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Le Dindon de la Farce [terminé]

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MessageSujet: Re: Le Dindon de la Farce [terminé] Lun 10 Juil - 16:13

En dernier recours, pour lui faire réintégrer l’appartement, Betty pouvait toujours lui coller une taloche comme quand il était môme et qu’il ne voulait pas finir ses choux de Bruxelles, ou aller embrasser sa tante Cryda. Elle avait encore la main leste et sûre, mais elle n’était pas certaine que ça allait arranger la situation. Heureusement, Al’ obtempéra, de mauvaise grâce, avant que Betty eu besoin d’en arriver à une telle extrémité.

Betty se contenta de rouler des yeux en entendant son frère râler, elle l’avait juste invité à diner, mais à l’entendre, on aurait pu croire qu’elle l’avait forcé à s’assoir sur des charbons ardents. Et après une scène pareille, il y’aurait encore des gens pour dire que c’était elle qui avait mauvais caractère. Où était donc passée l’époque où les jumeaux étaient si gentils et où elle pouvait en faire ce qu’elle voulait ? Du genre leur faire des couettes, leur passer une robe à frous-frous et faire comme si c’était ses deux petites sœurs : Oriane et Alexandria ? C’était le bon vieux temps, maintenant, s’étaient deux grands poilus qui juraient comme des charretiers. Et avec ça qu’ils avaient presque une bonne tête de plus qu’elle… Heureusement que Betty avait encore la plus grande gueule des trois.

« Non mais ça va aller ton numéro de martyr Al’ ? Bois un coup, ça ira mieux. »

Le frangin fini par aller rejoindre le canapé, rouspétant toujours du mieux qu’il pouvait, pour s’y servir un verre de vin. A la bonne heure! Si ce nectar ne le mettait pas dans de meilleures dispositions, Betty entrait au couvent pour s’y faire nonne. Enfin, si elle trouvait un couvent qui voulait bien l’accepter.

Bon, contre toute attente, elle n’eut pas besoin d’utiliser sa baguette pour ligoter les invités et les empêcher de partir. Ça aurait entaché sa note finale pour l’ambiance du diner.  Elle rangea sa baguette dans la poche arrière de son jean et se tourna vers Juliet, qui semblait un peu préoccupée par l’attitude de Al’.

« Lui ? » Elle pointa son frère du doigt « Non mais ne t’inquiètes pas, il n’a fait que râler depuis qu’il est sorti du ventre de notre mère. »

C’était comme ça chez les Holmwood-Black, ils savaient difficilement communiquer autrement qu’en gueulant comme des putois. Râler était comme une seconde nature chez eux, et il ne fallait pas s’inquiéter pour autant. C’était même plutôt un indicatif de leur bonne santé, il fallait se faire du mauvais sang s’ils restaient silencieux plutôt.  

Betty imita Jule et alla prendre place à table. L’ancienne Gryffondor avait bien raison, on n’allait quand même pas se laisser mourir de faim pour des conneries pareilles. Elle essaya de détendre l’atmosphère en plaisantant sur le chemise toute propre de son frère.

« J’sais pas. D’où tu la sors cette chemise ? Tous tes t-shirts étaient sales et tu savais pas comment faire une lessive alors t’es allé acheter ça chez Gaichiffon ? »

Comment aurait-elle pu deviner que cette chemise était les habits de baptême d’un homme nouveau, alors que celui-ci avait reprit les manières de l’ancien Al’, à la seconde même où il avait passé la porte d’entrée ?

Malheureusement, le temps des plaisanteries était passé, et on en était déjà au temps des explications.

« Vous savez que c’est pas mon genre de me mêler de la vie des autres. » Et pan, un mensonge éhonté, et sans rougir, s’il-vous-plaît. « Mais j’avais peur que vous vous fassiez la tronche, à cause de ce machin à Poudlard. Et comme je vous aime bien tous les deux, j’ai monté ce plan machiavélique et très, très, élaboré pour vous réunir. »  

Betty, pour sa part, n’était pas gênée du tout de voir son petit stratagème dévoilé au grand jour. Et mangeait son assiette de pâtes avec la tranquillité bienheureuse d’une mère la vertu. Certes, ce diner n’était pas exactement ce qu’elle avait promis, ni à l’un, ni à l’autre, mais il n’y avait pas mort d’homme pour autant. De son point de vue, vous pouviez vous permettre une ou deux entorses à la moralité si c’était pour la bonne cause. Cette petite soirée avait aussi pour but de laver un fond de culpabilité, après tout, si elle avait été capable de se taire, Juliet n’aurait jamais eu vent de l’embrouille. Et quoi de mieux pour libérer sa conscience que de réunir autour d’un verre deux personnes qui n’ont pas forcément envie de se voir ?

« Aldébaran Corvus Holmwood-Black, tu veux bien arrêter de faire ta tronche de troll et venir te mettre à table ? »

Par Salazard, quel sale carafon celui-là. Betty avait l’impression d’être revenue vingt ans en arrière, quand son père allait courir les vide-greniers à la recherche des reliques des Black et qu’il lui laissait la charge de l’éducation des garçons.

Betty leva un sourcil circonspect en direction de Juliet. Pourquoi est-ce que c’était elle qui demandait s’il lui en voulait encore ? Aux dernières nouvelles, c’était Jule qui avait été flouée par les jumeaux dans cette histoire. La sœur aînée était perdue, visiblement, elle avait raté un épisode. Et on venait après lui reprocher de faire des cachoteries. Prise au dépourvu, elle ne trouva pas de meilleure interjection que « C’est quoi ce bordel encore ? » pour manifester son incompréhension.

Son sang ne fit qu’un tour lorsque l’autre briseuse de sorts proposa de régler ça en duel. Et puis quoi encore ? Pour que ses vinyles de Célestina Moldubec et Jules César se trouvent pris dans les dommages collatéraux ? Certainement pas, on était dans une maison correcte ici.

« Mais bien sûr ! Battez-vous chez moi, vous gênez pas surtout ! J’vous préviens que si vous faites ça, j’vous taille les oreilles en pointes et le zgueg en biseau ! »

Des âmes moins charitables que Juliet et Al’ lui auraient déjà fait remarquer que, vu le désordre qui régnait ici, on se croyait déjà dans une zone de guerre, et que ce n’était pas un petit duel qui ferait la différence.

