POUDNOIR
Cher (e) Sorcier (e),
Tu viens de débarquer dans un monde de la Magie subissant la dictature cruelle et sanglante de Lord Voldemort !
Un Monde où tout n'est que pouvoir, les faibles ne survivent pas ou suivent péniblement les forts.

Poudnoir est un forum qui se veut le plus réaliste possible ainsi la violence des combats et l'atmosphère de cette dictature est retransmise le mieux possible.
Auras tu le courage de nous rejoindre ?
Forum RPG Harry Potter Post-Bataille de Poudlard

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Merlinisme électrique | Terminé

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    Charles L. Harper


MessageSujet: Merlinisme électrique | Terminé Ven 30 Juin - 15:07


De son bureau au siège du MpM, Charles Harper pouvait observer le Chemin de Traverse en fête. Fumant une cigarette en silence, il observait de jeunes recrues de FP distribuer des tracts, pas si loin du siège. Ils ne manquaient pas d'audace. La plupart des passants du coin refusaient de prendre le bout de parchemin vantant les mérites du candidat du parti puriste. Cela lui tira un ricanement. Le ricanement de l'ancien monde. Oh, oui, ils avaient perdu. Et lui, ses techniques de communication, ses idées, sa volonté de vouloir la paix à tout prix, était certainement anachroniques, à présent, face aux nouvelles têtes qui émergeaient. De jeunes politiciens à la Drago Malefoy, bien plus dangereux que le père, il en venait plein.

Heureusement, il reste à l’ancien monde quelques consolations. Le ricanement, par exemple. Le ricanement cruel, vain, improductif, certainement un peu niais, mais si consolateur, dans notre entre-soi de résidus de l’ancien monde. Ah, ce ricanement de vestiges, notre plaisir de fossiles, de zombies, n’y touchez pas, messieurs du nouveau monde. C'est bien là tout ce qu'il nous reste. Je me doute qu'on ne devrait pas, que ce rire, nos anciens travers, notre immobilisme, c'est ce qui vous a permis d'émerger, et cette pensée devrait me faire rentrer mon rire dans la gorge. Mais je n'ai que ça. Et puis je ne suis pas désespéré. Certains d'entre vous appartiennent aussi à l'ancien monde, même s'ils l'ont trahi pour vous rejoindre. Malefoy père. Et puis Fawley. Ils ne courent pas assez vite pour vous rattraper. Ils sont comme nous. On peut donc les vaincre. Et puis je n'ai pas peur parce que voyez vous, vous aussi, quelque part, vous appartenez à l'ancien monde. Vous commencez déjà, vous aussi, à vous accrocher à vos sièges. Et un jour ou l'autre, vous vous surprendrez à rire comme moi.

Charles se détourna de la fenêtre avec un léger sourire et étudia le programme de sa journée. C'était un homme actif, toujours en mouvement. Il enchainait les rendez-vous, les conférences, les interviews, il contrôlait des tracts, il allait en distribuer lui-même, il se promenait dans les permanences. Cadre du parti, il l'était, mais il était un cadre accessible, celui qui allait boire un verre avec les militants à la fin de la journée. Il pouvait être radicalement borné, c'était vrai, un peu autoritaire. Charles Harper avait une légère tendance à vouloir tout contrôler, tout le temps. Que ce soit son image ou celle du parti. Mais il n'y a que comme ça qu'on survit. Surface lisse. Sourire. Les gens ne doivent rien voir d'autres. Le reste, les émotions, les échecs, ça doit passer à la trappe, sinon  on vous bouffe. C'est toujours comme ça. On ne peut survivre dans ce monde ci que si on est totalement inhumain ou qu'on paraît l'être. Il avait eu des échecs, des souffrances, des mauvaises passes. Cela restait dans la sphère privée. Derrière l'armure, il y a des failles, mais personne n'a envie de connaître l'envers du décors. Tout le monde préfère le strass, les paillettes, le champagne.

Ca valait mieux que de voir du sang de nouveau. Charles avait strictement tout perdu dans cette guerre, et il ne voulait pas d'une occasion de perdre de nouveau des gens qu'il aimait. Il fallait trouver une solution pacifique. Il fallait des compromis, des compromissions même, peu importait. Pas de nouveaux meurtres. C'est le principal objectif. Le seul qui vaille. D'où la multiplication d'actions du mouvement.

Aujourd'hui, journée tractage. Quelques militants étaient là, il supervisait le tout. Il regarda la liste des gens présents, et fronça légerement les sourcils. Trouvant étrange ce qu'il lisait, il se leva et passa la tête dans le bureau de sa secrétaire :

« Jane, est-ce normal que Betty Holmwood-Black soit sur la liste des militants pour l'opération d'aujourd'hui ? Je croyais que c'était Alan Missford qui était volontaire ?

- Il est malade, Monsieur Harper, nous avons donc du prendre un autre militant. Mais vous savez que vous devriez y être depuis un quart d'heure pour donner les consignes ?
- Ce n'était pas quinze heures ? » Charles se frappa le front. « Suis-je bête, quinze heures, c'est demain. Bon, je file. Mettez moi un post-it pour demain et après demain, je vais encore oublier, sinon. »

C'était tout Charles Harper. Il était capable de se souvenir de détails et de choses hallucinantes, comme de théories philosophiques merlinistes complètes, mais aussi d'oublier totalement tous les  rendez-vous qu'il avait dans la semaine, ou de perdre ses clés trois fois dans la même journée. Particulièrement désorganisé et extrêmement tête en l'air, il était parfois une plaie à gérer pour sa secrétaire, qui le regarda courir à son tractage en secouant la tête d'un air désespéré.

Heureusement, ce n'était pas trop loin et il n'eut aucun mal à repérer les militants sur le chemin de Traverse.

« Bien le bonjour, camarades, je m'excuse de mon retard, j'ai encore oublié, je suis navré. »


Il y eut quelques rires amicaux : on pardonnait à Charles ses manières un peu bourgeoises et ses tendances aux trous de mémoires facilement. Il restait sympathique. Il restait impliqué. Au contact des militants, contrairement aux cadres de chez Force Puriste, par exemple, qui restaient toujours en retrait. Il reprit :

« Bon, il paraît que je suis là pour donner des consignes, mais comme d'habitude, je fais une part de boulot aussi. Archie et Pete, vous prenez le coin nord ? Parfait. Lucy, Phil, le sud ? Pas trop de vagues, les amis, je n'ai pas envie de devoir m'expliquer avec les agents de la police magique en ce moment. Faites attention à vous. »

Restaient donc lui, et Betty Holmwood-Black. Charles se retint de pousser un soupire, alluma une cigarette, et tenta un sourire :

« Bon, je suppose qu'on peut travailler en bonne intelligence, vous et moi, tout de même ? »
Ils ne s'appréciaient guère, tous les deux. Il gardait le mauvais souvenir de deux ou trois réunions publiques où les prises de paroles de la jeune femme s'étaient révélées pour le moins dures, et les discussions orageuses. Le camp de radicaux et le camp des modérés. Voilà qui nous représentons, tous les deux. Il leva les yeux au ciel. « Si nous pouvions au moins éviter le maléfice de Chauve-furie, contrairement à la dernière fois... »

Peut-être n'étaient-ce pas là les meilleurs mots, mais il ne savait pas très bien comment se comporter face à quelqu'un comme Betty Holmwood-Black. Question de caractère. Question de capacité à écouter. Question, tout simplement, de personnalités incapables de s'accorder, alors pourtant qu'ils avaient les mêmes buts.

