu'ils avaient tort sur son compte. Il va bien falloir qu'un jour le monde comprenne que ce n'est pas un simple tatouage qui détermine si les gens sont ou non des salauds.  Il va bien falloir qu'ils l'admettent, tous, parce que si je l'avais voulu, certains pourraient être en prison  depuis une éternité. Hein, tous les biens pensants, là. Ouais, vous tous. Qui parlerez dans mon dos quand je serais parti, qui me donnez du Ady quand je suis devant vous, tout faux-sourire et faux-semblants. Faux-jetons, oui ! Il était parfois aussi amer qu'il était en colère, aussi cynique que féroce, mais cet état d'esprit ne durait jamais chez Adrian. A vrai dire, il s'obstinait autant pour prouver qu'il n'était pas le salaud de la soirée malgré sa marque, que parce qu'il était excessivement bavard et que tant qu'on ne lui disait pas d'arrêter – ce qu'il aurait probablement soit très mal pris ou ce qui l'aurait tétanisé, fait se recroqueviller sur lui même comme un animal blessé – il ne savait pas se taire, que parce qu'il ne voulait pas dire non à Judith – parce qu'il ne voulait se fâcher avec personne – que parce que d'un côté, il n'avait rien contre Jule Birch.

C'est toujours le même sentiment, la même peur, que je devine par instant. Ca n'a pas changé depuis Poudlard. Naturellement porté à la mélancolie, Adrian devinait une certaine tristesse chez Jule Birch. Peut-être aussi parce que malgré tout, malgré ce malaise entre eux dont ils n'arrivaient pas à se défaire – et dont ils ne pouvaient probablement pas se défaire vu leurs convictions et leur caractère : qu'ils soient arrivés à la conclusion qu'il valait mieux éviter d'aborder le sujet et de rester neutre sur point en disaient long sur la mentalité des Gryffondors. Ni l'un ni l'autre ne pouvaient reculer d'un pouce, pour être honnêtes – elle n'était pas dépourvue d'humour. Qui sait comment on pourrait s'entendre, s'il n'y avait pas cette foutue marque ? Question qui resterait sans réponse. Adrian avait la même pour le monde entier. Maudit soit le jour où j'ai accepté de céder aux exigences du vieux.  

Pour en revenir à Juliet, peut-être qu'il s'obstinait un peu parce qu'il compatissait à son malheur, peut-être parce qu'il réalisait qu'elle souffrait sans doute plus que lui. Avouons le honnêtement, tu n'as rien pour être malheureux, tu as même tout à ta disposition. Tu n'es pas censé souffrir. Oui mais je ne suis pas heureux non plus, alors on fait quoi ? Je sais pas. Tu pourrais commencer par être sympas avec ceux qui ont de vrais problèmes et pas un foutu malaise sur lequel ils n'arrivent pas à mettre le doigt et qui les conduisent à devenir alcooliques. D'où peut-être sa franchise, qui semblait avoir surpris Juliet. Il fit un bond en arrière pour éviter la cigarette brûlante, et puis sourit :

« Et après ça tu maintiens que tu es aussi innocente qu'un agneau ? »
Il ajouta d'un ton amusé : « J'avais raison quand je disais qu'il fallait que je me méfie. »

C'était une tentative plutôt intelligente pour détendre l'atmosphère, mais ils paraissaient aussi gênés l'un que l'autre, et Jule pas vraiment ravie d'apprendre les plans de ses deux amies. Il aurait voulu s'en excuser, dire quelque chose, mais n'en eut pas vraiment l'occasion. Il sourit de nouveau lorsqu'elle lui expliqua qu'elle ne reviendrait pas dans le restaurant, et lança :

« J'oserais pas, j'aurais trop peur de ce que tu me ferais. »
Il eut un léger rire et expliqua : « Un truc dans les yeux...Trop d'obstination farouche pour moi, je ne peux pas lutter. »

Cela étant, vrai que lui aussi aussi voulait partir : la version de Jule lui permettait de le faire avec une bonne excuse, mais il ne voulait pas la déranger non plus. Ce n'était pas son genre, et il voyait bien que l'option qu'elle proposait lui coutait un peu.