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MessageSujet: Re: Le Dindon de la Farce [terminé] Mer 12 Juil - 22:36

Pour quelqu'un qui n'avait pas l'habitude, se retrouver entre deux des frangins Holmwood-Black pouvait ressembler à une plongée dans le septième cercle de l'enfer. Ça gueulait, ça s'insultait, c'était le mode d'expression habituel chez cette espèce. Pendant quelques instants, on aurait même pu croire que Betty et Al allaient en venir aux mains, avant que ce dernier ne capitule, non sans grogner. Cela faisait un moment qu'il n'avait plus cogné sur sa sœur. Sans doute parce qu'il avait fini par gober ces conneries de « on ne tape jamais une fille, même pas avec une rose »... Comme si sa sœur était une fille. Alternative fact que cela. Quoi qu'il en soit, il n'osait plus, comme au bon vieux temps, lui balancer un gnon bien senti, et elle en profitait. Elle n'avait jamais renoncé à la pédagogie par la tarte dans le museau ; fin connaisseur du fonctionnement bételgeusien, Al avait compris que ce n'était plus qu'une question de secondes avant qu'elle en fasse tomber une, aussi avait-il préféré aller sagement s'installer dans le canapé. Pas la peine de se ramasser une mandale devant Juliet, elle allait finir par croire qu'il était la tête à beignes officielle du Chemin de Traverse.

Ce gros cochon de Jules César – il devait peser quinze kilos, ce dégueulasse – ronronnait si fort qu'il couvrait presque les grognements d'Al. Les filles s'étaient mises à tables et discutaient, une discussion à base de quolibets pour sa pauvre pomme. Merde, on n'a plus le droit de mettre une chemise sans déclencher toute une polémique ? Est-ce que moi, je publie une annonce dans la Gazette les rares fois où ma sœur se décide à porter une culotte ? Remarque, je pourrais, j'y laisserais pas des fortunes. D'ailleurs là j'parie que... Bref. Tu veux vraiment savoir où je l'ai trouvée, cette chemise ?

-T'as rien d'autre à commenter que ma chemise, dis, viande à mouches ? J'te demande, moi, si ton nouveau tapis est fait avec les poils du cul de toutes tes conquêtes du mois dernier ? Non, remarque, il serait plus épais.

Classe, en toutes circonstances, tel est le gentleman. Al ne dérogeait jamais à ce principe sacro-saint, surtout depuis que le Al nouveau avait pris ses jambes à son cou. Il vida le contenu de son verre de vin en une seule gorgée, et manqua de s'étouffer en entendant Betty déclarer que ce n'était pas son genre de se mêler de la vie des autres. Putain, c'te blague ! Je la replacerai ! Toussant comme un perdu après avoir crachouillé son vin sur le fameux tapis, Al, les larmes aux yeux, lutta quelques instants pour retrouver son souffle, à défaut de sa dignité. Elle était fortiche, la sœurette, pour balancer des conneries comme ça sans trembler des genoux. D'une voix bizarre, encore gênée par la gorgée avalée de travers, il répliqua :

-Fallait pas te sentir obligée, tu sais. Quand on aura besoin de toi, on te sifflera... Et arrête de me donner mon blase au grand complet, putain !

Il se leva néanmoins pour aller s'installer à table, essuyant encore quelques larmes égarées. Sa sœur lui avait réservé, par hasard sans doute, la place située pile en face de Juliet ; celle-ci demanda au jeune homme s'il lui en voulait encore, erreur lorsqu'on avait l'inspecteur Betty dans la pièce. Bien sûr, la garce renifla du pas net et demanda de quoi il s'agissait.

-Rien, rien, s'empressa de répondre son cadet. Rien qui te concerne, ajouta-t-il en adressant un clin d'oeil à Juliet.

Si jamais Betty apprenait que sa teigne de petit frère s'était fait éclater le pif par Juliet, elle allait avoir un orgasme en direct, et si ce n'était pas de l'inceste, ça y ressemblait tout de même beaucoup. Autant la laisser dans l'ignorance de ce chapitre de l'histoire, même si, bien entendu, elle allait les bassiner pour savoir. Juliet tiendrait-elle sa langue ? Elle lui devait bien ça, après tout. Al estimait qu'elle devait s'en vouloir de l'avoir cogné – ce n'était pas le genre de la Juliet qu'il avait connu – même si elle proposait de se battre en duel pour apurer les comptes. Betty poussa une gueulante immédiate, tandis que le principal concerné répondait :

-Nan, ça ira... je m'en voudrais de foutre encore plus de merdier dans cet appartement, déjà qu'on se croirait à Ottawa... enfin, à Kawasaki... enfin bref le bled en Indochine où les Russes ont largué une putain de bombe qui a tout cramé et même que ça a fait tomber le mur de Berlin dans la baie des cochons tellement qu'ils y étaient allés de bon cœur...

Al avait de vagues connaissances sur l'histoire moldue, mais réécrites à sa sauce. Ayant exposé son savoir historique, il se servit un nouveau verre de vin, en prit une gorgée – en surveillant Betty du coin de l’œil, des fois qu'elle en ressorte une plus grosse qu'elle – avant de s'attaquer à son plat de pâtes.

-T'as vraiment cuisiné ça, toute seule Betty ? Y a comme qui dirait un miracle, c'est mangeable et même c'est plutôt bon. Finalement, j'avais raison de me saper pour une occasion !

Sa mauvaise humeur s'estompait un peu. La preuve, il n'avait pas grogné depuis cinq bonnes minutes. Il avala une grosse bouchée de pâtes, et, rigolard, se décida à informer sa sœur des dernières mésaventures d'Orion :

-Oh, j't'ai pas dit... tu sais qu'Orion s'est fait larguer ? Sa pouf a dit qu'elle voulait faire un break, réfléchir à leur relation, toussa, et puis une fois bien réfléchi elle s'est maquée avec un mangemort. De toute façon, j'avais toujours dit que c'était de la connasse pur jus. Bref, il déprime, un truc terrible. Tu devrais l'inviter un de ces quatre, ça lui changerait les idées.