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MessageSujet: Re: Merlinisme électrique | Terminé Dim 2 Juil - 15:03

Someday, maybe Tuesday, he’ll come for me…

Le gramophone répandait des sonorités jazzy dans l’appartement. Betty Holmwood-Black était affalée dans un fauteuil confortable et soignait une énième gueule de bois en sirotant une eau pétillante. Saleté de mojito, ça finissait toujours par vous prendre en traître. La soirée avait pourtant commencé gentiment, quelques tournées entre amis au Emerald’s, puis elle avait perdu le fil et s’était réveillée dans son lit, aux côtés d’une blonde voluptueuse, avec des yeux comme un lac en été et un décolleté comme le grand canyon. C’était sûrement le genre de conneries que Betty lui avait raconté pour la ramener dans son lit, ça marcherait à chaque fois. D’ailleurs, elle était passé où cette meuf ? Bof, elle avait dû partir de bon matin sans claquer la porte, où alors elle était morte dans son plumard… Peu importe, Betty ne se sentait pas le courage de se lever pour aller vérifier, elle se contentait de gratouiller mollement derrière les oreilles de Jules César, qui ronronnait de plaisir. C’était si rare que son humaine soit à la maison, entre le boulot et les beuveries, elle passait plus souvent en coup de vent qu’autre chose.

La briseuse de sort venait de s’assoupir quand des coups se firent entendre à la fenêtre. C’était peut-être bien la blonde qui revenait. Fausse alerte, ce n’était qu’un hibou qui commençait à s’impatienter. Elle prit son chat sous le bras et alla ouvrir la fenêtre. Elle récupéra le message, et ce qu’elle y lit lui fit faire une grimace de chatte incommodée. Missford venait, une fois de plus, de planter les camarades, à coup sûr parce qu’un de ses gosses avait attrapé un rhume ou des cors au pieds, alors on appelait super Betty à la rescousse. Une trentenaire célibataire avec un chat, qu’aurait-elle à faire de mieux de son samedi ? Elle attrapa une plume et griffonna un « ok » avant de renvoyer le piaf à l’envoyeur.

Elle avait tout juste le temps de se préparer si elle ne voulait pas rater le coup d’envoi. Elle enfila sa veste en cuir et ses bottes de motarde, vida sa bouteille d’eau et se mit en route, direction le Chemin de Traverse. Une fois dehors, elle se sentit agressée par un soleil moqueur qui brillait autant qu’il pouvait, le salaud. L’alcool plus jamais, enfin jusqu’à la prochaine fois. La briseuse de sort ajusta ses lunettes de soleil et transplana dans une ruelle à proximité du lieu de rendez-vous.

Elle avisa rapidement le petit groupe de camarade, elle arriva et serra des pognes à la ronde, s’enquérant de la petite santé et de la petite famille de chacun. Ça lui faisait du bien d’être venue, malgré un léger mal de crâne, Betty était contente de retrouver les camarades du parti. Elle n’avait, pour l’heure, jamais regretté son adhésion au MpM.  Elle ne s’entendait certainement pas avec tout le monde, et ne manquait pas de désaccords avec la ligne générale, mais c’était toujours mieux que de rester chez elle, assise sur son pouce à attendre que ça se passe. Et même si ce n’était que pour refourguer un bout de parchemin à des passants qui n’avait rien demandé, elle y mettrait son enthousiasme habituel, au moins elle faisait quelque chose. Betty était une fonceuse, elle ne pouvait pas supporter de rester sur le bord du chemin les bras croisés.

La jeune femme parcourue, en diagonale le tract du jour, du Harper pur jus. Elle en venait à soupçonner les « camarades » de tenir les comités de rédaction les semaines où elle était en déplacement pour l’empêcher d’y venir et d’épicer cette soupe. Elle se concentra du mieux qu’elle put pour ne pas laisser échapper un soupir d’exaspération, sans y parvenir totalement. Mais elle n’ajouta rien de plus, aujourd’hui elle était l’une des seule « radicale » du parti présente. Et avec les pourristes (oui, les pourristes) qui tractaient pas loin, ce n’était pas le moment de laver les caleçons sales de Merlin sur la place publique.

Betty mâchonnait la branche de ses lunettes en trépignant d’impatience, elle avait hâte de s’y mettre, d’un coup elle débordait d’énergie et se sentait prête à tracter comme jamais. Mais le grand manitou se faisait attendre.

« Il fout quoi Charlot ? Il tisse des couronnes de fleurs pour les puristes ? »

ENFIN, l’honorable Charles L. Harper daigna les éclairer de sa présence. Il avait simplement oublié l’heure. Bon, pour ça la jeune femme ne pouvait pas réellement l’en blâmer, elle-même était tout sauf une montre à gousset sur pattes. Le porte-parole distribua les consignes et s’engagea même à distribuer sa part de tract, quel homme munificent !

Le moins que l’on puisse, c’était que lorsque Charles et Betty étaient dans la même pièce, l’ambiance devenait soudainement électrique. Lui était à la tête du parti, un modéré et elle, une petite militante radicale. Le même but, mais aucune envie de prendre les mêmes chemins pour y arriver. Et si Charles avait été moins doué pour arrondir les angles et avait été du genre tête de bois comme Betty, ces deux-là auraient sûrement fini par se mettre des claques. Mais pour l’instant, ils se contentaient de régler leurs différends en parlant un peu fort, enfin, Betty surtout, parlait un peu fort.

Elle se joignit donc au porte-parole, une pile de tract sous le bras. Prête à travailler « en bonne intelligence » comme disait l’autre.  Elle haussa les épaules avec dédain lorsque Charles remit sur le tapis cette histoire de chauve-furie.

« C’était un agent provocateur Puriste, il a eu ce qu’il méritait. »

Betty commença à distribuer les tracts dans la bonne humeur : « tiens, lis ça et médite là-dessus », « Le mouvement pour Merlin, parlez-en à vos amis », « ne le jette pas sur la voie publique, sauf si c’est dans le jardin d’un puriste. »

Un passant qui manquait de sensibilité Merliniste refusa violement le tract que Betty lui tendait avec un sourire. Le ton monta rapidement entre les deux.