« Sûre de toi ? »
Ce n'était pas comme s'ils allaient vraiment finir la nuit ensemble, cela dit. « Bon, comme tu veux. »

Il revint vers le bar, salua tout le monde, expliqua. Judith et Esther paraissaient plutôt contentes d'elles. Adrian ne jugea pas utile de donner beaucoup de précisions. Moins ils en savent et mieux on se porte, tous autant qu'on est. Mais ce fut assez pour que, lorsqu'il ressortit du bar, il s'aperçoivent que Jule était déjà loin en avant. Il fallait pourtant qu'il lui explique...il le lui devait, en quelque sorte. Il accélera donc le pas pour la rattraper alors qu'elle s'apprêtait à entrer dans un bar :

« Jule, attends ! »
Il finit par arriver à son niveau, un peu essoufflé. « Je voulais...enfin, je voulais te dire que je suis désolé. Pour cette histoire avec Judith. » Il continua plus sérieusement : « Je crois qu'elle s'inquiète pour toi, surtout. » Il était gêné d'aborder le sujet. Ce n'était pas ses affaires, il le savait bien. « Elle m'a dit, pour ton mari. » Il secoua la tête. « Je sais ce que ça ne me regarde pas, je n'aurais pas du m'en mêler. Pour ça aussi je suis désolé. »

Et encore une fois, c'était la franchise qui l'avait emporté, parce qu'il n'avait pas su comment formuler ça autrement. Mais en même temps, il soupçonnait que sur ce sujet, de toute façon, il n'y avait pas de bonne manière de faire, et que toute aboutiraient sûrement à ce que Juliet Birch lui dise de s'en aller et de se mêler de ses propres problèmes.

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MessageSujet: Re: Pas de sourire forcés entre nous - Adrian Rosier [Fini] Mar 30 Aoû - 16:23

Jule avait toujours aimé la tranquillité. Chose qu'elle avait rarement trouvé pendant ses années d'études. Les Gryffondors n'étaient pas des gens calmes et en général, il fallait reconnaître que la salle commune était toujours bruyante. On parlait avec tout le monde et surtout on aimait se mêler des affaires des autres. L'avantage de Juliet était qu'on ne s'était jamais battue pour passer la soirée avec elle. Du genre calme, presque effacée, elle se faisait rarement remarquer. Des années plus tard, les choses n'avaient que peu changé. Elle était toujours discrète et elle aimait toujours le calme, voir la solitude. Les grands groupes la mettaient mal à l'aise. Jule avait toujours préféré une soirée bien accompagné, qu'une soirée mouvementée parmi des inconnus. C'était d'ailleurs précisément ce qu'elle fuyait ce soir, une bande - à quelques exceptions près - d'inconnus. Qui plus est, ceux de la pire sorte. Ils l'avaient connue à une époque et ils étaient donc parfaitement capable de faire remonter des souvenirs qu'elle préférait parfois oublier.

Quand Adrian était partis dans le restaurant pour expliquer à leurs anciens camarades qu'ils allaient passé la soirée ensemble, Juliet avait mis les voiles sans demander son reste. Elle avait espéré, sans trop y croire, qu'Adrian ne la suivrait pas. C'était déjà bien assez humiliant de penser que tout le monde s'imaginerait qu'elle allait passer la soirée et plus si affinité avec un mangemort. Elle avait beau ne pas vraiment se soucier de l'opinion d'autrui, elle ne pouvait pas s'empêcher d'être un peu mal à l'aise. Ca faisait fille facile. A 30 ans, ça n'aurait pas du la tracasser, mais elle ne pouvait pas s'empêcher d'y penser en faisant la grimace comme si elle avait avaler un citron.

Elle allait rentrer dans un bar quand elle fit rattrapée par un Adrian essoufflé. Pas vraiment surprise, elle ne put s'empêcher de soupirer discrètement, avant de se retourner. Des excuses ? Encore une fois, elle fut soufflée. Que répondre à ce genre de choses ? En particulier quand un parfait inconnu vous parle du sujet dont vous avez le moins envie de parler. La mort de son mari, restait une blessure douloureuse. Cinq ans après, la douleur n'avait plus la même intensité qu'avant. L'humain a cette capacité admirable qui consiste à s'habituer à la douleur. La peine était toujours présente dans un coin de sa tête, mais elle s'apercevait qu'elle n'avait plus la même intensité qu'au début. Plus que tout, c'est probablement ça qui mettait Juliet en colère quand on en parlait. Elle se souvenait qu'elle n'avait plus aussi mal qu'avant et elle se sentait coupable d'oublier. Parfois, elle avait l'impression qu'elle en oublierait les traits de son visage, si les photos de leur vie de couple ne peuplaient toujours pas de façon morbide les murs de son intérieur. Que ses amies en parlent, c'était une chose. Elles avaient connus Sean, elles étaient venues à son mariage, son enterrement, c'était légitime. Adrian n'avait du le connaître que superficiellement à Poudlard, elle ne voyait pas de quel droit il en parlait.