Sans lui tendre un piège, faillit-il ajouter, mais il jugea préférable de ne pas jeter d'huile sur le feu.
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MessageSujet: Re: Le Dindon de la Farce [terminé] Mer 19 Juil - 15:55

Ce dîner était en train de devenir du grand n’importe quoi. Après, c’était un peu toujours le cas quand elle fréquentait les Holmwood-Black. L’avantage, c’était qu’en bien ou en mal, on ne s’ennuyait jamais avec eux. A l’inverse, on se demandait aussi souvent dans quel merdier ils vous avaient fourré contre votre grés. A chacun sa croix comme disait les moldus. Quand ce n’était pas l’un qui échangeait d’identité avec son jumeau, c’était la soeur qui vous racontait ses grandes aventures sentimentales ou vous arrangeait des dîners impromptus avec le frère que avez tabassé la semaine précédente. Oui, on était donc toujours sûr de ne pas s’ennuyer. Il fallait d’ailleurs reconnaître que Juliet aurait passé une soirée bien morne si elle était simplement restée chez elle. Alors quelle importance dans le fond si ce dîner n’était qu’un traquenard ? Elle souriait et elle riait de bon coeur. C’était tellement rare qu’on pouvait considérer que c’était le principal. De bonne composition, elle pardonnait bien volonté la tromperie de son amie. Ce n’était pas pour autant qu’elle ne lui chercherait pas un peu des noises. Par principe, déjà. Ensuite, parce qu’il n’est jamais autant aisé de se faire pardonner par quelqu’un que quand on s’associe contre un but commun. Or, Al semblait prêt à reprocher à sa soeur le petit plan machiavélique qu’elle avait monté. Par solidarité gryffondoresque, Jule avait bien l’intention de le soutenir.

En attendant, les vannes fusaient de part et d’autre de la pièce entre le frère et la soeur. On aurait dit un match de tennis où Jule faisait office de filet. Elle les écoutait plus qu’elle ne participait, glissant un mot ou l’autre dans la conversation. Sa mission principale, et Merlin savait qu’elle n’était pas simple, consistait surtout à ne pas s’étouffer de rire en les écoutant. Elle tentait de rester discrète, mais ce n’était pas simple.

- Sur, parce que, toi, tu ne râles jamais, c’est connu, répondit Jule en se moquant.

Chez Betty, râler, c’était un signe de bonne santé. Un peu comme les chiens dont on vérifiait si la truffe était bien humide. Quoique dans le cadre du boulot, son amie soit très professionnelle, elle n’hésitait jamais à pousser une petite gueulante une fois les heures de boulot derrière elles. Dans la famille, il semblait qu’on avait le choix entre râler ou vaner. Pour le moment, les rôles étaient définis et c’était à Betty que revenait l’honneur de vaner Al. La chemise de l’apothicaire semblait être le sujet parfait. Probable rescapée d’une époque où l’homme pensait encore qu’une chemise aidait à emballer, elle ne lui allait pas mal et Jule le fit remarquer innocemment.

- Non, mais honnêtement, tu sais,
dit-elle en se tournant vers Betty, c’est pas sympa de le vanner comme ça, il ne la mettra plus jamais. Elle regarda Al et ajouta : Tu es plutôt attirant comme ça, ça te va bien. Mieux que les t-shirts.

Chez Juliet, les compliments prennaient la forme de petite bombe qui ne portaient pas à conséquences. Franche de nature, si elle trouvait quelqu’un ou quelque chose de beau, elle le disait sans détour ce qui donnait parfois lieu à des situations cocaces. Le compliment fait, sans plus y penser, elle prit son verre de vin qu’elle finit et remplit de nouveau pour faire face à la mauvaise fois de Betty.

- Tu sais ce qui m’impressionne chez toi ? Ta capacité à débiter des mensonges plus gros que toi sans même rougir. Vraiment, il y avait un cours spécial à Serpentard ?

La vieille blague sur les maisons marchait toujours. Que voulez-vous, on ne se refait pas, on est Gryffondor ou on ne l’est pas.

- Puis tu me connais, je ne fais jamais la gueule à personne moi. J’ai un caractère facile par rapport à vous deux.

Ce n’était rien de le dire. Ils ne pouvaient pas passer plus de cinq secondes sans se lancer des vertes et des pas mûres. Jule ne put retenir un ricanement lorsqu’elle entendit le nom complet d’Al. Elle ne l’avait plus entendu depuis des années et ça lui faisait toujours le même effet.

- Aldébaran Corvus. Sincèrement, qu’est-ce que vous leur avez fait à vos parents pour hériter de prénoms pareil ?

Il fallait avouer que le vieux délire des sang purs de donner des noms d’étoiles ou de fleurs à leurs enfants la dépassait un peu. Il fallait se mettre à leur place un peu, c’était dur à porter dans la cour de récrée des prénoms pareil. Le dénommé Aldébaran se décida enfin à arrêter de tirer la gueule pour venir s’asseoir en face d’elle et ils purent enfin manger un peu. Ca sentait bon, c’était bon, que demandait le peuple ? Apparemment, le peuple, en l'occurrence Betty désirait savoir ce qui s’était exactement passé entre Jule et son frère. Le dit frère lui ne semblait pas pressé de lui raconter. Juliet prit une décision rapide, celle de mentir. Ce n’était pas son genre, mais vu la situation, c’était le bon moyen de se réconcilier avec Al. Elle ne mentait jamais, les gens ne s’attendaient donc pas à ce qu’elle leur raconte des conneries. Il n’y avait que Sonny pour douter d’elle, mais c’était un ancien flic après tout.

- Oh, ça ne sert à rien de mentir, Al, dit-elle en avalant une bouchée de pâtes et provoquant une panique passagère chez le Gryffondor. Tu sais bien qu’elle va nous tanner jusqu’à ce qu’elle ait le fin mot de l’histoire ou tu ne connais pas ta soeur. Se tournant vers Betty, elle expliqua : Je te passe les détails, mais il est possible que quand je suis allée le trouver à propos du râteau qu’il m’avait mis à la place d’Orion, je me sois un peu emballée. Juste un peu, vraiment. A un moment dans la conversation, je ne sais plus comment c’est venu, j’ai très mesquinement balancé que de toute façon, il n’avait de quoi faire son malin parce qu’il courait après une connasse qui se servait de lui depuis des années et qu’il n’en aurait jamais rien. Il n'a pas beaucoup apprécié.

Bon, d’accord, c’était bas, MAIS c’était toujours mieux que la vérité, non ? Et en plus c’était crédible. Elle prit un morceau de pain et un peu embarrassée parce qu’elle insultait tout de même une amie, ajouta :

-C’était pas top de ma part, j’admets. En plus j’aime beaucoup Ashley.