« Et qu’est-ce tu vas faire ? Voter Fawley ? Tu vas voter pour un étrangleur de né-moldu ? Ah ben bravo ! »

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MessageSujet: Re: Merlinisme électrique | Terminé Mer 5 Juil - 14:08


Le moins qu'on pouvait dire de Charles Harper, c'est que ce n'était pas un méchant garçon. Aucun talent ni aucune envie de se battre, certainement : mais il n'était pas fait pour ça, d'autres le faisaient très bien à sa place. A vrai dire, vu son éducation et l'histoire de sa famille, composée de paisibles commerçants et au pire de quelques politiques roublards, ce n'était pas très étonnant. La plume est toujours plus forte que l'épée, répétait-il à l'envie. Et cette devise, il pouvait la justifier pour des tas de raisons. D'abord, sans doute, parce que effectivement, Charles Harper était un peu lâche, un peu roublard, qu'il préférait sauver ses miches et qu'il n'aimait pas le conflit ouvert. Contrairement à ce qu'il aimait prétendre, il avait bien été Choixpeau flou, et avait bien failli atterir à Serpentard plutôt qu'à Serdaigle : ce côté fuyant en était la cause principale. Mais il y avait bien une vraie part de conviction profonde dans ce discours, au delà de ce travers personnel. Il avait vu les dégâts que les deux guerres sorcières avaient faites. Et vu à quel point, si les gens qui initiaient la violence étaient nombreux, il y avait peu de gens pour soigner les autres, arrêter les violences, arrêter les combats, réparer les dégâts, reconstruire. L'intégralité de sa carrière avait été basée sur l'idée de reconstruire. Réparer les vivants. Eviter les conflits. Négocier. Parler. Je ne sais rien faire d'autre. Plus il y aurait de morts, plus on irait vers la guerre, plus la paix après, qui reviendrait, car la paix revenait toujours, serait difficile à faire. Je sais que je ne changerai probablement rien mais j'irai malgré tout jusqu'au bout de mes convictions. Je hais la violence à un tel point que je me suiciderais peut-être, si elle venait à gagner, si je n'avais pas l'impression que ce serait leur faire trop plaisir.

Il savait bien, il se doutait pourtant, en effet, qu'un jour ou l'autre, il n'aurait plus gain de cause, qu'il s'accrochait à des méthodes de l'ancien monde, d'un temps révolu où il y avait la paix. Il comprenait bien le point de vue des gens comme Betty Holmwood-Black. C'était le même que celui de sa femme. Le même que celui de sa sœur, Elise, qui l'engueulait comme pas permis à chaque fois qu'elle le jugeait trop mou ou que le parti. Il soupira. La quasi intégralité des militants du Mouvement lui semblait parfois totalement ingérable. Betty Holmwood-Black en était un bon exemple. Il n'y avait aucune mauvaise intention dans ce qu'elle disait, aucune gratuité dans sa colère, dans sa radicalité, il savait bien qu'elle n'avait pas totalement tort. Le raisonnement, il pouvait le réciter par cœur. Depuis le temps que ça gonfle cette violence, cette onde destructrice, cette énergie brûlante qui sort d’on ne sait où ; tous ces morts, de toutes les guerres qui vont se réveiller et nous hurler à la figure jusqu'à ce qu'on devienne fous. Depuis le temps qu’on prédit un nouveau conflit, qu’on guette le bruit des combats et les cris des bêtes sauvages, nos cris. Depuis le temps qu'il y a des articles, des reportages, des missions, des visites, des pétitions, des pamphlets, des lois, des campagnes, des grèves, des élections, des manifestations, des émeutes, des promesses. Depuis le temps. C'est l'effet papillon qui nous pète à la gueule. Il savait que c'était ce qui motivait la réponse qu'elle lui fit lorsqu'il parla du dernier incident de la campagne de tractage et soupira :

« Peut-être, peut-être, mais j'aimerais mieux éviter d'aller vous chercher au Ministère parce que vous vous en serez pris à la mauvaise personne et qu'on vous aura arrêtée, Betty. »


Il connaissait ce discours par cœur, il savait qu'un jour, ça pouvait arriver. C'était précisément ce que Charles voulait éviter. Il y avait forcément une autre solution, il en était à peu près sûr. Parce que la violence créait une boucle, et qu'elle entraînait toujours une réponse. Et qu'il n'avait aucune envie d'aller ramasser ses militants en petits morceaux parce que maltraités par le bureau des mangemorts ou par FP. Il les disait incontrôlable, râlait beaucoup parce qu'ils n'en faisaient qu'à leur tête, mais au fond, il était attaché à tous ces gens. Nous partageons le même idéal, nous abandonnons tous nos métiers pour nous réunir et essayer de faire en sorte que ce monde soit un peu meilleur. Alors oui, parfois, Betty Holmwood-Black l'ennuyait, comme d'autres, avec son sale caractère, mais il la savait sincère, ce qui l'incitait à la tolérance. Ce qui le poussait à l'inquiétude. Il avait tellement perdu de gens, Charles Harper, que ces simples militants étaient devenus un peu comme sa seconde famille. Malgré les brouilles, il s'y était attaché et n'avait guère envie qu'on les ennuie.

Peut-être aussi parce que comme il le disait, elle ressemblait à sa femme et à sa sœur. Ce fichu caractère flambeur, féroce, qui force l'admiration et fait soupirer devant tellement d'inconscience. Dans un premier temps, il se décida donc à laisser une certaine marge de manœuvre à la briseuse de sorts, se contentant de distribuer ses propres tracts de son côté, causant avec deux ou trois jeunes qui semblaient vouloir adhérer.

C'est environ à ce moment là – il allait récolter deux adhésions au minimum, une petite victoire – que lui parvinrent les premiers éclats de voix. Il soupira, du abandonner les gamins et les renvoyer vers un autre militant. Un jour, je connaîtrais la procédure d'exclusion du parti et je ne ferai pas que les menacer tous – ce qui arrivait assez fréquemment avec Charles.

« Qu'est-ce qui se passe ? » Un homme grassouillet, portant manifestement une perruque s'interrompit en pleine gueulante contre une Betty paraissant tout aussi fulminante. « Charles Harper, je suis le cadre qui gère cette opération pour le MpM. Un problème avec ce gentleman Betty ?
- De quoi il se mêle, le grand dadais ? Il veut jouer les chevaliers servants, le merliniste ?
- J'ai simplement demandé s'il y avait un problème, monsieur. » Les mains de Charles se serrèrent sur les tracts qu'il tenait, seul signe d'une profonde indignation. « Je crois que vous pourriez restez poli.
- Poli de quoi ? Je suis de Force Puriste, et cette...
- Ca ne se voit pas sur votre figure, Monsieur, contrairement à votre stupidité. Passez votre chemin si vous ne voulez pas des tracts,et n'insultez pas les gens, vous n'avez pas les capacités pour produire un discours intelligent.  »

L'autre le regarda d'un air interdit, rouge de colère, ne sachant guère quoi répondre. Charles lui adressa un grand sourire. L'autre tourna les talons en lançant un « vous aurez de mes nouvelles » rageur. Harper haussa les épaules, et lança :