" - Tu n'as pas à être désolé. Ce n'est pas toi qui à monter ce plan foireux.", son ton était sec. Probablement plus sec qu'elle ne l'aurait voulu, mais elle était exaspérée. " C'est digne de Poudlard. J'ai connu des gamins de quinze ans qui faisait leur affaire avec plus de subtilité que ça. Soit." Elle haussa les épaules. Ils étaient toujours à l'extérieur du bar et elle en profita pour sortir son paquet et allumer une autre cigarette. C'était la troisième de la soirée ce qui était plutôt inhabituel. Plus elle était stressée, plus elle fumait. Autant dire que trois cigarettes en même pas une heure indiquait à quel point elle avait les nerfs en compote. " Tu en veux ?"

Toujours ce même geste un peu automatique qui avait pour effet de remettre la discussion sur un terrain plus neutre. Et si ce n'était pas le cas, ça permettait au moins de tout mettre en stand by pour quelques minutes. Juste le temps de s'empoissonner un peu plus soi-même et puis c'était repartis.

"- Tu as raison. Ca ne te regarde pas.", dit très calmement, sans animosité, ça avait le mérite d'être franc.

Si Adrian était franc, Juliet l'était tout autant que lui. La mort de son mari ne regardait personne sinon elle. Elle n'aimait pas qu'on rentre dans sa vie privée et elle préférait mettre une barrière toute de suite plutôt que de laisser croire qu'elle appréciait la sollicitude importune des uns et des autres.

" - Judith n'aurait pas du te le dire, donc ce n'est pas ta faute. Elle ne sait pas tenir sa langue. "

On aime ses amis avec et leurs qualités et leurs défauts. Ce soir, il lui était très dur d'aimer Judith. Jule était membre du parti meliniste depuis sa création, Judith aurait bien du se douter que tenter de la faire sympathiser avec un mangemort était la dernière chose qui lui ferrait plaisir. Mais non, tout le monde ne raisonnait pas comme ça. Son amie ne voyait pas l'homme politiquement engagé, elle se rappelait un adolescent sympathique et bon vivant avec qui elle était sortie qui lui ferrait oublier sa solitude pour une soirée.

La cigarette finie, elle n'avait plus aucune raison de rester plantée dehors comme une idiote. Elle avait choisi le premier bar qui se présentait à elle sans vraiment regarder ce que c'était. Elle eut un sourire amusé en constatant que le bar était totalement moldu. Merlin soit loué, vu la température estivale, ni Adrian, ni elle ne portait de cape. Sachant qu'elle ne se débarrasserait pas de lui aussi facilement que ça, elle l'invita à entrer avec elle en se demandant à quel moment il décamperait en comprenant que le bar était moldu.

" - Viens avec moi si tu veux. Je vais te payer ce fameux verre."

Elle entra dans le pub en tenant la porte pour laisser Adrian rentrer. L'ambiance était sympathique. Le mobilier un peu dépareillé donnait du charme à l'endroit. Au fond du pub se trouvait le bar où un serveur tatoué essuyait des verres de pinte. Un tableau était fixé au dessus de celui-ci et indiquait les différentes bières de la semaine disponible ainsi que les autres alcools qu'on pouvait commander. A droite, dans une seconde pièce, plusieurs billards dont un seul était occupé par des joueurs d'une vingtaine d'année. La musique, plutôt rock que pop allait fort, mais sans empêcher les gens de s'entendre. Elle s'assit à une table haute et invita Adrian à faire de même. L'idée un peu mesquine que le mangemort devait être totalement hors de son élément la mettait contre toute attente de bonne humeur. Elle regarda la carte sur laquelle était proposé divers snack avant de se décider :

" - Je vais prendre une bière et des oignons frits à grignoter. Quelque chose te tente ?"