Ce qui n’était probablement pas le cas de Betty, mais elle connaissait mal la relation que les deux femmes entretennaient. Évidemment, la mention du duel ne fut pas bien prise par la maîtresse de maison. Les menaces ne tardèrent pas à fuser et Jule continua à manger sans s’en préoccuper, ce n’était pas comme si elle avait réellement prévu de se battre à l’intérieur. Par contre, les connaissances d’Al en histoire moldue la firent blanchir plus d’une fois.

- Calme toi, Betty. J’ai connu des dragons qui s’emballaient moins vite parce qu’on essayait de leur piquer leurs oeufs. J’ai pas dit qu’on allait se battre ici. Je rappelle que j’ai faim, la nourriture passe avant n’importe quel duel.


Se tournant vers Al, elle tenta de corriger un peu le flot d’idioties qu’il leur servait.

- Hiroshima et Nagasaki, ce sont les deux villes sur lesquelles les américains ont lâchés les bombes atomiques. C’est au Japon pas en Indochine et le mur de Berlin est tombé il y a 11 ans seulement pas en 45 et …

Non, en fait non, ce n’était pas la peine. Les sorciers ne s'intéressaient pas à l’histoire moldue. Une grosse erreur du point de vue de Juliet. Quand bien même ils vivaient en marge du monde moldu, ils ne pouvaient pas continuer de faire comme s’il n’existait pas et comme si son histoire ne les touchait pas.

Le reste du dîner se poursuivit tandis que Jule écoutait Al raconter les déboires amoureux de son jumeau. Comme quoi, il n’y avait pas qu’elle qui avait un problème avec les mangemorts ...


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MessageSujet: Re: Le Dindon de la Farce [terminé] Jeu 20 Juil - 16:21

« Qui râle ? Moi j’râle ? Arrêtez, je suis délicate comme la rosée du matin. »

Betty était une jeune femme pleine de qualités, et absolument pas de mauvaise foi. Ou alors un petit peu, sur les bords et franchement au milieu. Mais que voulez-vous, râler c’était sa façon à elle d’évacuer son trop plein d’énergie, sous peine d’exploser comme une cocotte-minute. D’ailleurs, puisqu’on en était au chapitre de la délicatesse, Betty ne put s’empêcher de lever un sourcil circonspect, en s’entendant qualifiée de « viande à mouche » par son propre frère.

« Mais bordel à cul, d’où tu parles mal comme ça ? »

La paille, la poutre, l’œil du voisin, tout ça, tout ça. La conversation prenait un tour de plus en plus élégant. Pas de doutes, l’affection fraternelle chez les Holmwood-Black c’était quelque chose, et ça avait de quoi surprendre quand on n’avait pas l’habitude. En tout cas Juliette n’avait pas l’air de s’en émouvoir plus que ça.

Ce fut au tour de Betty de s’étouffer avec son verre de vin en entendant Jules affirmer que Al’ était plutôt séduisant dans sa chemise. Elle n’y allait pas de main morte quand elle faisait des compliments. Il existait quand même toute une gradation dans les compliments vestimentaires, qui aillait de « ça change » à « très séduisant » et elle grimpait directement en haut de l’échelle. Betty ravala tant bien que mal son fou rire naissant et se contenta de maugréer un « si tu le dis », elle n’avait pas tellement envie de spéculer sur le capital séduction de son frère.

« Oui mais si je ne m’occupais que de mes affaires, ma vie serait ennuyeuse à mourir. Rendez-vous compte, je suis une trentenaire avec un chat. »

Si elle suivait cette maxime à la lettre, l’évènement le plus fascinant à raconter aurait été que le week-end dernier elle pensait qu’il lui restait une boîte de bouffe pour chat dans le placard alors que finalement, non. Et si c’était pas les histoires de son chat, c’était des histoires de goules au boulot. Ou bien, pire encore, les navrantes histoires de ses conquêtes, qui se résumaient toutes de la même manière : j’étais saoule et je l’ai jamais revue. C’était plutôt déprimant, alors pour s’occuper elle aimait autant aller fourrer son nez dans les affaires des autres, c’était plus distrayant.

Pour un plan qui avait l’envergure criminelle d’une combine montée par un enfant de dix ans, ça marchait pas si mal son affaire. La preuve, Juliette et Al’ en avait oublié d’être furieux l’un après l’autre, puisqu’ils étaient occupés à se liguer contre elle. Tant mieux, c’était tout ce qu’elle espérait de ce diner. Enfin ça, et qu’ils évitent de mettre à sac son appartement.

Betty fit une moue sans conviction lorsque Juliette mis sur le tapis le sujet épineux des prénoms des enfants Holmwood. Enfin Holmwood-BLACK même, c’était bien là le cœur du problème.

« Les blases étoilés à la mords-moi-la-baguette c’est la tradition, comme papa est persuadé qu’il descend de la très noble et très ancienne famille des Black. »

Et sur ce plan-là, Bételgeuse et Aldébaran ne s’en sortaient pas si mal. Ils détestaient leur prénom autant l’un que l’autre, mais au moins ils pouvaient les raccourcir pour s’offrir un semblant de normalité. Ce qui n’était pas le cas d’Orion, sauf à se faire appeler Riri, ce qu’il détestait.

Elle faisait tourner son vin dans son verre en écoutant les révélations sur le différent qu’il y avait entre les deux. C’était fascinant, proprement fascinant. A tel point que Betty ne put s’empêcher de bailler bruyamment. Sans même prendre la peine de mettre la main devant sa bouche, tant elle était blasée. Elle s’attendait à une petite révélation du genre crousti fondante, et à la place elle devait écouter une explication, d’une banalité affligeante.

« Vous vous payez ma fiole là ? C’était pour ça, ce drame international, parce que Jule a dit qu’Ashley n’était qu’une grosse morue ? C’est du domaine public comme info pourtant. »

Le moins qu’on pouvait dire, c’est que Betty manquait de tendresse dans ses propos sur l’ancienne fiancée de Al’. Elle ne précisait jamais pourquoi, mais elle n’avait toujours pas digéré la façon, peu élégante, dont elle avait quitté son frère. Et si Betty, elle-même, trouvait que ça manquait d’élégance, c’était vous dire le niveau de grognasserie de la demoiselle. La briseuse de sort était aux cent coups à chaque fois qu’elle la croisait aux réunions du MpM. Et, non contente de dire tout haut tout le bien qu’elle pensait d’Ashley, le dernier fait d’arme de Betty était d’avoir transformé le « Chiara » en « Conasse » sur toutes les listes officielles.