« Rowena me protége, je lui aurais fait avaler sa perruque. »
Pour ne pas s'énerver, c'était raté : si son ton était étrangement plus calme que celui de Betty, il était à peu près sûr qu'il avait eu le même effet que l'énervement de la jeune femme. Il soupira de nouveau. « Cinq minutes, je vous ai laissée toute seule cinq minutes, vous avez battu votre propre record. Comment est-ce que vous faites, franchement ? On dirait que vous attirez les idiots et qu'ensuite vous ne savez pas les gérer. » Lui non plus, au final, n'avait pas été brillant. Juste un peu plus calme : assez pour qu'on dise que les merlinistes n'étaient pas aimables, pas assez pour qu'on appelle la police magique. « Au moins on ne finira pas en prison, ce n'est pas totalement négatif... »

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MessageSujet: Re: Merlinisme électrique | Terminé Ven 7 Juil - 14:25

« Et si on se contente de regarder nos pieds en bredouillant quand ils nous provoquent, dans six mois c’est pas au Ministère que vous récupèrerez vos ouailles Charles, mais entre quatre planches. »

Betty était de l’ancienne école, de l’ancien testament même, œil pour œil, dent pour dent. Lors de leur dernière opération, un mec était venu bousculer les plus jeunes. La briseuse de sorts qui était sur place avait procédé aux sommations d’usage, et comme le type ne voulait rien entendre, la traitant même de « putain Merliniste » au passage, elle avait dégainé sa baguette et lui avait envoyé un sortilège de chauve-furie en pleine face, et son pied au derch’, pour la forme, parce qu’il ne décampait pas assez vite à son goût. Elle refusait de croire que ce gus n’était qu’un passant comme les autres, c’était  à coup sûr, un petit voyou sans envergure, payé par Force Puriste pour venir perturber les manifestations Merlinistes. Qui d’autre avait intérêt à venir foutre la frousse à leurs plus jeunes militants ? Pour l’instant ils se contentaient d’envoyer des malabars secouer un peu les gamins, et les Merlinistes n’avaient encore fait face à aucune agression sévère. Mais si on laissait faire ces ordures sans réagir, la prochaine fois ça serait des passages à tabac dans les ruelles et les puristes ne s’arrêteraient pas là, si on les laissait nous chier dans les bottes ça ne serait plus des petits voyous qui viendraient perturber leurs rassemblements, mais bien le bureau des Mangemorts qui viendrait les arrêter.

La violence appelait la violence. Oui, et ? Rester les bras croisés face à la violence ça appelait au meurtre, pur et simple. Si quand vous bousculez l’opposition elle se contente de pleurnicher, qu’est-ce qui vous empêche de cogner franchement ? Et si quand vous la cognez, elle se contente de pleurnicher encore plus fort, c’est le feu vert, vous pouvez carrément la supprimer, elle se contentera de se planquer pour pleurer ses morts. Et le dialogue dans tout ça ? Une belle connerie oui. Discutailler ça ne vous protège pas des gnons. Les Puristes en face d’eux n’étaient pas là pour discuter et beurrer les tartines, et s’il fallait descendre à leur niveau, Betty était prête à le faire.

Elle suivait à la ligne la règle que lui avait inculqué Grandma depuis son enfance : ne commence jamais une bagarre, mais si on t’agresse, rends coup pour coup et frappe aussi fort et aussi longtemps que tu peux.

L’incident du petit gros puriste à perruque était maintenant terminé, grâce ou à cause de l’intervention de Charles. Il avait quitté la scène en promettant aux Merlinistes « qu’ils auraient de ses nouvelles. » Mais Betty ne voyait aucune raison de s’inquiéter de cette menace, elle connaissait bien le genre, s’était plein de soupe, ça parlait beaucoup et au final ça ne faisait rien.

Elle avait regardé avec un œil amusé la petite joute entre Charles et le puriste énervé. Le grand manitou pouvait dire ce qu’il voulait, elle n’avait pas l’impression qu’il s’en était tiré tellement mieux qu’elle sur ce coup-là. Il y avait mis les formes, mais au final, il l’avait juste traité de con. Ce que Betty aurait invariablement fini par faire. Toujours la même histoire, le même but avec des méthodes différentes. Là où la jeune femme se serait contentée d’un « casse toi pauvre con » (tout droits d’auteur réservés) Charles s’embarquait dans des histoires de « capacités à produire des discours » machin, machin.

Mais puisqu’ils s’étaient mis d’accord pour « travailler en bonne intelligence », et qu’elle était d’humeur magnanime, Betty lui épargna toute remarque sur sa façon de gérer les conflits. Et peut-être un peu aussi parce qu’elle était à l’origine de l’embrouille. Juste un peu hein, elle ne pouvait quand même pas être tenue responsable du fait que les partisans puristes avaient du foie de veau à la place du cerveau ?

« Tout à fait, et par Salazar je… Oh puis non, que Serpentard aille se faire foutre ! »

Si Betty commençait à appliquer à son militantisme des méthodes qui auraient plu à son fondateur, elle allait se retrouver à la tête d’une milice et monter des expéditions nocturnes pour aller égorger des puristes dans leur sommeil. Puis à quoi bon invoquer l’esprit du vieux sorcier ? C’était Serpentard lui-même qui avait commencé avec ces histoires de sang-pur et de sang-de-bourbe, le vieil imbécile. Puis Betty en avait marre de s’en référer à longueur de temps aux fondateurs, ce n’était pas avec des idées vieilles de mille ans qu’ils pourraient résoudre les problèmes d’aujourd’hui.

Puisque l’incident était clos, elle allait retourner à sa distribution de tract. Malheureusement elle venait de tirer le pompon et de remporter une leçon de morale gratuite. Oh non, Betty vous êtes trop impulsive, Betty vous ne réfléchissez pas avant d’agir, Betty ci, Betty ça. La ritournelle des grands jours. Si elle ne l’arrêtait pas tout de suite, elle allait avoir le refrain sur l’exclusion du parti.

« Oui, oui, comme vous dites Charles. En vérité j’ai juste demandé au type si ça le dérangeait pas de voter pour un étrangleur de nés-moldu. Mais quoi ? Faut pas en parler de ça ? C’est trop clivant ? »

C’était l’une des choses qui rendait Betty folle. Pourquoi le MpM perdait-il autant de temps en longues phrases compliquées sur ses tracts, plutôt que de titrer en grosses lettre « le candidat puriste est un assassin. » Ça ne résolvait aucun problème sur le long terme d’accord, mais dans l’immédiat ça pouvait plomber la campagne de Fawley auprès des indécis.

« Merci pour la leçon papa. » Siffla-t-elle entre ses dents avant de retourner à la distribution.