En cet instant, elle ne doutait pas qu'il devait regretter d'être resté.
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MessageSujet: Re: Pas de sourire forcés entre nous - Adrian Rosier [Fini] Mer 31 Aoû - 15:46

Un instant, il s'était senti légitime pour parler, parce qu'il pensait savoir ce que ça faisait, de perdre quelqu'un. Mais il fallait croire que la mémoire commençait à manquer à Adrian Rosier. C'est vrai, c'était quand, déjà...il y a seize ans ? Non, dix-sept ans, oui. Les souvenirs commençaient à disparaître, peu à peu. Oh, le visage de son père était toujours bien là : il s'en rappelait parfaitement, le cotoyait dès qu'il s'aventurait dans une pièce du manoir Rosier, ou Chapman entretenait le souvenir des morts de façon particulièrement glauque et culpabilisante. Mais la souffrance due à son père s'effaçait peu à peu – remplacée par celle due à Chapman, et peut-être aussi par une sorte de compréhension de qui avait été Evan Rosier. L'image que j'ai de mon père pour ces années là est double : d'un côté je le vois comme je le voyais alors, avec mes yeux de quinze ans, imprévisible et terrifiant, d'un autre côté je le vois comme quelqu'un de mon âge dont la vie subissait les rafales du temps qui passe, entraînant avec lui des pans entiers de mémoire, de souvenirs et de sentiments, de convictions à toute épreuve, de tout ce qui faisait que c'était mon père. Son géniteur ne manquait pas à Adrian, mais d'une certaine manière, il était en paix avec lui. Ce qui faisait toute la différence de son cas avec celui de Juliet Birch. Il faut du temps pour être en paix avec les morts. Ca dépendait des gens, mais cinq ans, ce n'était pas pareil que dix-sept.

Tu ne te souviens pas de comment tu étais, Adrian. Oh, si. Quand Evan Rosier était mort, il s'était complètement refermé sur lui même, au début, et il ne fallait pas l'approcher, rien lui dire. Il ne voulait parler à personne. Il voulait rester seul pour affronter la vérité bien trop réelle : son père, le salaud, mais aussi l'un des types qu'il admirait le plus au monde, était mort. Il n'était plus qu'un corps en train de pourrir quelque part sous terre. Après seulement était venu le déni, et la douleur ne l'avait jamais vraiment quitté depuis ce temps là. Mais il avait appris à faire avec, à la contourner, à l'oublier. Je me souviens même de comment c'est arrivé. C’était l’été 1982, j’avais quinze ans et je venais de faire une découverte : boire était quelque chose de fantastique. Mais au final, même encore aujourd'hui, peu étaient ceux autorisés à évoquer Evan Rosier. Ils ne comprenaient pas qui son père avaient été, n'avaient aucune légitimité pour en parler, ni pour le critiquer. Il aurait été capable de fracasser le crâne à quiconque aurait insulté la mémoire du second mangemort de la famille Rosier. Moi, je peux le faire, je peux dire qui il était et je sais quels étaient ses travers. Voilà, c'est ça : je l'ai subi, j'ai donc le droit en retour de dire que je le connaissais, j'ai le droit de briser ce tabou qui entoure les morts et qui veut qu'ils soient parfaits. Mon père ne l'était pas, mais c'était mon père, et je sais ce qu'il valait. Aussi n'était-il pas très étonnant – et sur ce point là les trois enfants de Evan Rosier avait une cohérence presque stupéfiante – qu'il devienne très agressif lorsqu'on évoquait son père.

Bien sûr, il y avait cette dimension du temps, mais ce n'était pas la même personne qu'ils avaient perdu. On ne pouvait pas comparer la mort d'un père à celle d'un mari. Les parents meurent tôt ou tard. Tôt ou tard, il aurait fallu que ça arrive, et d'une certaine manière, c'est peut-être mieux que Evan soit mort si tôt. Mais les époux, eh bien, en principe, c'était jusqu'à ce que la mort les sépare. Il ne pouvait pas comprendre : il n'avait jamais aimé quelqu'un au point de vouloir l'épouser et de vouloir passer sa vie avec cette personne, alors imaginer perdre quelqu'un comme ça était clairement hors de la compréhension de Adrian Rosier.

Non, il ne pouvait pas prétendre ce que vivait Jule Birch et sans doute aurait-il du se taire, même s'il avait voulu bien faire. Foutue franchise Gryffondor. Pourtant, cela n'empêcha guère Adrian de se sentir blessé par ce que la jeune femme lui disait. Pourquoi ? Parce qu'il manquait absolument de confiance en lui. Parce que justement, il avait toujours peur de se prendre en pleine face un reproche de plus alors qu'il faisait de son mieux. Le résultat d'années entières à être méprisé et humilié autant par son père que Chapman. Oh, il n'avait plus dix ans et ne fondait plus en larmes dès qu'une remarque un peu sèche lui était adressée, n'empêche qu'il en perdait tout de même ses moyens et que soudainement, lui qui était si bavard était devenu bien silencieux, prenant chaque phrase pour une insulte déguisée.