Betty était du genre teigneuse, et ne lâchait pas facilement ses ennemis une fois qu’ils étaient dans sa ligne de mire, et pouvait même se montrer extrêmement vicieuse dans ses agissements. Mais en contrepartie, elle était loyale et extrêmement fidèle envers ses amis et alliés.

Elle renifla pensivement le contenu de son verre, tandis que Al’ étalait sa science et ses connaissances de l’histoire moldue. Y’avait de la potion de babillage dans ce pinard ou quoi ? Si Jules s’y mettait aussi, elle ne voulait pas rester derrière. Elle aussi elle savait des trucs sur les moldus.

« Des bombes atomiques, parfaitement. Et même que si on expose les humains aux radiations, ils se transforment en goules. »

Les goules occupaient réellement une place de choix dans la vie de Betty. Pas étonnant qu’elle soit encore célibataire à trente piges passées. Et à en croire la dernière nouvelle rapportée de la maison par Al’, la famille comptait un célibataire de plus.

« Mes couilles en peau de sirène ! Tu parles d’une histoire. C’est un Mangemort qu’on connaît ? Et il faisait quoi l’héritier ce soir, il s’était enfermé dans la buanderie pour chialer à son aise ? Pourquoi tu l’as pas ramené ici, le pauvre biquet. »

Mais bon, ce n’était peut-être pas de très bon goût de mêler Juliet aux déboires sentimentaux d’Orion. Elle embraya rapidement sur un sujet plus amusant.


« Et puisqu’on parle de Mangemort, Adrian Rosier c’est bien ton pote ? Tu sais quelque chose sur la maîtresse de son grand-père ? »


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MessageSujet: Re: Le Dindon de la Farce [terminé] Mer 2 Aoû - 23:27

Pas de tout repos, les Holmwood-Black. Lorsqu'ils se trouvaient réunis, les rejetons de Vega avaient de quoi donner des migraines à un régiment de Détraqueurs. Parfois, Al se demandait même si le Choixpeau Magique ne l'avait pas expédié à Gryffondor juste pour assurer une salutaire séparation de la fratrie... quoi que pour être logique, il aurait dû mettre Orion dans une troisième maison. En tout cas, il était certain que les professeurs avaient dû se féliciter que les trois Holmwood-Black ne pointent pas dans la même maison – surtout le directeur de Serpentard, en en fait. Le pauvre homme aurait eu à gérer trois graines de délinquants, mal embouchés comme on n'a pas idée... et dire que Vega avait essayé de leur donner une éducation raffinée, conforme à leur supposée appartenance au gratin du monde magique ! Il s'était donné bien du mal pour rien. On aurait pu croire que ses trois enfants faisaient un concours quotidien de jurons, de grossièretés, d'expressions non homologuées et de mauvaise humeur. Une vraie nichée de Scroutts à pétard, en somme. Ça ne savait que se rentrer dedans, et pas seulement verbalement, au grand désespoir du paternel. Certains jours, les maléfices volaient bas entre frères et sœur. Et le pire, c'est qu'ils s'aimaient, ces trois cons. Si encore ils s'étaient détestés, on aurait compris qu'ils s'insultent et se collent des peignées à tout va... mais même pas. C'était sans doute cela le plus déconcertant, avec eux. Leurs amis proches finissaient par avoir l'habitude, mais pour des étrangers, cela pouvait être déconcertant. Mais au moins, on ne s'ennuyait pas, avec eux. Pas de politesses, pas de comment donc, mais après vous chère amie, que du brut de décoffrage.

Al, affamé comme à son habitude, vida son assiette en un temps record (là encore, le raffinement prôné par Vega était passé à la trappe) et se servit un verre de vin pour faire passer tout ça. Et c'est précisément le moment que choisit Juliet pour lui faire compliment au sujet de sa tenue. Il en avala sa gorgée de vin de travers, se mit à tousser, et dut attendre d'être remis pour répondre :

-Merci, Juliet. Heureusement qu'il y a une femme de goût dans cette pièce, tiens.

Encore que parti comme c'était, il ne la remettrait plus, cette chemise. Le Al nouveau devait être loin, à l'heure qu'il était, et la chemise, une fois la soirée terminée, retrouverait son statut de « chemise pour les enterrements ». Au diable l'élégance, et vivent les t-shirts, quoi qu'en dise Juliet... Al prit, prudemment, une nouvelle gorgée de vin, en songeant que ladite Juliet faisait tout son possible pour se faire pardonner, ce soir. Il avait manqué s'étouffer encore lorsqu'elle avait annoncé qu'elle allait raconter à Betty toute l'histoire au sujet de leur brouille, mais elle n'avait soufflé mot du pain qu'elle avait collé à son ancien condisciple. Bon, Al appréciait moyennement le fait qu'Ashley débarque sur le tapis de la sorte, mais...
-Mais elle a raison, c'est ça qui t'emmerde le plus.
-Quoi elle a raison ?
-Ben quand elle dit que c'est une connasse et qu'elle se sert de toi.
-Mais pas du tout !
-Mais si, regarde un peu les choses en face. T'es pitoyable, mec. Et le pire, c'est que tu le sais, tout ça. Personne comprend pourquoi tu t'accroches, même pas toi.
-Mais... enfin... pas du tout...
-Super convaincant. Va pas sortir une argumentation pareille à ta sœur, ou elle se foutra encore de toi après votre mort.
-Soupir.
-Et elle aura raison.
-Profond soupir.

Par chance, ces dames ne s'étaient pas appesanties sur le sujet Ashley Prewett. Betty pouvait faire preuve d'un lyrisme échevelé lorsqu'il était question de l'ancienne conquête de son frère, et Al n'aimait pas trop être témoin de ces débordements. Il se servit un nouveau verre de vin en écoutant distraitement sa sœur dégoiser au sujet des bombes qui changeraient les humains en goules (mais n'importe quoi ! N'importe quel couillon te dira que ça les change en pierres, crétine !), et adressa, au hasard, un sourire à Juliet. Elle devait bien le savoir, elle, que Betty racontait n'importe quoi. Son petit numéro de première de la classe terminé, la frangine se décida à endosser son rôle d'aînée attentive, et demanda des précisions au sujet des déboires d'Orion. Al posa son verre pour répondre, la mine grave :

-J'ai même pas essayé de lui proposer, il dit non à tout depuis quelques jours. Il a envie de voir personne, il dit. Il reste dans sa chambre, me demande pas ce qu'il y fout, il s'enferme, il saute même des repas, c'est dire.