Il finirait par la rendre chèvre avec son ton paternaliste. Elle savait très bien ce qu’elle faisait, pourquoi ne voulait-il pas admettre qu’il y avait d’autres manières que la sienne de faire les choses. Et même si elle ne le savait pas vraiment, elle n’apprendrait jamais s’il lui tombait dessus chaque fois qu’elle faisait un pas de côté.

Ça ne faisait pas cinq minutes que Betty avait repris le tractage, qu’elle fût abordée par une troupe de trois gobelins. Ceux-là ne travaillaient pas chez Gringotts, on pouvait s’en rendre compte à leur anglais un peu rustique. Betty entama tout naturellement la conversation en gobelbabil. Après quelques minutes de discussion, elle invita, d’un geste de la main, Harper à les rejoindre.

« Charles, ces trois gentlegobs voudraient des informations sur ce que le MpM peut leur offrir. »

Si elle ne savait pas gérer les idiots, elle avait hâte de voir comment lui allait gérer ces trois-là.

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MessageSujet: Re: Merlinisme électrique | Terminé Mer 23 Aoû - 19:07

Parfois, Charles se demandait s'il avait bien fait d'accepter toutes ces responsabilités. Oh, il ne fallait pas s'y tromper, il l'avait fait de son plein gré, et la partie ambitieuse de son être avait été contente de le faire. Du pouvoir ! De la respectabilité ! Une occasion de briller et d'être écouté par tout le monde ! Cela flattait à l'évidence son ego, dont Harper ne manquait pas et n'avait jamais manqué. Les rumeurs courraient sur lui, encore aujourd'hui, comme elles avaient courus au ministère, avec toujours la même rengaine. Il veut être élu au sommet de l'Etat, il n'a que ça dans la tête, il veut être ministre. Son engagement, c'est du vent, il a servi Fudge. Charles Harper connaissait toutes les rumeurs à propos de lui. J'étais un sale type. Je voulais monter, grimper, je le sais, et il était plus facile de faire celui qui ne voyait rien. Mais il avait vu. Il n'était peut-être qu'un bourgeois bien pensant, mais il savait qu'il s'était trompé et il ne recommencerait pas deux fois la même erreur. Nous ne sommes pas infaillibles, et refuser de voir nos défauts nous a conduit à notre perte. Il faudra être plus vigilants si nous revenons au pouvoir.

Car Charles voulait la victoire, il ne le niait absolument pas. Si on lui donnait un poste, si on lui proposait des responsabilités, il les prendrait, sans hésiter. Mais son ambition s'était reportée sur le mouvement. Si on ne lui donnait aucun département, et pas le ministère, tant pis : et il en irait de même, même s'il n'était pas choisi comme grand électeur. Scarlett et Leland, ses enfants, se plaignaient souvent de l'absence de leur père, toujours en vadrouille, et sa sœur Elise, même si elle adorait tout ce joli monde, jugeait elle même que Charles n'était pas assez présent. Il faisait ce qu'il pouvait pour être avec eux, pour s'en occuper au mieux, mais le travail était pour lui une forme d'exorcisme. Mais si on ne lui donnait pas de responsabilités, tant pis, il retournerait voir ses enfants, il était plus que temps, se disait-il parfois. A quoi bon, de toute façon ? Parfois, je me demande si je ne suis pas dépassé. Mais alors dépassé, complètement, fini, achevé, bon à foutre au feu. Quelle autre impression pouvait-on avoir lorsqu'on regardait quelqu'un comme Betty Holmwood-Black agir ? C'était la colère qui avait pris le dessus, et Charles savait, il en avait fait l'expérience, qu'elle ne menait à rien, rien du tout, sinon à se faire descendre soi même. Mieux vaut vivre pour une cause, même si c'est imparfait, que de crever pour elle, et de ne plus pouvoir rien faire. Il secoua la tête : c'était ce qui l'empêchait de renoncer. Il comprenait la colère, mais savait aussi qu'elle ne ménerait à rien, et qu'il faudrait trouver des alternatives.

"Qu'est-ce qui nous différencie d'eux si on applique leurs méthodes ? En quoi est-on légitime pour protester si on fait exactement la même chose ?"


La voix de la raison, qu'il incarnait. De la lâcheté aussi ? Peut-être un peu. Ou pas. Ce n'est pas lâche de ne pas vouloir tomber dans la terreur, de ne pas vouloir tomber dans le jusqu'au boutisme, de refuser une révolution. Ca va toujours dans le même sens, d'ailleurs. On ne fait pas une révolution, on élimine pas une classe politique pour renverser une dictature. C'est toujours le contraire. La preuve, c'était exactement ce que les mangemorts avaient fait. Mais il n'arriverait sans doute jamais à en convaincre quelqu'un comme Betty, Charles le savait.

Son côté radical l’étonnait, depuis toujours. Il s’y était un peu habitué, entre deux menaces d’exclusions, et essayait simplement de limiter les dégâts. Harper était un type de bonne volonté, au fond, il était conciliant, prêt à écouter des arguments, et simplement inquiets pour ses militants, même s’il n’était pas d’accord avec eux. Peut-être était-ce pour ca qu’il ne démissionnait pas malgré les débats intenses qui aboutissaient souvent à de vives contestations. Un mouvement qui débat est un mouvement qui vit. De telles controverses n’existaient pas, sans doute, au sein de FP, mais il soupçonnait un népotisme total au sein du parti puriste, qui n’était pas enviable. Mieux vaut qu’on ne soit pas d’accord et qu’on débatte, qu’on finisse par trouver un consensus. Si c’était possible. Parce que Betty, pour ne citer qu’elle, et il y avait toute une frange de membres qui avaient les mêmes idées, était véritablement têtue comme une mule. Et il ne voyait pas pourquoi. C’était tout de même étrange, que lui, dont la femme était morte, vraiment, à cause des mangemorts, se retrouve à être plus pacifique qu’elle. Et elle continuait, en évoquant Fawley. Il leva les yeux au ciel.

“Non, ce n’est pas trop clivant de dire que Paul Fawley est un assassin. Ce qui est trop clivant, c’est d’insister auprès d’abrutis que vous ne convaincrez pas. Et qui finiront par vous attirer des problèmes plus graves qu’une exclusion…”


Et en plus, elle se foutait de lui. Il se retint de grommeler une réponse, ça n’aurait servi à rien, et continua le tractage, jusqu’à ce qu’elle le rappelle. Charles leva les yeux au ciel, excédé. Cinq minutes de tranquilité. Cinq minutes. Est-ce que c’est vraiment trop demander ? Sans incident, créatures, gens, insultes, peu importe ? Apparemment, c’était impossible. Il se dirigea donc d’un pas un peu las vers Betty, reprit son sourire de communiquant. Ah, des gobelins. Aussi étonnant que ça pouvait paraitre, ce n’était pas des gens qui le gênaient. Il considérait qu’il y avait un vrai débat de fond à mener, avec les intéressés eux mêmes - globalement, les positions de Charles, sauf sur la guerre, étaient éminenement progressistes et affirmées. Il n’était pas un spécialiste de toutes les questions, mais il avait initié des choses au parti, pas que lui, d’ailleurs, un certain nombre de gens participaient. En ce qui concernait les gobelins, cependant, son gobelbabil était peut-être un peu hésitant, mais il avait essayé, avec Shacklebolt, de faire des choses. L’expert était Martin Tinman, au parti, mais Harper avait des billes pour répondre - de quoi, il espérait, rabattre le caquet d’une Betty Holwmood-Black narquoise devant la situation.