C'était totalement irrationnel bien sûr : et s'il avait été plus calme et moins timide, sans doute Adrian lui même l'aurait-il mieux pris. N'avait-elle pas dit que ce n'était pas sa faute, à la fin ? Si, bien sûr que si, mais c'était plus fort que lui, il ne savait pas réagir autrement. Qu'est-ce qu'il aurait pu faire ? Partir, tourner les talons, était une option, mais il eut un instant envie de dire aussi que ce n'était pas sa faute, oui, et que puis que ce n'était pas sa faute, elle n'avait pas à lui parler de ça, qu'est-ce qu'il y pouvait, lui, si son mari était mort, et si Judith montait des plans foireux, hein, il n'avait rien demandé à personne, lui, rien du tout, il ne méritait pas ce foutu ton sec et cette méfiance et cette foutue distance, devenue si commune avec le temps, alors qu'il faisait de putain d'efforts, qu'est-ce qu'il fallait qu'il fasse, hein ! A la fin, il aurait tout de même fini par tourner les talons, et malgré le fait qu'il n'aie plus dix ans depuis longtemps, à aller se noyer dans l'alcool de chagrin et à piquer une crise de larmes – une de plus, ivre, il s'en foutait, il n'avait plus aucune fierté.

Donc, Adrian en était là dans ses réflexions, n'ayant toujours pas décidé ce qu'il allait faire, lorsqu'elle lui dit qu'il pouvait venir prendre un verre s'il voulait. Un instant, il eut un mouvement de recul, pur réflexe, pur souvenir des brimades de son enfance, doublé d'un regard de détresse issu lui aussi du fin fond de son enfance. Un instant seulement avant que la fierté ne reprenne le dessus et qu'il se décide enfin de nouveau à sourire :

« Comment désobéir à un tel ordre ? »
Il leva la tête vers la devanture, alors que la jeune femme entrait déjà dans le bar. « Oh, génial, un bar moldu. Cette soirée tourne au grand n'importe quoi. » Il entra à la suite de Jule : « Je te préviens, tu vas vraiment être obligée de payer, j'ai pas d'argent moldu, moi. »

Adrian dans toute sa splendeur : l'instant d'avant, il était au bord de la dépression nerveuse et à présent, il était de nouveau prêt à plaisanter. Et à bien prendre le fait d'être dans un bar moldu, même s'il ne savait absolument pas quoi boire. Il ne fichait que rarement les pieds du côté moldu, et en général, il y avait Al et Tom avec lui, qui eux, étaient capables de s'en sortir dans le monde non-sorcier. Il observa un moment les suggestions au mur, le serveur qui le regardait avec circonspection , Jule, qui paraissait assez contente d'elle.

« Euh...je vais prendre ça. C'est sans alcool ? »
Il venait de changer d'avis pour la troisième fois de la soirée et pointait du doigt un coca-cola. Le serveur le regarda comme s'il était dingue et fit signe que oui. « Bon bah ça. »

Il sourit d'un air profondément amusé en voyant la commande de Juliet arriver :

« Une bière, hein ? Attention à ne pas finir bourrée, c'est censé être mon rôle, ça. »
Il but une gorgée de coca, manqua de la recracher. « Ca, par contre, c'est immonde. Mais comment les gens font pour boire ça, nom d'un chien ! »

Sont définitivement étranges, ces gens. Pourtant, il n'était pas particulièrement mal à l'aise dans le bar : certes, il était un peu perplexe face à ce que buvaient les gens, mais c'était un bar, et on ne pouvait pas dire qu'Adrian puisse se sentir mal dans un bar quelconque. Au contraire, parfois, les bars moldus lui permettait de faire une pause. C'était un terrain neutre.

« C'est marrant, j'ai toujours bien aimé aller du côté moldu. Je m'y perds un peu, mais au moins j'ai pas le droit aux regard habituel qui me suit du côté Chemin de Traverse. Y a toujours une sorte de malaise...» Le fils Rosier, le mangemort, le sale picolo. Il sourit d'un air un peu sarcastique, mais dépourvu de toute méchanceté en la désignant d'un doigt accusateur : « Là, ce regard là, exactement. » Il ajouta, toujours avec un sourire : « Tu ne m'aimes pas beaucoup, je vois bien. »

Ce n'était pas un reproche, juste un constat, franc et honnête. La marque pourrissait toute forme de relation humaine, de toute façon. Deal with it, mon pote.

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Pas de sourire forcés entre nous - Adrian Rosier [Fini]

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