Pour des estomacs sur pattes comme les jumeaux, sauter un repas était un signe de mort imminente. Al laissa un instant de silence pour s'assurer que Betty prenne la pleine mesure de la gravité de la situation, puis reprit :

-Je sais pas qui c'est, le Mangemort en question. Je sais juste que c'est pas Adrian Rosier, mais ça laisse quand même du monde. Bon, en même temps ça m'aurait emmerdé que ce soit lui...

Le nom d'Adrian devait avoir rappelé quelque chose à Betty, car, surmontant sa répugnance pour le Mangemort, elle embraya sur une question au sujet du grand-père de celui-ci, le sympathique Directeur de la Justice Magique. Al hésita un instant à dire ce qu'il savait, essaya de gagner du temps en demandant « et le dessert, il arrive ? » mais les deux jeunes femmes semblaient savoir qu'il avait des révélations à faire. Adrian lui avait fait quelques confidences, alors qu'il se trouvait au fond du seau. Était-il correct de répéter ce qu'un ami lui avait dit ? Après tout, Adrian n'avait pas demandé que cela reste secret, aussi Al put-il satisfaire la curiosité de Betty et Juliet :

-Bon, je sais pas si c'est la même, mais je sais qu'il se farcissait sa secrétaire. Vingt-cinq ans environ, l'âge d'être sa petite-fille... Nathalie, ou Nancy, ou Naomi, enfin un truc du genre. Enfin, une nana pas dégoûtée, pour se laisser baiser par un vieux dégueulasse comme ça.

Il regarda les filles avec l'impression d'être le Père Noël, passé quelques mois en avance. Alors, ça vaut le coup d'avoir un pote Mangemort ou pas ?


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MessageSujet: Re: Le Dindon de la Farce [terminé] Jeu 3 Aoû - 14:18

- Je suis trentenaire, célibataire, sans chat et je ne m’ennuie pas pour autant, protesta Juliet à la remarque de son amie.

Bon. D’accord. Sa définition de l’amusement n’était sans doute pas la même que celle de Betty. Un point pour elle. On allait pas parler du chat, Jules César étant sacré, mais quand même, elle ne voyait pas sa vie comme morne. Nul doute que ce n’était pas le cas de ses amis sans quoi ils n’auraient pas fait autant d’effort pour essayer de la sortir de sa routine. Elle ne rechignait pas en sortir pourtant, quoiqu’on en dise. Elle était juste dubitative quand on essayait constamment de la caser avec quelqu’un. C’était un peu comme si son accomplissement en tant que femme devait obligatoirement passer par le couple et puis l’enfant. Personne n’aurait oser lui dire en face, mais elle avait déjà trente ans et le temps qu’elle retrouve quelqu’un, elle allait peut-être raté l’appel de son horloge biologique et donc l’opportunité de se retrouver en cloque. Charmant !

Le repas était bon, mais Jule n’était pas une grande mangeuse et les pâtes bourratives. Elle mangea la moitié de son assiette et tenta de faire descendre tout ça à grand renfort de vin. Heureusement pour elle, lorsqu’elle buvait en mangeant, elle tenait bien mieux l’alcool que d’habitude. Aucun risque qu’elle vomisse sur les chaussures de quelqu’un ce soir donc. Par contre, ça la rendait moins réservée que d’habitude, en témoignait les piques et les compliments qu’elle n’hésitait pas à faire. Et même s’ils semblaient être plutôt bien pris, il fallait admettre que les Holmwood-Black avaient l’air d’avoir un problème avec les chemises.

- Je sais, je sais, c’est ce que tous les hommes me disent quand je les approuve d’une façon où d’une autre.


Elle but une gorgée de vin - encore une - tandis qu’elle repoussait son plat en se tournant vers Betty.

- Désolé, c’est super bon, mais tu m’as mis une portion d’Ogre, tu veux finir ?

Juliet laissa Betty discourir sur Ashley. Elle la savait intarissable sur le sujet et même si l’histoire n’était pas passionnante, elle avait mordu à l’appât et ne pensait plus qu’autre chose avait bien pu provoquer une dispute entre son amie et son frère. C’était connu, Al était une vraie tête de mule quand on en venait à son amour d’adolescence. Même Juliet en avait entendu parler et Merlin savait que même quand ils étaient encore dans la même maison, ils n’avaient pas fréquenter les mêmes cercles. Il fallait dire que sa rivalité avec Theodophile Prewett pour les attentions de la Poufsouffle avait beaucoup fait jaser lorsqu’ils étaient encore à Poudlard. Les remarques de Betty sur la bombe atomique tirèrent un sourire à son cadet que Jule lui rendit sans même chercher à corriger sa collègue, elle renonçait, les sorciers et l’histoire moldue ferait toujours deux. Par contre, prise d’une inspiration soudaine, l’alcool aidant, elle se tourna vers Al.

- Au fait, tu es libre mercredi prochain ? Si oui, vient avec moi à l’exposition de Cordula Mignoboleta.

Mignoboleta était une artiste sorcière qui faisait fureur depuis ces cinq dernières années, sa peinture classique reprenant le style de son ancêtre au 16ème siècle faisait fureur dans les hautes sphères coincée de la société londonienne. Le respect du passé grâce à la modernité se ventait la charmante Cordula. Autant dire que Juliet avait haussé un sourcil en voyant les flyers au bureau. Et d’ailleurs, qu’est-ce qu’elle avait avoir avec tout ça ? Épouse d’un cadre de Gringott, Cordula avait gracieusement invité les employés de son mari à voir l’exposition. Ca ferait du monde et ça faisait bon genre de ne pas se montrer uniquement élitiste. Quant aux employés, on les avait vivement encouragé à se rendre à l’exposition tout en leur faisant miroiter l’open bar qui les récompenserait de leur dévouement. Betty, cette traite, était en mission à ce moment là et Juliet n’avait pu échapper à l’invitation de Martin qu’en prétextant qu’elle y allait déjà accompagnée. Elle s’expliqua à sa collègue :

- Martin a essayé de m’inviter et j’ai dis que j’y allais déjà avec quelqu’un. Se tournant vers Al, elle sortit le seul argument capable de le convaincre. L’exposition est probablement chiante, mais c’est un open-bar et je te dois un verre où je ne finis pas par insulter ton ex-copine.