“...et donc, un vrai débat de fond que nous essayons de mener avec les intéressés. A terme la possession de baguette par votre peuple est à mon sens, inévitable. Mais il nous faut trouver un terrain d’entente, d’abord, c’est pour ça que nous essayons, dès maintenant, de jeter les bases d’une discussion. Pour commencer, nous voulons reprendre de zéro des discussions qui se sont toujours tenues dans le mépris le plus absolu du côté sorcier. Les choses n’iront pas en s’arrangeant avec les mangemorts au pouvoir, c’est déjà très difficile d’après ce que nous disent nos interlocuteurs à Gringotts, n’est-ce pas Mademoiselle Holmwood-Black ?”
Ils arrivaient à peu près à communiquer, dans un mélange d’anglais et de gobelbabil pour le moins rustique, mais il préférait prendre Betty à témoin. Après tout, elle l’avait fourré dans ce pétrin, et elle travaillait à Gringotts. “Vous devriez passer à une de nos réunions, si vous avez le temps, durant votre séjour.”

La discussion s’acheva là-dessus, et ils reprirent le tractage, non sans qu’il eut lancé un oeil furieux à Betty, apparemment morte de rire devant ses difficultés. Le reste du tractage se passa sans incident particulier, et à la fin, une fois le bilan fait avec les autres, il se prit à rire :

“Bon, vous voyez que vous êtes capables de ne pas faire de scandales. Je vous paye un verre pour fêter cet évenement incroyable ? Vous m’expliquerez d’où vient cette idée d’être en désaccord avec moi à chaque phrase que je prononce.”

Spoiler:
 


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MessageSujet: Re: Merlinisme électrique | Terminé Jeu 24 Aoû - 14:11

« Vous mettez au même niveau la violence d’état, qui cherche à exclure, voir éradiquer, une partie de la population et la rébellion d’un groupe opprimé qui use de la violence pour sa survie ? Allez faire réviser votre échelle de valeur Charles, je crois qu’il lui manque quelques barreaux. »

Betty roula les yeux au ciel en entendant l’argumentaire de Charles sur l’usage de la violence. La comparaison entre les deux lui semblait totalement inadéquate. Même si c’était les mêmes méthodes, elles n’avaient pas le même but et les deux adversaires n’avaient pas le même pouvoir. Elle trouvait que l’approche de Charles du problème tenait de la politique de l’autruche, considérer que l’opposition entre le purisme et le merlinisme était  une simple divergence d’idées, c’était se voiler la face, le purisme ne finirait par mener les nés-moldus à l’abattoir. Ne pas réagir en conséquence, c’était être complice de cette politique. Et la briseuse de sorts ne comptait pas sur la voie légale pour améliorer la situation, le gouvernement, le ministère, était aux mains de Force Puriste, la loi ne servait que les intérêts du purisme. De l’avis de Betty, de l’usage de la violence par les merlinistes dépendait leur survie. Elle ne faisait pas confiance au gouvernement, et croyait fermement que l’opposition ouverte était tolérée pour maintenant, mais que ça ne durerait pas. Et elle ne voulait pas être prise au dépourvu quand Force Puriste montrerait ses véritables couleurs. Ils pouvaient polir leur discours autant qu’ils le voulaient, elle n’avait pas la mémoire courte et n’avait pas oublié que Lucius Malefoy, tout en étant ministre, n’en demeurait pas moins Mangemort, et ne pensait pas une seule seconde que ses idées sur les nés-moldus aient bougées d’un poil.

« Le purisme c’est la gangrène, on l’élimine ou on en crève. » Répliqua Betty en croisant les bras et affichant un air furieux, avant de tourner les talons.

Oh non ! Elle avait bien essayé d’y échapper mais pas moyen, elle avait droit à la vielle rengaine de l’exclusion en ré-minable, ou ré-mineur, au choix. Cette menace revenait tellement souvent dans la bouche du porte-parole du parti, sans jamais être mise à exécution, que Betty en était arrivé à la conclusion qu’il bluffait quand il parlait de l’exclure du parti. C’était des menaces en l’air, mais qui ne manquait pas de l’agacer. Depuis deux ans, elle avait investi beaucoup de temps et d’énergie dans le Mouvement pour Merlin, et trouvait injuste qu’on la menaça d’être expulsée à chaque fois qu’elle exprimait des idées un peu plus dures que la ligne officielle. Mais le spectre de l’exclusion n’était pas suffisamment effrayant pour qu’elle cessa de dire tout haut ce que d’autre pensaient tout bas. Et si, finalement, un jour, Harper se décidait à acter son exclusion définitive du MpM, elle comptait bien partir en emmenant d’autres radicaux avec elle. Quitte à devoir former un nouveau parti à l’idéologie Merliniste, la LBR (Ligue Bourbiste Révolutionnaire), ça sonnait bien comme nom.  

« Vous inquiétez pas pour moi, ça fait trente-trois ans que je gère ma capacité à m’attirer des problèmes, sans votre aide. »

En vérité, ils étaient plusieurs à penser, sans jamais le proclamer ouvertement, qu’une arrestation de merlinistes pendant une action politique ne serait pas forcément une mauvaise chose, mais plutôt un bon moyen d’exposer la liberté en carton que le gouvernement laissait à l’opposition. Betty pensait que la cause avait besoin de militants motivés, mais qu’elle pourrait aussi avoir l’usage d’un ou deux martyrs.

La rencontre entre Harper et les gobelins ne fut pas aussi amusante qu’elle l’avait espéré. Son gobelbabil était loin d’être aussi bon que le sien, mais être capable d’énoncer plus de dix mots dans cette langue était une performance dont peu de sorciers étaient capables, même ceux qui travaillaient chez Gringotts depuis des années. Certains employés ne voyaient pas l’intérêt de l’apprendre, puisque la totalité des gobelins qui travaillaient à la banque parlaient anglais. Betty elle-même l’avait surtout apprit à force de retrouver des gobelins pour jouer aux cartes plus que par intérêt réel pour la langue.