La discussion parti sur les potins du jour, c’est à dire le célibat d’Orion et l’absence de célibat de Chapman Rosier. Jule ne commenta pas le premier point, après tout, ce n’était pas ses affaires et elle ne se serait pas permise. Pour le second par contre, elle échangea un regard complice avec Betty avant d’éclater de rire. Cette histoire était donc vraie de bout en bout. Elle reposa son verre de vin à table, pas certaine de ne pas le renverser si elle le gardait en main.

- J’ai l’image de Chapman nu imprimé sur ma rétine et je ne sais pas si ça me donne envie de rire ou de vomir.

Elle préférait encore la première option. Vomir quand on est invité chez quelqu’un n’est pas conseillé. Elle réfléchit posément quelques minutes, les noms évoqués par Al ne lui disait rien.

- En tout cas, le prénom ne me rappelle rien. Je ne pense pas qu’elle y était déjà quand je travaillais encore au Ministère. Ton ami … Elle hésitait à dire le nom d’Adrian à haute voix … t’a dis pourquoi elle sortait avec ? On est bien d’accord que ce n’est pas pour son physique et sa personnalité engageante.
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MessageSujet: Re: Le Dindon de la Farce [terminé] Jeu 3 Aoû - 21:18

Betty termina son assiette, et pour faire descendre cette quantité de gluten et de calcium coagulé, se versa un autre verre de vin. Elle déclina d’un geste de la main l’offre de Juliette de l’aider à terminer. Le secret de Betty pour rester garder la ligne, rester bien hydratée. Comme elle aimait à le répéter : mangez rapide, mangez liquide, mangez pas cher, mangez de la bière. Ou du vin des elfes d’ailleurs, ça faisait très bien l’affaire. Il était pas dégueu ce jaja, ça valait le coup d’être aller jusqu’en Serbie le chercher.

Elle ne pu s’empêcher de pouffer en entendant l’invitation faite par Juliet. Un vernissage, nom d’une goule putride.

« C’est quoi l’intérêt d’aller voir des croûtes ? Sauf si y’a des zigues à poil dessus, bien sûr. »

Comme qui dirait, dans culture, y’a -ture. L’art n’était pas exactement la tasse de thé de la briseuse de sort, et elle était bien contente que l’invitation soit pour son frère plutôt que pour elle. Aller se raser à zieuter des toiles et à devoir faire semblant de s’extasier devant, très peu pour elle. Si encore y’avait un peu de nudité, et encore. Elle était allée à une exposition de statues grecques une fois, les modèles étaient à poil, mais vu la taille de leur machin, elle était repartie déçue. Depuis, elle traitait les expositions artistiques avec méfiance. Au moins, personne n’avait jamais pu reprocher à Betty de se la raconter en étalant sa culture. Sa définition d’une escapade culturelle était une virée au cynodrome. Mais quoi ? Les courses de lévriers sont une belle culture, et pas galvaudée, j’ose le dire.

Elle leva son verre comme pour trinquer lorsque sa collègue évoqua la promesse de l’open bar.

« Ouf, j’ai eu peur que tu veuilles aller là-bas pour l’amour de l’art uniquement. »

N’empêche, on disait toujours qu’elle manquait de délicatesse, mais là, elle ne trouvait pas que Juliet en avait vraiment plus d’elle. Elle venait très clairement de signifier au frangin qu’elle lui proposait de venir juste pour éviter d’y aller avec un autre mec. Bon d’accord, c’était Martin-haleine-de-chien, mais quand même. Si Betty avait été moins charitable, elle se serait ouvertement gaussée à la pensée d’imaginer Al’ coincée à cette soirée de ringard, à jouer les bouche-trous. Mais comme chez elle la grandeur d’âme l’emportait sur la mesquinerie, elle se contenta de garder son rire sardonique à l’intérieur. Elle prenait néanmoins bonne note, la prochaine fois que Juliet lui ferait remarquer qu’elle avait l’élégance d’un troll dans une boutique de porcelaine, elle lui ressortirait cette petite invitation toute en délicatesse. On aurait pu croire que c’était elle qui avait une mauvaise influence sur sa collègue.

Ce petit dîner suivait tranquillement son cours, les deux semblaient plus ou moins rabibochés, personne n’avait jeté de sorts à la tête de personne et son appartement n’avait pas été transformé en un champ de bataille. Et mieux encore, elle n’avait eu à tailler aucune oreille en pointe ni aucun zgueg en biseau. Méfait accompli, comme qui dirait. Qu’on vienne encore lui dire qu’il n’arrive jamais rien de bon quand on se mêle des histoires des autres.

Betty fit une moue dépitée en entendant les dernières nouvelles de la maison familiale. Décidément, c’était pas une sinécure d’être l’aînée, vous en tiriez un de la panade et fallait tout de suite courir au chevet de l’autre.

« Surveille le quand même, qu’on le retrouve pas tout desséché et moisi dans un mois. » commenta-t-elle d’un air détaché.

Et une garce de plus à ajouter à sa liste des briseuses de cœur. Pour se faire la malle avec un Mangemort, y’avait vraiment des belles chiennes sans dignité dans ce bas monde. Betty irait certainement voir l’autre jumeau demain. Elle aimait plus ses frères qu’elle ne voulait bien l’admettre, et se faisait facilement du souci pour eux. Présentement, ce n’était pas tant la rupture en soi qui l’inquiétait, mais plutôt le fait que l’autre morue ce soit barrée avec un Mangemort. Pour l’instant Orion se contentait de rester dans le noir à chialer, mais qui sait ce qui se pourrait lui passer par la tête, une fois sa phase ouin-ouin terminée. Cette tête de goret était bien capable de sortir de la baraque, baguette au poing, pour aller se farcir le Mangemort qui lui avait tiré sa meuf. Ou même n’importe quel Mangemort qu’il trouverait sur sa route. C’étaient deux petits cons, mais c’étaient ses petits frères quand même, et elle n’avait aucune envie de les récupérer dans une jolie boîte en bois verni.    