Elle était narquoise en emmenant les trois gobelins à Charles, ce qui ne voulait pas dire qu’elle ne prenait pas à cœur les intérêts des gobelins. Elle les fréquentait depuis longtemps, et avait toujours estimé que leurs revendications étaient légitimes. Et elle avait eu plus d’un accrochage, au sein même du MpM, avec des sorciers qui affirmaient qu’on aurait largement le temps de se préoccuper des besoins de gobelins, une fois que l’on aurait réglé les problèmes des sorciers. Elle pensait que les gobelins pouvait être des alliés puissants, c’était eux qui tenaient les cordons de la bourse, mais que les Merliniste ne pourraient pas les convaincre sans leur offrir quelque chose, et leur offrir maintenant, pas leur promettre qu’on leur donnerait ce qu’ils demandaient après avoir gagné. Ce discours ci, les gobelins l’entendaient depuis des siècles, ils ne se laissaient plus avoir par de belles paroles et exigeaient des actes.

L’échange entre les deux militants et les créatures se passa bien. En partant, ils avaient l’air décidés à venir assister à l’une des réunions du MpM, avouant, à mot couverts que toute leur communauté ne partageait pas le point de vue neutre qu’affichait Gringotts, et que certains étaient prêts à s’engager ouvertement contre Force Puriste, si les Merlinistes acceptaient leurs conditions.

Betty affichait un sourire conquérant.

« Et voilà, trois personnes convaincues. Au moins on aura pas perdu notre temps. »

Elle accepta la proposition d’Harper d’aller boire un verre, la gueule de bois la tenait toujours, et elle aurait bien eu l’usage d’un jus de citrouille frais. Elle proposa naturellement de se rendre au Ruby. Et évacua tout de suite la question des désaccords entre eux, d’un haussement d’épaule, vaguement méprisant.

« Mais tout ne tourne pas toujours autour de vous, je fais ça avec tout le monde. »

Alors qu’ils se préparaient à quitter les lieux, le puriste à perruque fit son retour sur les feux de la rampe. Accompagné, cette fois, de deux brigadiers de la police magique. Pointant un index furieux sur Charles et Betty.

« Les voilà ! C’est ces deux-là qui m’ont agressé ! »

Betty reconnu l’un des deux flics, l’une n’était autre que la blonde avec qui elle avait passé la nuit. Ça allait arranger leurs affaires, on ne jetait pas au trou quelqu’un dont on avait partagé le plumard. Elle s’avança, un sourire charmeur aux lèvres.

« Hey Dorothé »
« C’est Mélissa. »
« Hey Mélissa, ça roule ? »
Continua Betty sans se démonter.

Ou pas. La policière n’avait pas l’air ravie de la retrouver.

« Vous êtes en état d’arrestation pour trouble à l’ordre public. »
« Comment ça ? C’est la police magique ou la petite milice puriste qui parle ? »
« Et outrage à agent. »
« Oh allez, depuis quand c’est outrageant de se faire traiter de puriste ? »


Les forces de l’ordre ne semblaient pas goûter à la plaisanterie. Charles Harper et Betty Holmwood-Black furent ligotés et embarqués au poste.

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MessageSujet: Re: Merlinisme électrique | Terminé Mar 29 Aoû - 15:02

L'usage de la force pouvait-il être toléré ? Vaste question. Des philosophes s'écharpaient là-dessus. Le parti s'écharpait là dessus. Ils s'écharpaient là-dessus, lui et Betty Holmwood-Black, et Charles savaient que les deux camps ne se convaincraient que moyennement. Voire pas du tout. Son analyse était ferme là-dessus. Aucun but politique n'est servi par la mort, aucun but ne la justifie, la mort, c'est la trahison pure et simple de l'humanité. Au risque de passer pour un idéaliste, il réaffirmait haut et fort que tuer était mal, et si ça pouvait paraître angélique, il s'en foutait. On ne le dit pas assez, on ne l'a dit assez à personne et donc on se bat et donc des gens crèvent. Ca leur fera une belle jambe, de crever pour la cause, quand ils seront à l'état de cadavre. Le meurtre et la violence, non, ce n'était pas négociable. Il savait qu'à un moment ça serait la  guerre. Charles en avait parfaitement conscience. Ce jour là, bien sûr qu'il faudra se battre. Peut-être qu'il le faudrait déjà, peut-être qu'elle a raison. Mais ça coute quoi d'essayer par la voie légale ? Tout ce qu'on risque, c'est de réussir, et par une forme de justice poétique plutôt intéressante, de les dégager après seulement deux ans de pouvoir alors que eux ont mis vingt pour y arriver avec toute cette violence ? Est-ce que ça ne serait pas beau, pas génial ? Et puis si c'est déjà la guerre, et je sais bien que ça l'est sans doute, on arrivera fatalement à s'affronter en bataille rangée. Tôt ou tard.

« Ce n'est pas ce que je dis. Mais prendre le pouvoir par les mêmes moyens qu'eux, qu'est-ce que ça apportera ? D'autres morts ? Belle efficacité. »


La vérité, c'est qu'il ne croyait pas que les gens, quiconque, aussi bien intentionnés qu'ils soient, puissent être autorisés à dire « non mais eux, ils tuent et c'est mal, mais nous on a le droit c'est pas pareil ». Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne. Ou c'est tout le monde, ou c'est personne. S'ils voulaient pouvoir condamner, ils ne pouvaient pas attaquer les premiers. Alors certes, les mangemorts avaient déjà attaqué, mais tant que le statu quo était à peu près  relatif, tant que ça tenait à un grand électeur d'avoir la majorité, il ne croyait pas qu'il fallait se mettre à cogner. S'ils n'obtenaient aucune majorité, là, il faudrait commencer à descendre dans la rue – à gouverner avec elle.

Mais pour convaincre Betty de ça, c'était sans doute perdu d'avance. Il la laissa dire : Charles râlait beaucoup mais au final, il ne la détestait pas. Même si elle avait une approche bien plus radicale que la sienne, il fallait reconnaître à Betty qu'elle avait de la constance et qu'elle était dévouée à la cause. Même s'il menaçait souvent de l'exclure, ce n'était pas une mesure qu'il comptait mettre à exécution. Il eut fallu qu'il connaisse la procédure, déjà, ce qui n'était pas gagné, et puis au final, pourquoi faire ? Au moins au parti, il y avait un minimum de cadre. Et ça aurait été contraire au débat et aux règles démocratiques qu'il défendait de le faire juste pour une opinion divergente. Tant que ça restait des mots et des piques lancées à son égard, bien sûr.

Il haussa les yeux au ciel et revint à son tractage. Elle pouvait bien se croire intouchable, après tout, ce n'était pas son problème. Après l'épisode avec les gobelins, ils auraient bien eu une chance de calmer un peu le jeu si la police magique n'avait pas débarquée aussi tôt. Charles soupira. Quelle chance. Il voulut s'approcher, dire quelque chose, mais n'en eut pas le temps, on les embarqua directement au poste.

« Je vous balancerai bien un 'je vous l'avais bien dit'  bien senti, mais c'est un peu ma faute également. »
Il tambourina au barreau de la cellule. « Ils ne sont pas sérieux, une garde à vue pour des faits même pas prouvés... »

Un agent finit par débarquer. Celui là avait l'air un peu mieux disposé à leur égard, et pour cause, il s'agissait d'une membre du MpM, Jezabel Emerald.

« Je vais pas pouvoir faire grand chose pour vous, patron. Salut, Betty, d'ailleurs, pas trop pénible de supporter le grand chef ? Ils ont décidé de faire une procédure, le gars insiste pour porter plainte. C'est un crétin et j'ai essayé de l'en dissuader, mais pas moyen. Cela dit, vous pourrez sortir si vous payez une caution.

- Bon, très bien, merci, Jezabel. Je signe où ? » Il signa les deux documents, et se tourna vers Betty : « Je vais voir avec eux pour l'argent, je paye pour vous. Ne râlez pas, je vois que vous avez envie de le faire, pitié, c'est assez compliqué comme ça. Je vais les accompagner à Gringotts pour prendre l'argent sur mon compte, vous voulez bien retourner au siège prévenir de ce qui se passe ? Je crois qu'on aura besoin d'un avocat pour la procédure. » Il insista : « Ne râlez pas. » Il  ronchonna lui même : « J'ai été un peu dur, peut-être, alors voilà. »

On leur ouvrit la grille, il tendit la main à Betty pour la serrer une dernière fois :

« A la prochaine fois, alors, en bonne intelligence ? Si nous sommes capables de ne pas nous faire arrêter cette fois ci. »


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MessageSujet: Re: Merlinisme électrique | Terminé Mar 29 Aoû - 23:26

« Et si vous me chantiez mes droits, pour changer un peu ? »

Ce n’était pas la première arrestation de Betty. Elle avait déjà été embarquée plusieurs fois pour ivresse sur la voie publique et même une fois pour racolage sur cette même voie publique. Conséquence d’un malheureux choix vestimentaire et d’une erreur judiciaire. Mais c’était la première fois qu’on l’arrêtait pour un motif politique. Enfin, pour l’instant, le motif de l’arrestation était probablement « agression d’un petit gros à perruque », et il faudrait se battre pour faire reconnaître qu’ils avaient été arrêtés simplement parce qu’ils étaient Merliniste. Betty n’était pas inquiète, ils n’avaient rien contre eux. D’accord, ils avaient crié un peu fort après un vieux puriste. La belle affaire. Si on coffrait pour « trouble à l’ordre public » tous ceux qui s’engueulaient dans la rue, les comicos allaient bientôt déborder. Toute cette histoire allait se dégonfler aussi vite qu’elle était montée. N’empêche, cette Dorothée était une belle garce. Betty n’avait pas épargné sa peine la nuit dernière et pour la remercier, elle la jetait au trou. Ah ouai, c’était Mélissa son nom, ben c’était une belle salope quand même. Première et dernière fois qu’elle couchait avec de la flicaille tiens. Elle avait décidément le chic pour ramener dans son lit des gens qui finissait invariablement par lui attirer des ennuis. La briseuse de sort se laissa néanmoins escorter au poste sans trop gueuler, elle n’avait pas envie d’ajouter la rébellion au chefs d’accusations.

Une fois au poste, on leur confisqua leur baguette, on prit deux ou trois photo, et on les balança sans ménagement en cellule. Pas trop mal. C’était pas un mauvais jour. Ils avaient la cellule des gardés à vue rien pour eux. Et comme on était que samedi, ça sentait pas encore trop la pisse et le vomis là-dedans.

« J’veux mon avocat, faites venir Fenton Emerald »
« Je crois bien qu’il exerce plus, ce miteux. On vous en fournira un commis d’office. »
« Et merde. »


Bon, puisqu’ils étaient là pour un moment, autant en profiter pour ronquer un peu. Sa gueule de bois allait pas en s’arrangeant, et Betty aurait bien eu l’utilité d’une petite sieste. Elle s’allongea sur le banc, roula sa veste pour s’en faire un oreiller, mais garda ses bottes aux pieds. Y’avait toujours un fils de cognard pour essayer de vous tirer vos pompes en cellules. Y’avait toujours que des voleurs et des fils de pute dans les commissariats. Elle commençait en s’endormir, quand Harper eu la bonne idée de tambouriner contre les barreaux. C’était pas vrai. Il l’empêchait même de dormir maintenant, cet homme était infernal. Elle ouvrit un œil torve qu’elle posa sur le porte-parole. Il n’avait pas l’air follement à l’aise.

« Détendez-vous Charles, et buvez de l’eau. Ça va s’arranger, ça s’arrange toujours. Inch’Allah. »

Un officier vint ouvrir la porte de le cellule, il voulait enregistrer leurs déclarations. C’était quoi cette rage qu’ils avaient tous de l’empêcher de récupérer de sa cuite de la veille ? Déplorable manie. Sans prendre la peine de se lever, Betty l’envoya sèchement voir ailleurs s’il y était.

« J’ai rien à déclarer tant que j’ai pas d’avocat. Et même quand il sera là, j’aurai toujours rien à déclarer. Et je refuse de signer le pv. Alors franchement, vous avez pas besoin de moi, merci de me laisser pioncer. »

La police magique, enfin, la milice puriste, voulait juste leur mettre la pression. Ils n’avaient rien, pour la simple et bonne raison qu’il ne s’était rien passé. Le gros allait quand même pas porter plainte. Et s’il le faisait, pourquoi ? Pour avoir essayé de refourguer avec insistance des tracts Merliniste. C’était idiot. À la fin, ça serait à eux que cette histoire rendrait service. Deux militants Merlinistes arrêtés dans le cadre de leurs activités politiques. En en rajoutant un peu par-ci, par là, on trouverait bien moyen de faire un joli petit article, bien piquant comme elle les aimait.

En attendant la quille, elle en profita pour faire une petite sieste de vingt minutes. Au moins quand elle dormait, elle pouvait être dans la même pièce que Charles Harper sans s’engueuler avec lui. Elle fut réveillée par l’arrivée de Jezabel Emerald, qu’elle accueillit avec enthousiasme.

« Hey Jez. Tu viens nous faire sortir ou c’est pour la visite conjugale ? »

Enfin, on les laissait sortir. Betty signa rapidement les papiers pour la caution. Elle avait hâte de retrouver son lit et son chat. Et puisque Charles insistait pour payer la caution, elle le laissa faire sans râler. Elle avait monté une caisse de solidarité avec Heiz et deux trois autres, pour les cas comme celui-ci, mais si ça l’amusait de jouer les grands-seigneurs, grand bien lui fasse. Elle se contenta de bailler quand il lui demanda de ne pas râler. Comment osait-il ? Elle était la joie de vivre incarnée, la bonne humeur ayant pris forme humaine et il l’accusait de râler continuellement.

Betty serra la main de Charles, avant de filer au parti, leur faire un bref résumé de la situation. Et rentrer chez elle, pour enfin pouvoir faire cette foutu sieste qu’elle désirait tant.

« L’intelligence c’est pas mon fort, mais la prochaine fois, on fera mieux. Puis vous inquiétez pas, une arrestation, c’est bon pour votre street-cred. »

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