Mais bon, assez rasé Jule avec les peines de cœurs de la famille Holmwood-Black. Il était temps de passer au dessert, si tout le monde avait fini. D’un coup de baguette, elle envoya la vaisselle se faire d’elle-même. Et invita Juliet et Al’ à la suivre au salon.

« Et pour le dessert on a, un fermenté de raisin, servit dans son verre à pied. »

Elle déboucha une deuxième bouteille et servi un verre à chacun. La cuisine, on s’en faisait tout un monde, mais c’était simple comme de dire quidditch.

Betty ouvrit la fenêtre et alluma une cigarette, en écoutant avec ravissement le petit potin de Al’. S’il tenait l’information d’Adrian Rosier lui-même, c’était certainement vrai. Par les roupettes de Serpentard, cette vieille gargouille s’envoyait sa secrétaire. C’était la meilleure de l’année. Fallait réussir à pas gerber en y pensant, mais c’était un bon potin.

Et Betty s’y connaissait en matière de potin. Du temps où elle était encore à Poudlard, on la surnommait « La gazette du collège. » Elle était au courant de toutes les rumeurs, et les répandaient avec délice. Elle en inventait même une ou deux, à l’occasion, mais seulement pour divertir le public. C’était bien simple, si un élève avait besoin de faire savoir quelque chose sur quelqu’un d’autre, il passait par elle. Un service d’utilité publique somme toute.

Elle haussa les épaules, elle ne voyait pas l’intérêt d’épiloguer sur le pourquoi, du comment, une gamine de vingt-cinq ans se retrouvait dans le plumard de Chapman Rosier. L’ambition, quoi d’autre ? Ça devait être une sacrée arriviste cette gonzesse-là.

« Rien de tel pour faire avancer une carrière qu’une bonne petite levrette dans un bureau du Ministère. »

Tout le plaisir de vous offrir des terreurs nocturnes est pour moi.

Betty s’étira paresseusement, Jules César ronronnant sur ses genoux. C’était une bonne soirée finalement.

« Bon les petits loups, je sors un paquet de carte ? Ou on termine là pour ce soir ? »

On pouvait aussi sortir et salement se murger la gueule, c’était pas elle qui dirait non.

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MessageSujet: Re: Le Dindon de la Farce [terminé] Mar 8 Aoû - 23:27

Finalement, ce n'était pas une si mauvaise soirée que ça. La bouffe était bonne, il y avait à boire, et on se marrait : que demander de plus (hormis du sexe, mais avec sa propre sœur dans la même pièce, Al n'y songeait même pas) ? Et pourtant, au départ, l'enfant se présentait rudement mal, avec le plan machiavélique de Betty-les-bons-tuyaux pour obliger Al et Juliet à se réconcilier. De quoi je me mêle, vraiment ? La soirée avait beau être agréable, le benjamin des Holmwood-Black n'en était pas moins résolu à se venger, ne serait-ce que pour le principe. Cette femme avait grand besoin d'apprendre à s'occuper de ses miches, même si à son âge, il fallait bien être conscient que toute thérapie en ce sens risquait fort d'échouer. Elle avait toujours eu le chic pour se mêler de tout, surtout de ce qui ne la concernait pas, au point qu'Al avait été bien content, à l'âge des hormones en folie, de ne pas avoir cette terreur dans sa propre maison. Vous vous imaginez, vous, essayer de pécho avec votre frangine dans les pattes en mode fée Clochette qui arrange des coups dont vous vous passeriez bien ? Orion avait sans doute eu droit à sa sollicitude, ce qui expliquait sans doute qu'il ait eu moins de conquêtes que son frère, du moins jusqu'au départ de Betty de l'école. Je remercierai jamais assez le Choixpeau, en fait.

Juliet se montrait très entreprenante, décidément. Après ses compliments appuyés et parfaitement assumés qui avaient fait rire Betty à gorge déployée, elle récidivait en invitant Al à une exposition de peinture. Nouvelle hilarité de la frangine, qui dans le mot culture n'avait jamais retenu et pratiqué que la première syllabe. Al, lui, était curieux de tout, par principe. Même une expo pourrie avec des tableaux à la con pouvait être poilante à visiter. Car oui, n'exagérons pas, son but premier dans la vie était bien de se marrer, pas de s'ennoblir l'âme en contemplant de la gouache séchée.

-Pour les zigues à poil, y a quand même plus cool que la peinture, tu sais, lança-t-il à sa rustaude de sœur. Y a des magazines très bien pour ce genre de chose.

Même que si tu veux des livres de dames nues, y en a sous mon lit, j'te les prêterai – mais prends quand même des gants, on sait jamais. Sur un ton plus doux, il poursuivit à l'intention de Juliet :

-Mercredi, tu dis ? OK, c'est vendu, je viens. Si en plus c'est open bar, ce serait dommage de pas y aller. On se retrouve devant la boutique ? J'bosse jusqu'à sept heures.

Betty les invita à passer au salon, et servit ce qu'elle avait le front de qualifier de dessert, donnant à son petit frère chéri une nouvelle occasion de rouscailler :

-Cette arnaque, bordel ! T'aurais quand même pu nous prévoir un p'tit quelque chose pour le dessert... ça va qu'on aime bien le pinard, mais c'est pas des manières, merde !

Al était un bec sucré autant que salé, et terminer un repas sans une petite douceur était un véritable sacrilège. Tant pis, j'boufferai une plaque de chocolat en rentrant. Pour l'heure, on allait achever cette bouteille de vin, tout en commentant la relation entre Chapman Rosier et sa secrétaire :

-Bah, elle doit y trouver son compte... soit elle a un putain de plan de carrière et ça implique de se prendre un bon coup de vieux tous les matins, soit il la fait jouir comme un dieu. Perso, j'ai ma petite idée, conclut-il en riant.

Il informula un sortilège pour faire arriver jusqu'à lui le paquet de cigarettes de Betty, et s'alluma une sèche. Elle allait encore gueuler (les cigarettes étaient un éternel sujet de disputes entre les frangins Holmwood-Black) mais il avait oublié son propre paquet chez lui, dans son blouson. Rejoignant sa sœur à la fenêtre, il fit :

-Va pas falloir que je traîne trop, moi... j'ai une potion sur le feu, et puis je dois aller surveiller qu'Orion s'est pas pendu avec l'élastique de son slip. Ce fut une soirée... euh... atypique, mais les meilleures choses ont une fin, alors j'vous parle même pas des moins bonnes.
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